‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 60 sur 117 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

M0NTFA1 CON-EN-BERRY ET CATHERINE DE LA ROCHELLE — IMPOSTURE DEMASQUEE — CONCOURS DE BOURGES ET D'ORLÉANS AU SIEGE DE LA CHARITÉ — L'ARMÉE, SANS ARGENT ET SANS VIVRES, BAT EN RETRAITE — JARGEAU : FRÈRE RICHARD ET PIERRONNE LA BRETONNE — ANOBLISSEMENT DE LA IM CELLE ET DE S\ FAMILLE VISITE A ORLÉANS, LE II) JANVIER I42Q — MORTELLE TRISTESSE DE

[.'HÉROÏNE — CONFIANCE PERSÉVÉRANTE DU PAYS — HÉLIE BODANT PRÊCHE A PÉRIGUEUX — JEANNE INTERVIENT A TOURS POUR HÉLIETTE POLNOIR — CADEAUX DE LA MUNICIPALITÉ TOURANGELLE on si BAT 1 N PEU PARTOUT ET PRINCIPALEMENT EN NORMANDIE

Au couis de la préparation de sa campagne contre La Charité, la Pucelle lit un séjour à Montfaueon-en-Berry. Elle se trouvait là bien placée pour recueillir des ressources, recruter des soldats et surveiller la garnison de la cité qu'elle allait bientôt assiéger; un autre avantage de cette position, c'est qu'on était près de Bourges, centre de ravitaillement situé à huit lieues en arrière.

L'héroïne venait donc d'arriver dans la petite ville lorsqu'elle tut rejointe par une femme nommée Catherine de la Rochelle. Or, Catherine n'était qu'une hallucinée. Ayant entendu les récits que l'on faisait sur la Libératrice, elle chercha à reproduire le modèle idéal auquel elle portait envie et prétendit être également l'objet de faveurs extraordinaires; puis elle vint offrir à la Pucelle sa collaboration. « l'ne dame blanche, revêtue de drap d'or, lui disait-elle, se montre à moi; l'apparition me commande de parcourir les bonnes villes de France. Il faut que le roi me donne des hérauts pour m'accompagner, et ces hommes proclameront que quiconque possède de l'or, de l'argent ou un trésor caché doit l'apporter tout de suite. Pour ceux qui refuseront d'obéir ou qui dissimuleront une partie de leurs biens, je me charge de les reconnaître et de trouver leur trésor. Jeanne, ajoutait la visionnaire, mes services ne peuvent vous être qu'agréables, puisque l'argent qui sera recueilli de cette façon servira à payer les hommes d'armes! »

La Pucelle ne fut pas persuadée par ce raisonnement. Devinant l'imposture à première vue, sachant d'autre part que cette personne était mariée et mère de famille, elle lui insinua doucement de retourner vers son mari pour soigner son ménage et nourrir ses enfants. L'autre insista ; la jeune vierge alors consulta ses \ oix et reçut d'elles l'assurance qu'en cette histoire il n'y avait que folie et néant.

Ce ne fut point chose facile de convaincre l'aventurière, soutenue, semble-t-il, par Fr. Richard, qui, nous l'avons vu. avait plus d'éloquence que de jugement.

Néanmoins, Jeanne se prêta de bonne grâce au contrôle des prétendues visions qu'on lui rapportait. Elle interrogea Catherine :

— Voyez-vous donc cette dame blanche chaque nuit?

— Certainement!

— Oh bien! nous coucherons ensemble ce soir afin que je la voie aussi! L'intrigante ne s'attendait sans doute pas à cette proposition: mais comment la

repousser? Lorsque la journée fut terminée, les deux femmes se retirèrent dans la même chambre. La Pucelle se tint éveillée jusqu'à minuit; mais, vaincue par la fatigue, elle s'assoupit. Dès le matin, sa première question fut celle-ci :

— Votre dame est-elle venue?

— Oui, mais à ce moment vous dormiez et je ne suis point arrivée à vous réveiller.

— Reviendra-t-elle demain ?

— Oui !

Sur cette affirmation, notre héroïne dressa son plan : elle prit soin de se reposer avant le soir afin de rester éveillée et coucha de nouveau avec Catherine de la Rochelle. Naturellement, la dame blanche aux vêtements d'or ne se montrait pas. Malicieusement, la jeune fille, de temps à autre, demandait :

— Ne viendra-t-elle point ?

— Si, tantôt, répondait sa compagne embarrassée.

Mais la nuit s'écoula tout entière sans qu'aucun incident n'en troublât la monotonie. L'expérience était concluante; Jeanne se contenta défaire écrire au roi. désireux d'avoir des renseignements, qu'elle lui donnerait verbalement son avis sur la visionnaire.

L'heure du départ pour le siège de La Charité était arrivée. Catherine chercha alors à empêcher la guerrière de se rendre à ce poste dangereux; mais celle-ci, voulant éprouver la fausse voyante, lui dit :

— Venez-y plutôt avec moi !

— Oh! non. répliqua-t-elle, je n'irai point; il fait bien trop froid! Les deux femmes se séparèrent : elle se retrouvèrent plus tard.

Malgré les gelées hâtives de cet hiver, la Libératrice se mit en route. Les préparatifs du siège s'achevaient, en effet, et si les troupes étaient peu nombreuses encore, elles étaient du moins soutenues par les villes patriotes dont on avait sollicité le concours.

La cité de Bourges fit un sacrifice considérable; quoique déjà chargée d'impôts, elle n'hésita pas à en établir volontairement de nouveaux en date du 24 novembre, pour pouvoir envoyer à la Pucelle et au sire d'Albret la somme de treize cents écus.

Les comptes de la ville d'Orléans sont d'irrécusables témoins du grand effort accompli .

Une fois de plus la cité reconnaissante prêta généreusement son artillerie à sa Libératrice. La grosse bombarde et son attelage de vingt chevaux furent transportés par eau jusqu'à La Charité; plusieurs chalands y conduisirent également une quantité respectable de couleuvrines.

Parmi la troupe envoyée d'Orléans à Jeanne, il y avait un Cordelier, le Fr. Jacques, à titre d'aumônier; un médecin, du nom de Geoffroy Drion et le garde Savoré. Puis une compagnie de quatre-vingt-neuf hommes marchait avec un trompette, deux porteétendards (l'un pour la bannière de la ville et l'autre pour le fanion militaire), un sergent. Jean Ilallet. et un capitaine, Jean Boiau.

Chacun des guerriers avait reçu un uniforme neuf, une huque gros-vert, brodée des orties orléanaises et relevée d'une croix blanche sur la poitrine. Ces tenues avaient été fabriquées à Orléans : on en avait commandé cent cinq, ce qui indique le nombre de soldats de la colonne; les auxiliaires civils augmentèrent ce total.

Le siège de La Charité, commencé fin novembre, dura trois semaines. Le maréchal de Boussac y avait rejoint Jeanne et le sire d'Albret. Etant donnée l'œuvre à accomplir, leurs troupes réunies étaient bien insuffisantes. Néanmoins, tous se conduisirent avec bravoure. On lit usage de l'artillerie, et un des couleuvriniers d'Orléans tomba blessé. Les murs ayant été battus en brèche, la Pucelle ordonna l'assaut; cette tentative ne put réussir, tant la résistance opposée par les assiégés fut énergique. Cependant, le froid devenant de plus en plus vif, les combattants auraient eu besoin d'être soutenus et largement nourris; mais on ne savait où trouver des subsistances. Hélas! durant cette campagne, le monarque n'ouvrit point son trésor pour fournir des vivres ou de l'argent à ceux qui défendaient sa cause. Afin de ne pas prolonger les souffrances de ses soldats. Jeanne fut donc obligée de lever le siège; l'armée, réduite à la dernière extrémité, dut précipiter sa retraite, laissant une partie de ses canons devant la ville.

Le roi s'attendait-il à cette piteuse issue que son incurie avait provoquée ? Je l'ignore : peut-être n'avait-il d'autre but que d'apporter un retard aux succès de la Libératrice. Pourtant il semble impossible de nier dans cette douloureuse circonstance la culpabilité de La Trémoille que le sire d'Albret ne put manquer d'informer, jour par jour, de la marche des opérations. L'infâme ministre, disposant de monceaux d'or, avait toute facilité pour tirer de ce mauvais pas l'armée de la Pucelle.

Cet échec servit la rancune du favori : il dut se réjouir à la pensée que l'influence de Jeanne sur le roi allait diminuer encore.

Pour faciliter sans doute le rapatriement des garnisons qui l'avaient suivie et notamment celui de la compagnie orléanaise, la messagère de Dieu, en quittant La Charité, vint à Jargeau. Elle y rencontra Catherine de la Rochelle, qui, telle que nous la connaissons, devait triompher intérieurement de l'insuccès qu'avait essuyé Jeanne. La visionnaire élargissait encore ses projets, elle ne parlait maintenant de rien moins que de se rendre auprès du duc de Bourgogne pour un traité. La Pucelle se contenta de répondre que. à son avis, on n'obtiendrait la paix qu'en la cherchant au bout de la lance. Il était difficile de dire mieux, et les événements montraient bien, en effet, que plus Charles VII éloignait ses troupes du vrai théâtre de la guerre, plus les Bourguignons devenaient intraitables. Er. Richard était, lui aussi, à Jargeau. Jeanne y passa la Noël, et c'est à l'occasion de cette fête que naquit l'accusation calomnieuse formulée plus tard contre l'angélique enfant, d'avoir, pendant la solennité, reçu la Sainte Communion jusqu'à trois fois de la main du religieux Franciscain.

Ce fut probablement à cette époque que l'héroïne prit a sou service une jeune tille de Bretagne nommée Pierronne. Celle-ci puisa dans le commerce de sa pieuse maîtresse un tel respect, une si profonde affection, qu'un jour on la verra pousser le dévouement à ses extrêmes limites et mourir dans les supplices en témoignage de la vertu de notre grande Française!

De Jargeau, la Pucelle revint vers le roi à Mehun-sur-Yèvre. Dans une entrevue, celui-ci lui demanda ce qu'elle pensait de Catherine de la Rochelle et de ses prétendues révélations. Employant les termes mêmes de ses Voix, elle répondit :

— Il n'y a en tout cela que folie et néant.

La visionnaire et Fr. Richard — qui tenait alors "résolument pour cette dernière et prétendait qu'on la mît en œuvre — furent très mécontents de cette franchise : ils ne l'oublièrent point.

Cependant, tout en voulant se soustraire à l'influence surnaturelle. Charles YII désirait montrer au pavs que ses sentiments de reconnaissance envers Jeanne n'avaient pas changé et qu'il continuait à la compter parmi les personnages importants de sa cour. Dans cette pensée, le monarque à cette époque même, anoblit la glorieuse enfant ainsi que toute sa parenté. II lui fit délivrer le titre qu'on va lire et qui. par un privilège presque unique dans les fastes de l'histoire de France, déclare que la noblesse se transmettra dans la famille d'Arc, non seulement par voie masculine, mais aussi par descendance féminine.

Charles, par la grâce de Dieu roi de France, en mémoire perpétuel le.

Voulant célébrer les grandes et abondantes grâces que la divine Majesté nous a accordées par le signalé ministère de notre chère et aimée Pucelle, Jeanne d'Arc, du bailliage de Chaumont ou de son ressort, et celles plus grandes encore que nous espérons de la divine clémence, nous croyons convenable et opportun que, non pas tant pour ses services que pour rendre gloire à Dieu. Jeanne et toute sa famille soient élevées et anoblies par de dignes marques d'honneur de la part de notre royale majesté.

Nous faisons donc connaître à tous, pour le présent et pour l'avenir, vu ce qui précède et en considération des louables, agréables et utiles services que Jeanne la Pucelle nous a rendus de tant de manières ainsi qu'à notre royaume, que nous avons anobli, et que par les présentes, par faveur spéciale, de science certaine, de la plénitude de notre autorité, nous anoblissons et faisons nobles la Pucelle; Jacques d'Arc, de Domremy, son père; Isabelle, son épouse, mère de Jeanne, Jaequemin, Jean et Pierre [Pierrelot], ses frères, toute sa parenté et tout son lignage à cause d'elle, ainsi que leur postérité masculine et féminine, née ou à naître en légitime mariage.

Nous voulons que les susnommés, toute la parenté et tout le lignage de la Pucelle et leur postérité, puissent recevoir, lorsque et aussi souvent qu'ils le voudront, de n'importe quel chevalier, le baudrier et les insignes de la chevalerie. Nous leur concédons également ainsi qu'à leur postérité née ou à naître en légitime mariage de pouvoir acquérir, conserver et posséder pour toujours, tant auprès des personnes nobles que des autres, les fiefs, arrière-fiefs et autres bien nobles, sans que maintenant ou dans l'avenir on puisse les en priver par défaut de noblesse.

Ils ne seront tenus à payer quoi "que ce soit pour cet anoblissement ni à nous ni à nos successeurs. En considération de ce qui précède, par surcroît de faveur, nous tenons quittes les susnommés, la parenté et le lignage de la Pucelle, de toute redevance: et par les présentes

nous leur en faisons don et quittance, nonobstant les règlements, décrets, édits, usages, rappels, coutumes, défenses et mandements contraires faits ou à faire, quels qu'ils soient.

Nous avons fait apposer à nos présentes, pour qu'elles aient toujours valeur et force, notre sceau ordinaire en l'absence du grand, notre droit et celui des autres étant saufs pour tout le reste.

Donné à Meung-sur-Yèvre, au mois de décembre de l'an de grâce 1429, la huitième année de notre règne.

Sur le repli :

De par le roi, en présence de l'évêque de Séez, de Messeigneurs de laTrémoille et de Trêves

et d'autres.

Signé : Mallières.

Et plus bas:

Expédiée en la Chambre des comptes, le 16 janvier 1430, et enregistrée au livre des Chartes

de ce temps, f° CXXI.

Signé : Agrelle.

Afin de condescendre aux désirs du roi. Jeanne, selon toute probabilité, se rendit à Bourges, le 16 janvier, jour où la Chambre des comptes entérina l'acte ci-dessus; néanmoins, jamais elle ne prétendit user des privilèges qui lui furent octroyés par ce titre.

Cependant la jeune guerrière, toute dévouée à sa patrie, était profondément attristée de son inaction forcée. C'est pourquoi elle résolut d'aller chercher des consolations auprès de ses bons amis d'Orléans. Le 19 janvier, elle était en effet dans cette ville. Les bourgeois, voulant lui faire digne accueil, se chargèrent de tous les frais de son séjour; ils nourrirent même les chevaux de son escorte qui furent logés dans les écuries de Jean Pilas.'

On donna, en l'honneur de la Libératrice, deux grands repas auxquels assistaient le sire de Mortemar, maître Jean Rabateau et Maître Jean de Velly. Parmi les mets qui parurent en cette circonstance sur la table municipale figurèrent treize lapins, neuf perdrix, six chapons et un faisan.

En dehors de sa halte à Orléans, il n'est pas facile de savoir où la guerrière passa les derniers jours de janvier et tout le mois de février. On suppose que, durant ce laps de temps, elle résida, habituellement du moins, auprès du roi, la tradition relatant des traces de son passage à Vierzon, où le monarque se rendait souvent, et aussi à Alenetou-sur-Cher et aux Marches de Berry.

Vers mars, le sire de La Trémoille, constatant sans doute que l'influence de Jeanne agissait de nouveau sur l'âme de Charles VII, conduisit ce dernier avec la Pucelle dans son propre domaine de Sully-sur-Loire.

Le perfide ministre se disait avec raison que les supplications maintes fois réitérées de l'Envoyée de Dieu parviendraient un jour à toucher le cœur du prince.

— Sire, répétait-elle en effet, je ne durerai guère qu'un an, hâtez-vous de m'employer au service de la patrie.

De plus, la profonde douleur de la noble enfant devait forcément impressionner son entourage et l'incliner à la pitié.

Il y eut pour Jeanne, dit Henri Martin, depuis le retour de La Charité, quatre mois d'angoisses que les langues humaines ne sauraient exprimer : sentir que l'on porte en soi le salut d'un peuple, que Dieu nous pousse et que les hommes nous enchaînent !

La France, d'ailleurs, était et demeurait tout acquise à la Libératrice. Bien qu'il ne nous soit resté que peu de chose des documents ou des comptes de cette époque troublée, nous en avons assez néanmoins pour connaître l'opinion de la nation.

A Périgueux, la municipalité fit célébrer à ses frais une messe, le i3 décembre, et prit soin d'y fournir les cierges « parce que maître Hélie Bodant, disent les registres, était venu en cette ville et prêchait à tout le peuple les grands miracles accomplis en France par l'intervention d'une Pucelle qui était venue trouver le roi notre sire, de par Dieu ».

Cependant, de Sully, Jeanne restait en relations avec ses amis : elle échangea avec la ville de Tours une correspondance qui nous dévoile tout ensemble son grand cœur et la respectueuse sympathie qu'elle excitait dans le royaume.

Le 19 janvier 1430, en présence de sire Jean Dupuy, conseiller de la reine de Sicile. les élus de Tours s'assemblèrent pour entendre lecture d'une lettre de la Pucelle. On se souvient qu'un artiste tourangeau. Hennés Polnoir, avait peint le célèbre étendard où flamboyaient, auprès de l'image du Sauveur, les noms de Jésus et de Marie ; la victoire avait consacré cette oriflamme, et l'héroïne conservait toujours un sentiment de reconnaissance pour le peintre qui avait si bien exécuté le plan indiqué par ses Voix. Or, Héliette, la fille de Polnoir, allait bientôt se marier; Jeanne savait que la jeune épousée n'était point très riche; elle pria donc la ville de Tours de constituer à sa protégée une dot de cent écus.

La demande parut onéreuse, étant donné le peu de prospérité des finances et les multiples réparations qu'exigeaient les monuments de la cité.

D'autre part, on voulut honorer « Jeanne la Pucelle venue en ce royaume vers son souverain pour l'assister dans sa querelle, lui disant être envoyée par le Roi du ciel pour soutenir la guerre contre les Anglais, les ennemis nationaux ». Aussi l'impossibilité d'accorder tout ce qui était demandé ayant été établie, on décida que, « pour l'amour et l'honneur de la Pucelle », un représentant de la municipalité se rendrait à la bénédiction nuptiale, afin d'y prier au nom de ses concitoyens ; de plus, le pain et le vin du repas de noces seraient payés par les finances de la ville. Les registres font foi que ces résolutions furent ponctuellement exécutées.

De toutes parts, montait vers la Pucelle et vers le roi la voix ardente du pays criant sa volonté de chasser l'envahisseur.

Le bruit de luttes sanglantes et parfois heureuses parvenait aussi jusqu'à la cour.

En effet, malgré la trêve franco-bourguignonne, il y avait sur toute la rive droite de la Seine de nombreuses incursions de pillards; on signalait également de fréquentes escarmouches entre les armées régulières des deux États, car les Bourguignons se transformaient volontiers en Anglais afin de n'être pas tenus d'observer la suspension d'armes. Dans une autre partie du royaume, Sens avait chassé sa garnison pour acclamer Charles VII. Fn Normandie, on se battait un peu partout. Leduc de Bedford

s'était logé avec ses soldats dans cette province, afin d'y maintenir complète son influence. Décidé à reprendre les places que les Français avaient occupées dans le cours de 1420. il conquit successivement Laval, le château de Torcy, Étrépagny.

Cependant La Hire avait pris Louviers, à sept lieues de Rouen, et de ce poste inquiétait la capitale de la Normandie; il poussa l'audace et la bravoure jusqu'à enlever d'assaut la puissante forteresse de Château-Gaillard, où il eut le bonheur de briser les fers du sire de Barbazan, dit le chevalier sans reproche.

11 était évident qu'une expédition sérieuse en pays normand aurait eu d'autant plus de chances de réussir que le joug anglais y était devenu insupportable : les Rouennais eux-mêmes avaient conspiré en vue de leur délivrance.

La France se ranimait: si le roi sortait de sa torpeur pour se remettre en campagne aux côtés de l'Envoyée de Dieu, les conquêtes succédant aux victoires ne se compteraient plus. Mais La Trémoille veillait; il sut reprendre tout son ascendant et empêcher le souverain d'accomplir ce que le Ciel et la nation attendaient de lui.

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