CHAPITRE XIX
ARMURIER DE TOURS MANDE \ CHINON — JEANNE RÉVÈLE 1. EXISTENCE DE L EPEE DE SAINTE- CATHERINE DE FIERBOIS" — L'ARMURIER APPORTE L'ÉPÉE ; SES TROIS FOURREAUX — LA MAISON DE JEAN DUPUIS — FR. PAQUEREL PRÉSENTÉ A JEANNE — LES DIVERSES PIÈCES DE L'ARMURE — LES CHEVAUX — LE PENNON DE POITIERS ET L'ÉTENDARD RÉVÉLÉ PAR LES VOIX — CE QU'ON DIT DE JEANNE \ ORLÉANS — JEANNE ARRIVE A BLOIS ET Y RETROUVE SES FRÈRES — ■ BÉNÉDICTION DE SON ÉTENDARD A L'ÉGLISE SAINT-SAUVEUR — INSPIRÉE ET ENVOYÉE DE DIEU, JEANNE A POUR MANDAT DE CHASSER L'ENVAHISSEUR ET DE SAUVER LA FRANCE EN LA SOUMETTANT A LA ROYAUTÉ DE JÉSUS-CHRIST
De retour à Chi non, Charles VI I s'occupa sans aucun retard de procurer à la Pucelle toutes les pièces nécessaires à, son habillement de guerre. 11 lui fallait un équipement complet, comme il convenait à un chevalier, et parfaitement adapté à sa taille pour faciliter ses mouvements durant les longues chevauchées et les combats.
C'était à Tours qu'existait la principale fabrique d'armures de la contrée; elle appartenait à Colas de Montbazon. De sérieux motifs nous portent à croire que cet homme fut désigné pour équiper la Pucelle. Un courrier de Poitiers l'avait mandé à Chinon. Le roi désirait conférer avec lui au sujet des pièces composant l'armure de l'héroïne; il lui alloua pour la dépense prévue un crédit de cent livres. Mais, ici encore. Dieu allait intervenir. Quand la noble enfant entendit Charles VI I parler au fabricant de l'épée qu'il aurait à lui fournir, elle s'adressa au monarque :
- Gentil prince, dit-elle, ne songez pas à mon épée. le Roi du ciel y a pourvu lui-même.
— Comment cela. Jeanne?
- .Mes Voix m'ont révélé que Dieu a voulu choisir l'arme qu'il me destine; elle repose depuis longtemps sous la garde de ma bénie et bien-aiméc conseillère, la vierge d'Alexandrie, dans sa chapelle de Sainte-Catherine de Fierbois. Envoyez-la quérir. Sire. On la reconnaîtra à cinq petites croix qui sont gravées près de la garde de cette épée.
— Vous l'avez donc déjà vue?
Oh! non. jamais; pourtant mes célestes Voix me l'ont désignée et décrite d'une façon si nette qu'il semble que je ne la connaîtrais pas mieux si je l'avais vue de mes yeux. On la trouvera non loin de l'autel.
TOl'RS — MAISON DITE DE TRISTAN LHERMITE : COUR [NTERIE1 RE
A ces mots, chacun était dans la stupéfaction. Allait-on vraiment faire la découverte indiquée?
La petite église de Sainte-Catherine de Fierbois était un oratoire célèbre et vénéré.
Le maître armurier de Tours pria la vierge lorraine de dicter une lettre énonçant sa requête aux tabriciens de Sainte-Catherine de fierbois. et. muni de ce pli, il partit aussitôt. Arrivé à destination, il présenta sa missive au clergé; mais aucun de ses membres, pas plus que les employés de l'église, ne purent lui dire si la fameuse épée se trouvait dans la chapelle. Nul ne Taxait jamais vue. Néanmoins, pour satisfaire le désir de la jeune fille, on se livra à d'activés recherches. Enfin, on découvrit tout proche de l'autel, dans l'excavation d'un mur. un vieux coffre qui, certainement, n'avait pas été ouvert depuis vingt ans et plus. On le visita et on en tira plusieurs épées toutes rouillées. Après les avoir examinées de très près, on remarqua sur l'une d'elles les cinq petites croix dont Jeanne avait parlé. Émerveillés, les ecclésiastiques de Sainte-Catherine de Fierbois entreprirent de nettoyer de leurs mains consacrées l'arme que Dieu envoyait à la France, et ils constatèrent non sans étonnement que cette rouille, dont la morsure sur l'acier paraissait inguérissable, tombait sous leur action avec une surprenante facilité et comme d'elle-même. Cette besogne achevée. ne voulant pas remettre le glaive nu au messager de la Pucelle et du roi, ils ordonnèrent de confectionner rapidement un fourreau en velours vermeil, et l'armurier retourna en grande hâte à Chinon. Charles VII fut ravi d'apprendre l'heureux résultat des recherches faites sur les indications de la mystérieuse enfant. Puis l'héroïne étant partie pour Tours, il prescrivit au messager de la rejoindre et de lui porter l'arme merveilleuse.
Cependant le souverain avait confié la future guerrière à une vertueuse personne, dame d'honneur de la reine Marie d'Anjou, nommée Fléonore de la Pau. et habitant Tours, où elle avait épousé un notable bourgeois. Jean Dupuis.
La Pucelle reçut dans cette famille un si gracieux accueil qu'elle en conserva dans la suite le meilleur souvenir. L'épée miraculeuse de Fierbois. dont l'histoire circulait déjà partout, lui fut remise devant ses hôtes; elle la prit avec un indicible bonheur. Aussi les Tourangeux décidèrent-ils. afin d'honorer ce présent du ciel, d'offrir àJeanne un magnifique fourreau en drap d'or fleurdelisé. Pleine de reconnaissance envers les généreux donateurs, la jeune fille songea toutefois, non sans raison, que le velours vermeil, pas plus que le drap d'or, ne conviendrait aux longues étapes ni aux campements sur la terre nue. et elle commanda pour sa chère épée un solide fourreau de cuir.
L'Envoyée du ciel eut bientôt la visite de ses deux anciens compagnons de route, Jean de Metz et Bertrand de Poulengy. Ils avaient d'abord traversé Chinon dans l'espoir de l'y trouver, mais, ayant su qu'elle s'était dirigée sur Tours, ils axaient continué en hâte leur voyage jusqu'à cette ville. Ils revenaient de leur pèlerinage à Notre- Dame du Puy-en-Velay. Avec eux s'avançait Fr. Jean Pâquerel, le prêtre qu'Isabelle Romée envoyait à sa fille. Jeanne apprit de la bouche des voyageurs l'heureuse rencontre qu'ils axaient faite dans le sanctuaire national de Marie. Elle écouta avide-
ment tout ce que les gentilshommes racontaient de sa mère hien-aimée. elle eut, un instant, la douce sensation de revivre au milieu des siens. Ce précieux moment la consola de bien des peines et de bien des labeurs endurés durant les six semaines qu'elle venait de passer dans l'atmosphère étouffante de la cour et du palais. C'est alors que ses guides lui présentèrent Jean Pàquerel :
— Jeanne, dirent-ils. nous vous amenons ce bon Père! Si vous le connaissiez bien, vous l'aimeriez beaucoup.
— Je suis bien contente de le voir, répondit-elle, on m'a souvent parlé de lui. et je veux que demain il m'entende en confession.
En effet, le lendemain, le religieux la reçut au tribunal de la Pénitence et chanta la sainte messe devant elle. Depuis cette heure, jusqu'au jour où l'héroïne fut emmenée prisonnière à Compiègne, il ne la quitta plus et devint son principal aumônier.
Les décisions royales, constituant à Jeanne la Pucelle une maison militaire, arrivèrent bientôt à Tours. Le monarque avait compris que pour lui assurer le respect des chefs et des troupes il devait faire les choses grandement; il lui assignait donc rang de comte. Sous ses ordres et la surveillance de Jean d'Aulon qui était déjà son maître d'hôtel et son éeuyer, il plaçait une compagnie composée d'un certain nombre d'hommes d'armes, parmi lesquels nous retrouvons Jean de Metz et Bertrand de Poulengy; eux-mêmes avaient sous leurs ordres plusieurs serviteurs. Des gentilshommes étaient choisis comme secrétaires de l'humble fille. Quant à Louis de Coûtes. on lui donna à Tours son titre définitif de page de la Pucelle. et il lui fut adjoint, en cette qualité, un jeune noble du nom de Ravmond.
Pendant ce temps, on s'occupait activement dans les ateliers de Colas de Montbazon de l'équipement de Jeanne.
Toutes les pièces de l'armure arrivèrent au logis de maître Dupuis, et la dame de la Pau les essaya à Jeanne qui d'un regard attendri les contemplait l'une après l'autre avant de s'en recouvrir. Il y avait des casques de plusieurs modèles : heaume, bassinet, salade, capeline, etc., ainsi que des accessoires nécessaires, tels que gorgerins, mentonnières et bavières; un plastron d'une rare élégance, d'une solidité à toute épreuve, accompagné d'un jaseran ou cotte de mailles, pour les jours où l'on ne s'armait que légèrement; des épaulières, cubitières, canons d'avant et d'arrière-bras et des gantelets pour les membres supérieurs; une braconnière afin de protéger le milieu du corps; puis pour les jambes: des cuissards, des genouillères, des grèves et des solerets, Jeanne revêtit le tout avec une joie très vive-; chaque objet fut ajusté de la façon la plus parfaite, afin qu'il fut possible à la vaillante enfant de bien besogner contre les ennemis, selon que Dieu le commandait.
Les chevaux formaient la partie essentielle du train de guerre. On amena à Tours la monture que le duc d'Alençon avait promise à la jeune fille quand elle courut sa première lance, et Charles VII lui offrit toute une écurie composée, croit-on. de coursiers entièrement blancs ou noirs.
Si nous ajoutons aux chevaux et aux armes défensives décrites plus haut des lances, des dagues, une hachette, et surtout l'épée de Sainte-Catherine de Fierbois.
ne semble-t-il pas que nous connaissions tout l'équipement de la Pucelle? Il n'en est rien toutefois; nous n'avons pas encore parlé de ce que l'héroïne regardait comme la pièce principale de son armement : l'étendard.
— Je l'aimais quarante fois mieux que mon épée, dit-elle un jour en le nommant. L'usage voulait alors qu'un chef militaire eût un étendard qui servit de signe de
ralliement à ses troupes. C'est pourquoi elle chargea un artiste de Tours, appelé Hennés Polnoir, avec lequel on l'avait mise en rapport, de lui peindre un autre pennon sur le modèle du premier.
Les choses en étaient là lorsque dans une des révélations que lui faisaient saint Michel, sainte Catherins et sainte Marguerite, la jeune vierge reçut l'ordre de prendre un étendard symbolisant sa mission divine. Le peintre se procura une bande de toile solide de bougran autrement dit boucassin: il la choisit suffisamment large, mais formant rectangle. Puis il fixa un des côtés de la bande à la hampe, faite d'une belle et forte lance, de laquelle surgissaient deux tiges de fer pour maintenir l'étoffe déployée.
L'étoffe ainsi préparée, on y peignit, d'après l'ordre exprès de Dieu, sur la face principale, Jésus-Christ étendant la main droite pour bénir et tenant de la gauche la boule du monde surmontée d'une croix. Le Sauveur était entouré d'un soleil de gloire; à ses côtés deux anges prosternés l'adorant et lui offrant une Heur de lis; vers les pointes du pennon. les mots: Jhesus, Maria. Sur l'autre côté, près de la hampe, les armes de France soutenues par deux anges; au-dessous, modestement l'écu. précédemment décrit que Jeanne avait choisi à Poitiers. En s'éloignant. la scène de l'Annonciation; un ange à genoux saluant Marie en lui disant: Ave Mafia. Le champ blanc de la bannière, autour des peintures, était semé de fleurs de lis d'or, et tous ses bords largement frangés.
Lorsque le travail fut achevé, Jeanne, le contemplant avec bonheur, constata qu'il ressemblait parfaitement au modèle présenté par ses Voix et. dans une vision qui suivit, elle entendit sainte Catherine et sainte Marguerite prononcer ces paroles :
— Puisque tu as obéi et fait peindre le Roi du ciel sur ta bannière, prends-la sans crainte et porte-la hardiment.
Tandis que tout cela se passait à Tours, la cité orléanaise. pressée de plus en plus par les Anglais, oubliait sa terrible anxiété pour ne songer qu'à la Libératrice. On parlait d'elle, et si les propos n'exprimaient pas toujours l'exacte vérité, ils s'en rapprochaient beaucoup.
Cependant on avait dû se hâter dans la confection de l'équipement de Jeanne, car. à Blois. les préparatifs pour le ravitaillement de la ville d'Orléans s'achevaient : on chargeait les vivres, on rassemblait les soldats. Le roi décida que la Pucelle se rendrait sans retard dans la cité si éprouvée; il envoya à Tours, pour la quérir, les sires de Rais, Ambroise de Loré et quelques autres seigneurs. En leur société, la jeune fille se mit en route et atteignit Blois dans la soirée du 24 avril. Une bien douce surprise l'y attendait : ses frères, Jean et Pierre, répondant à ses désirs, venaient d'arriver, eux aussi, et la volonté rovale les avait inscrits comme hommes d'armes dans la compagnie
IIO l-A BIENHEUREUSE JEANNE D ARC
de leur sœur. Celle-ci se jeta dans leurs bras avec un bonheur indicible: c'était la première joie terrestre qu'elle goûtait depuis son départ de la maison paternelle. Ils apportaient à la fugitive le pardon de son père; leur présence disait plus encore à la vaillante entant : c'était un témoignage de l'approbation de ses chers parents à l'œuvre sublime que le ciel lui axait confiée.
Le lendemain, de grand matin, la Pucellë, suivie de ses frères et de tous ses gens, se dirigea vers la collégiale Saint-Sauveur. C'était Lin beau sanctuaire du \r siècle, érigé au centre de l'ancien Caslrum de Blois. et sur le sommet du coteau d'où l'on découvre un si gracieux paysage.
Dans cette église, la vierge lorraine, humblement agenouillée, entendit une messe.
On célébrait la fête solennelle de saint Marc; après la messe, et avant de commencer la procession de ce jour, le clergé descendit jusqu'aux abords du chœur. L'héroïne prit son étendard des mains du page qui l'accompagnait, s'approcha du prêtre officiant, et, après s'être inclinée avec un profond respect, le remit à l'un des clercs. Celui-ci tint la précieuse enseigne devant le célébrant qui récita les prières de la bénédiction des drapeaux, l'aspergea d'eau bénite, puis la tendit à la jeune tille en disant :
— Reçois cet étendard sanctifié par les célestes bénéditions. Dieu te fasse la grâce de le porter sans crainte et sans péril à travers les bataillons ennemis!
Tout est prêt désormais du côté du chef que la miséricorde céleste accorde à la France. La Pucelle a passé par toutes les épreuves, a triomphé de tous les obstacles : jusqu'ici elle a pleinement satisfait aux exigences du souverain Maitre. Il ne lui reste plus qu'à prendre contact avec l'armée qui l'attend et à prévoir, guidée par les lumières divines, les moyens qui lui donneront la victoire garantie par Xotre-Seigneur.
Avant de terminer cette première partie de l'histoire de Jeanne d'Arc, il est opportun de constater combien se trouve réalisé à la lettre le titre inscrit en tête de ces lignes : Inspirée et Envoyée.
Inspirée, Jeanne l'est depuis l'âge de douze ans et demi. Sous son regard, le ciel s'est ouvert. Elle a vu un archange, des anges et des saintes venir vers elle, lui transmettre dans leurs détails les ordres d'En Haut.
Inspirée: Jeanne a reçu les confidences divines, relativement à sa patrie. Elle sait que ce royaume très chrétien est différent des autres dans sa constitution, que son vrai et unique roi. c'est Jésus lui-même. Si le Sauveur du monde permet à un mortel de s'asseoir sur le trône de France, ce n'est qu'en vertu de la lieutenance accordée par ce Maître adorable. C'est en application de ce principe que la Libératrice est envoyée vers Charles VII, afin de lui remettre, par délégation providentielle, le gouvernement de la nation.
Inspirée: Jeanne a été instruite surnaturellement de tout ce qui concerne son extraordinaire mission. Ce sont ses Voix qui l'ont initiée aux dédales de la politique, qui lui ont enseigné la conduite des armées, la science d'utiliser les engins de guerre et l'artillerie, l'art de chevaucher et de manier les armes offensives et défensives.
lui résumé, la transformation d'une jeune fille de dix-sept ans en un chef militaire
expert et habile est un chef-d'œuvre du Tout-Puissant, c'est un miracle de premier ordre, et ce miracle a été accompli en faveur de notre patrie.
Oui, c'est à la France réduite aux abois, à la France agonisante qu'une messagère inspirée est envoyée, car Dieu veut relever la nation chère à son cœur.
Envoyée par le Ciel, Jeanne s'avance au-devant d'un peuple malheureux, victime des pires attentats, opprimé par des factions tour à tour victorieuses. Ce peuple, on le ruine pour payer les frais d'une guerre séculaire; d'affreux massacres le déciment tandis qu'il se souille lui-même de tous les crimes engendrés par l'ignorance et la barbarie. Hélas! le beau pays de France est maintenant inhabitable. D'une frontière à l'autre se répercute le cri suppliant de ceux qui souffrent; l'Archange l'a fait résonner aux oreilles de la généreuse paysanne et lui a montré cette grande pitié de tant d'êtres
endoloris La Pucelle, compatissante, bonne, douce, accessible à toutes les misères.
arrive alors vers ses compatriotes éprouvés. On la reçoit comme un ange du Ciel, et un ravon d'espérance pénètre dans tous les cœurs alors qu'elle répète aux pauvres affligés en les consolant gracieusement : « C'est pour vous que je suis venue. »
Envoyée par Dieu, Jeanne est donnée à une nation vaincue. Non seulement l'armée française est mise en déroute, mais elle a pris l'habitude de la défaite.
Après avoir vu la tactique anglaise écraser nos troupes sur les champs de bataille à Crécy, à Poitiers, à Azincourt et dans tant d'autres endroits, alors qu'on avait le double avantage de la valeur et du nombre, le soldat français n'a plus confiance en lui-même; il se trouble devant les forces ennemies et ne se croit plus capable de triompher; pour lui, il n'existe plus que la honte de la débâcle. Mais l'héroïne va porter son étendard divin sur notre front de combat, et les fils de France courront de nouveau à la victoire. La Pucelle promet, si l'on consent à l'écouter et à la suivre, de débarrasser le sol national du contact impur de l'envahisseur.
Envoyée par Dieu, Jeanne se présente à un roi découragé, qui n'a aucune initiative. qui ne sait même plus commander. Ce vaincu des Anglais est le captif de ses ministres et de ses courtisans. Il n'a pas reçu et ne peut recevoir l'onction qui fait les monarques français, puisque l'ennemi détient Reims et la Sainte Ampoule. Pauvre prince qui ne possède qu'un lambeau de territoire et n'a pas l'énergie d'en défendre le principal boulevard; Orléans, la clé de ce patrimoine diminué, est sur le point de succomber.
Mais la vierge de Domremy offre son concours.
— Mettez-moi en œuvre, dit-elle à Charles VII, et je vous rendrai votre royaume. C'est Dieu qui m'envoie pour vous sauver; en voulez-vous la preuve? Je puis vous affirmer qu'Orléans sera délivré par moi. Cette prophétie doit déjà vous inspirer confiance; en voici une autre non moins convaincante: votre sacre se fera à Reims pour l'été qui s'annonce.
File ajoute encore :
— Si vous voulez m'employer, c'est votre royaume tout entier que je vous rendrai. La vaillante enfant a reçu du Ciel un mandat qui a pour objet la résurrection de la
France. Après l'expulsion de l'Anglais, elle remettra notre nation sur le chemin tracé
par le Christ, et opérera, suivant ses propres paroles. « le plus beau fait d'armes qui fut jamais pour la chrétienté ».
Comment la France répondra-t-elle aux avances de son divin Roi? Les pages qui vont suivre nous le diront en même temps qu'elles nous montreront l'héroïque jeune fille à l'œuvre. Que la voix de Dieu soit écoutée ou qu'elle soit méconnue, nous allons assister à un drame émouvant et grandiose.
En tous cas. si la nation est libre. Dieu est tout-puissant. Celui qui a réparé le désordre introduit par la faute de nos premiers parents et tiré la rédemption du crime des Juifs déicides n'a point raccourci son bras. 11 est un résultat que nous pouvons déjà prévoir : des êtres pervers seront assez rusés et assez forts, il est vrai, pour détourner notre pavs de son devoir et l'empêcher de correspondre au mandat d'où sortirait le salut de la patrie, mais le Christ, Chef et Roi des Francs, saura bien, malgré leur trahison, plus encore à cause d'elle, tirer de nouvelles forces du cœur de son Envoyée, et montrer au monde, après un labeur retardé, séculaire peut-être mais assuré, la France rachetée, sauvée et régénérée par le fait du merveilleux instrument qu'il a choisi. Jeanne d'Arc, triomphante ou méconnue, demeurera, malgré l'effort conjuré des méchants et de Satan en courroux, la Libératrice nationale de la France chrétienne ressuscitée.