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CHAPITRE IIL

LAMES ET BRIDES ACCIDENTELLES QUI SE FORMENT A LA SURFACE DES TUNIQUES ENFLAMMEES.

i56o. Nous avons vu que les cicatrices, les adhérences et les kystes étaient formés par un tissu morbide dont la naissance était due à l'inflammation. Nous avons aussi présenté l'histoire de ces tissus accidentels comme caractères anatomiques des inflammations des séreuses et de certaines phlegmasies des muqueuses et des viileuses; il nous reste à étudier la structure de ces produits inflammatoires aux différentes périodes des phlegmasies, et indépendamment de ces phlegmasies, sur les membranes séreuses et sur les tuniques mucipares.

SECTION I

Des lames et des brides pseudo-membraneuses des tuniques séreuses.

i56i. Les pseudo-membranes des séreuses, considérées indépendamment de la phlegmasie qui les produit, se présentent à l'état amorphe, à celui d'organisation croissante, et enfin à celui d'organisation achevée. En traitant des caractères anatomiques des inflammations des séreuses, nous avons étudié les fausses membranes dans leurs rapports avec ces inflammations.

i562. Les fausses membranes des séreuses encore amorphes, forment une couche d'abord mince (118) et ensuite assez épaisse (127), étendue sur la séreuse, de matière visqueuse spontanément coagulée, et d'un blanc légèrement grisâtre, demi-diaphane, filant entre les doigts. On remarque en même temps dans la sérosité épanchée dans la cavité séreuse , des flocons plus ou moins volumineux de semblable matière également amorphe.

1 563. La matière des fausses membranes amorphes, soumise à l'action de la presse, dans un linge (in, fournit dans la proportion de quarante-cinq à cinquante pour cent d'un liquide séreux, un peu trouble, visqueux, qui a tous les caractères du sérum du sang saturé d'albumine (1418). La substance solide qui reste dans le linge, a, au microscope, une apparence globuleuse; elle est plus consistante, moins visqueuse, et plus élastique que lorsqu'elle contenait le sérum. Cette matière a été analysée en 1822, par J. Davy, qui a constaté sa nature fibrineuse; elle l'a été depuis par MM. Dupuy et Lassaigne, qui ont obtenu les mêmes résultats. M. Lassaigne a trouvé la matière coagulée et privée de sérosité en quantité plus considérable que nous dans les fausses membranes amorphes qu'il a examinées, puisqu'elle formait les soixante-cinq centièmes de la masse, « Cette 'matière « n'était point soluble dans l'eau froide, qui n'enleva w qu'une petite portion d'albumine; l'eau bouillante « la fit contracter sur elle-même; l'alcohol chaud la « racornit aussi, et dissout un peu de matière grasse « et un peu de chlorure de sodium; plongée dans « l'acide acétique étendu de trois fois son poids, cette i< substance se gonfla, devint transparente , et à l'aide a d'une douce chaleur, se convertit en une masse

DES FAUSSES MEMBRANES. 5l\ty

« sojuble dans l'eau ,. » Une solution concentrée de nitrate de potasse réduit la matière concrèle des séreuses enflammées à une mucosité molle, filante, diaphane, demi-liquide. Traitée par l'ammoniaque, cette substance devient rapidement gélatiniforme , se gonfle, et augmente de volume en se combinant avec son poids de liquide; l'eau alcaline de sous-carbonate de soude ou de potasse produit le même effet, mais beaucoup plus lentement, et seulement par l'intermédiaire de la chaleur, qui détermine bientôt la dissolution complète de cette substance dans la liqueur alcaline; l'acide galiique durcit cette substance, la condense et la rend friable.

Ces propriétés suffisent pour constater la nature fibrino-albumineuse de la matière des pseudo-membranes; il suffit que la substance concrète dans laquelle est incorporée l'albumine à l'état de dissolution soit une matière globuleuse, spontanément coagulable, insoluble dans l'eau, et se racornissant par la chaleur et par l'alcohol, pour que l'on ne puisse douter que ce soit de la fibrine.

i564- Avant que la condensation de la substance plastique soit parvenue à un certain degré, cette matière visqueuse, étendue sur la membrane séreuse, s'agglutine aux surfaces opposées lorsqu'elles viennent à se rapprocher, s'allonge ensuite quand elles s'écartent, en filaments, en lamelles , comme le fait une pâte molle entre les doigts. C'est de cette manière aussi que les feuillets rapprochés et temporairement agglutinés, venant ensuite à se décoller, produisent ces surfaces rugueuses (Jùspidœ) que nous avons surtout remarquées dans les pseudo-membranes du péricarde (177). Pendant que la couche pseudo-mem-

' Lassaigne, Journ. gén. de Méd. , pars 18*36, p. 297.

55o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

braneuse se forme et se condense sur la séreuse, les parcelles fîbrineuses coagulables qui nagent dans la sérosité épanchée, se grossissent en s'agglutinant les unes aux autres, tombent à la partie la plus déclive par leur excès de pesanteur spécifique; là elles se réunissent à la couche qui se concrète, sur la séreuse. Il arrive aussi que ces flocons changent de place par les mouvements variés du malade, s'arrêtent en se collant dans diverses parties de la séreuse, et même à des brides ou à des lamelles plus ou moins récentes et déjà formées entre les surfaces opposées de cette membrane. Telles sont les causes qui donnent aux fausses membranes leur forme et leur disposition en brides, en lamelles, en cordons, en pelotons plus ou moins agglomérés par rapport aux surfaces séreuses.

i565. Si l'on soumet à la congélation un peloton ou des plaques de fausse membrane amorphe, afin de déterminer la disposition du fluide albumineux incorporé dans son sein, on remarque que ce fluide forme de petites particules arrondies, du volume de grains de poudre à canon, contigus et continus les uns aux autres dans différents sens. Cette disposition indique déjà l'existence de cellules communiquant les unes avec les autres dans cette substance amorphe; les injections pratiquées, soit avec le mercure, soit avec la térébenthine colorée, dans ces flocons amorphes et encore peu concrets, ne réussissent pas.

A mesure que l'on s'éloigne du moment où eUt a commencé à se produire sur les séreuses, la matière coagulable se condense, contient moins de sérum dans son épaisseur, acquiert une plus grande pesanteur spécifique, et arrive enfin à former des lambeaux blanchâtres, élastiques, assez résistants. Cet état

précède immédiatement les premières traces d'organisation. Les flocons et les lamelles pseudo-membraneux, peuvent alors être directement injectés. Le mercure porté dans leur épaisseur au moyen d'un tube capillaire effilé remplit des cellules irrégulières qui communiquent entre elles ; ces cellules sont très petites, et paraissent former par leur continuité des canaux moniliformes, entre-croisés en différents sens. Ces cellules sont au moins moitié plus petites que celles dont on peut démontrer la présence par la congélation , dès le principe de la formation delà couche amorphe.

i566. Aussitôt que l'organisation commence dans une pseudo-membrane, on remarque une adhérence plus marquée du tissu qui va la former avec la surface de la séreuse. Aux points où cette adhérence est la plus intime, la surface séreuse est devenue rouge et rugueuse ; la rougeur et les rugosités ont une disposition ponctuée ; la surface séreuse examinée à la loupe est réellement alors couverte de petites aspérités vasculaires rouges, dans lesquelles on voit avec une forte loupe , et mieux encore avec le miscroscope , aboutir des capillaires rouges, distendus. Aux points correspondants à ces petits bourgeons, la pseudomembrane présente de petites taches rouges qui se rapportent évidemment à ces petites rugosités. Chacune d'elles pénétrait légèrement dans chaeun de ces points dans l'épaisseur de la matière plastique; car on voit à la loupe que les petites taches de cette matière sont infundibujiformes, et que les petits godets qu'elles présentent sont lacérés sur leurs parois. Lorsque l'on place sous le microscope une petite portion de pseudo-membrane arrivée à ce degré, on voit que chacun des petits godets rouges sert de base à une

ou deux, quelquefois même à trois stries jaunâtres flexueuses qui se dirigent sur la surface adhérente de cette membrane et peuvent avoir une demi -ligne d'étendue au plus, sur moins d'un cinquantième de ligne de diamètre. Ces stries sont rugueuses, inégales sur leurs bords, qui ne sont pas bien arrêtés.

1567. On peut mieux voir les premiers rudiments vasculaires quand ils sont un peu plus avancés dans leur formation. Les rugosités de la séreuse sont plus marquées; on peut constater directement qu'elles ne sont que des vaisseaux qui s'allongent dans les pseudomembranes; si, en effet, l'on soumet au foyer du microscope une portion d'intestin d'un cabiais tirée du ventre au sixième ou septième jour après une injection d'eau salée dans l'abdomen, on voit naître de petites stries d'un rougejaunatre qui s'allongent dans la pseudo-membrane, et se décolorent à mesure qu'elles s'éloignent de leur origine. On distingue évidemment des anastomoses de ces petites stries, et l'on ne doute point qu'elles ne soient produites par l'impulsion à tergo du sang versé par les capillaires qui viennent s'allonger sur la séreuse dans la pseudo-membrane; il est même facile de suivre ces capillaires avec une forte loupe en ouvrant le tube digestif dans un point correspondant à une adhérence; on parvient facilement à détacher en grattant avec le scalpel la villeuse et la musculeuse. On voit alors distinctement de petits capillaires excessivement déliés qui serpentent sur la face adhérente du péritoine, et vont en pénétrant au travers de cette membrane s'allonger dans les stries très distinctes de la couche pseudomembraneuse.

i568. A un degré plus avancé d'organisation, on voit distinctement des filets vasculaires dans la pseu-

do-membrane devenue plus mince, plus dense, et presque entièrement privée de sérosité dans son épaisseur. Ces filets vasculaires paraissent ordinairement tout-à-fait indépendants de la séreuse adjacente, car ils présentent de petits troncs isolés qui fournissent de petits rameaux en divers sens ; cette disposition a fait croire que les vaisseaux se formaient dans les pseudo-membranes, comme dans la tunique du vitellus; il n'en est cependant point ainsi , l'inspection des parties sur les cadavres ; et les expériences sur les animaux le prouvent.

i56g. Lorsque, en effet, l'on dissèque avec attention une séreuse et les fausses membranes récemment organisées qui la tapissent , on remarque que déjà la séreuse sous l'insertion des brides et des lamelles est épaissie, épanouie et transformée en un tissu cellulaire qui se continue immédiatement avec le tissu cellulaire encore imparfait qui forme la surface adhérente des lamelles, ou le centre des cordons pseudo-membraneux. Les filets vasculaires se rétrécissent considérablement en se divisant au lieu où ils pénètrent dans la fausse membrane ; puis ensuite se réunissent en convergeant en plusieurs troncs qui se divisent de nouveau pour se distribuer de diverses manières, dans le tissu morbide; une injection mercurielle est assez facile à introduire dans ces capillaires; elle les remplit tous , elle s'étend ensuite dans les vaisseaux qui proviennent de dessous la séreuse, et elle se continue dans les artérioles et dans les veinules. Tel est l'état des capillaires de nouvelle formation quand ils sont achevés ; mais sur les points de la cavité séreuse où ils sont moins avancés, on voit distinctement que les petits troncs formés de la réunion de plusieurs filets très déliés qui se propagent

dans la séreuse, ne fournisseni encore dans la fausse membrane que des filets flexueux jaunâtres, qui s'étendent à peine à quelques lignes. Si ces petits troncs eussent été centres de développement , ils n'eussent d'abord poussé de radicule que vers la séreuse, ce qui n'a pas lieu; comment expliquer ensuite la formation de petits vaisseaux qui percent la séreuse , et qui proviennent de sa couche profonde, lesquels se prolongent évidemment dans la pseudo -membrane? on ne peut donc se refuser à admettre que ce ne soient ces petits filets qui constituent les racines des vaisseaux des fausses membranes.

1570. Si l'on extrait du ventre d'un cabiais, sur lequel on a déterminé une péritonite buit à dix jours auparavant, une anse d'intestin recouverte d'une fausse membrane, ou liée par des adhérences à d'autres portions du tube digestif, et qu'on examine au microscope une portion de cette fausse membrane déjà pourvue de vaisseaux , on n'observe plus ces stries jaunes s'allongeant des vaisseaux péritoneaux dans la fausse membrane; mais on distingue de petits filets qui reçoivent des globules rouges du sang, non pas d'une manièrecontinue, mais par instants, toutes les secondes environ, en quelque sorte par ondées. Ces globules se dirigent du péritoine dans la pseudo-membrane, et viennent s'arrêter et se décolorer à l'extrémité de petits vaisseaux, ainsi formés, qui n'ont point encore d'aboutissant. Ces vaisseaux sont déjà très rares à cette époque; on trouve déjà que plusieurs de ces capillaires convergents se réunissent et forment de petits troncs, les seuls des capillaires de nouvelle formation que l'on distingue à l'œil nu. Dans ces troncs, ce n'est plus par ondées que se montre la partie rouge du sang, elle y est constante. Il suffit que deux ou trois radicules

capillaires se réunissent ainsi pour que l'on voie les globules rouges, que l'on distingue à leur passage, se présenter d'une manière constante; en sorte qu'il y a entre le péritoine et la pseudo-membrane des communications vasculaires par des vaisseaux assez fins pour ne pas admettre d'une manière continue les globules rouges du sang. Le petit capillaire rouge, formé ainsi par affluent, s'allonge dans quelques points sans se diviser en une strie d'abord rougeâtre, un peu plus loin jaunâtre, et enfin invisible,* dans d'autres points, il se divise et fait naître encore de petites branches sur ses parties latérales. Ces petites branches deviennent elles-mêmes incolores et invisibles à leurs extrémités, ou s'anastomosent avec d'autres qui leur ressemblent; ainsi se présentent plusieurs intersections du système capillaire rouge par des capillaires incolores* de ces petites branches, quelques unes se dirigent vers la séreuse.

i5yi. Il nous semble incontestable d'après ce que nous venons de dire, que les vaisseaux se forment dans les pseudo-membranes par l'impulsion à tergo du sang des vaisseaux, qui s'allongent par l'inflammation au travers des séreuses, et qui, après avoir versé à leur surface une matière fibrineuse coagulable, se prolongent dans cette matière en y apportant les molécules du sang qui s'y coagule , est ensuite percé par un nouveau liquide qui, pénétrant au travers du premier, allonge ainsi la strie, premier linéament du vaisseau. Lorsque les capillaires sont ainsi formés, ils se réunissent en petits troncs que l'on pourrait appeler de renforcement. Il est probable que c'est l'action de ces petits troncs qui , en produisant des capillaires dirigés vers la séreuse elle-même , et en quelque sorte ainsi rétrogrades, est, par un mécanisme pareil à celui

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qui les a eux-mêmes produits ; la cause génératrice des capillaires veineux, dont l'injection sur les cadavres prouve l'existence dans les pseudo-membrnnes.

i5yi. Lorsque les fausses membranes sont complètement organisées, elles présentent d'abord à l'œil nu une assez grande quantité de capillaires injectés; mais à mesure que l'inflammation diminue, ces capillaires diminuent aussi de capacité; car plus une pseudo-membrane est ancienne , moins on remarque en elle de capillaires rouges. A mesure aussi que ces tuniques et ces lames de formation morbide s'éloignent de l'instant de leur développement, elles deviennent plus minces, plus lisses et plus semblables aux séreuses.. S'il existe des brides ou des lames étendues d'une partie à l'autre de la cavité; elles sont cellulaires au centre, et séreuses à l'extérieur, quelquefois même des pelotons de tissu cellulaire de formation morbide remplissent la presque totalité de la cavité. Dans tous les points d'adhérence des cordons, des lamelles, des pelotons, et même des plaques pseudo-membraneuses, la membrane séreuse a disparu; le tissu cellulaire sous-séreux se continue directement avec celui qui forme le centre de ces cordons, de ces lamelles et de ces plaques.

i5y3. La diminution progressive de volume des cordons et des pelotons pseudo-membraneux, et l'amincissement des lamelles fait présumer qu'elles finissent par disparaître. M. Villermé a, le premier, annoncé que les brides et les adhérences des cavités splanclmiques se détruisaient à la longue et se rompaient à leur centre; il a rapporté à l'appui de cette opinion une observation très curieuse de M. Dupuytren , sur une femme qui mourut sept mois après avoir eu un anus contre nature qui se ferma en quinze

jours. L'anse intestinale, qui avait été le siège de l'ouverture accidentelle, et que l'on croyait trouver adhérente à la cicatrice, en était distante de quatre à cinq pouces. Une colonne celluleuse semblable aux adhérences isolées des cavités splanchniques, large à ses deux extrémités , étroite et presque filiforme à son centre, était étendue de la cicatrice à l'anse de l'intestin, avec la cavité duquel elle ne communiquait point \ Béclard a aussi vu un fait qui conduirait aux mêmes conséquences. Il a trouvé sur le cadavre d'un individu affecté de mélancolie, et qui s'était donné dix à quinze coups de couteau dans le ventre à différentes époques de sa vie, des adhérences pseudomembraneuses encore entières à l'endroit des plaies récentes, tandis qu'elles n'étaient plus formées que par des brides allongées vis-à-vis les cicatrices plus anciennes, et qu'elles avaient totalement disparu aux lieux des premières blessures 2. On a remarqué à l'hôpital des Invalides, sur les cadavres des militaires qui avaient eu d'anciennes plaies pénétrantes qu'il n'existait pas d'adhérences. Les conséquences de ces faits sont encore confirmées par l'observation que l'on peut souvent répéter d'une absence complète de pseudomembranes, et d'adhérences dans les plèvres et dans l'abdomen des cadavres d'individus qui ont anciennement eu des pleurésies ou des péritonites.

i5y4- Si les cordons et les lames pseudo-membraneuses disparaissent, ils s'amincissent et se rompent à leur milieu que l'on trouve souvent très mince. 'Cette rupture opérée, comme ces adhérences se continuent par leur centre avec le tissu cellulaire sous-séreux, leurs fragments reviennent sur eux-mêmes, et dispa-

1 Dict. des Sciences m éd. , t. XXXII, p. '2.5^.

2 Anatomie générale, p. 197.

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raissent par l'affaissement de ce tissu cellulaire intérieur.

Les feuillets pseudo- membraneux qui tapissent les séreuses, disparaissent toujours assez vite après l'inflammation qui les a fait naître; car on les observe dans les phlegmasies récentes, et on n'en trouve jamais sur les sujets morts un certain temps après les phlegmasies. Quand ceux-ci offrent quelques restes d'inflammation, ce ne sont jamais que des brides et des adhérences plus ou moins médiates. On aperçoit tout de suite comment disparaissent les feuillets pseudomembraneux qui tapissent les séreuses, et s'organisent à leur surface. La séreuse adjacente est convertie en tissu cellulaire , et le feuillet pseudo-membraneux en séreuse.

i5y5. Pour que les pseudo-membranes disparaissent dans une cavité séreuse, il faut que les viscères qui remplissent celte cavité ne soient point altérés dans leur structure, et qu'ils continuent à se mouvoir dans cette cavité. C'est ainsi que la poitrine reste remplie de tissu cellulaire sur les sujets chez lesquels le poumon reste affaissé après une empyème qui l'avait refoulé; mais, dans les cas contraires, il est probable que le tissu cellulaire pseudo-membraneux qui remplit la poitrine finirait par disparaître. C'est a*insi que nous n'avons trouvé aucune trace d'adhérence dans la tunique vaginale d'un homme qui avait été, quinze ans avant sa mort, opéré avec succès par injection de î'hydrocèle.

Que l'on rapproche le fait de disparition du tissu cellulaire, qui s'est formé pathologiquement dans la cavité d'une séreuse de celui encore moins incontestable de la formation accidentelle de membranes séreuses, partout où s'établit un frottement insolite, comme autour des têtes osseuses déplacées dans les

DES FAUSSES MEMBRANES. 55g

luxations , et vis-à-vis l'extrémité osseuse du moignon des membres amputés, et l'on verra que la nature n'a pas deux manières de procéder dans ses actes , et qu'il y a identité complète entre le mode par lequel des séreuses, accidentellement disparues, se rétablissent, et celui qui produit des séreuses accidentelles.

1676. Les pseudo- membranes, une fois organisées, peuvent s'infiltrer de sérosité, de sang, de pus, etc.; et présenter tous les désordres des membranes séreuses elles-mêmes, dans les différents états morbides auxquels elles sont également exposées. Si l'inflammation qui les a fait naître passe à l'état chronique , elles présentent des modifications dans leur structure que nous avons indiquée ailleurs (a/jo et suiv.).

i5yy. Le tissu cellulaire qui se forme dans les pelotons pseudo-membraneux, qui remplit et oblitère la cavité des séreuses par suite de leur inflammation ; celui qui forme le centre des brides et des cordons pseudo-membraneux est en tout semblable au tissu cellulaire naturel, et est susceptible de présenter dans l'état de maladie toutes ses altérations.

SECTION IL

Des pseudo -membranes qui se forment sur les tuniques mucipares.

i5j8. Nous avons doniv* l'histoire analomique des pseudo-membranes des muqueuses et des villeuses en parlant des phlegmasies pseudo membraneuses de ces tuniques; nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit. ïl y a cependant une lacune qu'il serait bien intéressant de remplir; elle le serait si l'on avait résolu les deux questions suivantes : Quelle est la composition chymique des pseudo-membranes des

tuniques rnucipares aux différentes périodes de leur formation? Comment sont disposées les molécules qui entrent dans la structure de ces fausses membranes, depuis leur origine jusqu'au plus haut degré de perfection auquei elles peuvent parvenir?

i5jQ. Si, dans une matière comme celle qui nous occupe, on pouvait suppléer par des inductions déduites d'analogies directes à l'absence de résultats immédiats d'expériences positives, nous dirions qu'il nous semble que les pseudo-membranes des tuniques rnucipares, comme tous les autres produits concrescibles des phlegmasies, sont formées au moins en certaine proportion de fibrine. Nous avons vu en effet que le mucus sécrété parles cryptes rnucipares, n'était pas spontanément coagulable; nous savons aussi que l'albumine ne l'est pas davantage, et nous avons prouvé que les fluides produits par les muqueuses enflammées devenaient plus ou moins puriformes, et même purulents aux différents degrés de la phlegmasie; et nous savons bien maintenant aussi que le pus est un fluide fibrineux, et qu'il paraît même incontestable qu'il n'est que le résultat de changements qui s'opèrent dans la fibrine du sang, arrêtée et coagulée, soit dans les capillaires, soit dans les interstices des tissus em fia m mes.

i58o. Tout incomplètes qu'elles sont, les analyses chymiques des pseiuJo-meiubranes du croup, tendent à prouver l'existence d'une plus ou moins grande proportion de fibrine dans leur épaisseur; car elles font voir que ces concrétions sont insolubles dans l'eau et qu'elles se ramollissent, et prennent la consistance de mucosités transparentes dans les solutions fortement chargées de nitrate de potasse; on a aussi consiaté que ia substance des pseudo-membranes élait

soluble dans les liqueurs alcalines et dans les acides. Toutes ces propriétés se trouvent dans les pseudomembranes des séreuses qui sont évidemment fïbrineuses.

i58i. Nous regardons donc comme très probable que les pseudo-membranes des muqueuses sont, dans leur origine, formées d'une grande quantité de mucus, qui devient plus visqueux par l'inflammation, et qui acquiert e'nsuite la propriété de se coaguler par la sécrétion de molécules fibrineuses, auxquelles il se trouve mêlé par suite des progrès de la phlegmasie. Céyqui confirme encore cette probabilité, c'est que lorsque l'inflammation, après avoir fait naître une pseudo-membrane, produit une sécrétion puriforme ou purulente, cette sécrétion détermine le décollement de la pseudo-membrane, parce qu'elle ne donne plus lieu à une sécrétion de fibrine spontanément coagulable , mais bien à une sécrétion de fibrine altérée, convertie en pus et ayant perdu la propriété de se concréter.

i582. La structure des pseudo-membranes des muqueuses nous est tout à-fait inconnue* en se bornant à leurs caractères extérieurs , on remarque que les unes sont blanches, un peu diaphanes, assez élastiques, tandis que d'autres sont grisâtres, molles, friables, et tout-à-fait opaques; molles et visqueuses au moment de leur formation, elles s'amincissent, deviennent d'un blanc plus mat , se sèchent en quelque sorte, et acquièrent une friabilité marquée à mesure qu'elles s'éloignent de leur première origine; nous en avons vu de colorées par le sang, et même quelquefois on remarque de petites portions de sang coagulé dans leur épaisseur, mais ces petits caillots n'offrent pas cette disposition linéaire qui indique dans ïi. ' 36

les pseudo-membranes des séreuses des capillaires à l'état rudimen taire (794)- La forme des concrétions pseudo-membraneuses est en général accommodée à celle de la muqueuse sur laquelle elles se forment; c'est ainsi que l'on a vu des individus affectés de bronchite pseudo-membraneuse, rendre des tuyaux ramifiés, et comme arborisés de ces fausses membranes qui tapissaient les ramifications bronchiques , et suivaient, dans toute son étendue, la muqueuse des bronches.

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