CHAPITRE XV
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TOI RNA1 — LE ROI ET LA REINE V cil \ - LE 27 JUIN 1421), JEANNE PREND 1.1 CHI MIN DE REIMS
Jeanne et ses fidèles amis d'< )rléans attendirent donc en vain la venue de Charles VII.
Ni les bonnes paroles ni même les gages de reconnaissance que le prince envoya à la Libératrice ne parvinrent à la consoler du retard apporté à ses projets et de l'indifférence dont son roi taisait preuve envers les troupes victorieuses.
II fallait bien pourtant se résigner. Afin de ne point perdre de temps dans des pourparlers inutiles, la Pucelle se dirigea, le mardi 21 juin, vers le château de Sullv.
Axant toute chose. Jeanne devait entretenir le souverain du connétable de Richemont, obtenir le pardon du duc et décider Charles VII à accueillir le noble chel avec ses soldats pour la marche sur Reims.
dette réconciliation, nous l'avons vu, entrait dans le divin programme apporté à la France par la pieuse entant. Pour la première lois, celle-ci trouvait l'occasion de l'établir la concorde entre le monarque et lui des princes qui avaient manqué gravement à leurs devoirs; elle attachait donc une importance capitale à la ratification qu'elle venait solliciter.
La Trémoille, au contraire, mettait un acharnement sans égal à empêcher la réalisation de ce patriotique désir.
Arrivée à Sullv. la Pucelle exposa au roi avec confiance les faits tels qu'ils ont été racontés ici : la parole qu'elle avait donnée à Richemont, sous la garantie du duc d'Alençon et des capitaines; la loyale rétractation du connétable, sa belle conduite à Beaugency, à Meung et à Patay. Enfin, après avoir démontré le grand avantage qu'il y aurait à accepter dans les rangs de l'armée marchant sur Reims le corps nombreux et discipliné que commandait l'illustre chevalier. Jeanne conclut en invoquant l'autorité de Dieu et de ses Voix qui demandaient au roi de sacrifier sa rancune personnelle au salut de la France et aux ordres divins.
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Hélas! l'Envoyée du ciel dut éprouver une pénible désillusion: Charles VII, en guise de réponse, redit la formule si répandue et par trop commode :
— Je pardonne, oui. mais je n'oublie pas.
En effet, le prince déclara qu'à la requête de la Pucelle il accordait volontiers le pardon du duc de Richemont, mais qu'il refusait absolument de l'admettre pies de lui au voyage de son sacre. Il alla même, paraît-il. jusqu'à dire qu'il préférait n'être jamais couronné plutôt que de l'être en la présence du connétable. Jeanne insista en vain sur le bon vouloir de l'exilé, des nobles seigneurs qui le suivaient et de leurs vaillantes troupes; rien n'y lit. Le souverain demeura inflexible « pour l'amour du sire de La Trémoille qui avait la plus grande autorité sur lui ».
Dans sa foi naïve, la Libératrice ne s'imaginait pas que le dauphin put refuser d'accomplir ce qu'elle lui demandait au nom de Dieu : elle lui avait fourni tant de preuves miraculeuses de la vérité de sa mission! Cette première résistance du monarque aux désirs du Ciel lui fut donc une déception. Toutefois, elle s'efforça de cacher sa douleur, tant elle craignait d'entraver la marche en avant par un acte trop expressif de son mécontentement.
Au cours de sa visite. Jeanne apprit au roi qu'elle avait convoqué tous les chefs de l'armée à quelque distance de Sully, dans la ville de Châteauneuf-sur-Loire, afin d'y prendre les derniers ordres pour le départ vers Reims; elle le supplia donc de venir passer en revue ces fidèles guerriers. Celui-ci y consentit, et le lendemain 22 juin il se mit en route, accompagné, bien entendu, de son ministre La Trémoille. Jeanne chevauchait aussi à ses côtés, mais elle portait sur ses traits l'empreinte de la souffrance qui étreignait son âme. Au moment où l'on atteignait la vieille abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, le roi. frappé de cette expression de tristesse et de fatigue. eut pitié d'elle et lui dit :
— Reposez-vous. Jeanne, je le veux.
En entendant ces mots, la douce enfant ne put retenir ses sanglots, mais, pour ne rien avouer de sa peine devant les personnages de la cour, elle omit de répondre directement à la pensée du prince :
— Ne craignez point. Sire, répondit-elle, vous reconquerrez tout votre royaume et bientôt vous serez couronné.
Arrivé à Chàteauneuf-sur-Loire. le roi reçut les hommages de tous les seigneurs et chefs de guerre qui l'attendaient; il se montra prodigue d'éloges envers les vainqueurs de Patay. Talbot et les généraux faits prisonniers dans les derniers combats furent alors présentés à Charles VII qui les accueillit avec grande affabilité et leur adressa des paroles de consolation.
On tint plusieurs Conseils coup sur coup pour fixer les dispositions à prendre dans la marche sur Reims.
Puis, ces mesures arrêtées, le souverain retourna au château de Sully où La '1 rémoille voulait le retenir aussi longtemps que le connétable et son armée occuperaient les pays environnants.
Jeanne, de son côté, rentra dans Orléans et fit savoir au duc de Richemont
l'échec de sa négociation. Celui-ci, après avoir couche à Patay le soir de la bataille, s'était ensuite retiré à Beaugency avec ses troupes. Au reçu du courrier expédié par la Pucelle, il tenta un suprême effort, et. dans ce but. il adressa à Charles VII les sires de Beaumanoir et de Rostrenen. Ces nobles gentilshommes étaient chargés de supplier le souverain d'agréer le loyal service que le duc jurait de taire au royaume de France et à sa personne sacrée. Dans l'espoir de taire aboutir sa requête, le connétable n'hésita pas. pour l'amour de la patrie, à s'humilier devant La Trémoille lui-même. Il fit dire à son ennemi que. pour obtenir la permission de se joindre aux troupes royales, il irait jusqu'à lui baiser les genoux. Ce fut en vain! Charles VII, influencé par son favori, répéta qu'il prêterait n'être pas couronné plutôt que de marcher en la compagnie de Richemont sur la route de Reims.
Renonçant à vaincre cette résistance opiniâtre, le connétable eut la générosité de ne pas s'en prendre à la France des dédains que lui valait La Trémoille; il continua sur un autre théâtre à guerroyer pour son pays.
L'enthousiasme avec lequel la France s'ébranlait pour marcher sur l'envahisseur croissait de jour en jour. Non seulement les grands seigneurs et les chevaliers bannerets arrivaient avec les compagnies levées par eux. mais les simples nobles, les bourgeois, les gens du peuple accouraient en foule pour combattre sous l'étendard de l'Envoyée du ciel. Voici comment un contemporain s'exprime à ce sujet:
D'autres seigneurs, capitaines et hommes d'armes, venaient de toutes parts au service du roi. Plusieurs gentilshommes, n'ayant plus assez d'argent pour acheter une armure et un destrier, prenaient du service, comme archers ou comme coutilliers. montés sur de pauvres petits chevaux. Chacun, en effet, avait l'inébranlable confiance de voir beaucoup de bien arriver au rovaume de France par le moyen de Jeanne. Aussi tous désiraient-ils servir sous les ordres de la Pucelle et aspiraient-ils à connaître le détail de sa vie, convaincus qu'elle venait de la part de Dieu.
Cette levée en masse ne pouvait, semblait-il. que réjouir les cœurs français. et le roi en devait éprouver une grande satisfaction; il était un homme, pourtant, qu'un tel spectacle faisait trembler, et qui craignait tout ce qui pouvait amener le contact de ses ennemis personnels avec Charles VII. La Trémoille avait écarté Richemont et son armée; il écarta également le sire de la .Marche qui était suivi d'une très belle compagnie. Bien d'autres encore eurent le même sort. Il est utile de lire les lignes que Jean Chartier écrivait alors :
La Trémoille et d'autres membres du Conseil du roi étaient bien tachés qu'il vînt tant de monde, redoutant toujours, disait-on, la perte de leur autorité. Si ce ministre et ses collègues eussent voulu recueillir tous ceux qui s'offraient au service du roi. ils auraient pu, atlirme-t-on, recouvrer en peu de temps tout ce que les Anglais avaient conquis du royaume de France; mais personne à cette heure n'osait parler contre La Trémoille, quoique chacun vit clairement que la faute venait de lui.
La situation de Jeanne en face de cet homme maudit semble aujourd'hui très facile à établir. La réussite des projets de la vierge guerrière devait nécessairement
ruiner ceux de son antagoniste. Hier, elle avait essayé de réconcilier Richemont
avec Charles VII : le ministre s'était interposé à temps; mais, en politique, il se produit parfois des revirements aussi étranges que rapides! Le traître veut à tout prix sauvegarder sa situation et ses intérêts. L'immense trésor dont il est possesseur s'accroît de prêts usuraires faits à son souverain pauvre et de dons scandaleux reçus à l'occasion des services rendus: son crédit ne s'entretient qu'au moyen de négociations tortueuses, de relations plus ou moins avouables avec la cour de Bourgogne et celle du régent qui. y trouvant leur avantage, s'en accommodent volontiers.
Si la Pucelle triomphe, c'en est fait de La Trémoille. Or. sur cette vierge céleste. le ministre l'a bien compris, rien d'humain ne peut agir; ni plaisirs, ni or. ni séduction aucune; une seule tactique lui est permise: insinuer dans l'esprit du prince des doutes sur la sagesse et l'opportunité des conseils donnés par la jeune Lorraine, afin de conclure un jour que peut-être ils ne sont pas de Dieu. Dans ce but. pour semer la défiance, il profitera de toutes les circonstances où les avis inspirés par le Ciel à la sainte héroïne se trouveront en opposition avec les sentiments personnels de Charles VIL
Tout était décidé, il n'y avait plus qu'à s'avancer sur Reims et à convoquer dans la cité du sacre les fidèles sujets du roi de France; celui-ci ayant accordé son consentement, la Pucelle agit sans retard.
Le vendredi 24 juin, de bon matin, elle quitte Orléans avec le duc d'Alençon :
— Faites sonner les trompettes, lui a-t-elle dit. et montez à cheval. Il est temps d'aller vers le noble roi de France pour le mettre au chemin de son sacre.
Seize lieues séparent Orléans de Gien : l'armée ne peut les franchir qu'en deux étapes.
C'est le connétable de Richemont qui possède le château fort de Gien ; mais disgracié, privé de ses revenus, le duc n'a pas le droit d'être chez lui pour y offrir l'hospitalité à Charles VII et à la Pucelle.
Celle-ci est à peine installée à Gien. qu'elle se met en devoir de lancer elle-même des invitations pour le sacre du roi. File adresse tout d'abord son appel aux braves Tournaisiens. dont on lui a redit l'admirable lovalisme; elle sera entendue et généreusement comprise par ces intrépides patriotes. Tournai sait que Reims est toujours au pouvoir des Anglais. Néanmoins ses magistrats et l'assemblée de ses habitants croiront à la parole de Jeanne, et ils enverront des délégués sur la route de Reims à l'heure où l'armée royale n'est encore qu'à mi-chemin de son but.
Toutefois il y avait quelque chose de plus grave et de plus osé que de convoquer les amis du souverain au sacre de Reims, c'était d'y appeler également ses ennemis. Jeanne ne craignit pas de le faire.
Elle expédia au duc de Bourgogne une lettre qui n'a pas été conservée. On sait seulement que celui-ci traita la jeune fille et sa missive avec le même dédain qu'avaient affecté les généraux anglais devant Orléans. 11 ne répondit pas et retint prisonnier le héraut de la Pucelle.
Dès son arrivée à Gien, Charles VII avait somme Bonny, Cosne et La Charité-sur- Loire de se soumettre à lui. Ces villes ayant refusé, il chargea l'amiral Louis de Culant d'investir Bonny afin de faire un exemple; mais à peine la cité se vit-elle assiégée qu'elle s'empressa de capituler. Le 26 juin, cette nouvelle parvint à Gien.
Sur ces entrefaites, la reine Marie d'Anjou rejoignit le roi. Elle devait accompagner son époux dans la ville du sacre pour être couronnée à ses côtés.
Lorsqu'on apprit la reddition de Bonny, le Conseil royal décida qu'on partirait sans attaquer, pour le moment, Cosne et La Charité-sur-Loire.
Jeanne, convaincue qu'une énergique détermination mettrait les choses en bonne voie, sachant d'ailleurs que ses troupes étaient prêtes et que leur nombre grevait beaucoup la petite cité de Gien, résolut de profiter sans retard de cette circonstance
Le lundi 27 juin, elle donna donc le signal du départ et alla retrouver ses gens dans leur campement, à une faible distance de Gien. le long de la route de Sens.
Le trésor royal devait pourvoir à tous les frais de cette expédition, puisque le souverain se décidait enfin à commander en personne.