‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 59 sur 117 · MONT, A RIOM — JEANNE A MOI LINS; RENCONTRE POSSIBLE DE SAINTE COLETTE · texte numérisé non relu

MONT, A RIOM — JEANNE A MOI LINS; RENCONTRE POSSIBLE DE SAINTE COLETTE

Depuis quelque temps, Charles VII demeurait à Gien, espérant toujours la réalisation de la promesse faite par Philippe le Bon de lui livrer Paris. Ne voyant rien venir, il comprit qu'elle ne 's'effectuerait pas, si promptement du moins qu'il l'avait pensé: aussi renonça-t-il à prolonger son séjour dans le château et sur les terres du connétable de Richemont. Il se détermina enfin à rejoindre la reine qui était à Bourges.

Mais la présence des garnisons ennemies dans le Nivernais, notamment à Cosne et à La Charité, rendait ce chemin dangereux, surtout après le licenciement de l'armée. On se détourna donc, et le cortège royal, passant des bords de la Loire à ceux du Cher, arriva dans les premières journées d'octobre à Selles-en-Berrv.

La cour était depuis peu de temps à Selles, lorsqu'on signala l'approche de .Marie d'Anjou, qui s'avançait à la rencontre de son époux. Aussitôt, Jeanne remonta à cheval, et, désireuse de témoigner son respect et sa reconnaissance à la noble souveraine, elle se porta sans retard au-devant d'elle.

Certes, les sujets ne lui manquaient pas pour entretenir sa rovale protectrice; mais il est probable que le bonheur de la retrouver occupa seul la vierge guerrière en cette première entrevue. Elle revint, escortant la reine de France, et, après un arrêt de courte durée à Selles, le cortège reprit le chemin de Bourges.

Parmi les dames d'honneur de la reine se trouvait l'épouse du sire René de Bouligny, conseiller du roi et receveur général de toutes ses finances; elle était âgée de trentehuit ans et se nommait Marguerite La Touroulde. Constamment cette dernière entendait parler de Jeanne et de ses succès; mieux que personne elle connaissait la situation désespérée dans laquelle se trouvait le pays au mois de mars 1429; elle n'ignorait pas

- à cause des (onctions de son mari — qu'il ne restait alors que quatre écus dans les caisses de Charles VII, y compris l'avoir personnel du receveur.

Marguerite s'était beaucoup intéressée à tout ce qu'on racontait de la merveilleuse entant et souhaitait vivement la voir: aussi dès son arrivée à Bourges s'empressa-t-elle d'interroger le trésorier pour savoir dans quelle famille la Pucelle recevrait l'hospitalité. 11 lui fut répondu que Jean du Chesne était désigné à cet effet: mais alors je ne sais quel concours de circonstances produisit une modification imprévue qui combla de joie la dame de Bouligny. Sur l'initiative du sire d'Albret. frère utérin de La Trémoille, les premiers ordres furent rapportés, et l'héroïne, confiée aux soins de Marguerite La Touroulde. logea chez le trésorier royal.

De nombreux détails sur le séjour de Jeanne dans la cité berrichonne ont été donnés par son hôtesse, lors du procès de réhabilitation. Ils sont d'autant plus précieux à connaître que la dame de Bouligny semble avoir pris à tâche d'observer de très près sa charmante compagne durant les trois semaines qu'elle passa sous son toit.

Dans ces rapports de chaque instant, rien n'apparut jamais chez Jeanne qui ne fût honnête, modeste et pur. "Fout en elle dénotait une àme sans tache, une chrétienne sans reproche : elle se confessait fréquemment, assistait avec bonheur à la Sainte Messe ; et ces pieux exercices ne suffisant pas à son ardente piété, elle demandait encore à sa noble amie de la conduire aux Matines. Bien que l'office fût long et fatigant, Marguerite céda plusieurs fois à cette prière.

Sa dévotion n'empêchait point Jeanne d'entretenir les talents que Dieu lui avait donnés pour aider au salut de la patrie. A Bourges, on retrouva en elle cette extraordinaire habileté à chevaucher, à manier la lance et toutes les armes; si les guerriers de profession s'étonnaient de sa prodigieuse adresse, à combien plus forte raison ses hôtes qui en étaient souvent témoins !

Chose remarquable, son séjour au milieu des camps n'avait laissé à la jeune tille aucune trace des habitudes que contractent ceux qui les fréquentent ordinairement : ainsi le jeu de dés. dont on se servait alors 'pour chasser l'ennui durant les inactions prolongées de la vie militaire, ne lui était point devenu familier; le ton avec lequel Marguerite La Touroulde constate que la Pucelle avait horreur de ce passe-temps ferait supposer que la grande dame se serait elle-même livrée volontiers à ce divertissement, si sa compagne eût accepté de tenir la partie contre elle.

Les moments refusés au jeu étaient consacrés ordinairement à la conversation, et la noble dame ne se fit pas faute d'utiliser cette occasion providentielle pour se renseigner sur l'être mystérieux qu'elle hébergeait.

On parla du passé, des absents, de Domremy, des Marches de Lorraine, des péripéties qui nous sont déjà connues, du voyage à Nancy, qui pour l'Envoyée de Dieu ;i\ait inauguré cette année 1421); on rappela la merveilleuse chevauchée de Yaucouleurs à Chinon, et, comme les guides de la Libératrice se trouvaient à Bourges, la dame de Bouligny voulut les interrogera ce sujet.

Lorsque les récits ne contentaient pas sa vive curiosité, Marguerite insistait à point nommé, s'il s'agissait, par exemple, de l'examen de Poitiers.

— Que disiez-vous donc à ces puissants clercs, demandait-elle, comment leur expliquiez-vous la justesse et l'à-propos des réponses que vous taisiez?

— Une seule chose, répliquait l'héroïne : « Il y en a plus dans les livres de Xotre- Seigneur que dans les vôtres. »

S'entretenait-on des batailles? La jeune femme soulignait d'un mot la description d'une mêlée furieuse.

— Il ne vous était pas difficile de vous lancer intrépidement à l'assaut, puisque d'avance vous saviez que vous n'y seriez point blessée?

— Détrompez-vous, reprenait vivement Jeanne, j'ignorais aussi bien que les autres guerriers le sort qui m'était réservé.

On enviait, dans la cité, le bonheur de l'épouse du trésorier général, car la Pucelle jouissait de l'estime, de la vénération, je dirai presque du culte de toutes les vraies Françaises. A Bourges donc, comme partout ailleurs, un courant de visiteuses s'établit vers la maison qui l'abritait. Les braves Berrichonnes, non contentes de causer avec elle, voulaient lui faire toucher des chapelets ou d'autres objets de piété; mais quand la dame de Boulignv s'approchait de l'Envoyée de Dieu pour s'acquitter des commissions de ce genre que lui confiait la foi ardente et naïve de ses concitoyens, son amie. avec un franc rire, lui disait gracieusement :

— Touchez donc vous-même ces objets : ils deviendront tout aussi bons par votre contact que par le mien !

Repartie où le charme le dispute à l'humilité.

Les patriotes enthousiastes n'étaient pas seuls à accourir vers la Libératrice, les pauvres avaient su découvrir bien vite le chemin de sa demeure. C'est qu'elle les recevait avec tant de bienveillance, elle distribuait si généreusement les ressources mises à sa disposition! Que de fois on la trouva entourée de déguenillés et de mendiants! Lorsque Marguerite l'interrogeait à ce sujet :

— Je suis envoyée, lui déclarait-elle, pour la consolation des pauvres et des malheureux !

On le voit, notre Jeanne était toujours la même. Les triomphes n'avaient point enorgueilli cette âme douce et sereine; l'angélique créature continuait à vivre de son Jésus, et ses célestes maîtresses s'employaient quotidiennement à développer en son cœur toutes les vertus. Aussi, quand la dame de Boulignv avait parlé de la piété de cette enfant extraordinaire, de sa connaissance des choses divines, et qu'on la priait de parfaire son jugement :

— Pour le reste, ajoutait-elle, c'est une bonne jeune fille; elle s'exprime très simplement sur ce qui se présente dans la conversation. Il faut excepter seulement le domaine de la science militaire : sur ce dernier point, elle est douée d'une façon admirable.

Ce témoignage est infiniment précieux à recueillir ici. car il aide l'imagination à se dépeindre la sainte enfant.

Mais qu'allait-elle devenir après le licenciement des troupes ? Pour rien au monde le roi n'eût voulu la laisser quitter sa cour ou ses armées, car il savait combien le

peuple aimait la Pucelle : pour combattre à ses côtés, chevaliers, écuyers et soldats se contentaient de la solde la plus minime; l'héroïne valait donc un trésor et de nombreux bataillons; seulement, le monarque prétendait désormais se soustraire à l'influence de la vierge inspirée

On put croire un moment qu'une combinaison moyenne interviendrait pour donner satisfaction à Jeanne sans trop déplaire à Charles VII.

Après le licenciement du Corps expéditionnaire à Gien, le duc d'Alençon avait rejoint la duchesse sa femme et fait avec elle un court séjour dans les terres de son vicomte de Beaumont. De là, il était revenu près des frontières de la Normandie, où l'intrépide Richemont continuait à guerroyer avec succès au profit des Français : un instant même le connétable avait menacé la ville d'Evreux. C'est alors que d'Alençon songea à reconquérir son duché, et pour ce faire il leva des troupes sur les confins de la Bretagne et du Maine. Lorsqu'il s'agit de leur choisir un chef, la pensée du prince se reporta tout naturellement sur Jeanne : il se souvint de son génie militaire et de son attachement à la famille d'Orléans. Persuadé que la réussite de l'expédition était assurée d'avance si la Pucelle en faisait partie, il entreprit d'activés démarches et ht agir ses amis auprès du roi pour obtenir d'avoir l'héroïne auprès de lui.

Je ne doute pas que cette dernière n'ait consenti de grand cœur à suivre le vaillant chevalier; quant au souverain personnellement, il aurait cédé volontiers; mais on se heurta toujours au même obstacle. Regnault de Chartres, consulté dans la circonstance, malgré son éloignement, La Trémoille et le sire de Gaucourt, firent à cette requête une opposition irréductible. Laisser partir la Libératrice, surtout la confier au duc d'Alençon, n'était-ce pas s'exposer aux plus chevaleresques aventures, et peut-être l'imagination de ces signataires de la trêve du 28 août était-elle hantée de l'image d'une Jeanne victorieuse, traversant la Seine et conquérant Paris malgré leur volonté formelle? Ce projet n'aboutit donc pas, et jamais plus la Pucelle et d'Alençon ne se revirent.

Charles VII n'avait pas tardé à quitter Bourges afin de passer les beaux jours d'automne dans son élégant château de Mehun-sur-Yèvre, situé à quatre lieues de la cité berrichonne. C'est là que le Conseil royal, ne prétendant ni se dessaisir de la guerrière ni subir son salutaire ascendant, décida de l'employer à la conquête des forteresses [riveraines bordant la Loire encore occupées par les garnisons ennemies. La délibération portait que pour la tranquillité du pays il était nécessaire de recouvrer la ville de La Charité; mais tout d'abord il s'agissait de reprendre Saint-Picrre-le-Moutier.

Tel fut le plan de l'expédition.

On assigna Bourges comme point de concentration et on y équipa un petit Corps d'armée. Toutefois, avant d'envoyer ces soldats à Jeanne, on eut soin de leur choisir un chef à la dévotion du favori : ce fut le sire d'Albret, frère utérin de La Trémoille. Quel changement pour la Pucelle, habituée à combattre près du noble et lovai duc

d'Alençon ! Par cet acte, le premier ministre établissait sa victoire définitive avec

une espèce de mainmise sur l'intrépide enfant!

Nous possédons trop peu de renseignements au sujet des troupes rassemblées pour

en indiquer L'exacte composition. Nous savons que Colas Roussel de Vierzon et un chirurgien du roi. Nicolas Thierry, qui fut depuis doyen de Mehun-sur-Yèvre, en faisaient partie ainsi que ceux qui avaient été précédemment attachés à la personne de l'héroïne. Le départ eut lieu vers la fin d'octobre. Jean d'Aulon a raconté au procès de réhabilitation ce qui se passa devant Saint-Pierre le Moutier. écoutons-le :

Quand la Pucelle et ses gens eurent assiégé la ville durant un certain temps, l'ordre arriva de donner l'assaut. On obéit et on se mit en devoir d'emporter la place. Mais la garnison était nombreuse, les fortifications puissantes et la résistance des défenseurs énergique, si bien que les Français se virent contraints de battre en retraite. A ce moment, je fus blessé d'un trait au talon et si grièvement que je ne pouvais plus ni me tenir debout ni avancer sans béquilles. De l'endroit où je me trouvais, j'aperçus Jeanne qui était restée près de la place en très petite compagnie : elle n'avait que les gens de sa maison et aucun autre soldat autour d'elle. Craignant qu'il ne lui arrivât malheur, je me hissai sur un chevalet me rendis vers elle sans retard.

— Que faites-vous donc ainsi seule, m'écriai-je, et pourquoi ne pas vous retirer avec les autres ?

— Jeanne alors enleva le casque qui lui couvrait la tète :

— Je ne suis pas seule, me répondit-elle; j'ai encore avec moi cinquante mille de mes gens et je ne partirai point d'ici que la ville ne soit prise.

Je regardai alors autour d'elle, et, quelle que soit sa réponse, je puis affirmer, ainsi que plusieurs autres qui l'aperçurent comme moi à ce moment, qu'elle n'avait autour d'elle pas plus de quatre ou cinq hommes, aussi insistai-je derechef:

— Quittez cette place, je vous en prie, et retirez-vous ainsi que font les autres !

— Faites-moi plutôt apporter des fagots et des claies que je fasse un pont sur les fossés, me repartit Jeanne.

Puis, élevant la voix, elle s'écria :

— Aux fagots, aux claies, tout le monde, afin de jeter un pont!

Et voici qu'aussitôt ce pont fut fait et établi. J'en fus tout émerveillé, car de suite la ville fut prise d'assaut, sans qu'on n'y trouvât plus grande résistance.

Oui, tous les actes de la Pucelle me semblent bien plus divins et miraculeux qu'humains: il est impossible à une si jeune fille de faire de telles œuvres sans le vouloir et la conduite de Notre-Seigneur.

Les cinquante mille guerriers que l'héroïne seule pouvait voir, c'étaient les anges de Dieu qui venaient remplacer les soldats fugitifs. Elle méritait bien leur assistance miraculeuse, puisque les intérêts du souverain Maître avaient toujours été sa principale préoccupation. Elle en donna encore une preuve ce jour-là; au moment où ses hommes, victorieux, se précipitaient comme une avalanche dans la cité reconquise et prétendaient briser les portes de l'église de Saint-Pierre-le-Moutier, pour enlever le trésor sacré qu'elle possédait ainsi que d'autres objets précieux cachés dans ce temple par l'ennemi, Jeanne s'interposa énergiquement. Par un ordre catégorique, qu'elle prit soin de faire exécuter elle-même, elle défendit de pénétrer dans le sanctuaire, où de fait rien ne fut touché.

Cette première conquête était d'un excellent présage pour l'expédition projetée : tout en récompensant l'abnégation de la Pucelle. elle encourageait Charles VII à s'occuper des préparatifs nécessaires pour la suite de la campagne, car la ville de La Charité était autrement forte que Saint-Pierre-le- .Moutier ; impossible de la réduire

sans une puissante artillerie et des troupes nombreuses. De plus, cette cité se trouvait placée sous le commandement de Perrinet Grasset, aventurier bourguignon, arrivé à la noblesse et à un poste élevé par sa bravoure et son audace. C'était ce capitaine qui, un jour, n'avait pas hésité à s'emparer de la personne du sire de la Trémoille. — bien que celui-ci fût muni d'un laissez-passer en règle signé par le duc de Bourgogne — et à le retenir jusqu'au payement d'une très forte rançon.

Toutefois, le succès si rapide de Jeanne à Saint-Pierre le Moutier parait avoir produit à la cour une impression plutôt fâcheuse; déjà, semblait-il. on la voyait, maîtresse des villes de la Loire, recommençant plus vivement ses instances pour obtenir de porter la guerre au cœur de la France, là où le faible monarque et ses perfides conseillers ne voulaient plus retourner à aucun prix. Aussi cette campagne si heureusement inaugurée fut-elle désormais entravée par le peu de zèle/que témoigna l'entourage du roi.

La courageuse enfant dut suppléer, par son initiative, au mauvais vouloir de ces astucieux politiciens. Klle se mit à parcourir les cités des environs, cherchant partout des recrues et des subsides pour sa petite armée; dans les endroits où elle ne pouvait se rendre en personne elle expédia des lettres pressantes. Le sire d'Albret, subissant lui-même l'ascendant irrésistible et surnaturel de la jeune vierge, s'unit à ses démarches. Voici en effet la mention que nous trouvons au livre des Mémoires et Diligences de la ville de Clermont :

Nous attestons que la Pucelle. Jeanne, messagère de Dieu, et Monseigneur de Lebret envoyèrent demander par lettre à la ville de Clermont, le 7 novembre l'an 1429, de vouloir bien leur fournir une aide en poudre de canon, en traits et en artillerie pour le siège de La Charité. Mcsseigneurs d'Eglise, les élus et les habitants de cette ville ordonnèrent de leur envoyer les choses suivantes que leur ht parvenir Jean Merle, fourrier de Monseigneur le Dauphin, comme il appert par sa quittance contenue en ce papier : en premier lieu, deux quintaux de salpêtre, un quintal de soufre, deux caisses de traits contenant un millier, et pour Jeanne, une épée, deux dagues et une hache d'armes. On écrivit à Messire Robert Andrieux qui se trouvait près de ladite Jeanne de présenter le harnois à Jeanne et au seigneur de Lebret.

Une autre lettre fut dictée par l'héroïne aux habitants de Riom deux jours plus tard. Elle est encore conservée aux archives de cette ville :

Je nous prie, sur l'amour que vous avez pour le bien et l'honneur du roi et aussi de tous les autres de par deçà, de vouloir bien nous aider dans ce siège, et nous envoyer sur-le-champ de la poudre, du salpêtre, du soufre, des traits, des arbalètes fortes et autres engins de guerre. Faites en sorte à ce sujet que la chose ne traine pas par suite du manque de poudre et autres engins de guerre, et qu'on ne puisse vous accuser de négligence ou de refus sur ce point. < 4iers et bons amis, que Notre-Seigneur nous garde.

Ecrit à Moulins le 9 novembre.

Jeanne.

Sur l'adresse :

.1 mes chers et bons amis les gens d'Eglise, bourgeois et habitants

de la ville de Riom.

Comme on le voit par cette lettre; la Pucelle était à Moulins le 9 novembre. En visitant cette cité, n'avait-elle point d'autre but que de recueillir les éléments pour le Corps expéditionnaire qu'elle composait? C'est la question que plusieurs historiens se sont posée avec un réel intérêt. En effet, l'illustre réformatrice de l'Ordre des Clarisses. sainte Colette, se trouvait à cette époque dans la ville de Moulins. La Libératrice de la France ne venait-elle point se recommander aux prières de la grande vierge franciscaine?

J'avoue qu'il est séduisant de songer à la rencontre en ce monde de ces deux belles et idéales figures, s'embrassant dans la charité du Christ et faisant monter vers le ciel leurs communes supplications pour obtenir la fin des effroyables calamités qui désolaient alors le sol de leur patrie.

Cette grande scène n'est pas improbable, mais, pour affirmer qu'elle ait eu lieu, le document précis fait défaut; ne désespérons pas de le voir un jour sortir de la poussière des archives.

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