O HISTOIRE ANATOMIQUE
sent et s'injectent à l'extrémité des fragments. La cicatrice qui se forme reste long-temps adhérente au tis*u cellulaire voisin et aux muscles contigus.
i3io. Lorsque l'on pratique une incision longitudinale dans le milieu de la conque de l'oreille d'un chien , la cicatrisation immédiate de cette plaie s'opère, si l'on réunit par des points de suture les parties divisées , ou si l'on a eu la précaution de ne pas terminer l'incision au bord de la conque. La peau se cicatrise d'abord , il se forme ensuite un gonflement allongé, s'étendant à plusieurs lignes des deux côtés de la section,* ce gonflement est formé par un tissu cellulaire très dense, homogène, d'abord rongeâtre, ensuite rosé et blanc. Ce tissu se confond avec le tissu cellulaire sous-cutané; bientôt les bords du fibro-cartilage lui-même s'amollissent, se gonflent, s'injectent et se confondent avec le tissu cellulaire infiltré. C'est à cette époque, qui arrive du vingt au vingt-cinquièmejour, que la réunion s'opère par une substance d'abord blanchâtre, comme pulpeuse, qui bientôt se convertit en tissu cellulofibreux. Le gonflement du tissu cellulaire et des bords du fibro-cartilage divisé , diminue. Le fibro-cartilage est alors réuni par un tissu cellulo-fibreux assez dense. Ce tissu se convertit-il en fibro-cartilage?.... L'analogie le ferait croire, mais ce ne serait toujours qu'assez long- temps après.
i3ri. Si l'on ampute l'oreille d'un animal, il se forme, sur le bord de la section , une couche de tissu cellulaire, qui semble un prolongement de celui qui existe sous la peau entre elle et le fibro-cartilage. Ce tissu s'infiltre et se couvre de bourgeons charnus avant que le fibro-cartilage ait éprouvé d'altération. La cicatrisation se fait par le tissu cellulaire. Le fibro-cartilage ne tarde pas aussi à se gonfler et à rougir. Il con-
DES INFLAMMATIONS ADIIESIVES. 37 1
tracte d'étroites adhérences avec le tissu cellulaire souscutané. La cicatrice achevée est très dense , elle est réellement fibreuse., et forme au bord du cartilage une sorte de périchondre.
i3i2. Dans les fractures des cartilages des côtes, on sait qu'il se forme une cicatrice d'abord lamineuse qui finit par devenir osseuse. Dans les côtes qui sont très mobiles, on voit quelquefois cette cicatrice plus lâche permettre un certain mouvement aux fragments, et constituer une espèce de fausse articulation.
Nous n'avons pas continué long-temps les expériences sur la cicatrisation des cartilages costaux. Les phénomènes qui surviennent pendant les dix premiers jours, sont un gonflement du périchondre qui acquiert plusieurs lignes d'épaisseur, prend une texture blanche , grisâtre , homogène, et se confond avec la surface du cartilage gonflée et ramollie, tandis qu'un fluide comme gélatineux enduit et colle les deux fragmens. Des vaisseaux capillaires très injectés et nombreux se ramifient dans le périchondre et dans le cartilage lui-même.
SECTION IV
Inflammations adhéswes des os.
i3i3. Si l'on dissèque le membre d'un animal dix à douze heures après l'avoir fracturé, on trouve du sang extravasé entre les fragmens et dans la cavité médullaire de l'os. On en rencontre aussi dans le tissu cellulaire entre les muscles et dans leur épaisseur, s'ils ont été contus et déchirés. La quantité de ce sang est variable; il y en a constamment autour de la fracture, et si un vaisseau volumineux a été rompu, on en trouve une grande quantité d'infiltrée dans le tissu cellulaire d'une grande étendue du membre. Le
périoste et la membrane médullaire sont rompus au même point que l'os. Les bords de leur déchirure sont frangés et irrégulièrement décollés; mais si la fracture est droite, et si elle a été faite sans beaucoup d'efforts, la membrane médullaire et même le périoste ne sont pas rompus dans toute la circonférence de l'os, et même le décollement d'une portion du périoste permet aux fragmens, du côté où il existe, un certain déplacement sans rupture de cette partie de la membrane fibreuse détachée.
Nous n'avons pas seulement, comme on voit, à étudier les phénomènes de la cicatrisation des os; la réparation des solutions de continuité du périoste, qui est une membrane fibreuse, et des portions de muscles rompues en même temps que l'os, se présentera aussi à nos observations.
i3i4- L'injection pratiquée dix à douze heures après une fracture , pénètre facilement dans toutes les parties dures et molles du membre, et s'extravase dans le lieu de la fracture; les tissus rompus et ceux qui environnent la rupture ne sont pas plus injectés que dans l'état sain.
i3i5. Trente-six à quarante heures après la fracture, il s'est déjà opéré des changements notables dans les tissus divisés. Le périoste est injecté à une ;issez grande distance («m pouce et demi), par des capillaires assez nombreux, dans lesquels l'injection artificielle arrive; la matière de cette injection ne s'épanche plus au lieu de la fracture, à, moins que des branches vasculaires assez grosses n'aient été rompues; et, dans ce cas, l'épanchement est limité au point où se trouvent les extrémités oblitérées par un caillot que l'injection a dérangé. Le tissu cellulaire environnant est déjà infiltré de sérosité et très injecté , il a déjà con-
DES INFLAMMATIONS ADlIESlVES. 3y3
tracté avec le périoste une plus grande adhérence : ce dernier est aussi plus adhérent à la surface de l'os. L'injection artificielle s'arrête à quelques lignes de l'extrémité des fragments de l'enveloppe fibreuse de l'os. La moelle est devenue plus dense auprès de la rupture; elle a pris une couleur vermeille qui contraste avec la couleur brunâtre du sang extravasé et infiltré dans les tissus environnans, et dans la moelle elle-même.
i3i6. Le quatrième jour après la fracture, les injections ne pénètrent plus dans le tissu du périoste si ce n'est à une assez grande distance de la fracture, au moins douze à quinze lignes; si elles arrivent plus près, c'est seulement dans quelques capillaires isolés un peu volumineux. Le tissu cellulaire environnant a acquis plus de densité , et est infiltré par un fluide gélaliniforme, assez dense, d'une couleur rouge brunâtre qui semble être la fibrine du sang extravasé au moment de la rupture. A quelque distance autour, le tissu cellulaire est infiltré d'un fluide séreux, blanc ou légèrement rosé et peu abondant; ses capillaires sont injectés. Les muscles contus sont eux-mêmes infiltrés par un fluide concret, analogue à celui qui remplit les mailles du tissu cellulaire qui les environne. Le périoste est augmenté d'épaisseur et diminué de densité; il se continue par sa surface externe avec le tissu cellulaire infiltré auquel il adhère; cependant il est facile de distinguer ses limites. Une substance comme fibrineuse rouge, brunâtre par endroits, reste du caillot formé par l'extra vasation du sang au moment de la fracture, entoure la solution de continuité ; cette substance n'est pas très homogène, elle est rougeâtre, demi-liquide et visqueuse par endroits; elle pénètre à ce dernier état entre les extrémités osseuses. La moelle
est devenue rouge, gonflée, uniformément injectée et d'une densité plus grande.
Vers le septième ou le huitième jour 3 on ne trouve plus ces débris de caillots rouges brunâtres : une substance molle visqueuse rosée les remplace.
iSiy. Le douzième jour, un tissu cellulaire condensé et très rouge par endroits; dans d'autres, comme piqueté ou marbré , réunit en une seule masse toutes les parties qui environnent la fracture. Ce tissu très dense, infiltré et d'une consistance bomogène s'étend entre les fibres et dans les interstices des muscles, auxquels il adbère. Les fibres de ces organes sont un peu décolorées en cet endroit. Les tendons qui passent sur le lieu de la fracture sont resserrés dans leur gaine qui est intacte, mais dont les parois sont épaissies et confondues dans le tissu environnant. Nous avons trouvé deux fois la synoviale de la gaine des tendons rouge et injectée ; elle était recouverte d'une couche grisâtre, molle, qui ne présentait encore aucune trace d'organisation. Le tissu du tendon était sain.
Il se forme autour des nerfs qui passent sur les fractures un canal cellulo-fibreux , dont les parois très denses se continuent avec le tissu cellulo-fibreux qui entoure la fracture. Les cordons nerveux qui traversent ce canal ne présentent aucune altération. On n'observe dans le névrilème aucun vaisseau injecté. Quant aux troncs et aux rameaux vasculaires, ils ont contracté des adhérences étroites avec le tissu infiltré qu'ils traversent.
Le périoste se confond par sa face externe avec le tissu cellulaire induré et infiltré. Il a cependant encore un peu plus de densité que ce tissu; ce qui suffit pour l'en distinguer, lorsqu'on l'examine attentive-
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 375
ment. Le périoste est fort épaissi ; cet épaississement, qui n'est pas moindre que de plusieurs lignes, commence à environ un pouce au-dessus et au-dessous de la solution de continuité ; il s'étend à une plus grande distance sur les faces de l'os où il s'est formé des éclats par la fracture.
i3i8. En enlevant, par couches horizontales, le tissu dense qui entoure la fracture, on arrive au périoste gonflé et confondu avec ce tissu; il se coupe de même sans qu'on aperçoive de délinéation entre ces tissus morbides confondus dans une structure semblable. L'on découvre , par ce mode de dissection , la surface de l'os devenue légèrement ponctuée, et semblant déjà se raréfier.
En examinant cette portion d'os après une macéralion qui la dépouille complètement des parties molles environnantes, on reconnaît que sa surface, devenue rugueuse, est facilement entamée par le scalpel. La coupe qu'on y opère présente une multitude de petits points grisâtres, comme ceux qui s'observent lorsqu'on coupe en travers un morceau de jonc.
Le périoste cesse d'adhérer à l'os à environ une ligne de l'extrémité des fragments. Rarement il leur est adhérent jusqu'au bord de la fracture, et souvent il est décollé à plusieurs lignes de distance. Au point où il cesse d'adhérer à l'os, le périoste se perd dans le tissu induré environnant, avec lequel il se confond. La surface des extrémités fracturées et celle du cylindre osseux au lieu où il est dénudé pa*r le décollement du périoste , sont absolument exemptes d'altération ; mais elles sont recouvertes d'une matière rouge-mollasse sans consistance. Cette matière peu abondante est interposée entre les fragments, et semble se continuer avec la moelle.
3y6 HISTOIRE ANATOMIQUE
Le tissu médullaire est rouge, spongieux, mélangé de taches grises, lesquelles se fondent par leurs bords dans le tissu rouge, adhérent à la surface interne de l'os qui est devenue rugueuse et comme celluleuse; elle est manifestement gonflée, car le canal médullaire est rétréci jusqu'à six à huit lignes au-dessus et audessous de la fracture.
i3iq. Du quinzième au vingtième jour, les muscles commencent à se détacher de la tumeur cellulo-nbreuse qui s'est formée autour de la fracture. Le tissu de cette tumeur est homogène, blanc, dense comme un fibro-carlilage un peu ramolli; il se coupe et se casse également dans tous les sens. Dans ce tissu sont confondus à la fois les tissus fibreux et celluleux environnants. En l'enlevant par couches, on le trouve de plus en plus injecté de l'extérieur à l'intérieur; des stries rouges et des capillaires assez disséminés existent autour de l'os, sur la surface duquel le scalpel coupe des points osseux mêlés à des points cartilagineux. Ces premiers rudiments osseux sont mous , spongieux et pointillés de rouge. La macération, en dépouillant des parties molles les extrémités osseuses, découvre parfaitement ces mamelons qui appartiennent si évidemment à la table externe de l'os, raréfiée et gonflée, qu'il est impossible de les en séparer, même en traitant Fos par l'acide muriatique. L'os coupé longitudinalement , présente trois couches distinctes dans son épaisseur; l'une externe mamelonnée ; 1'aiUre moyenne, conservant l'aspect et la texture physiologiques; la troisième interne, raréfiée comme l'externe. Les pointes des fragments éclatés ou irrégulièrement brisés, sont émoussées; l'os qui les forme est dans l'état physiologique jusqu'au point où cesse le décollement du périoste.
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 377
Une petite couche d'un tissu rouge mollasse, devenu plus dense que quelques jours auparavant, naît de la moelle, et est interposée entre les fragments, mais ne leur adhère point.
/La surface interne du canal osseux, mamelonnée, et raréfiée auprès de la fracture, est adhérente à une couche celluîo-cartiîagineuse, dans laquelle on trouve une multitude de points osseux très rapprochés , et qui enveloppe la moelle. Cette couche est formée aux dépens de la membrane médullaire, qui est très épaissie , rugueuse , et couverte de mamelons ostéocartilagineux, qui pénètrent dans le tissu de la moelle; lequel contient lui-même des points cartilagineux et osseux. Ce tissu médullaire est d'un rouge grisâtre. et très sablé de sang; il se continue d'un fragment à l'autre à moins qu'il n'y ait chevauchement des fragments. Le canal médullaire est ainsi diminué de plus de la moitié de son dismètre.
Les injections artificielles ne pénètrent point dans le tissu qui entoure la fracture , ni dans la moelle infiltrée et enflammée; ce n'est que dans la couche moyenne de l'os que l'on voit quelques capillaires qu'elles ont remplis.
i520. Apres le trentième jour, le bourrelet qui entoure la fracture est sensiblement diminué, et n'est plus injecté; les muscles sont dégagés de toute adhérence, et ont repris leur état naturel; cependant leurs gaines restent un peu épaissies. La surface de l'os est beaucoup plus raréfiée; les mamelons plus prononcés se prolongent dans la couche profonde du tissu morbide fibro-celluleux , qui maintient les fragments rapprochés; entre et sous ces mamelons osseux se remarquent de petites portions cartilagineuses qui pénètrent entre les fibres raréfiées de Fos lui-même,
?»78 HISTOIRE ANATOM1QUE
La tuméfaction mamelonnée de la table externe du cylindre osseux n'existe pas jusqu'aux bords extrêmes des fragments; elle finit sur la ligne où se termine le décollement originel du périoste. Dans cet intervalle, le tissu cellulo-cartilagineux environnant est immédiatement en contact avec la fracture. C'est à environ deux à trois lignes de la limite du décollement du périoste que le gonflement de la table externe des extrémités des fragments est le plus considérable; il va en diminuant, soit en s'approchant , soit en s'éloignant de la solution de continuité. Un tissu cellulocartilagineux véritable, assez peu élastique, existe profondément au voisinage de l'os, dans la tumeur qui entoure la fracture. Ce tissu se continue directement avec les deux bourrelets annulaires, rugueux et osléo-cartilagineux, que forme le gonflement de la table externe des extrémités osseuses. Il remplit l'intervalle de ces bourrelets e'I les réunit en un seul. Dans la couche profonde de ce tissu cellulo-cartilagineux se voient quelques portions cartilagineuses élastiques, et par endroits quelques points véritablement osseux.
1 32 1 . Un tissu rouge, assez dense, est interposé entre les fragments lorsqu'il existe quelque intervalle entre eux. Si Ion opère leur séparation violente, on voit en dedans de l'os une surface grisâtre mamelonnée, présentant des parties osseuses et cartilagineuses assez denses, incorporées dans un tissu cellulaire induré , d'un gris rougeâtre, dans l'épaisseur duquel existent en grand nombre ces points osseux et ostéo-cartilagineux. Le canal médullaire est entièrement oblitéré par ce tissu, dans lequel s'est convertie la moelle, et cette oblitération s'étend ordinairement à toute la longueur de l'os, mais la substance qui la forme à
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quelque distance de la solution de continuité, devient spongieuse, lâche, et traversée par des cloisons Cartilagineuses, irrégulièrement disposées. Entre ces cloisons se trouve un tissu celluleux , rouge, humide, peu consistant. L'oblitération du canal médullaire ne s'étend cependant pas toujours à toute la longueur de l'os; elle cesse quelquefois à une certaine distance de la fracture, subitement limitée par une cloison réticulaire, transversale ou oblique, d'une structure cartilagineuse, avec des points osseux. Au-delà de cette séparation la moelle est dans l'état sain. D'autrefois la moelle devient, en s'éloignant du point fracturé , d'un rouge jaunâtre, endurcie, spongieuse, et contenant des points cartilagineux. Cette altération se fond peu à peu en un tissu spongieux rougeâtre, qui va en se décolorant vers les extrémités articulaires de l'os, et se fond enfin dans la moelle à l'état sain. Les choses ne se passent ainsi que chez de grands et et de vieux animaux ; chez les petits et les jeunes chiens le canal est constamment oblitéré d'un bout à l'autre. Indépendamment du bourrelet qui environne et qui maintient les fragments, ils sont donc encore contenus par l'espèce de mandrin qui s'est formé dans le canal médullaire. Ce mandrin est formé de deux moitiés qui remplissent chaque fragment, et qui sont pour ainsi dire articulées très solidement, à la manière des épiphises, à l'endroit de la solution de continuité ; lorsque la fracture est oblique , cette articulation l'est également, mais sous un angle toujours moins aigu.
i322. Lorsque la coaptation n'est que très imparfaite, et même lorsqu'elle n'existe pas, la substance qui remplit le canal médullaire de chaque fragment devient cartilagineuse, se prolonge et se continue avec
380 HISTOIRE ANÀTOMIQJJE
le bourrelet extérieur, en sorte qu'une matière cartilagineuse est interposée entre les extrémités de l'os, et les réunit médiatement par l'intermédiaire de la substance médullaire altérée, qui les remplit l'une et l'autre , et du bourrelet cellulo-carlilagineux qui se lie au-dessus et au-dessous de la fracture avec le bourrelet ostéo- cartilagineux de la surface externe du cylindre raréfiée et tuméfiée.
i323. L'état des fractures que nous venons de décrire se trouve très souvent encore au quarantième jour; il n'est même complet qu'à cette époque chez les animaux âgés.
1 3 2 4 • Du quarantième au soixante- dixième jour. La tumeur que forme autour de la fracture le tissu fibro-cartilagineux qui l'entoure diminue de volume; sa texture va en se rapprochant de celle des cartilages; une multitude de points osseux se forment dans son épaisseur et dans sa couche la plus profonde. Ces points osseux sont d'abord cartilagineux, d'un blanc perlé et d'une texture élastique et dense sur leurs bords, par lesquels ils se confondent avec le/ tissu dans lequel ils se développent. Les mamelons, formés par le gonflement de la table externe de l'os, sont devenus plus volumineux; ils constituent de vraies végétations osseuses, qui se prolongent dans le tissu cartilagineux qui enveloppe les extrémités des fragments. Bientôt une succession de points osseux, d'un fragment à l'autre autour de ia fracture, forme le commencement de la virole osseuse qui maintient solidement les fragments réunis, et qui commence à rétablir la continuité de l'os.
Les injections pratiquées dans le membre \\ celle époque de la consolidation des fractures, pénètrent des vaisseaux qui passent obliquement au travers du
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bourrelet. Ces vaisseaux se divisent ordinairement en plusieurs branches en s'approchant de la solution de continuité ; chaque branche se sépare à angle aigu, dont le sommet se trouve du côté du tronc. Toutes se dirigent de dedans en dehors; aucune ne pénètre dans l'os. On remarque des capillaires du périoste, qui pénètrent dans l'os à quatre ou cinq lignes au-dessus et au-dessous de la solution de continuité,, et qui se ramifient ensuite en se dirigeant vers la fracture, dans la couche celluleuse ou moyenne de l'os qui est fort injectée et tuméfiée.
L'extrémité des fragments osseux s'use sur la table externe et interne; ces fragments sont réunis par une substance cartilagineuse , un peu rougeâtre, assez adhérente à la couche moyenne du cylindre osseux. Cette substance se continue avec le tissu qui remplit le canal médullaire. Celui-ci est d'une structure partie osseuse, partie cartilagineuse; il est serré et dense, mais rempli de cellules circonscrites par des lamelles et des filets, dont quelques uns sont entièrement osseux et d'autres entièrement cartilagineux; le plus grand nombre partie osseux, partie cartilagineux .
On remarque à l'extrémité des fragments, au lieu où s'exécute le travail de résorption qui use le bord de la table externe du cylindre osseux, que le tissu osseux est ponctué de rouge , et correspond à une couche de substance cartilagineuse rougeâtre , peu dense, extrêmement mince, qui adhère assez fortement au bourrelet ostéo-cartilagineux superposé.
i 32 5. Du quatre-vingtième au quatre -vingt- dixième jour, la tuméfaction extérieure à l'os est peu considérable; une lame osseuse d'une structure spongieuse peu consistante se continue d'un fragmenta l'autre 3
elle prend racine sur chaque extrémité dans la table externe tuméfiée de l'os lui-même, et elle forme autour de la fracture une virole osseuse. Une couche très mince de tissu cartilagineux .adhère à la face interne de la virole, et à la couche moyenne des extrémités des fragments, mise à nu par l'usure de la table externe de l'os. Cette couche cartilagineuse qui se prolonge dans la solution de continuité, empêche que la virole qui n'est autre chose que la nouvelle table externe du cylindre osseux, soit immédiatement en contact avec l'extrémité des fragments. Une couche fibro-cartilagineuse revêt à l'extérieur cette virole osseuse, lui adhère , et forme la couche moyenne d'une tumeur dont Ja virole est la couche profonde. Un grand nombre de points osseux et cartilagineux existe dans cette couche fibro-cartilagineuse , qui est à l'extérieur d'une texture fibreuse, et semble enveloppée par le périoste épaissi et très adhérent. Les muscles et toutes les parties profondes sont libres et sans adhérences autour de la tumeur.
Si l'on scie alors longitudinalement l'os qui a été fracturé, on remarque au lieu où existait la solution de continuité, une intersection ondulée, cartilagineuse, qui indique la trace de sa réunion; le tissu cartilagineux interposé entre les fragments est devenu osseux vers le milieu de l'épaisseur de l'os et vis-à-vis la couche celluleuse moyenne du cylindre osseux ; il se continue avec le tissu ossifié qui remplit le canal médullaire. Ce dernier tissu devient de plus en plus celluleux et moins dense à mesure que l'on s'éloigne de Ja fracture vers les extrémités articulaires; il est enfin tout-à-fait réticulaire, et il renferme dans ses mailles un fluide rougeâtre gélatiniforme.
i32Ô. Après le quatre-vingt-dixième jour les extré-
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 383
mités des fragments ne sont plus apparentes au lieu où a existé la fracture. L'ossification, en se propageant de l'intérieur à l'extérieur , a envahi la couche de cartilage interposée entre la virole et la fracture , et a déterminé ainsi l'adhérence immédiate de cette virole avec la couche moyenne de l'os dont elle doit former la table externe. Aussitôt que cette ossification est achevée les traces de la solution de continuité disparaissent peu à peu. Le canal osseux se rétablit d'abord aux extrémités de l'os. Le tissu réticulaire qui le remplit, devient plus rare, à plus grandes cellules, et disparaît enfin. L'os revient peu à peu à son épaisseur naturelle par la diminution successive de l'épaisseur, de la virole osseuse qui, confondue avec l'os primitif, forme sa table externe en se rapprochant de son axe, de la même manière que cela s'observe pour les portions d'os qui se régénèrent sous le périoste quand on a déterminé, par le décollement de cette membrane , la nécrose de la table externe du cylindre osseux.
i32y. Ce n'est qu'après un temps assez long, toute trace extérieure de la fracture ayant disparu, que le canal médullaire se rétablit à l'endroit où il a existé. En ce lieu, le tissu osseux reste un peu rougeâtre et plus dense, il ne reste de gonflement extérieur que si la coaptationn'a pas été exacte. On reconnaît à l'injection des os qui ont été fracturés qu'il s'est formé des communications vasculaires au travers de la cicatrice; ces communications ont lieu i°. par les vaisseaux de la virole osseuse qui, étant venue former la table externe de l'os a, pour ainsi dire, entraîné les vaisseaux lors de son affaissement dans l'épaisseur de l'os qu'elle a concouru à rétablir ; 2°. par des anastomoses
384 HISTOIRE AWATOMIQJJE
vasculaires, toujours latérales , qui se sont établies clans la couche moyenne de l'os; 3°. enfin par des ramifications vasculaires que la membrane médullaire ossifiée a conservée à la table interne de l'as.
ï328. Les fractures ne sont pas toujours nettes; elles sont souvent irrégulières et produisent fréquemment des éclats de l'os brisé. Quand les esquilles adhèrent au périoste, elles se tuméfient dans leur couche moyenne ou celluleuse, et à leur table externe; elles concourent ainsi à former la virole d'abord cartilagineuse et ensuite osseuse, par les mamelons osseux qui se développent sur les points de leur surface encore tapissés du périoste. Dans les parties des esquilles qui sont dénudées par le décollement de cette membrane fibreuse, la- table externe est usée comme les pointes osseuses des fragments. Le tissu celluleux moyen de l'esquille concourt , comme celui des fragments, en adhérant au tissu cartilagineux , et en se continuant avec lui lorsqu'il s'ossifie, à rétablir la continuité. Les esquilles internes qui tiennent à la membrane médullaire se comportent comme les externes qui tiennent au périoste. L'ouverture des cadavres d'individus morts après des fractures comminutives a prouvé que les esquilles, quoique entièrement séparées du corps de l'os, concourent ainsi à la formation du cal, toutes les fois qu'elles sont encore adhérentes aux parties molles.
i32Q. Lorsque les fractures sont avec chevauchement, elles se réunissent par l'intermédiaire d'un cal osseux, qui résulte de l'ossification du tissu cartilagineux , qui se forme entre les extrémités des fragments. (i322 )
1 33o. On peut conclure des observations que nous
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 385
venons de rapporter, que la cicatrisation des fractures s'opère par la succession des phénomènes inflammatoires suivants :
i°. Inflammation aiguë du tissu cellulaire et du périoste déchirés ( 409 ) , ainsi que de la moelle que contient l'os affecté au voisinage de la fracture.
20. Tuméfaction, raréfaction, et injection de la surface de l'os à quelques lignes au-dessus et au-dessous de la fracture , au lieu où le périoste continue à adhérer. Mêmes phénomènes à la table interne de l'os, tandis que la moelle s'enflamme dans toute, ou dans presque toute la longueur du cylindre osseux.
3°. La coaptation des fragments est assurée audehors par un tissu fibro-cellulaire qui enveloppe la solution de continuité, et s'implante à la surface de l'os tuméfiée et mamelonnée; au-dedans par la moelle devenue cartilagineuse et osseuse au lieu correspondant à la fracture. Lorsque la coaptation n'est point exacte, un tissu cartilagineux formé aux dépens de la moelle et du périoste maintient les fragments entre lesquels il est interposé.
4°. Résorption des pointes osseuses des fragments et de la table externe de l'os à leur extrémité; diminution simultanée du volume du bourrelet frbrocelluleux, et formation de points cartilagineux et osseux dans sa couche profonde.
5°. Par les progrès de l'ossification des tissus cartilagineux autour et au-dedans de Fos , formation d'une virole osseuse autour de la fracture; cette virole , qui s'implante à la table externe du cylindre, est recouverte d'un périoste dense, qui se continue au-dessus et au-dessous avec celui du corps de l'os; donc ce n'est pas le périoste qui s'ossifie !... Pendant cette succession de phénomènes extérieurs, l'ossification médullaire 11. 25
fait des progrès dans le tissu cartilagineux interposé entre les fragments.
6°. La solidification achevée, le canal médullaire se reproduit; la virole osseuse externe s'affaisse en se confondant peu à peu avec le corps de l'os dont elle forme la couche externe, laquelle revient à son état naturel par son rapprochement successif vers l'axe de l'os. Ce rapprochement est à la fois le résultat de ia résorption qui se fait dans l'os primitif, et de la condensation du tissu de la virole qui est d'abord ostéo-cartilagineux , plus tard osseux et assez peu dense, et devient enfin plus dense que l'os dans l'état sain , lorsque toute trace de solution de continuité a disparu intérieurement et extérieurement.
i33i. L'examen des fractures, parvenues à différents degrés de consolidation sur les os conservés dans les collections anatomiques, nous a fait remarquer la même succession de phénomènes que nous avions observée sur les animaux, seulement il nous a paru que la consolidation marchait un peu plus lentement chez l'homme que chez les animaux même âgés; on sait que sa durée varie selon beaucoup de circonstances.
1 o32* Lorsque les fractures sont avec déchirement des parties molles ; il se forme d'abord un tissu rougeâtre comme fibro-celluleux , qui constitue les lèvres de la plaie et réunit la peau, le tissu cellulaire, les muscles et les fragments osseux. La moelle rouge et gonflée fait saillie entre les extrémités des fragments; toute la plaie se recouvre bientôt de bourgeons charnus qui suppurent. Quinze jours après la fracture, les extrémités des fragments sont déjà sensiblement ramollies et gonflées; vers le vingt-cinquième jour, leurs surfaces sont converties en un tissu rou-
geâtre assez dense qui se confond dans les lèvres de la plaie , se recouvre de bourgeons charnus et suppure. Les parties divisées, mises alors en contact, ne lardent pas à contracter adhérence. La fracture se trouve alors enveloppée par un bourrelet rouge injecté et celluîo-fîbreux , comme celui qui se forme autour des fractures qui ne sont point en contact avec l'air, excepté qu'il est moins dense et beaucoup plus pénétré de sang. Le tissu de ce bourrelet adhère aux extrémités gonflées des fragments, entre lesquelles est interposée une substance rosée fibro-cartilagineuse par laquelle ils adhèrent; cette substance se confond avec la moelle, et semble s'être formée de dedans en dehors. La surface de l'os est très gonflée et confondue par de petits mamelons cartilagineux avec le périoste infiltré et épaissi ; des points cartilagineux qui bientôt s'ossifient, se manifestent dans la couche profonde du bourrelet qui devient de jour en jour plus pâle, plus dense et moins infiltré; la consolidation s'achève ensuite par le même mécanisme que dans les fractures simples, après la formation du bourrelet fibro-cartilagineux; elle ne commence réellement que lorsque la plaie extérieure est cicatrisée, par conséquent lorsque la fracture est soustraite au contact de l'air y car tout ce qui se passe avant cette période n'est qu'un travail préparatoire.
r 333. En rapprochant la description des phénomènes de la cicatrisation des fractures avec déchirement des parties molles, de ceux de la cicatrisation des plaies des os ( 456 et suiv. ) , on est conduit à reconnaître que cet acte réparateur s'effectue en deux périodes :
I^r première, que l'on pourrait appeler prépara-
toire, consiste dans la formation d'un lissu rougeâlre vascnlaire enflammé, comme celluleux , à la surface des parties divisées. Ce tissu, qui présente une surface suppurante et couverte de bourgeons charnus, se forme, partie par la tuméfaction et le développement inflammatoire du périoste, de la moelle et des parties molles intéressées, partie aux dépens du tissu cellulaire qui entre dans la structure de l'os lui-même, dont le tissu propre s'injecte, se raréfie et suppure.
La deuxième période, qui a pour résultat immédiat la consolidation de la solution de continuité, ne commence que quand l'os est mis à couvert du contact de l'air par la couche cellulo-vasculaire qui s'est organisée à sa surface, et qui devient cellulo-hbreuse aussitôt que, par l'affaissement des bourgeons charnus, la pellicule de la cicatrice est formée. Des points cartilagineux et osseux se produisent dans cette couche, et donnent naissance dans les plaies des os à la reproduction imparfaite de la surface enlevée. Il reste en effet toujours une dépression rugueuse plus ou moins marquée, remplie en partie par le périoste plus épais en ce point; il reste également toujours dans le canal médullaire, au lieu correspondant à la plaie,. une saillie et même une oblitération incomplète du canal par un tissu osseux réliculaire.
SECTION V
Inflammations adhésives de la peau.
1 334* Une incision de la peau, immédiatement réunie par première intention , est recouverte , dès le lendemain de la réunion, par une concrétion rouge brune , linéaire, qui ressemble à du sang coagulé. Les lèvres de la plaie sont agglutinées par une matière
DES INFLAMMATIONS ADHES1VES. 38q
jaune rougeâtre, filante, qui les réunit déjà d'une manière assez solide. Le troisième jour , la concrétion linéaire externe s'est en partie séparée ; il est sorti de quelques points où la réunion n'est pas parfaitement immédiate , de la sérosité qui tache le linge en jaune ; la ligne de la plaie est encore couverte par une concrétion linéaire rougeâtre, inégale en largeur et en épaisseur. Elle est plus étendue dans ces deux sens aux points ou la réunion est moins exacte. Les bords de la plaie sont légèrement tuméfiés, et rouges jusqu'à la distance de quelques lignes. L'adhérence est déjà assez solide; en voulant la rompre, on détermine de la douleur et la sortie d'un peu de sang. Le quatrième jour, le gonflement des bords de la division du derme est arrivé à son plus haut point; la plaie ne fournit plus de sérosité, elle présente une concrétion linéaire jaunâtre, devenue très dure et fort adhérente. Bientôt le gonflement diminue, la petite concrétion se sépare, et une raie rose, dure au toucher, injectée, saillante, suit la direction de l'incision; ce n'est que peu à peu que cette ligne devient plus pâle, et qu'elle arrive à une couleur plus blanche même que celle de la peau. Lorsqu'elle est parvenue à ce point, la cicatrice est un peu déprimée et inégale; ces inégalités dépendent de ce que la réunion immédiate n'est que rarement très parfaite dans toute son étendue. Dans les parties où la peau est peu extensible, et dans lesquelles son adhérence au tissu cellulaire serré subjacent ne permet pas qu'elle se déplace facilement , les cicatrices sont linéaires et sans irrégularités. Les cicatrices du doigt, par exemple, de la plante des pieds, sont parfaitement linéaires toutes les fois que la plaie a été sans perte de substance et immédiatement réunie.
OC)° HISTOIRE ANÀTOMIQUE
i335. Si on pratique sur la peau de la patte d'un animal une incision longitudinale , et qu'on le tue douze ou quinze heures après, les bords de l'incision sont modérément gonflés, et une injection niercuri elle les pénètre , et sort en gouttelettes par l'incision dont elle décolle les lèvres qu'agglutine déjà une matière rougeâtre filante. Cette matière recouvre également toute la surface de la plaie , qui est légèrement rosée , et présente des capillaires injectés par le mercure ; une multitude de points mercuriels excessivement déliés sortent sur les bords de la division quand on les comprime.
Trois jours après, l'injection mercurîelle ne pénètre qu'à peine jusqu'aux bords de la plaie, mais elle est abondante à trois ou quatre lignes de ses lèvres dans tout leur trajet. La réunion de la solution de continuité est alors opérée par une matière véritablement pseudo-membraneuse , assez dense. Le tissu de la peau gonflé est humide, et en quelque sorte ramolli jusqu'à la profondeur d'environ deux lignes, dans laquelle , si on ne voit pas de traces de capillaires injectés par le mercure , -on en trouve au moins un très grand nombre qui sont pénétrés par le sang. Si l'on décolle alors les lèvres de la plaie , on déchire une matière rose blanchâtre, qui reste en partie adhérente à l'un et à l'autre bord ; ces bords, examinés à la loupe, sont rouges et parsemés de petites villosités que la séparation des lèvres de la plaie a produites.
Le huitième jour, l'injection mercurîelle pénètre jusqu'à la plaie dans quelques points, mais nullement encore dans ceux où la réunion ne s'étant pas trouvée assez immédiate, il reste encore un peu de gonflement et d'écartemeut des bords. Dans plusieurs points correspondants aux lieux où l'injection
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 3o l
est arrivée à la surface des lèvres de la plaie, on distingue dans le tissu de la cicatrice de petites stries irrégulières de mercure. La réunion solide est opérée par un tissu blanc, rougeâtre par endroits, et parsemé d'une multitude de petites traînées sanguines qu'il est facile de reconnaître à la loupe pour des vaisseaux naissants. Ce tissu a par places une demi-ligne, dans d'autres au moins une ligne d'épaisseur; il est très humide, et ne présente aucune trace de fibres ni de lames.
Le douzième jour , le mercure pénètre facilement les bords de la plaie; le tissu intermédiaire est entièrement rosé , et d'une couleur tranchée sur celle des bords de la plaie , qui ont acquis une densité plus grande que celle de la peau saine. Des stries et des arborisations rouges nombreuses , allongées dans la direction de l'incision, annoncent l'existence des vaisseaux dans le tissu de la cicatrice; le mercure ne pénètre pas ces capillaires de nouvelle formation.
Vingt-cinquième jour, le mercure ne pénètre dans les lèvres de la plaie que comme dans la peau saine , c'est-à-dire par petites stries excessivement déliées qui s'y annoncent par des gouttelettes extrêmement fines qui paraissent^ la surface de l'incision ; cependant le tissu cutané semble un peu moins dense que le tissu sain. Des capillaires injectés se prolongent au travers delà cicatrice, qu'ils pénètrent longitudinaîement et obliquement; beaucoup naissent du tissu cellulaire subjacent, qui est un peu œdémateux.
i336. Les plaies avec perte de substance de la peau présentent les phénomènes suivants : la peau environnant la plaie et la portion du derme qui n'a point été intéressée et qui en forme le fond, se gonflent et s'infiltrent d'une sérosité rougeâtrc; les capillaires rougis-
3g2 HISTOIRE ANATOMIQUE
sent et deviennent plus apparents. La surface de la plaie secrète une sérosité rougeâtre, qui ne paraît pas différer du sérum du sang. Du deuxième au troisième jour environ, elle fournit en très petite quantité un fluide comme muqueux , épais , filant ; la surface de la plaie rougit et devient vermeille à mesure que son fond et ses bords se gonflent. A cette époque , l'injection du mercure dans les vaisseaux ne pénètre qu'à peine dans la plaie, sur laquelle le métal sort en gouttelettes très multipliées pendant les douze premières heures.
Le quatrième jour, le gonflement des bords et du fond est très marqué; la rougeur de la plaie s'étend dans les parties environnantes; un fluide blanchâtre opaque commence à être sécrété à sa surface. Celte surface est comme piquetée de petits points vermeils un peu saillants, très mous, et entourés d'un fond rose grisâtre; ces points, examinés à la loupe, semblent spongieux et remplis de sang. Le tissu cutané, autour et au fond de la solution de continuité, le tissu cellulaire de ses aréoles, et celui qui est adjacent à la peau malade , présentent tous les caractères de l'inflammation aiguë. ( 520 et suw. )
Le sixième jour, la suppuration s'est établie. La surface de la blessure est parsemée de petites éminences rouges, gonflées, molles au toucher, dont la base est entourée de petites parcelles arrondies blanches, grisâtres, d'une matière visqueuse à demi coagulée. Les bords sont rouges , tendus , légèrement rénitens. L'injection mercurielle ne pénètre plus ni à la surface de la plaie , ni au-dessous d'elle; elle s'arrête à plusieurs lignes au-dessous et autour, et elle y est très abondante. y
Le dixième jour, une pellicule blanchâtre, excès-
DES INFLAMMATIONS ADIIES1YES. 3q3
sivement mince et peu consistante, mais facile à séparer sous l'eau, recouvre toute la plaie; cette pellicule se laisse pénétrer par les bourgeons charnus et par le fluide purulent qu'ils fournissent. C'est celte membrane humide et molle qu'on a appelée membrane provisoire de la cicatrice 5 elle tombe et se renouvelle plusieurs fois , et finit enfin par devenir plus adhérente, plus épaisse. Solidifiée, elle forme le premier épiderme dont la cicatrice reste recouverte. Le tissu rougeâtre injecté, qui entoure la plaie et forme ses parois , est devenu beaucoup plus pâle ; il est très abondamment pénétré par un fluide visqueux sérogélatini forme, qui n'est que du pus véritable, incomplètement élaboré. Nous avons trouvé sous des plaies que nous avions irritées très fortement , de petites collections de pus disséminées dans le tissu subjacent et environnant.
1 337. A cette époque, il ne peut plus y avoir à la dissection de doute sur la formation d'une pseudo-membrane extérieure, déjà assez épaisse, mais encore peu consistante. Cette membrane est rouge, et a un aspect assez semblable à celui d'une membrane muqueuse enflammée ; elle est entièrement semblable , sauf qu'elle est plus pénétrée de fluide à la pseudo-membrane des trajets fistuleux. Bientôt la suppuration tarit, et le tissu enflammé s'affaisse; la pseudo-membrane de nouvelle formation devient elle-même plus sèche. Le tissu cutané gonflé, et se continuant avec le nouveau tissu lamineux véritable qui s'est formé dans les bords de la plaie, s'affaisse lui-même; toutes les parties se dégonflent. La membrane de la cicatrice revient sur elle-même , comme tous les tissus qui passent de l'état de congestion et d'engorgement inflammatoire; à leur consistance et à leur couleur naturelles.
3g4 HISTOIRE ANÀTOMIQUE
Tous ces phénomènes sont en grande partie achevés du quinzième au vingtième jour , si la plaie était peu étendue; alors le tissu subjacent, encore rosé par endroits , et résistant au toucher et à l'instrument qui le déchire, a quelque ressemblance avec le tissu qui entoure les fractures des os après le douzième jour. La peau a plus d'épaisseur que dans l'état sain ; le tissu cellulaire subjacent est aussi plus dense et beaucoup plus adhérent au derme. A mesure que le gonflement diminue , car il n'a pas encore entièrement cessé à cette époque, la cicatrice perd de son étendue, et la membrane qui la constitue revenant ainsi successivement sur elle-même, ramène vers son centre les lèvres de la plaie. Les injections ne pénètrent guère dans la membrane de la cicatrice , que dix à douze jours après qu'elle est achevée, et elles y pénètrent du fond à la surface , et du centre à la circonférence, et jamais des bords au centre. S'il y a quelques capillaires qui suivent cette direction , ils passent nudessous de la cicatrice, et ils existaient probablement avant la plaie.
i338. Dans les grandes perles de substance, la cicatrisation s'effectue d'abord aux limites de la plaie ; elle ne parvient que successivement jusqu'au milieu; la dissection de ces grandes solutions de continuité fait, pour ainsi dire, reconnaître en même temps toutes les époques de la cicatrisation. Déjà la cicatrice est achevée sur les bords que les bourgeons charnus commencent à peine à s'affaisser au milieu ,• cependant toute la cicatrice reste rouge et injectée tant qu'elle n'est pas complètement terminée dans toute son étendue, et il reste toujours du gonflement audessous de la plaie, et même jusqu'au delà de ses anciennes limites. Ce n'est que dans les simples inflam-
DES INFLAMMATIONS ADHES1VES. 3o,5
mations superficielles avec soulèvement de l'épidémie seulement, que la partie malade peut revenir entièrement à son état physiologique dans certains points, tandis qu'elle n'y est pas arrivée dans d'autres.
1 339. Lorsque les cicatrices des solutions de continuité de la peau sont complètes et achevées, elles constituent un tégument nouveau , couvert d'un épiderme; les vésicatoires le démontrent. Il existe dans l'épaisseur de ces cicatrices des rameaux capillaires nombreux. À mesure que les cicatrices vieillissent, la quantité de ces capillaires diminue , leur réseau n'est jamais si serré , et ne paraît pas susceptible des mêmes fonctions que celui qui se trouve dans le corps muqueux de la peau naturelle. C'est là sans doute la cause pour laquelle les cicatrices restent incolores chez les Nègres. Chez les blancs, quand ces cicatrices sont très superficielles , elles acquièrent et conservent quelquefois une teinte jaune café, un peu moins foncée que des éphélides, mais d'une couleur plus foncée que la peau saine.
i34o. Le tissu des cicatrices n'est pas disposé par fibres enlacées formant des espèces d'aréoles comme celui du derme, c'est un tissu lamineux très serré, et qui est tellement dense, qu'il a une résistance presque égale à celle du tissu fibreux. Par la macération, il se réduit beaucoup plus promptement que celui qui constitue le derme en pulpe grisâtre et molle gélatiniforme. Le tissu cellulaire, qui se trouve au-dessous de la cicatrice, est assez dense, mais il devient plus lâche à mesure qu'on s'éloigne de la surface interne de la nouvelle peau , dont il forme , pour ainsi dire , la couche profonde.
1 34i . La cicatrisation des ulcères cutanés ne s'opère pas par un mécanisme absolument semblable à celui
3g6 HISTOIRE ÀNATOMIQUE
par lequel se fait la cicatrisation des plaies récentes; le tissu du derme, autour et au-dessous de ces ulcères , est dans l'état de phîegmasie chronique ( 588 et suiv.). Lorsque la cicatrisation s'opère, on voit se former une couche rouge, grisâtre, peu consistante, d'un tissu comme fongueux , sur laquelle on voit une multitude de petites taches rosées, striées, et ponctuées d'apparence pulpeuse. C'est celte couche peu épaisse qui sert de base aux bourgeons charnus, et aux sortes d'excroissances ou de fongosités que ces bourgeons charnus, devenus végétans, forment quelquefois. Ces bourgeons charnus opèrent la cicatrisation de la même manière, mais plus lentement que dans les plaies récentes; elle ne s'achève que quand cette couche rougeâlre se convertit en un tissu vasculaire dense, assez résistant, homogène et comme induré; présentant, si l'on peut s'exprimer ainsi, une sorte d'hypersarcose du derme. Cet épaississement qui environne la cicatrice, et la tuméfaction adjacente, ne sont entièrement résolus qu'un certain temps après la cicatrisation; jusqu'à ce qu'ils aient lout-à-fait cessé, la cicatrice et la peau environnante restent d'un rouge violâtre, livide, et la cicatrice se rompt avec une grande facilité.
1 342. Si l'on irrite trop fortement les ulcères en voie de cicatrisation , il se forme à leur surface, et surtout sur leurs bords, une couche indolente couenneuse, d'un jaune rosé, infiltrée de pus et de sérosité; ces couches, qui enveloppent quelquefois et recouvrent les bourgeons charnus , constituent une sorte d'épaississement et d'infiltration de la membrane provisoire de la cicatrice.
1 343. Les injections ne pénètrent dans les vaisseaux des cicatrices des vieux ulcères que quand l'induration
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. 3q7
du derme est presque complètement résolue; on reconnaît alors que les vaisseaux proviennent des parties profondes, et sont comme épanouis dans la cicatrice.
SECTION VI
Inflammations adhésives des membranes muqueuses et des membranes bilieuses.
1 344- Les solutions de continuité des membranes muqueuses externes, qu'elles soient ulcératives, ou le résultat d'une blessure, se couvrent de bourgeons charnus lorsqu'elles se disposent à se cicatriser. Ces bourgeons charnus, la suppuration qui les accompagne, la membrane provisoire de la cicatrice, et enfin la cicatrice elle-même se forment absolument de la même manière que sur la peau.
i345. Lorsque les ulcères de la villeuse digestive commencent à se cicatriser, le fond de la solution de continuité est tapissé par une matière blanche, grisâtre, demi - purulente. Sous cette couche, peu adhérente, le tissu de la membrane est uniformément rouge granuleux; de petites brides rouges et saillantes proéminent et se perdent dans les bords de l'ulcère, dont le fond est inégal et rugueux. La rougeur qui environne la solution de continuité disparaît; le gonflement des bords s'affaisse,* une matière blanchâtre, très molle et comme muqueuse tapisse, non seulement le fond de la solution de continuité , mais encore ses bords affaissés jusqu'à une distance d'au moins une ligne en dehors de l'ulcération. A un degré plus avancé, l'ulcération a disparu; le lieu qu'elle occupait est un peu inégal et déprimé.
i346. La cicatrice est blanchâtre, au milieu rugueuse, et rosée sur ses bords. On reconnaît, à la dissection, que vers le fond de l'ulcère l'épaisseur de
l'intestin est plus considérable que dans fétat naturel , et qu'un tissu laniineux séné a pris la place de là membrane détruite. Lorsque la cicatrice est déjà ancienne, elle est blanche et un peu rugueuse; elle est toujours d'une couleur plus pâle et surtout plus mate que le reste de la membrane; on ne trouve jamais de villosités ni de cryptes sur ces cicatrices.
1 347- Les cicatrices des muqueuses, et surtout des muqueuses externes, ne diffèrent de celles de la villeuse intestinale cpie par la plus grande densité du tissu , en quelque sorte cellulo-fibreux , très serré , qui les constitue , et par la présence de l'épithelium qui les recouvre.
1048. Les injections pénètrent dans les cicatrices des tuniques mucipares; elles y démontrent la présence de beaucoup moins de vaisseaux capillaires que dans la tunique à son état naturel; elles font aussi voir que les rameaux vasculaires, épars et ramifiés dans les cicatrices des villeuses, n'y affectent plus cette disposition si remarquable que nous avons signalée. (667 et suiv.)
SECTION VII
Inflammations adhéswes des vaisseaux.
1349. Les plaies des artères ne se cicatrisent pas à moins que l'on oblitère par une ligature le canal artériel; alors une matière coagulable blancbâtre, s'épanche dans la cavité du vaisseau à l'endroit de la ligature. Une pareille matière se trouve au-dehors autour de la tunique celluleuse, qui, avec le tissu cellulaire ambiant, en est infiltré. Pendant les premiers jours qui suivent la ligature, cette matière coagulable n'est qu'un caillot à demi-coloré et tout-àfait fibrineux. A l'intérieur du vaisseau, ce caillot
DES INFLAMMATIONS ADIIESIVES. 3gg
est entièrement rouge, brunâtre, et s'étend au dessus et au-dessous de la ligature, jusqu'aux premières collatérales. Formé par la stase du sang dans le canal oblitéré, il se confond avec la matière blanchâtre, fibrineuse, épanchée et sécrétée au lieu même de la ligature. En ce point, cette substance coagulable adhère aux tuniques internes, rouges et enflammées. (g3o.)
Si l'artère a été comprise dans une ligature serrée, les deux tuniques internes sont coupées , et les bords de leur section sont enveloppés dans la matière coagulable.
i35o. Le caillot formé dans le vaisseau devient rosé, et bientôt après de couleur blanchâtre; il acquiert en même temps une certaine densité. Vingtcinq ou trente jours après l'oblitération du vaisseau, on commence à y apercevoir de petites stries, dirigées longitudinalement, et de dehors en dedans. On ne tarde pas à distinguer des vaisseaux capillaires, provenant de rameaux et de ramuscules distribués dans les parties environnantes, et dont la plupart sont nés des collatérales de l'artère intéressée ellemême. Ces capillaires prennent de l'accroissement, et acquièrent avec le temps assez de volume pour entretenir la circulation, au moyen des anastomoses, entre la partie supérieure et la partie inférieure du vaisseau qui a été divisé.
i35i. Dans quelques cas, qui doivent être très rares, il paraît qu'on a trouvé qu'il s'était formé dans le tissu même qui oblitère l'artère , des vaisseaux longitudinaux rétablissant directement la circulation au travers de la cicatrice. * Nous avons bien vu des
'Parry, Additionnai experim. ; on the arteries , etc. London,
vaisseaux capillaires, clans ie tissu cellulo-fibreux qui oblitère le canal artériel revenu sur lui-même, depuis le lieu où il a été coupé par la ligature jusqu'à la naissance de la première branche collatérale; mais aucun de ces vaisseaux, de formation nouvelle, ne se dirigeait Jongitudinalement, et ne naissait du canal de l'artère lui-même. Ces capillaires n'étaient qu'un prolongement des vaisseaux propres des parois artérielles , et se perdaient bientôt dans le tissu qui oblitérait le passage du sang.
i352. M. Barruel a analysé la substance coaguîable qui s'exhale à l'extérieur, dans la cavité et dans l'épaisseur des parois d'une artère serrée par une ligature qui a coupé ses deux membranes internes; il a trouvé que la matière animale, qui se forme autour et dans la cavité des artères, diffère sensiblement de l'albumine et de la fibrine pures. Celte substance nous paraît en effet présenter tous les caractères d'une substance mixte, composée de fibrine et d'albumine. Cette dernière matière est assez facile à séparer par la pression, au moins en majeure partie, dans les premiers instants de l'existence de la substance coagulable , mais plus tard il n'est plus possible d'enlever ainsi l'albumine qui s'est intimement unie avec la fibrine. Quand l'artère est réduite en un cordon , et que le tissu morbide est entièrement organisé, l'ébullition fournit de la gélatine qui, dans ce tissu comme dans tous ceux avec lesquels on en peut préparer, ne nous paraît pas exister primitivement.
i353. Le mode de cicatrisation des veines est le même que celui des artères lorsqu'on opère leur section par des ligatures. Il y a également formation et dépôt, autour et dans le canal vasculaire, d'un fluide coagulable qui s'organise de la même manière que
DES INFLAMMATIONS ADHESIVES. ^o ï
celui qui se forme dans les ligatures artérielles. On trouve encore le même fluide coagulable dans l'oblitération des veines par suite de l'inflammation de leur membrane interne ; mais l'oblitération des vaisseaux veineux n'est pas nécessaire pour que les plaies qu'ils ont reçues se réunissent. Si le vaisseau n'a pas été entièrement divisé en travers, le canal reste libre au cours du sang.
i354- Lorsqu'on dissèque les veines du bras présentant des cicatrices de saignées, on trouve qu'un tissu blanc, très serré, comme fibreux, est le moyen de réunion de la paroi incisée. En ce point les membranes vasculaires sont légèrement épaissies, et il est impossible de séparer, même par la macération, la tunique interne de la tunique externe.
Si l'on tue un animal trois jours après une saignée de la jugulaire, on reconnaît que les lèvres de la plaie de la veine sont immédiatement agglutinées par une substance rougeâtre qui fait une légère saillie au-dedans du vaisseau. La membrane interne est légèrement injectée à une ligne autour de l'incision. A l'extérieur, le tissu cellulaire est injecté et infiltré autour de la petite plaie à laquelle il est très adhérent. A mesure que l'on s'éloigne de l'époque de la saignée, le petit bourrelet interne et externe diminue ; la cicatrice se solidifie et se rapproche de plus en plus de l'état dans lequel elle se trouve sur les veines des bras des cadavres d'individus qui ont été saignés quelque temps avant la mort.
SECTION VIII
Inflammations adhésives du tissu nerveux.
1 355. Nous avons essayé sans succès d'obtenir la cicatrisation de plaies faites au cerveau ; les animaux
ii. , 26
ont tous succombé à la pblegmasie cérébrale avant que la cicatrisation ait été parfaite. Tout ce que ces expériences nous ont appris, c'est que lorsque l'on a, pratiqué une plaie au cerveau , il survient une injection assez vive sur les lèvres de la plaie; le tissu cérébral augmente de densité jusqu'à une profondeur peu considérable, deux à trois lignes. Un tissu rouge, pulpeux, très peu consistant, se développe superficiellement, et sert de base aux bourgeons charnus. Le tissu cérébral est un peu ramolli, très pénétré de sérosité , et. un peu injecté jusqu'à huit ou dix lignes de profondeur au-dessous de la couche superficielle endurcie et très injectée.
i356. On a trouvé assez fréquemment des cicatrices dans le cerveau ; leur inspection ne peut laisser de doute qu'elles ne se forment par le même mécanisme que dans les autres tissus. Lorsqu'un épanchement apoplectique a déchiré le tissu cérébral, il s'organise d'abord autour du foyer un kyste, qui finit par s'oblitérer lorsqu'il n'est pas très étendu, et que la totalité du fluide épanché se trouve résorbée. Il reste alors une vraie cicatrice linéaire, jaunâtre, que l'on a rencontrée sur des individus qui avaient éprouvé long-temps auparavant des attaques d'apoplexie. Cette cicatrice linéaire est d'une texture plus dense que le tissu cérébral; c'est un tissu lamineux, peu consistant , comparativement aux anciennes cicatrices qui s'observent dans d'autres organes; mais très dense et très consistant, comparativement au tissu cellulaire qu'on observe dans différentes parties de la surface du cerveau.
i357. Dans quelques cas les cicatrices du cerveau sont complètement celluleuses, larges et beaucoup plus étendues qu'une simple ligne jaunâtre. On trouve
DES INFLAMMATIONS ADHES1VES. 4o3
un exemple de cette sorte de cicatrice dans l'Observation suivante :
Obs. CLXXXVI. Un homme de quarante - cinq ans, hémiplégique du côté droit depuis onze mois, à la suite d'une attaque d'apoplexie, ne pouvait articuler que les monosyllabes oui et non, quoiqu'il parût jouir d'ailleurs de toutes ses facultés intellectuelles. Il fut pris d'une pneumonie à laquelle il succomba le quatrième jour.
A V ouverture du cadavre on trouva un peu de sérosité épanchée sous la dure-mère. Sur la partie moyenne de la convexité de l'hémisphère gauche , se remarquait une dépression assez considérable. Le cerveau incisé en cet endroit offrit beaucoup plus de résistance que dans les parties voisines. On parvint bientôt à un tissu lamineux jaunâtre , infiltré de sérosité, qui remplissait une espèce de cavité dont les parois étaient formées par une substance jaunâtre, dense, tapissée par un tissu lamineux que parcouraient des vaisseaux sanguins très sensibles. Cette cavité occupait le centre médullaire de l'hémisphère gauche, à l'endroit où le prolongement antérieur de la protubérance pénètre dans cet hémisphère; elle formait une courbe audessus de ce prolongement, et s'étendait jusqu'à la dépression extérieure. — Les lobes inférieurs des deux poumons étaient hépatisés. *
1 358. Lorsqu'on coupe un nerf, les fragments s'allongent; si l'on réunit immédiatement la plaie par première intention, et si on la rouvre le dixième jour, on trouve les deux extrémités du nerf rapprochées et enveloppées d'un tissu cellulaire dense, injecté; ce tissu se continue avec le névrilème, qui a augmenté d'épaisseur et de densité à une assez grande distance de la
1 Gruveilhier , Anat. pathol. , t. I, p. 209,
/j04 HISTOIRE ÀNATOMIQUE
section, six à huit lignes au-dessus et au-dessous. L'augmentation de volume et de densité du névrilème s'étend dans l'intervalle des filets nerveux, qui, réunis, forment le cordon nerveux qui paraît ainsi tuméfié.
Le vingtième jour, la tuméfaction est réduite à peu de volume; la cicatrice est formée, et le nerf qui avait contracté des adhérences assez fortes avec le tissu cellulaire environnant, n'en conserve plus qu'au lieu même de la section; cette adhérence est même déjà très faible.
i359. Si l'on laisse la plaie faite à un nerf en contact avec l'air, il se forme des bourgeons charnus qui croissent sur le tissu cellulaire , qui s'épaissit et se gonfle autour des extrémités du cordon nerveux, et qui empêche bientôt qu'on ne les distingue des autres parties qui forment les lèvres de la plaie. Lorsque la réunion est opérée, les extrémités nerveuses se confondent dans une masse de tissu cellulaire infiltrée, dense et d'une texture homogène, qui reste long-temps adhérente à toutes les parties environnantes. Ce n'est guère avant le vingt-cinquième jour après l'achèvement de la cicatrisation que les extrémités réunies du nerf qui a été coupé commencent à s'isoler et à se détacher du tissu cellulaire environnant qui se rapproche lui-même de son état physiologique.
i36o. La cicatrisation des nerfs s'opère donc par l'interposition d'une substance celluleuse serrée , qui vient remplir la place de la portion qui a été enlevée, ou réunir immédiatement les deux extrémités lorsqu'il n'y a eu que section du nerf. Cette substance interposée, dans laquelle les injections pénètrent très bien, ne ressemble jamais au tissu nerveux proprement dit; elle prend une couleur blanche jaunâtre, et acquiert, avec le temps, une densité et un aspect
comme cellulo- fibreux : elle se continue immédiatement avec le névrilème. Cette dernière circonstance en a imposé à quelques analomistes , et leur a fait penser que c'est un vrai tissu nerveux qui se forme dans l'intervalle des deux extrémités d'un nerf divisé. Il est facile de dépouiller le nerf de son tissu propre au-dessus et au-dessous de la cicatrice (io33). Alors le névrilème reste seul , et se confond avec le tissu de la cicatrice qui n'a rien perdu par cette opération; donc il ne contenait pas de pulpe nerveuse.
i36i. Quelques médecins ont pensé que le tissu des cicatrices nerveuses pouvait servir de conducteur à l'influx nerveux. M. Villermé nous a dit avoir coupé sur des chiens le nerf sciatique, et avoir remarqué, après un temps très long à la vérité, une diminution considérable de la paralysie. On a dit qu'on pouvait couper, sans que l'animal pérît, l'un des nerfs pneumo-gastriques , après avoir laissé complètement cicatriser l'autre préalablement coupé. Nous avons tenté plusieurs fois cette expérience sans aucun succès. Si l'on irrite un nerf qui a été coupé au-dessus de la cicatrice qui a réuni la solution de continuité , cette irritation ne se transmet point, comme cela arrive dans les nerfs qui n'ont point subi de division. Le galvanisme est transmis , à la vérité , au travers des cicatrices nerveuses; mais on sait que tous les tissus humides ont la faculté de transmettre ce fluide. Nous ne connaissons qu'une seule expérience qui puisse faire admettre que l'influence nerveuse traverse les cicatrices des nerfs , ou agit à distance : si l'on enlève un lambeau de peau et qu'on le laisse communiquer par sa base, ce lambeau réappliqué devient adhérent; si l'on coupe ensuite la base, il continue à vivre , mais il est assez long-temps insensible; cependant peu à
4o6 HISTOIRE ANATOMIQUE
peu la sensibilité se rétablit : niais il nous a semblé , autant qu'on en peut juger sur des animaux, qu'elle était moins vive que dans les parties environnantes. x
SECTION IX
Inflammations adhésives des muscles.
1 3Ô2. Si l'on fait une plaie transversale à un muscle, l'inflammation survient dans les lèvres écartées de la plaie , et des bourgeons charnus ne tardent pas à s'y développer en même temps que la suppuration se manifeste. L'examen du tissu divisé, aussitôt après le développement des bourgeons charnus, fait reconnaître une infiltration séreuse dans tout le corps du muscle. Le tissu cellulaire ambiant , celui qui se trouve divisé et les bords du derme coupé se confondent dans les bords de la plaie, en un tissu humide, rouge, infiliré, très peu consistant, se prolongeant à plusieurs lignes entre les fibres et les faisceaux musculaires écartés et, pour ainsi dire, raréfiés. La texture musculeuse est, en effet, à peines reconnaissable jusqu'à quatre à cinq lignes de la surface de la plaie. Cependant la solution de continuité suppure, la cicatrice se forme à sa surface par l'affaissement des bourgeons charnus. Plus on avance vers l'époque où cette cicatrisation sera complète, plus on trouve, par la dissection, la couche de tissu cellulaire épaisse sur les lèvres de la plaie. Ce tissu cellulaire est rosé , facile
1 Ces faits sont évidemment en contradiction avec les expériences de Cruikshaok, Haigton. Meyer et Béclard, desquelles il résulterait que la réunion du tissu nerveux s'opérerait assez parfaitement pour que l'influx nerveux continuât à se propager au travers de la cicatrice. Nous avons répété les expériences de ces physiologistes , et surtout celles sur la section successive des nerfs pneumo-gastriques ; nous n'avons pas été assez heureux pour obtenir les mêmes résultats.
h rompre, infiltre de sérosité puriforme. Les fibres musculaires elles-mêmes jusqu'à une certaine dislance, sont d'un rouge brunâtre, molles et peu résistantes. Lorsque la cicatrice est achevée, un tissu cellulaire mou, extensible, réunit les deux extrémités des muscles, qui sont très adhérentes, au voisinage de la cicatrice, au tissu cellulaire ambiant, et qui, par cette raison, ne peuvent exécuter l'une à l'égard de l'autre aucun mouvement qui aurait pour effet de rompre la réunion celluleuse encore trop peu consistante. Le tissu de la cicatrice présente déjà des capillaires qui rampent obliquement dans son épaisseur, et viennent du tissu cellulaire profond qui se trouve au-dessous du muscle. L'injection artificielle ne pénètre point encore la cicatrice ni même les extrémités réunies des muscles.
i363. A mesure qu'on s'éloigne du moment de la cicatrisation, l'intersection cellulaire qui réunit les parties divisées, devient plus dense et plus serrée : elle diminue d'épaisseur, et son tissu devient cellulofibreux. Pendant que cette formation s'opère, le muscle adhérent en cet endroit, et jusque-là , presque enchâssé de tous côtés par une couche assez épaisse de tissu cellulaire infiltré et augmenté de densité autour de la blessure, se détache et s'isole de toutes les parties voisines. Le tissu cellulaire sous-cutané, de même que celui qui entoure le muscle lui-même et qui se prolonge entre ses faisceaux , devient mou , plus lâche , et se rapproche de son état physiologique; peut-être même finit-il par devenir graisseux, ce qui ne doit arriver que très tard , car nous ne l'avons jamais trouvé dans cet état, quoique nous ayons examiné des cicatrices plusieurs semaines après leur achèvement complet.
i364- Lorsqu'on dissèque la cicatrice d'une plaie ancienne qui a été réunie par première intention , on ne trouve de trace de la plaie qu'une cicatrice linéaire de la peau, devenue mobile sur les tissus situés audessous d'elle. Le tissu cellulaire sous-cutané est dans l'état physiologique; ses lames, plus denses et plus serrées dans le trajet de la plaie, sont les seuls vestiges de la cicatrice. On trouve sur les muscles qui ont été compris dans la division, une intersection cellulofibreuse, qui réunit les deux parties du muscle, et correspond à une dépression du corps de cet organe. Cette intersection n'est pas également épaisse; elle semble même n'exister que par endroits dans la longueur de la plaie, de même que dans l'épaisseur du „ tissu musculeux qui a été intéressé. Cette circonstance pourrait faire croire que cette intersection cellulotibreuse finirait par disparaître ; cependant elle existait encore sur un muscle que nous avons eu occasion de disséquer, et qui avait été divisé plus de quinze ans auparavant.
i365. Si l'on fait éprouver au tissu musculaire une perte de substance, et qu'on laisse la plaie au contact de l'air, la cicatrisation s'opère par le même mécanisme que dans la simple section du muscle. Les lèvres de la plaie se renversent sur les extrémités du muscle, et y deviennent bientôt adhérentes. Il se forme une dépression extérieure qui répond à la perte de substance. Il paraît impossible que la continuité puisse se rétablir entre les deux parties du muscle. Voici en quel état l'on trouve les parties lorsque la cicatrice, dont la formation a été précédée de celle des bourgeons charnus, est entièrement achevée. Les extrémités du muscle se terminent dans une couche cellulaire assez épaisse, qui s'étend sur elle et sous la
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cicatrice. Ce tissu est d'abord mou, ronge, facile à déchirer et très infiltré; il se rapproche ensuite davantage à mesure que la cicatrisation s'avance du tissu cellulaire mou , filamenteux enflammé. Quand la cicatrice est achevée, c'est un véritable tissu cellulaire rosé, encore infiltré, mais présentant une assez grande quantité de vaisseaux capillaires, A mesure qu'on s'éloigne de l'époque où la cicatrice a été complètement terminée, le tissu cellulaire qui tient aux extrémités musculeuses, se fortifie et devient ïamineux. Si la perte de substance n'a pas été très considérable, les lames celluleuses qui passent sous la cicatrice , réunissent les deux fragments du muscle. Elles sont aussi d'abord très adhérentes à la cicatrice déprimée, et aux parties osseuses, aponévrotiques ou vasculaires environnantes. Mais ces lames prennent une plus grande densité, deviennent plus mobiles sur les tissus environnants, et finissent ainsi par constituer une sorte de tendon intermédiaire, qui réunit les extrémités musculeuses divisées. La mobilité de ce tendon de formation secondaire ne doit jamais devenir très grande; car il reste toujours une certaine adhérence qui doit s'opposer aux glissements, entre les parties situées audessous et le fond de la cicatrice. Peut-être avec le temps se formerait-il une petite synoviale qui permettrait le glissement ?
1367. Lorsqu'il se trouve des parties dures autour et au-dessous des muscles divisés , les choses se passent un peu différemment. Ainsi , si l'on divise avec perte de substance jusqu'aux os les muscles profonds de la pâte antérieure d'un chien, la cicatrice devient adhérente au périoste des os et au ligament interosseux. Un tissu lamino-fibreux , très serré, constitue alors la cicatrice adhérente, et il n'y a guère
4lO HISTOIRE ANATOMIQUE
d'apparence, malgré la solidité de ce tissu intermédiaire, qu'il s'établisse de mouvement, et même l'état des extrémités des muscles le fait aussi penser ; car elles s'atrophient et se décolorent. Tel était l'état des organes sur trois animaux examinés cinquante jours après la cicatrisation parfaite.
i368. Si l'on pratique une plaie à un muscle et que l'on réunisse immédiatement la peau, la plaie du muscle se trouve privée du contact de l'air. Vingtquatre heures après la blessure, un caillot rouge brunâtre, adhérent aux extrémités musculaires, remplit le vide produit par leur rétraction. Le troisième jour, ce caillot est fibrineux , une sérosité rougeâtre infiltre le tissu cellulaire et le tissu du muscle; la peau est réunie par une matière glutineuse coagulable. Le cinquième jour, la matière interposée, toujours rougeâtre, est filante, comme glutineuse. Le muscle est ramolli aux extrémités de ses fragments, qui sont recouvertes d'une couche très mince de tissu cellulaire rouge, pulpeux, très injecté. Ce tissu cellulaire semble ramolli et former une couche intermédiaire entre le tissu du muscle et la matière glutineuse avec laquelle il adhère.
Le huitième jour, les extrémités musculaires sont séparées par une matière plus dense, difficile à déchirer. Le tissu cellulaire environnant, fortement infiltré de cette matière, se confond avec elle ; il a perdu l'aspect celluleux. Des points très rouges et de petites stries sanguines existent dans ce tissu.
Le dixième jour, les extrémités musculaires se fondent dans ce tissu de nouvelle formation, qui pénètre dans l'intervalle des fibres et des faisceaux , et s'étend même autour des muscles voisins.
Le vingtième jour, un véritable tissu cellulaire in-
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filtré et injecté, dense, encore facile à rompre, mais parcouru par des vaisseaux, reçoit les extrémiiés musculaires. Il ne se forme point, dans ce cas, de dépression de la cicatrice cutanée , qui est moins adhérente au tissu interposé entre les fragments du muscle que lorsque la plaie a suppuré.
i36g. Nous avons étudié les phénomènes de la cicatrisation dans les muscles externes; nous ne connaissons point de motifs pour qu'ils soient différents dans les muscles profonds.
On a trouvé des cicatrices dans le tissu du cœur *, mais personne ne les a décrites.
SECTION X
Inflammations adhèsives des parenchymes glanduleux et des tissus complexes.
1370. Il n'existe point assez d'observations d'anatomie pathologique sur la cicatrisation des solutions de continuité des parenchymes, pour qu'on puisse déterminer l'état anatomique de leurs cicatrices à toutes les périodes de leur formation. On ne possède même qu'un petit nombre d'exemples de cicatrices achevées dans l'épaisseur des viscères. Avant de les décrire ; voici ce que les expériences sur les animaux nous ont fait découvrir :
i3yi. Une portion du poumon a été déchirée au moyen d'une airigne introduite dans l'intervalle des côtes par la plus petite plaie possible. Le dixième jour, la blessure du poumon était couverte d'une couche comme puriforme, molle, facile à enlever. La surface de la plaie était dure , granuleuse et très injectée , et le tissu pulmonaire enflammé autour
1 Act. Lipsi , ann. 1705, p. 287. — Ext. chirurg. Wolfii, Obs, posth, ii. — Latour, Hist. des Hémorrh., t. I, p. 173,
de la déchirure , et même jusqu'à une certaine distance. Presque toujours la plèvre pulmonaire est enflammée dans une assez grande étendue, et des brides molles, inorganiques, réunissent le pourtour de la plaie viscérale avec celui de l'ouverture des parois thoraciques. L'air injecté dans les bronches ne pénètre pas dans les bords de la plaie, non plus qu'un fluide quelconque. Les fluides injectés, soit par les artères, soit par les veines pulmonaires , soit par les bronches, n'arrivent pas non seulement à la surfaee de la plaie, mais même dans des sections pratiquées dans toute l'épaisseur de la partie du parenchyme enflammée, à moins qu'elles ne soient assez profondes pour dépasser les limites de l'inflammation.
i3y2. Lorsque la pleurésie continue à être violente, la plaie du poumon ne fait aucun progrès vers la cicatrisation; et dans tous les cas on ne trouve aucun changement avant le quinzième jour dans les altérations qui viennent d'être décrites.
i3y3. Du quinzième au vingtième jour, la plaie peut se présenter dans trois états différents.
Le plus ordinairement, des adhérences assez étendues se sont formées entre les plèvres. La plaie du poumon est comprise dans ces adhérences ; sa surface est recouverte d'une matière blanchâtre, molle, qui se continue et se confond dans les pseudo-membranes elles-mêmes. Cette matière est déjà assez adhérente avec une couche de tissu filamenteux rouge qui est très peu consistant. Ce tissu , qui est épais d'environ une ligne et demie , recouvre toute la surface de. la plaie.
Dans le deuxième cas, après celui-ci le plus fréquent, le pourtour de la plaie est libre d'adhérences, et ses lèvres sont immédiatement agglutinées par un
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tissu pseudo-membraneux interposé. Ce tissu est encore très mou, et présente cependant des rudiments vasculaires. Dans ce cas , l'inflammation du poumon autour de la solution de continuité, est très peu considérable.
La troisième forme sous laquelle se présentent les cicatrices commençantes est la plus rare , et résulte probablement de la continuité de la violence de l'inflammation dans la plèvre et dans le poumon. Il s'est formé un abcès correspondant à la plaie. Cet abcès est limité par les adhérences et les pseudo-membranes pleurétiques. Quelquefois ce foyer est en communication avec la cavité thoracique, alors remplie de sérosité séro-puriforme. La plèvre présente, de ce côté, tous les caractères des violentes inflammations des membranes séreuses. Le poumon est alors plus ou moins refoulé sur lui-même. La plaie est rouge grisâtre à sa surface, recouverte d'une couche pultacée puriforme, au-dessous de laquelle se trouve un tissu rouge grisâtre peu résistant, comme celluleux. Ce tissu se confond avec le parenchyme du poumon , déprimé et très infiltré de sang et d'une matière séropurulente, qui suinte sous la pression.
i3y4a ^u vingt-cinquième au trentième jour, la cicatrisation des solutions de continuité du poumon est ordinairement achevée; il ne reste plus que la cicatrice, souvent réunie aux parois thoraciques par des lames pseudo-membraneuses. Cette cicatrice est déprimée, injectée et pénétrée d'une assez grande quantité de sang; elle est formée par un tissu blanc, assez dense, cellulaire , qui rapproche les parties qui ont été divisées. On distingue facilement une multitude de petits vaisseaux qui pénètrent le tissu de cette cicatrice. Cependant l'injection artificielle ne
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pénètre encore que par petits points dans le parenchyme jusqu'aux bords de la substance qui forme la cicatrice.
j 375. Si l'on divise largement un poumon en introduisant un scalpel dans la poitrine, et si l'on ne produit pas d'hémorrhagie suffisante pour faire périr l'animal comme cela arrive souvent, on obtient une cicatrice linéaire. Cette cicatrice est très lâche dans quelques points de son étendue , et dans quelques endroits le tissu qui la constitue remplit le vide que forme l'écartement des deux surfaces qu'il réunit. Cette disposition ferait croire que le poumon a éprouvé des pertes de substance dans les endroits où elle se remarque ; elle ressemble absolument à celle qui s'observe après l'oblitération des cavités produites par des apostèmes dans le poumon. Ce qu'on observe de plus remarquable dans cette expérience c'est que les tuyaux bronchiques qui ont été divisés, s'oblitèrent complètement au-dessus de la section et au-dessous jusqu'aux premières ramifications qu'ils fournissent ou dont ils naissent. Il n'y a jamais inosculation de ces canaux dans la cicatrice , et il est probable qu'ils ne se rétablissent jamais. Les injections arrivent dans les parties du poumon placées au-dessous par les branches bronchiques qui n'ont point été intéressées, et qui communiquent avec l'extrémité de celles qui se trouvent oblitérées.
i3y6. Laennec a décrit avec une grande exactitude les cicatrices du poumon. « Il est assez commun , « dit-il, de trouver dans les diverses parties du pou- « mon, et particulièrement dans le sommet du lobe c< supérieur, lieu où, comme l'on sait, se forment le « pi us souvent des excavations tuberculeuses, des lames « ou des espèces de cloisons plus ou moins étendues,
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« formées par un tissu cellulaire condensé, quelquece fois mêlé de portions fibreuses ou fîbro-cartilagi- « neuses , qui contrastent singulièrement par leur « blancheur avec le tissu pulmonaire, et qui présentent « tout-à-fait l'aspect d'une cicatrice plongée dans ce « tissu. Quelquefois au lieu des lames dont il s'agit, « on trouve des masses plus ou moins volumineuses « de tissu cellulaire condensé , ou de tissu fibro-car- « tilagineux dans tous les cas où les cicatrices existe tent, la surface du poumon présente au point où « elles s'en rapprochent le plus, une dépression plus « ou moins marquée et dont la surface est dure , iné- (( gale et creusée en sillons, qui tantôt se divisent en « bosselures irrégulières, tantôt se réunissent à un « centre commun, de manière à imiter le froncement « d'une bourse. Des adhérences ceîluleuses existent (c ordinairement en ce point entre les plèvres costale « et pulmonaire, m "
Laennec considère ces cicatrices comme s'étant formées dans des cavités tuberculeuses; il se fonde sur la fréquence des tubercules au sommet des poumons où existent le plus ordinairement les concrétions cellulofibreuses, et sur la rareté des apostèmes inflammatoires dans le tissu du poumon. Cette observation de Laennec est encore confirmée par l'existence de ces cicatrices incomplètement formées dans des cavités qui doivent évidemment leur existence à des tubercules ramollis, et présentant encore dans quelques parties de leur étendue, soit des restes de tubercules, soit des infiltrations ou des concrétions tuberculeuses. Nous avons trouvé sur un poumon rempli de tubercules, une cicatrice achevée, dont une portion était infiltrée de matière tuberculeuse.
"Auscultation médiate, t. I, p. 84-
4l6 HISTOIRE ANATOMIQUE
1377. Nous avons constaté les dispositions anatomiques suivantes sur le cadavre d'un militaire qui avait reçu un coup d'épée dans la poitrine. L'instrument vulnérant avait pénétré au travers du diaphragme , et blessé le lobe gauche du foie. La cicatrice cellulense était très prononcée dans les muscles intercostaux dont les fibres avaient été coupées en travers et s'étaient retirées sur elles-mêmes. La cicatrice était large de presque tout l'intervalle des côtes, et longue de six à sept lignes; le lobe inférieur du poumon droit était uni à la plèvre costale par deux brides celluleuses très longues. Une dépression marquée et d'une couleur blanche-grisâtre existait à sa surface. C'était à ce point que commençait une intersection celluleuse qui traversait le poumon dans toute son épaisseur. Le diaphragme avait été percé vis-à-vis l'insertion du médiastin , à la naissance de ses fibres charnues et de son centre aponévrotique. La cicatrice était très difficile à reconnaître, et ne fut trouvée qu'avec peine; blanche, étroite et linéaire, elle était très peu marquée. Le lobe gauche du foie était étroitement adhérent à la séreuse diaphragmatique dans l'étendue d'un pouce; c'était dans ce point qu'une ligne cellulo-fibreuse , longue d'un travers de doigt, pénétrait dans le tissu hépatique, à environ un pouce de profondeur. Il ne restait aucun autre vestige de cette blessure ancienne.
1378. Nous avons tenté de déterminer la formation des cicatrices dans le tissu du foie, et dans celui delà rate, nous n'avons pu conserver aucun animal.
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SECTION XI
Caractères anatomiques des inflammations adhésives en général.
137g. Les inflammations adhésives ne diffèrent point des autres phlegraasies aiguës par les altérations qu'elles déterminent dans les tissus. Elles existent à différents degrés d'intensité selon que la solution de continuité est immédiatement réunie, ou non. Dans le premier cas, l'inflammation n'arrive pas jusqu'à la suppuration; dans le second, elle atteint cette période. La phlegmasie n'est pas très intense, même encore dans ce dernier cas, car la cicatrisation ne s'effectuerait pas. Il suffit en effet d'irriter une solution de continuité suppurante pour l'empêcher de se cicatriser, comme il suffit d'irriter une plaie réunie par première intention pour empêcher l'adhésion immédiate de s'opérer, et déterminer la suppuration; ainsi l'inflammation est nécessaire pour que la cicatrisation s'opère; mais elle ne doit pas dépasser certaines limites d'intensité. Au surplus, on remarque dans les phlegmasies adhésives comme dans toutes les autres, la congestion et l'infiltration inflammatoires; Ta circulation capillaire est également modifiée, en ce sens que les injections artificielles cessent d'arriver dans les lèvres des solutions de continuité , aussitôt leur inflammation , et n'y parviennent que lorsque la phlegmasie adhésive a presqu'entièrement cessé.
i38o. Un fluide visqueux et fibiineux, exhalé dans l'intervalle des parties divisées et dans l'épaisseur de leurs bords, dès le commencement de l'inflammation adhésive, est le premier rudiment des cicatrices, comme des fausses membranes. La formation du pus paraît être une altération de ce fluide évidemment 11. , 27
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sépare du sang par la violence de l'inflammation ; ce qui fortifie cette induction , c'est la composition du pus. Quoiqu'il en soit, ce fluide se solidifie, s'organise et devient celluleux et enfin cellulo-fibreux, soit entre les lèvres des plaies réunies par première intention , soit à la surface des solutions de continuité suppurantes; il y a là véritable organisation d'une fausse membrane.
i38i. Les cicatrices sont comme on voit, formées par un tissu de nouvelle création. Ce tissu n'est jamais assez considérable pour remplir les vides produits par les pertes de substance. Il n'est qu'un simple moyen de réunion des parties séparées, qu'il tend à rapprocher l'une de l'autre, lorsqu'étant devenu organisé, il revient sur lui-même par la résorption des fluides abondants dont il est infiltré.
i382. La substance qui constitue les cicatrices achevées, qu'il y ait eu ou non réunion immédiate, est du tissu cellulaire qui se présente toujours à l'un des trois états suivants : ou il est simplement cellulaire, toujours assez serré, et ne contenant jamais de graisse, tel il s'observe dans la profondeur des cicatrices des parties molles; ou il est cellulo-fibreux, et même presque loul-àfait fibreux , comme on le voit dans les cicatrices des muscles, des tendons et même dans celles qui maintiennent rapprochées les divisions de la peau, ou qui remplacent les pertes de substance de cette membrane. Enfin, le tissu des cicatrices devient fibro-cartilagineux, dans les cartilages, ainsi que dans les tendons et dans les intersections fibreuses des muscles qui ont éprouvé des pertes de substance, ou qui n'ont point été immédiatement réunis. Des points cartilagineux d'abord, et ensuite osseux, se. manifestent dans ces cicatrices, au moins pour certains tissus. C'est par celte organi-
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sation graduée qui se fait autour et dans les intervalles des fragments osseux, et dans la table externe et interne de l'os gonflé et raréfié, que s'opère la consolidation des fractures. Il est remarquable que l'apparition des points osseux est précédée, dans le centre des points cartilagineux où ils commencent, de petites ramifications ou stries vasculaires très serrées, et que ces points osseux coupés en travers , sont , dès leur origine, d'une rougeur assez vive.
i383. Lors de la réunion immédiate des tissus divisés ou des tissus enflammés mis en rapport , il n'y a point inosculation vasculaire proprement dite; il se forme dans l'épaisseur de la cicatrice , quelque mince qu'elle soit, un petit appareil vasculaire particulier, comme celui qui se développe dans les fausses membranes. Ces petits vaisseaux , ne se forment pas comme on l'a dit, par la seule condensation ou solidification de la matière fibrineuse sécrétée, ils sont creusés au milieu de celle matière encore inorganique , ou au moins n'offrant pas encore des apparences d'organisation, par une véritable impulsion à tergo , communiquée au sang versé par les vaisseaux ouverts , ou par les bouches exhalantes. L'inflammation, en faisant arriver le sang rouge dans des capillaires qui ne reçoivent dans l'état sain que des fluides blancs, est la cause immédiate de l'exhalation de sang rouge qui s'opère par des capillaires qui ne reçoivent que la partie incolore du sang dans l'état physiologique. Les hémorrhagies par les surfaces enflammées, et surtout l'infiltration de sang rouge dans l'épaisseur des tissus affectés de phlegmasies, révèlent cette altération de la circulation capillaire.
i384- Le mode de formation des vaisseaux dans le tissu des cicatrices, est la cause immédiate de leur