‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 23 sur 117 · VILLE ASSIÉGÉE COLLOQUE DU BATARD D'ORLÉANS ET DE JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

VILLE ASSIÉGÉE COLLOQUE DU BATARD D'ORLÉANS ET DE JEANNE D'ARC

En 1429, Blois, capitale du comte de ce nom, était déjà une très ancienne ville. construite sur une élévation de la rive droite de la Loire. Outre l'église Saint-Sauveur déjà mentionnée, on remarquait parmi ses monuments religieux l'église bénédictine de Saint-Laumer, dont le chœur, bâti en u3S, d'un style roman très pur, existe encore aujourd'hui. Au centre de la cité et de la colline se dressait le majestueux château fort construit au xme siècle par les comtes de Chàtillon.

Voilà vingt-six ans que le même guerrier commande aux habitants de Blois: c'est Archambault de Villars; il a le titre de « capitaine du château ». qu'il conservera jusqu'en iq3i.

Sa situation n'est pas une sinécure à cette époque troublée de l'histoire de France. Depuis que l'invasion anglaise menace les bords de la Loire, il n'est plus question sur les comptes que de dépenses pour garder et détendre la ville ou pour secourir les cités voisines. Orléans, notamment, lui donne de graves préoccupations.

Blois est donc le poste a\ancé du parti national. Protégeant le cours de la basse Loire, il aura à supporter l'effort des Anglais, si Orléans succombe; et, à l'heure actuelle, il est évidemment le mieux situé pour taire passer des provisions à la place assiégée et rassembler les compagnies qui doivent lui porter secours.

Aussi quelle animation et quelle confusion régnent dans ses murs aux derniers jours d'avril 1421). lorsque Jeanne d'Arc y arrive !

La reine Yolande a soigneusement réglé l'organisation du convoi de vivres. Elle veille à ce que le blé soit transporté des bateaux sur les charrettes, et les tètes de bétail mises en sûreté, obtient de Charles VII, à qui elle dépèche le duc d'Alençon, de l'or pour paver les frais de l'expédition; mais elle est peu compétente quand il s'agit de la préparation spéciale de l'armée.

A l'appel du roi accoururent de toutes les directions les débris de ses troupes tant de t'ois vaincues. On voit des soudards mal équipés, porteurs de pièces d'armure en mauvais état, franchir les ponts-levis et pénétrer dans la cité par petites bandes. La guerre n'est généralement pas pour eux le rendez-vous du dévouement et du patriotisme : ils en tout presque toujours un métier. Ces hommes, rangés sous une bannière quelconque. savent se battre courageusement, surtout lorsqu'ils ont pleine et entière confiance en leurs chefs; mais ensuite, libres d'engagement, ils sont incapables de gagner leur vie, n'exerçant aucune profession : le pillage est en ce cas leur seul moyen d'existence. A l'heure donc où se poursuivent les apprêts pour aller ravitailler Orléans, ces soudards cherchent à travers la ville quelque capitaine muni de l'argent nécessaire à la subsistance de sa compagnie afin de lui offrir leurs services. Outre ces mercenaires, il y a là encore, comme renforts, des paysans chassés de leurs chaumières par l'envahisseur et brûlant de se venger.

Les gentilshommes convoqués par le roi : chevaliers bannerets, simples chevaliers et écuyers, arrivent également à Blois. Ils loueront à gages ces soldats d'aventure et seront ainsi leurs officiers. De loin en loin, on remarque dans les rues de la cité des seigneurs et des chefs pins importants; ceux-là seront chargés des commandements supérieurs.

Depuis quelque temps. Amhroise de Loré et l'amiral de Culant sont venus pour aider la reine de Sicile. Le duc d'Alençon les a accompagnés, mais, malgré son ardeur. n'étant pas libéré de sa rançon envers les Anglais, il ne peut suivre les combattants. Bientôt, avec Regnault de (martres, chancelier de France, d'autres nobles seigneurs les rejoindront : ce sont le sire de Gaucourt, conseiller du roi; le seigneur de Rais et le maréchal de Boussac, ainsi que le brave des braves. Etienne de Vignoles, surnommé La Dire.

Dans la ville, l'animation est grande. Tandis qu'on achève de charger les blés sur les charrettes, que l'on amène les derniers bestiaux, les soudards vont de-ci. de-là. se coudoyant, bousculant tout pour atteindre le chef de leur choix, jurant, hélas! frappant même quand la repartie n'est pas de leur goût. Toute cette cohue ne connaît les nouvelles qu'en bloc, mais elle sait qu'une vierge est là. se disant envoyée de Dieu et promettant de conduire les armées de France à la victoire. Pour le moment, le plus

grand nombre regarde avec mépris cette jeune fille qui prétend commander à des hommes, et bien haut l'on proteste en déclarant qu'on ne lui obéira pas. La Ilire a entendu la menace. Il a pu apprécier par une triste et toute récente expérience combien de fois la division a perdu les Français; à tout prix il veut éviter le retour de pareil malheur. D'ailleurs, n'est-il pas bien placé pour se renseigner ? Ancien capitaine de Vitrv en Champagne, il a eu de fréquents rapports avec Robert de Baudricourt et sait que ce chef prudent et éprouvé n'aurait pas envoyé Jeanne au roi sans de sérieuses garanties. 11 lui est de plus facile d'interroger Bertrand de Poulengy et Jean de .Metz. La Hire se fait donc avant tout une opinion; elle est favorable à la Pucelle; elle devient une inébranlable foi dans la mission surnaturelle de la jeune tille.

Le moment arriva bientôt où l'héroïne dut se présenter aux troupes réunies à Blois et leur montrer son étendard encore tout embaumé des bénédictions de l'Eglise. Hélas! pauvre Jeanne! Les sentiments de défiance commencèrent à se traduire extérieurement; les officiers la traitèrent avec mépris et dérision :

— Voici un vaillant champion et un beau capitaine pour reconquérir le royaume de France! disaient-ils.

Et ils murmuraient contre le roi et ses conseillers qui leur donnaient un tel chef! Le duc d'Alençon protestait de toutes ses forces; mais les mutins étaient si nombreux!

C'est alors que La Hire quitta le rang. et. lentement, de sa mâle voix, prononça ces solennelles paroles ■•

— Je jure de vous suivre. Jeanne, moi et toute ma compagnie, là où vous voudrez nous mener.

Cette déclaration impressionna vivement les auditeurs. Peu à peu. les murmures prirent t\n; beaucoup se laissèrent entraîner à la suite de l'intrépide capitaine, et les mécontents n'osèrent plus exprimer tout haut leur antipathie.

Jeanne fut fort joveuse de l'adhésion publique du vaillant chef. et. du fond du cœur, elle en bénit le ciel. Ses Voix lui imposaient toutefois un devoir bien plus difficile que celui de conduire cette armée à Orléans. Elles lui disaient que Dieu n'entendait pas se servir, pour délivrer la France, du ministère d'hommes souillés de crimes, et que tous ceux qui marcheraient à sa suite auraient d'abord à purifier leur âme par le sacrement de Pénitence

Michelet écrit très justement à ce propos : « La guerre avait changé les hommes en bètes. il fallait de ces bètes refaire des hommes, des chrétiens, des sujets dociles. Grand et difficile changement! » Nous ajoutons: Miracle que Dieu seul peut opérer! Aussi est-ce de Dieu seul que Jeanne attendra cette œuvre. Il n'y a d'ailleurs nulle proportion entre le moyen qu'elle emploie et les résultats qu'elle obtient.

En effet, à peine arrivée à Blois, jugeant par elle-même du lamentable état religieux et moral des troupes assemblées, Jeanne appela son aumônier.

— Frère Pàquerel. lui dit-elle, il faut convertir nos soldats. Procurez-vous donc immédiatement une bannière représentant Xotre-Seigneur Jésus-Christ en croix, avec la Sainte Vierge Marie et saint Jean à ses côtés; puis ordonnez à tous les prêtres présents de se réunir avec vous, matin et soir, en plein air. autour de cet étendard

Cet ordre fut exécuté aussitôt. Jeanne se rendit elle-même près de la bannière, et l'on se mit à chanter des cantiques et des hymnes en l'honneur de la Sainte Vierge .Marie. On priait pour la conversion des guerriers et le salut des armes de France. Les soldats, qui erraient inactifs et désœuvrés par la ville, turent bientôt attirés par la nouveauté du spectacle. Ils s'avancèrent en foule pour prendre part à cette pieuse assemblée. Ces scènes faisaient revivre en eux le souvenir et l'amour de la religion, qu'ils avaient oubliée dans la vie des camps. .Mais la Pucelle, s'adressant à tous, s'écriait avec son autorité de chef :

— Que pas un ne se joigne à nous qu'il ne soit confessé, les prêtres qui m'entourent recevront immédiatement les confessions.

Ainsi fut fait : l'armée, sous l'impulsion de la grâce, recourut presque tout entière au sacrement de Pénitence.

L'exemple était parti de haut. Le brave La Ilire avait juré de suivre Jeanne partout où elle le mènerait; l'Envoyée de Dieu le conduisit d'abord au saint Tribunal. Et lui. pourtant si passionné pour les rapines et les pilleries. lui qui tenait ce propos conservé par l'histoire : « Si Dieu devenait homme d'armes, il se ferait pillard »; lui. La Hire, se confessa. Ce ne fut pas là une démarche de complaisance, un simulacre pour entraîner la masse, mais un acte sincère, accompagné de ferme propos. Le hardi

capitaine était en effet un jureur obstiné Comme les autres, il dut prendre sa

part de reproches que Jeanne adressait à tous les blasphémateurs et diseurs de jurons. Sa résolution fut si loyale qu'au moment de son retour à Dieu, au lieu de toutes les exclamations défendues, il adopta pour l'avenir celle-ci: « Par mon martin! » c'est-à-dire : « Par mon bâton ! »

L'effet moral fut immense. La grâce transforma ces gens bien confessés, pénitents, et de bonne volonté. Aussi Michelet a-t-il raison de dire :

Ils avaient rajeuni; ils s'étaient parfaitement oubliés, ils se retrouvaient comme en leurs

belles années, pleins de bonne volonté et d'espoir, tous jeunes comme Jeanne, tous entants

Avec elle, ils commençaient de tout cœur une nouvelle vie.

A la tète d'une telle armée la vierge surnaturellement inspirée pouvait courir sus aux Anglais. Pour amener ses soldats à se confesser, l'héroïque jeune tille leur avait promis que Dieu serait avec eux et leur donnerait la victoire pourvu que leurs âmes fussent en bon état. La condition étant réalisée. Jeanne rassurée peut entrer en campagne.

Toutefois, avant de combattre, un devoir, dont les Saintes n'ont pas omis d'instruire l'Envoyée de Dieu, s'impose. La loi divine, comme le droit des gens, exige que tout acte d'hostilité soit précédé d'une proposition pacifique. La Pucelle n'oublie pas ce précepte, et avant de marcher contre l'envahisseur, elle lui fait savoir que c'est contre Dieu même qu'il va désormais lutter.

Pour ce solennel avertissement, nous l'avons vu. ses Voix l'ont préparée à Chinon. Jeanne a dicté une sommation à l'un des clercs de Poitiers, afin de la soumettre aux docteurs de l'Université. L'heure est venue de livrer ce document à la connaissance

des ennemis. Dans ce but. la jeune guerrière, dès son arrivée à Blois, en a fait remettre à deux hérauts une copie.

Les deux hommes sont donc montés en selle et galopent vers la bastille de Saint- Laurent, construite à l'ouest des remparts de la ville; là résident ceux auxquels la missive est adressée.

Ce devoir chrétien accompli, on peut songer à marcher sur Orléans. Il fallait néanmoins choisir la route, car il s*en présentait deux qui reliaient Blois à la cité assiégée. Celle de la rive droite traversait la Beauce : en la suivant, on avait à éviter, le long du fleuve, Beaugenev et Meung, forteresses occupées par les Anglais. C'est aussi de ce côté que les assiégeants avaient le gros de leurs forces et le plus grand nombre de leurs postes retranchés. De plus, dans cette direction, le convoi risquait d'être rejoint par Falstoffet par une armée de secours dont les Anglais attendaient précisément l'arrivée à cette époque. Docile aux avis des Saintes, en qui elle avait toute confiance, la PuCelle avait, malgré tant d'obstacles, choisi cette voie pour courir sus à l'ennemi et le culbuter sans retard.

L'autre route pourtant avait de réels avantages. Longeant la rive gauche de la Loire, où les troupes anglaises avaient beaucoup moins de points de contact, elle s'éloignait du iîeuve pour côtoyer son affluent le Loiret qu'elle traversait à Olivet. Là, se maintenant à distance des postes adverses, elle allait retrouver la Loire à mi-chemin d'Orléans et de Jargeau, vers Chécy. Cet endroit était favorable pour l'embarquement du convoi sur le fleuve; car, après avoir chargé les bateaux, il suffisait de les laisser aller au gré de l'eau jusqu'à la place assiégée.

Aussi, en cette occasion, on ne consulta guère que la prudence humaine. Tout en ayant l'air de s'en remettre à la Pucelle, on se garda bien de l'écouter et de la croire. Regnault de Chartres et le Conseil qui se réunit à Blois décidèrent donc de confier à Jeanne les soldats arrivés dans cette ville et une partie seulement des subsistances et des munitions qu'on y avait préparées. Ils décrétèrent expressément que tout l'effort de cette expédition se réduirait à faire pénétrer le convoi dans la cité et défendirent d'engager une bataille générale. Orléans ravitaillé, la petite armée devait revenir à Blois chercher de nouveaux ordres et un second convoi. A-t-on caché ces dispositions à la jeune guerrière, la trompant sur la voie que l'on suivait, ou lui a-t-on imposé ce chemin ? C'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. Le 26 avril, le héraut Ambleville annonçait que les Anglais, non seulement refusaient d'obéir à la sommation de Jeanne, mais qu'ils avaient conservé prisonnier son collègue Guyenne pour des représailles dont il sera parlé ultérieurement. L'ordre fut donné de partir le lendemain matin.

Le 27 avril, l'armée se mit en marche. Elle était précédée de la bannière de Jésus crucifié que Jeanne lui avait donnée, et du clergé qui chantait le Veni Creator et d'autres hymnes.

Une surnaturelle et mystérieuse impression dominait la troupe de la Pucelle : l'héroïne, toute bardée de fer et suivie des officiers de sa maison, se portait de compagnie en compagnie, renouvelant ses exhortations. — Confessez vos péchés, purifiez votre conscience, et avez grande confiance en Dieu !

Le mouvement de la colonne était alourdi par la présence du convoi de vivres et du bétail; il fallait de plus, par divers détours, éviter de prendre contact avec les forteresses qui étaient au pouvoir des Anglais. Vers la nuit, on arriva au plateau de Villeny, où l'on fixa le camp. Jeanne, obligée de reposer au milieu des officiers et des soldats, ne se dévêtit pas. elle conserva sa pesante armure sans en retrancher une seule pièce. inaugurant une pénitence d'un genre nouveau et d'une exceptionnelle rudesse, qu'elle observa d'ailleurs en semblable circonstance, durant toute sa vie de guerrière, et elle s'étendit sous la tente, les membres serrés dans leur inflexible prison d'acier. Elle fut sur pied dès l'aube, se confessa à Fr. Jean Pàquerel, puis elle demanda que le Saint Sacrifice de la Messe tût célébré et communia pieusement à la vue de tous. Son exemple confirmait bien les leçons que donnait sa parole : plusieurs hommes d'armes l'imitèrent séance tenante.

Jeanne remonta ensuite en selle. Ceux qui l'entouraient remarquèrent à la gêne de ses mouvements qu'elle avait été fort meurtrie par la dure étreinte de son armure; mais, sans se plaindre, elle continua à conduire l'expédition et à encourager les soldats. La seconde journée de marche s'écoula comme la première, et. dans l'après-midi du 2(S avril, des hauteurs d'Olivet, on aperçut les murailles d'Orléans qui se dessinaient à l'horizon. La Pucelle les salua d'un vif élan de cœur, tandis qu'elle cria vers Dieu sa reconnaissance pour le passé et sa foi dans l'avenir.

.Mais sa joie est de courte durée: la marche du convoi est arrêtée par la Loire. Ah ! si on l'avait écoutée, dès maintenant elle pénétrerait dans la place assiégée; sans tarder elle courrait aux Anglais; et voilà que de nouveaux délais vont nécessairement s'imposer. Combien de temps dureront-ils? Angoissante question à laquelle elle ne peut répondre

L'affliction de Jeanne est profonde; pendant qu'elle chevauchait, suivie de quelques cavaliers, en reconnaissance du côté de la ville, on lui montra un personnage qui avait passé la Loire sur un bateau et abordait au port du Bouchet. C'est le commandant militaire de la ville lui-même, le Bâtard d'Orléans, accompagné de Thibaut d'Armagnac et d'une faible escorte.

La jeune fille pousse son cheval droit vers lui, et à peine l'a-t-elle rejoint que s'engage entre eux le vif et mémorable colloque que voici : Est-ce vous, lui dit-elle, qui êtes le Bâtard d'Orléans?

- Oui, et je suis bien heureux de votre venue.

- Lst-ce vous qui avez donné l'ordre que j'arrive de ce coté et que je n'aille pas directement là où se trouvent Talbot et les Anglais ?

- Oui. pour plus de sûreté, et de plus sages que moi sont du même avis.

- Au nom de Dieu, le conseil de mon Seigneur est plus sage et plus sur que le vôtre. Nous avez cru me tromper, et c'est vous-même qui vous trompez, car je vous amené meilleur secours qu'il n'en est jamais venu à général ou ville quelconque : c'est celui du Roi du ciel. Ce secours ne procède pas de moi. mais de Dieu qui. à la prière de saint Louis et de saint Charlcmagne. a eu pitié d'Orléans et n'a point voulu souffrir que les ennemis eussent à la fois le duc et sa ville.

Le Bâtard d'Orléans fut d'autant plus impressionne de cette réponse qu'un prodige l'accompagna. Il était alors dans le plus cruel embarras. Averti par Jean Langlois, messager hlésois. dépêché directement vers lui, que l'armée de secours est en route. et connaissant à l'avance le plan de marche des capitaines qui la dirigent, il a préparé sous les murs de la cité une flottille de chalands destinés à charger les vivres que les soldats de Jeanne vont conduire en bonne garde jusqu'à l'île aux Bourdons, près de Chécy. Or, voici qu'au moment même où il abordait l'Envoyée de Dieu, le gouverneur voyait ses chalands immobilisés sous les murs d'Orléans: les eaux étaient trop basses pour qu'ils pussent remonter le fleuve et. de plus, un fort vent d'Est les poussait en aval. Ce contretemps n'avait pas échappé aux hommes d'armes qui entouraient la Pucelle. et comme ils lui en faisaient la remarque :

— Prenez patience un instant, assura l'héroïne, tout le convoi entrera dans la ville.

C'est alors qu'elle entretint le Bâtard d'Orléans dans les termes que l'on vient de lire. A peine avait-elle prononcé ces paroles : « Je vous amène le secours du Roi du ciel ». que, subitement, et sans que rien auparavant ne permit de le prévoir, le vent tourna â l'Ouest et la crue se produisit, si bien que les bateaux n'eurent qu'à se confier à leurs voiles.

Aussitôt le gouverneur rejoignit la rive et entra dans l'un des chalands, où se trouvait déjà Nicolas de Ciresme, grand prieur de France en l'Ordre de Rhodes: il remonta facilement la Loire jusqu'au delà de l'église Saint-Loup, et malgré les Anglais mit toute sa flottille en lieu sur.

Ainsi Jeanne était à peine arrivée en vue d'Orléans que Dieu, manifestement, secourait la ville assiégée.

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