‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 117 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LA REINE RETOURNE A BOURGES — DEPART DE CHARLES VII POUR REIMS, LE 20, JUIN 1429 — LA COI B ET L'ARMÉE — LA PUCELLE SAUVEGARDE LES MŒURS ET LA DISCIPLINE DE' CORPS EXPÉDITIONNAIRE — SOUMISSION DE GRAVANT ET DE COULANGES-LA-VINEUSE — ARRIVÉE DEVANT AUXERRE : COMPO- SITION OBTENUE PAR LA TRÉMOILLE POUR CETTE VILLE — SAINT-FLORENTIN, BRIENON-l'aRCHEVÊQI i ET SAINT-PHAL SE SOUMETTENT — L' ARMÉE FRANÇAISE DEVANT TROYES : LETTRES DE ROI ET DE LA PUCELLE AUX BOURGEOIS DE CETTE VILLE — LA DISETTE AI" CAMP FRANÇAIS — FR. RICHARD : SES PRÉDICATIONS, SES ENTREVUES AVEC JEANNE — LE CONSEIL ROYAL: REGNAULT DE CHARTRES DEMANDE LE RETOUR EN ARRIÈRE — ROBERT LE MASSON, SEIGNEUR DE TRÊVES — ARRIVÉE DE LA PUCELLE AU CONSEIL ROYAL : SES PROMESSES

Jeanne, s'élançant la première sur la route de Reims, exprimait ainsi le mouvement intérieur et surnaturel qui la poussait en avant et la pressait de hâter l'heure où s'accomplirait la promesse qu'elle avait reçue du Ciel de voir couronner sous ses yeux l'héritier légitime du trône de France.

Toutefois, par ce départ si rapidement effectué, la Pucelle laissait le champ libre à l'ascendant de La Trémoille. Nul doute que le ministre ne se soit empressé d'en profiter, et j'attribue à son initiative la subite détermination de Charles VII. renonçant contre toute attente à se faire accompagner de la reine durant son voyage à Reims. Celle-ci croyait à la mission de Jeanne et l'avait toujours favorisée de toutes ses forces. Elle gardait au cœur un véritable culte pour l'Envoyée de Dieu. Permettre à Marie d'Anjou de suivre son royal époux, c'était pour La Trémoille laisser en permanence auprès du souverain une influence hostile aux desseins secrets qu'il nourrissait. Aussi, dès que l'héroïne fut hors de Cien. le Conseil décida que le roi partirait seul. La reine, à son grand déplaisir sans doute, fut donc reconduite à Bourges.

Enfin Charles VII se mit en route: c'était le mercredi 29 juin, fête de Saint-Pierre. Il avait autour de lui. avec son favori La Trémoille, le chancelier Regnault de Chartres^ le conseiller Robert le Masson, le duc d'Alençon. le maréchal de Boussac. les comtes de Clermont et de Vendôme, le Bâtard d'Orléans, les sires de Rais, de Laval. d'Albret, de Gaucourt. l'amiral de Culant, le brave chevalier breton de Kermoisan. La Hire. Xaintrailles et beaucoup d'autres chefs vaillants et expérimentés.

De nombreux ecclésiastiques et religieux accompagnaient, à titre d'aumôniers, les soldats de la Pucelle.

2l6 LA BIENHEUREUSE JEANNE D'ARC

On avait réuni douze mille combattants. Le soir de la première journée. Jeanne fut rejointe par le roi. la cour et le gros de l'armée. Elle se montra, durant cette expédition, telle que nous l'avons connue pendant les campagnes d'Orléans et de Patay, c'est-à-dire une organisatrice infatigable. Son principal souci consistait à maintenir parmi ses hommes la discipline la plus terme et les règles de la plus rigide moralité. Dans ce but, elle s'opposait de toutes ses forces au pillage et aux rapines qui étaient pourtant à cette époque une coutume tellement passée dans les mœurs, qu'ennemis ou amis redoutaient, comme le pire des fléaux, la présence d'une troupe sur le pied de guerre.

Même s'il s'agissait d'un simple larcin, la jeune guerrière le blâmait énergiquement. Un soldat écossais axant donné à entendre devant elle qu'il venait de prendre sa part d'un veau dérobé à des paysans, elle le tança avec une grande sévérité et le menaça même d'un châtiment corporel conformément aux usages militaires d'alors. Elle-même ne cessa d'être, durant la campagne qui commençait, le modèle de la plus édifiante vertu, maintenant les habitudes austères que nous lui connaissons déjà, couchant enfermée dans sa dure armure d'acier chaque fois qu'on devait passer la nuit en plein champ.

A ses yeux, la pratique de la prière et de la religion était la sauvegarde des mœurs et de la discipline. Chaque soir, quand l'armée s'arrêtait non loin d'une église. Jeanne v faisait sonner la cloche, afin que tous, prêtres, religieux, chefs et soldats, pussent ensemble remplir le grand précepte du recours à Dieu.

En se mettant en route, le roi dépêcha ses hérauts vers Cravant, Coulanges-la- Vineuse et Auxcrre. sommant ces cités d'abandonner le parti des Anglais ou celui du duc de Bourgogne pour revenir à leur souverain légitime. Les deux premières de ces villes obéirent, et. après avoir reçu au passage la soumission de Saint-Fargeau, on arriva au [er juillet sous les murs d'Auxerre. L'armée française campa près de cette place. Jeanne estimait, d'accord en cela avec nombre de seigneurs et capitaines présents, qu'il eût été facile de lui livrer assaut et de s'en emparer, puisqu'elle ne voulait point se rendre sans condition. Mais l'avis de l'héroïne tut encore rejeté, sans discussion même semble-t-il. Les habitants connaissaient les façons d'agir du perfide ministre de Charles Vil : c'est à lui qu'ils s'adressèrent directement. Tout d'abord, ils achetèrent ses bonnes grâces en lui versant la somme de deux mille écus. Puis les pourparlers s'engagèrent, et La Trémoille, après deux jours d'arrêt devant la cité, lit conclure au monarque un arrangement boiteux. Les bourgeois promettaient d'imiter la conduite de Troyes, Châlons et Reims, et de régler leur propre attitude sur celle que ces villes prendraient bientôt, (maries \ Il n'entrerait donc pas dans Auxerre, qui reconnaîtrait toutefois nominalement le pouvoir du roi et prêterait serment de fidélité entre les mains de ses délégués. De plus, les gens de la cité et des environs consentaient à vendre des vivres à l'armée. Celle-ci, en effet, axait déjà épuisé ses provisions, et. en lait d'argent, chaque soldat ne possédait guère que les trois francs avancés sur sa solde au départ de ( lien.

Le 3 juillet, les troupes quittèrent les murs d'Auxerre et arrivèrent devant Saint-

Florentin qui ouvrit ses portes. Le lendemain, on fut à Brienon, puis à Saint-Phal : ces deux villes se soumirent également. De Brienon, le roi écrivit à Reims pour

apprendre aux habitants de cette ville le succès que ses armes venaient de remporter. « plus par grâce divine que par œuvre humaine ». et pour les engager à le recevoir comme ils avaient coutume de faire, sans rien craindre du passé. « assurés d'être traités par lui en bons et loyaux sujets ».

Quant à Jeanne, elle voulut écrire elle-même aux habitants de Troves., et c'est de Saint-Phal qu'elle leur tît porter les lignes suivantes :

Jhesus >J< Maria

1res chers et bons amis, si vous voulez qu'il en soit ainsi, seigneurs, bourgeois et habitants de la ville de Troves, Jeanne la Pueelle vous demande et vous ordonne, au nom du Roi du ciel, son légitime et souverain Seigneur, au service royal duquel elle est chaque jour. de reconnaître, d'obéir véritablement au noble roi de France, qui arrivera bientôt, malgré ses ennemis, à Reims, à Paris et dans ses bonnes villes du saint royaume, avec l'aide du Roi Jésus.

Lovaux Français, venez au-devant du roi Charles, n'y manquez pas. Et, en le faisant, n'ayez aucune inquiétude pour vos corps et vos biens. Si vous ne le faites pas, je vous promets et \ous certifie sur vos vies qu'avec l'aide de Dieu nous entrerons, malgré nos ennemis, dans toutes les villes qui doivent être du saint royaume.

Je vous recommande à Dieu, qu'il nous garde, s'il lui plaît.

Prompte réponse devant la cité de Troves.

lient à Saint-Phal, le mardi 4 juillet.

Le 5 juillet, l'armée était en vue de Troves. Cette cité était alors occupée par un corps de cinq à six cents Anglo-Bourguignons, sous le commandement d'officiers choisis par Bedford. notamment le bailli Jean de Dinteville, les sires de Rochefort et de Plancy. Philibert de Meulan, etc. Le roi avait fait sommer la ville de se rendre. Loin d'y consentir, cédant à la pression des chefs que j'ai nommés, elle s'apprêta à la défense. Aussitôt que l'avant-garde française se présenta, la garnison vint en nombre à sa rencontre; il y eut une violente escarmouche où l'on compta des tués de part et d'autre. Les soldats de Jeanne furent vite ralliés et contraignirent les assaillants à une retraite précipitée dans l'intérieur de la place. Puis, le soir, d'après l'ordre des chefs, les Français organisèrent leurs campements au bourg de Crancels. au sudouest de la cité qui le lendemain fut investie. Les avant-postes s'étaient avancés à quelque distance jusqu'au château fort de Saint-Lyé — faisant partie du domaine épiscopal — et l'avaient occupé.

A peine la sortie eut-elle été repoussée que Charles Y1I entra en pourparlers avec les Troyens. Il dépêcha vers eux ses hérauts chargés d'une lettre signée par lui et scellée du sceau secret, par laquelle il les avertissait que, sur l'avis de son Conseil, il s'était mis en route pour aller à Reims recevoir le sacre traditionnel et que son intention était de traverser Troves le lendemain même. Dans ce but. il mandait et enjoignait aux bourgeois de lui rendre l'obéissance dont ils lui étaient redevables, de se disposer à l'accueillir sans aucune difficulté et sans rien redouter du passé. En effet,

2l8 LA BIENHEUREUSE JEANNE D'ARC

Charles VII déclarait n'en vouloir tirer nulle vengeance: il promettait aux habitants de Troves. s'ils se comportaient avec loyauté et le traitaient comme leur légitime souverain, d'ensevelir tout dans l'oubli et de les tenir en sa bonne grâce.

Les envoyés du roi se présentèrent donc aux portes de la ville, et il est probable qu'ils avaient en main, non seulement le pli royal, mais aussi la missive de la Pucelle relatée plus haut. Les Troyens refusèrent l'entrée aux hérauts, mais acceptèrent leur message, s'engageant à faire connaître promptement la décision qu'ils allaient prendre.

La lettre du monarque fut lue à l'assemblée des bourgeois qui répliquèrent en ces termes : « Les seigneurs chevaliers et écuyers, représentant dans la ville le roi anglais et le duc de Bourgogne, et aussi les habitants de la cité ont juré et fait le serment de ne laisser pénétrer dans leurs murs aucune force militaire supérieure en nombre à la garnison sans l'autorisation expresse du duc de Bourgogne. Cette promesse empêche donc les bourgeois d'admettre l'armée royale. D'ailleurs, les Troyens, quelque bon vouloir qu'ils auraient de faire une autre réponse, seraient entravés dans leurs plans par la forte troupe anglo-bourguignonne établie dans leur ville, car cette troupe est de taille à imposer sa volonté. »

Quant à la lettre de l'héroïne, elle fut l'occasion de cruelles moqueries pour la jeune fille. On traita Jeanne de hâbleuse, et plusieurs la déclarèrent insensée ou remplie de l'esprit de Satan. Après lecture, on rit beaucoup de la missive, et finalement on la jeta au feu.

Les bourgeois de Troyes écrivirent ensuite à ceux de Reims pour leur donner les détails de ce qui précède. Ils ajoutèrent qu'un cordelier arrêté par leurs gens dans les environs de la cité et amené devant eux leur avait assuré, sous serment et sur sa parole de prêtre, qu'il avait vu trois ou quatre bourgeois de Reims venir vers Charles VII. Ces hommes auraient encouragé le monarque à poursuivre jusqu'à la ville du sacre, s'offrant à lui en ouvrir les portes.

Les Troyens avertissaient donc leurs voisins de se mettre en garde contre toute surprise, car. affirmaient-ils, un courrier leur avait déjà fait un rapport identique à celui qu'ils envoyaient.

Enfin, dans une troisième missive adressée aux bourgeois de Chàlons. les habitants de Troves s'exprimaient à peu près dans les termes que j'ai indiqués et terminaient en prétendant que la lettre de Jeanne leur avait été apportée par les soins d'un religieux, Fr. Richard, surnommé le Prêcheur.

Instruisant à leur tour les Rémois de ce qui s'était passé, les gens de Chàlons se montrèrent fort étonnés que le religieux en question fût mêlé à cette affaire, attendu qu'ils avaient toujours regardé cet ecclésiastique comme un homme sage et prudent, mais, d'après les renseignements qui leur étaient fournis présentement, ils constataient que celui-ci était devenu sorcier.

Disons ici un mot de ce Fr. Richard, qui jouera un certain rôle dans l'histoire de la Pucelle, rôle que certains historiens modernes ont cherché parfois à dénaturer. C'était un Fransciscain dont on ignore le lieu d'origine ainsi que la date de la naissance. En

1428, il revenait de Terre Sainte: ses sermons faisaient grand bruit. Cette année-là il prêcha l'Avent dans la ville de Troyes, puis se rendit à Paris où il arriva vers le 12 avril; il s'y lit entendre pendant dix jours, du 16 au 26 du même mois. Commençant à parler vers cinq heures du matin, il retenait les fidèles jusqu'à dix et onze heures. Il avait le don de l'éloquence populaire et entraînait ses auditeurs qui se comptaient par milliers. Après l'avoir entendu, les hommes brûlaient leurs dés et leurs jeux de hasard, les femmes une partie de leurs atours. Il annonçait, parait-il. la fin du monde pour l'année 1430. Menacé par la Faculté de théologie de sévères poursuites, il dut quitter Paris sans prononcer l'allocution qu'il avait promise à Montmartre pour le Ier mai. Il n'échappa que pour an temps au danger qu'il redoutait, car, en 1431, l'inquisiteur et les vicaires généraux de Poitiers lui tirent une interdiction complète de se livrer au ministère de la prédication.

L'orateur qui nous occupe était donc un de ces esprits agités, en quête de nouveautés et de choses extraordinaires. On comprend son désir de connaître la Pucelle.

Dans la lettre dont j'ai parlé plus haut, les Troyens prétendent que Fr. Richard apporta lui-même la missive de Jeanne au Conseil de leur cité; s'il en est ainsi, il faut alors admettre que le Franciscain avait été chargé de ce message par un des hérauts du roi ou par un bourgeois de la ville, car l'Envoyée de Dieu et le religieux ne devaient se rencontrer pour la première fois que sous les murs de Troyes. Leurs rapports, d'ailleurs, commencèrent d'une façon assez singulière.

Un jour, Fr. Richard, muni d'un sauf-conduit, se présente au camp des assiégeants. Du plus loin qu'il aperçut l'héroïne, il se mit à faire force signes de croix et à jeter sur elle de l'eau bénite, si bien que Jeanne lui dit gaiement :

— Approchez hardiment, mon Frère, je ne m'envolerai pas.

Il est probable que les réponses de la pieuse jeune fille satisfirent le religieux, car, la visitant une seconde fois, il commença par fléchir les genoux devant elle. Xe pouvant supporter pareil acte de vénération, l'humble vierge l'imita aussitôt. Ils s'abordèrent ensuite avec un profond respect, conversèrent longtemps ensemble, puis, rentré dans la ville assiégée, Fr. Richard se fit auprès du peuple l'apôtre de la mission de la Pucelle. Son influence prépara les événements qui suivirent bientôt.

Cependant le séjour des Français devant la place se prolongeait sans qu'aucune détente se dessinât. Les habitants devaient redouter d'autant moins l'armée royale qu'ils la savaient à bout de subsistance. La disette se faisait cruellement sentir au camp du roi : parmi les douze mille hommes qui se trouvaient là. cinq à six mille n'avaient pas mangé de pain depuis huit jours.

Plusieurs de ces malheureux étaient morts de faim, et les autres n'avaient, pour soutenir leur vie, que la ressource de dévorer dans les champs les épis de blé encore verts ou de manger les fèves qui se trouvaient, en quantité considérable, aux environs de la ville.

Il y avait cinq jours que l'armée bloquait la ville de Troyes. Tant de privations avaient mis le désespoir dans les rangs des Français. Les plaintes montèrent jusqu'au monarque qui assembla son Conseil pour aviser à la situation. Quand les nobles

seigneurs turent réunis auprès de lui — Jeanne n'était point convoquée. — le chancelier Regnault de Chartres, archevêque de Reims, désigné pour exposer l'objet de la délibération, s'exprima en ces termes :

- L'armée royale ne peut continuer à séjourner sous les murs de cette ville. La famine est dans les rangs, et il n'y a autour de nous nul point de ravitaillement.

Le chancelier développa ce thème avec beaucoup d'éloquence et de persuasion.

Le souverain pria alors Regnault de Chartres de demander tour à tour le sentiment de chacun des membres du Conseil. La majorité fut d'accord pour rebrousser chemin.

Enfin le chancelier s'adressa à Robert le Masson, seigneur de Trêves :

- .Mon avis, déclara sagement celui-ci, est que l'on doit envoyer quérir Jeanne la Pucelle; elle est à la tête des troupes, et pourtant ne figure pas au Conseil où sa place semble marquée. Peut-être dirait-elle quelque chose de bien profitable pour le prince et l'armée. Vous vous êtes mis en route, mû seulement par la confiance que vous aviez en la promesse de Jeanne la Pucelle. Elle vous disait : Allez à Reims recevoir votre couronnement, vous trouverez peu de résistance, et telle est la volonté de Dieu. Qu'on fasse donc comparaître Jeanne; si elle approuve ce qui a été dit en ce Conseil, je me rangerai à l'opinion commune : le roi et son armée s'en retourneront comme ils sont venus. Mais j'estime que Jeanne pourrait bien dire chose sur laquelle le roi prendrait une tout autre conclusion.

Chacun se regardait : on allait sans doute suivre cet avis lorsqu'un coup énergique retentit à la porte.

On ouvrit; c'était l'héroïne qui se présentait: ses Voix l'avaient avertie.

Elle entra et salua respectueusement Charles VIL Le chancelier interpella aussitôt la jeune fille en ces termes :

- Le roi et son Conseil sont dans une grande perplexité et ne savent à quoi se résoudre.

Lui exposant alors en détail toute la délibération, il la prie d'exprimer sa pensée au souverain. La Pucelle se tourne vers celui-ci séance tenante et l'interroge :

— Croirez-vous à mes paroles. Sire?

- Je ne sais, répondit-il. Si vous me dites chose raisonnable et profitable, je vous croirai volontiers.

— Serai-je crue? répète l'héroïne.

— Oui, selon ce que vous direz.

Noble Dauphin, ordonnez à vos gens d'assiéger Troves et ne tenez pas de plus longs Conseils, car, au nom de Dieu, avant trois jours je vous introduirai dans cette cité, par amour ou par force, et la fausse Bourgogne sera bien stupéfaite.

- Jeanne, réplique le chancelier d'un air incrédule, si l'on était certain d'y être dans six jours, on attendrait bien, mais je ne sais si ce que vous dites est vrai.

Peinéedu peu de confiance qui accueille des affirmations venant, non d'elle-même, mais de ses Saintes, la Pucelle fixe le monarque de son œil inspiré :

Cessez de douter, s'écrie-t-elle. Demain vous serez maître de la ville.

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