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CHAPITRE IL

DES MEMBRANES QUI SE FORMENT SUR LES PAROIS DES CAVITES ACCIDENTELLES DANS L EPAISSEUR DES ORGANES.

1 544* Les cavités qui se creusent dans l'épaisseur des tissus doivent leur existence, soit à un épanchement purulent et par conséquent à une inflammation, soit à l'extravasation d'un fluide par une rupture des canaux ou des cavités qui le contenaient, ou par une exhalation morbide dans le sein du tissu lui-même : tels sont les foyers que creusent les ex Ira vasa lions de sang dans les hémorrhagies intersticielles des divers tissus ; les épanchements de liquides sécrétés au sein des organes sécréteurs eux-mêmes, comme les foyers remplis de bile dans le foie, etc. Enfin, ces cavités doivent encore leur existence à des corps étrangers qui peuvent se produire dans leur épaisseur, ou y pénétrer de l'extérieur; on conçoit que, dans tous les cas, le tissu déchiré et irrité par un corps étranger, s'enflamme s'il ne l'est déjà primitivement. L'effet de cette inflammation est de déterminer la formation d'une membrane qui tapisse la cavité accidentelle. Cette poche membraneuse sans ouverture se nomme kj stc.

i545. La solution de continuité de nos organes n'est pas toujours ainsi isolée dans leur épaisseur; elle communique avec l'extérieur dès son origine, où cette communication s'établit au bout d'un certain temps. L'effet de cette communication est de modifier la membrane qui formait le kyste si elle existait déjà, ou, dans le cas contraire, de faire qu'elle se produise, avec une structure différente de celle qu'elle présente dans les cas de non communication. Dans l'une et l'autre circonstance, une pseudo-membrane se forme sur les parois des trajets qui établissent la communication avec l'extérieur des foyers profonds; cette pseudomembrane est connue sous le nom de fausse membrane des fistules.

SECTION I

Des kystes.

i546. Nous ne devons point nous occuper des kystes qui préexistent à la matière qu'ils doivent contenir, comme les kystes atbéromateux , stéalomateux , etc. Nous n'avons point à traiter non plus de ceux qui se développent communément avec une production organique dont ils font partie intégrante, et à laquelle leur existence se trouve liée; tels sont les kystes de certaines tumeurs fibreuses, ceux des tubercules , etc. Les seuls kystes dont nous devons parler sont ceux qui se développent autour des foyers dont l'inflammation a déterminé la naissance, ou qui se forment autour de corps étrangers accidentellement introduits ou développés dans l'épaisseur de nos organes. Ces kystes ont pour effet d'isoler ou de détruire ces corps étrangers.

1547. Nous avons déjà dit (58, 2^8) comment se formaient les kystes dans le tissu cellulaire; nous

avons fait voir alors que l'inflammation s'annonçait par des caractères non équivoques autour des cavités accidentelles sur les parois desquelles ils s'organisaient (io58). Nous avons aussi rapporté des faits dans lesquels des kystes se sont formés dans l'épaisseur des tissus pseudo-membraneux dans les cavités (273 Obs. XXXIV; 276 Obs. XXXV). Il faut donc regarder les kystes comme les résultats évidents de phlegmasies pseudo-membraneuses. La phlegmasie persiste quelquefois dans le tissu environnant, après la formation du kyste; elle s'y annonce par les caractères de l'inflammation chronique (io63, Obs. CLVI1).

i5/|8. Les kystes, au moment où. ils naissent, sont formés par une pseudo-membrane molle, floconneuse, très peu consistante , se détachant facilement de la surface adjacente du foyer, qui offre tous les caractères d'une inflammation aiguë plus ou moins intense; on trouve même les produits de cette inflammation, en quantité, à la vérité, ordinairement très petite, mais bien évidente , sous la pseudo-membrane du kyste. Ces produits, plus ou moins puriformes, sont infiltrés ou étendus sur la paroi enflammée du foyer. Voici un exemple de kyste cérébral naissant.

Obs. CXCIÏ. Une femme de soixante-huit ans fait une chute sur la tête et reste sans connaissance; le lendemain , face pale , coma profond ; la malade ne répond à aucune question ; mouvements convulsifs du bras gauche, pupille de l'œil gauche dilatée et peu sensible à la lumière ; pouls petit et fréquent. (Huit sangsues aux tempes, vésicatoire à la nuque, eau de veau avec addition de pulpe de tamarin.) Deuxième jour, même état, mouvements du bras gauche irréguliers mais volontaires; troisième jour, les mouvements du bras gauche sont plus difficiles, la

sensibilité est diminuée. (Vésicat. aux jambes, in fus. de mélisse avecadd. d'acét. d'ammoniaque.) La paralysie du bras gauche et l'état comateux allèrent en augmentant; pendant dix jours on crut à chaque instant que la malade allait mourir, mais elle sortit peu à peu de son assoupissement,, reprit connaissance et fit entendre quelques soos inarticulés; la paralysie du bras gauche persista, la peau était sèche, le pouls petit et fréquent. Après huit jours de mieux l'état comateux revint; il persista durant sept jours, et se termina par la mort le cinquante-cinquième jour après la chute.

Les vaisseaux du cerveau et de ses membranes étaient injectés. Sur la partie latérale et moyenne de Fhémispbère droit existait une tumeur peu saillante, blanchâtre, soulevant la pie-mère et l'arachnoïde, et formée par la substance cérébrale, ramollie et comme réduite en bouillie ; on trouva au-dessous un foyer purulent, bien circonscrit, d'environ trois pouces de diamètre dans tous les sens , occupant le milieu du lobe moyen , sans communication avec la surface du cerveau ni avec le ventricule latéral. Le pus qui y était contenu était d'un gris blanchâtre sans odeur; lorsqu'il fut évacué , on vit la cavité du foyer tapissée par une espèce de membrane molle , floconneuse > assez épaisse et assez dense pour pouvoir être facilement distinguée, mais pas assez résistante pour qu'on pût la séparer de la substance cérébrale avec laquelle elle était en contact. Celle-ci était tout autour, et à une assez grande distance, réduite en bouillie, comme les circonvolutions qui recouvraient le foyer. *

i549- ^a coucae molle plastique sécrétée sur les parois enflammées des foyers, acquiert successivement plus de densité et une plus grande résistance;

1 Lallemand , Lettre anat. mérî. sur l'Encéphale , t. I, p. 4i4-

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en même temps^qu'elle devient plus mince; elle contracte aussi une plus étroite adhérence avec la surface du foyer, sur laquelle l'inflammation diminue, et qui ne présente plus une couche puriforme interposée entre elle et la pseudo-membrane ou incorporée dans la texture du tissu malade. Lorsque le kyste est définitivement terminé, il est formé d'une membrane blanchâtre, opaque, rugueuse, épaisse, assez facile à déchirer, présentant d'abord des points rougeâtres et même des stries vasculaires. Cette membrane adhère aux parois du foyer qu'elle revêt, par une couche peu épaisse de tissu mou, infiltré, peu consistant, ayant tous les caractères du tissu cellulaire du fœtus imparfaitement formé. A mesure que l'on s'éloigne de l'instant où la formation du kyste a été achevée, le tissu cellulaire imparfait qui le double se condense; la tunique du kyste s'amincit en même temps, et augmente de densité. Enfin, quand cette poche est organisée, la tunique qui la forme est plus dense et plus épaisse que les séreuses. Sa surface est cependant semblable à celle de ces membranes; elle est doublée par du tissu cellulaire, qui la fortifie en devenant plus serré et plus résistant à sa surface externe.

Obs. CXC1II. Une jeune fille de douze ans, après avoir souffert pendant quelques jours de la tête, éprouva le 1 1 janvier des convulsions qui furent suivies de la paralysie du bras droit. Les saignées, les purgatifs et les applications froides ramenèrent deux fois les mouvements du bras; mais la troisième fois la saignée ne fit cesser que les convulsions; le bras resta complètement paralysé. Les jours suivants, les convulsions revinrent au bras droit. Le 24, elles s'étendirent à la cuisse et à la jambe du même coté. Le 4 février, elles cessèrent; mais tout le côté droit

du corps resta paralysé. Les jours suivants, pouls de cinquante à soixante pulsations par minute, sensibilité conservée partout. Le 1 1 , état comateux ; mort le i/j, trente-troisième jour de la maladie.

On trouva dans la partie supérieure de l'hémisphère gauche du cerveau, deux abcès, contenant ensemble de six à huit onces d'un pus fétide, et séparés l'un de l'autre par une cloison mince de matière blanche et ferme y qui les tapissait de toutes parts. Un autre abcès, renfermant près d'une demi-once de pus, existait dans la partie postérieure de l'hémisphère droit.1

Obs. CXCIV. Une demoiselle de vingt-deux ans tomba de dessus une table sur le dossier d'une chaise dont l'extrémité l'atteignit à l'hypochondre gauche : une hépatite fut la suite de cet accident. On en arrêta les progrès par un grand nombre d'émissions sanguines. La malade parut se rétablir; sa santé fut passable pendant quatre à cinq mois; les digestions restèrent seulement très difficiles; on ne sentait aucun gonflement hépatique. Plusieurs moyens de traitement, conseillés par MM. Halle, Portai et Chaussier ne la soulagèrent pas. Une péritonite se manifesta subitement et fit périr la malade en deux jours et demi.

Un énorme foyer, qui eût pu recevoir le poing, se trouvait dans l'épaisseur du grand lobe du foie à quelques lignes de sa surface convexe, qui avait contracté une forte adhérence avec le péritoine diaphragmalique. Ce foyer était rempli d'une liqueur visqueuse, au milieu de laquelle nageaient des flocons albumineux; il était tapissé par une membrane dense , épaisse et difficile à rompre. Ce hyste était très lisse à

' Abercrombie, The Edimb, Mccî. Journ. july 1 8 1 8 . Obs. VIL

V intérieur, et était formé par un tissu lamineuxtrès serré, quiprésentait quelques arborisations vasculaiivs.Le tissu hépatique autour de celte poche était dans son état naturel , sauf qu'il était un peu plus rouge dans l'étendue de cinq à six lignes. Un autre foyer existait vers le bord du foie; il avait le volume d'un petit œuf, et était aussi tapissé d une fausse membrane; mais elle était plus molle que celle du premier kyste $ elle était d'un rouge pâle et comme tomenleuse y très infiltrée de sang. Une couche purulente était déposée et agglutinée sur les parois de ce kyste, qui s'était rompu dans la cavité abdominale. Le péritoine était enflammé dans toute son étendue, et sa cavité contenait de la sérosité trouble et jaunâtre. Le tissu hépatique était rougeâtre, ramolli et infiltré d'un liquide puriforme et sanguinolent à plusieurs lignes de profondeur autour de ce dernier fover.

i55o. Les observations que l'on vient de lire prouvent que les kystes en s'éloignant du moment où ils se sont formés acquièrent une densité considérable. Cette densité était surtout remarquable dans le premier foyer du foie; elle eût sans doute suffi au premier coup d'oeil pour faire considérer le kyste comme formé par une membrane fibreuse; mais si l'on considère que la tunique qui le constituait ne présentât aucune fibre , et que sa trame n'offrait aucune disposition linéaire et radiée dans sa texture, on écartera cette idée d'autant plus que l'on sait que le tissu cellulaire peut acquérir et acquiert en effet dans les parois des kystes anciens une densité et une texture serrée, qui le rendent presque aussi consistant que les membranes réellement fibreuses.

i55i. La dernière observation a offert dans le kyste qui était rompu, et dont l'ouverture spontanée avait

DES KYSTES. 55j

déterminé la péritonite des caractères anatomiques différents de ceux que présentaient les autres kystes. La membrane qui revêtait le foyer était rouge, comme lomenteuse, molle, et infiltrée de sang. Les auteurs ont assigné ces caractères aux kystes qu'ils ont appelés muqueux ; nous verrons qu'ils les ont aussi reconnus dans les membranes des fistules , et qu'ils ont conclu de cette ressemblance superficielle de couleur et' de densité que ces fausses membranes étaient de vraies tuniques muqueuses accidentelles. Ilsuffit, pour faire apprécier la valeur de cette opinion, de remarquer qu'il n'existe jamais à la surface de ces fausses membranes aucune crypte ni aucune trace dépithéîium , ni à plus forte raison aucune villosité. Il faut donc ne voir, même dans les pseudo-membranes des kystes rouges, molles et injectées, que des fausses membranes de nature celluleuse comme les autres. Le fait que nous avons rapporté, et d'autres qui le seront bientôt (i558), rendent bien raison de ces caractères accidentels du tissu des kystes. Celte pocbe était enflammée comme le tissu bépatique environnant; et c'est à cette inflammation secondaire qu'il faut attribuer et ces caractères insolites et la rupture du kyste; il faut donc bien se garder de confondre cette phlegmasie secondaire des kystes avec celle qui détermine leur formation, et qui s'éteint aussitôt qu'ils sont achevés,

i552. Les altérations consécutives aux épanchements de sang, dans le cerveau, fournissent des exemples de l'organisation de kystes par l'inflammation y qui se développe autour de ces épanchements qui ont lacéré et désorganisé la pulpe cérébrale. (1067, Ous. GXLIL )

Du huitième au quinzième jour, après qu'il sfesi

effectué une hémon hagie dans le cerveau , le caillot formé par la coagulation spontanée du sang , qui a eu lieu au moment même de l'épanchement, est devenu plus sec par l'absorption de la sérosité qui l'entourait , et qu'il a laissé sortir progressivement de son épaisseur; il adhère aux parois du foyer, qui sont superficiellement ramollies et ronges. A quelques lignes autour, la substance cérébrale est évidemment plus dense que dans l'état sain , et manifestement injectée. Vers le vingtième jour, la couche de pulpe ramollie a cessé presque entièrement d'exister ; le tissu des parois du foyer est d'un rouge jaune pâle et condensé; à sa surface se trouve une exsudation couenneuse rouge grise, molle, presque sans consistance. Cette exsudation constitue le commencement du kyste; elle est séparée par de la sérosité du détritus de la substance cérébrale ramollie et réellement désorganisée, lequel est adhérent et comme confondu avec la surface du caillot , qui est mou et déjà presque complètement décoloré. Vers le trentième jour, le kyste est ordinairement formé; il présente une membrane molle peu consistante , d'un rose pâle, ayant l'aspect tomenteux d'une muqueuse enflammée, si le tissu cérébral adjacent est rouge, dense, injecté ou ramolli, et coloré par une forte infdtration sanguine ; car ces phénomènes indiquent une inflammation intense du tissu cérébral autour du kyste. Mais dans les cas où ce tissu est pâle, ou seulement un peu jaunâtre, et modérément injecté et infiltré, le kyste est pâle, lisse en dedans, d'un tissu délicat et d'une structure semblable à celle des séreuses ; c'est alors que la résorption du. caillot et du détritus pulpeux commence. Lorsqu'elle est effectuée, il reste dans le cerveau une petite cavité accidentelle tapissée par une membrane séreuse orga-

nisée, remplissant les mêmes fonctions que les membranes de cette espèce. Quelquefois cependant, quand le foyer est petit, et que la pseudo-membrane du kyste a une certaine épaisseur, cette cavité peut s'oblitérer et se convertir en une vraie cicatrice cérébrale. L'observation suivante nous présentera réunies les différentes formes de kystes cérébraux qui naissent autour des épanchements de sang.

Obs. CXCV. Une femme de quarante-cinq ans, très nerveuse, éprouvait depuis quelques mois des dérangements dans la menstruation ; une commotion morale supprima ses règles qui ne reparurent plus; quelques jours après elle fut frappée pendant la nuit d'une attaque d'apoplexie qui laissa une faiblesse extrême du bras gauche; des sangsues furent appliquées à la vulve. Quatre à cinq mois après, nouvelle attaque qui ne s'accompagna pas de paralysie, mais qui laissa une céphalalgie habituelle. Bientôt la malade perdit la mémoire, ses facultés étaient altérées par instants, et des accès comme épileptiques survenaient à des intervalles assez longs et irréguliers. La malade était dans cet état depuis huit mois , lorsqu'elle eut subitement une nouvelle attaque, qui n'eut pour prodrome qu'un embarras peu marqué de la parole, pendant quelques heures. Transportée à l'Hôtel-Dieu quatorze heures après, nous l'y vîmes dans l'état suivant , et nous recueillîmes de la bouche de sa fille les renseignements qu'on vient de lire : hémiplégie dans tout le coté droit, avec contraction des membres; perte de la parole , pupilles immobiles ; langue déviée à droite ; respiration lente et stertoreuse ; déglutition difficile. Une forte saignée fut pratiquée immédiatement, la mort n'en eut pas moins lieu cinq heures plus tard , dix-neuf heures après l'attaque.

A l'ouverture du cadavre , pratiquée quarante heures après la mort , on trouva dans l'hémisphère droit du cerveau , à quatre ou cinq lignes de Ja surface de cet organe , un ramollissement jaunâtre très étendu, occupant une grande partie du lobe antérieur et du lobe moyen. Au centre de ce ramollissement existait une cavité qui eût pu recevoir une petite noix , et qui était remplie par de la sérosité épaisse, trouble , dans le milieu de laquelle nageait un petit caillot jaune fîbrineux ; les parois de cette petite cavité étaient tapissées par une membrane rougeâtre , comme tomen~ teuse, très injectée, qui adhérait au tissu cérébral environnant, présentant les altérations que nous venons de décrire. Dans l'hémisphère gauche existait un épanchement récent de deux à trois onces de sang, qui occupait dans le centre de cette partie un foyer de plus de deux pouces de longueur , sur un pouce de largeur, et dont les parois étaient ramollies et déchirées sans trace de kyste ni de travail inflammatoire. Au centre du corps cannelé droit se trouvait une petite cavité allongée, longue de trois à quatre lignes , large de deux à trois , remplie d'une sérosité limpide et tapissée par une membrane assez résistante , blanche , lisse, polie, et en tout semblable aux tuniques séreuses; la pulpe était très saine autour de ce foyer.

Il est facile de reconnaître à l'état des désordres encéphaliques , et par leur comparaison avec les symptômes de la maladie, ceux qui se rapportaient à chaque attaque; le kyste séreux du corps cannelé était le reste de la première attaque. A ce foyer enkysté de l'hémisphère droit , doivent être rapportés les accidents de la deuxième attaque, accidents qui du reste persistèrent à cause de la continuation de l'inflammation dans

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celte partie du cerveau; cette plilegmasie était bien carac te' risée , elle avait déterminé l'aspect comme tomenteux, l'injection et la rougeur du kyste, qui se remarquait au centre de son foyer (i55i). Enfin il est évident que la malade a été tuée par l'épanchement récent de l'hémisphère gauche.

ï553. Les fausses membranes qui constituent les kystes, une fois organisées, jouissent de tous les attributs des tissus vivants, et sont susceptibles des mêmes modifications morbides. Nous avons prouvé qu'elles pouvaient s'enflammer ; nous ferions voir , si cela entrait dans notre sujet, qu'elles peuvent aussi dégénérer en cartilages, s'incruster de phosphate de chaux , se convertir en tissus érectiles , devenir squirrheuses, etc.; nous montrerions aussi que l'exhalation qui s'effectue à leur surface peut s'altérer, et que ces kystes se trouvent par suite convertis en kystes remplis de fluides de différentes natures produits par exhalation dans leurs cavités.

SECTION II

De la membrane des parois des fistules.

i554- Lorsqu'une tumeur enkystée vient à s'ouvrir à l'extérieur, le kyste enflammé au contact de l'air devient plus mou, plus épais, injecté et comme tomenteux; il se forme une semblable membrane sur les parois des ulcères infundibuliformes qui ne peuvent se cicatriser, et dans les trajets fistuieux que produit le pus ou un autre fluide en fusant dans les intervalles des muscles, et suivant des trajets plus ou moins longs. La membrane des bourgeons charnus qui se forme par l'inflammation des parois de ces cavités, et qui devrait servir de base à leurs cicatrices, revêt l'aspect que

nous venons d'indiquer, el sur lequel on s'est fonde pour considérer ces pseudo- membranes comme des muqueuses accidentelles , tandis que ce ne sont que des fausses membranes celluleuses comme les autres, mais enflammées au contact continuel, soit de l'air, soit de liquides plus ou moins irritants.

1 555. A la dissection, on trouve la membrane des trajets fistuleux fort adhérente au tissu cellulaire adjacent, avec lequel elle se confond par sa surface profonde. Cette tunique est moins dense que ce tissu cellulaire qui est infiltré et induré; elle présente des vaisseaux fort injectés et nombreux, ramifiés au-dessous d'elle; elle est d'un rouge livide; son aspect est inégal, rugueux , et sa surface présente des callosités saillantes rougeâtres. L'épaisseur de cette membrane est très variable et change même dans ses diverses parties; elle n'est, en beaucoup de points, pas supérieure à une demi-ligne, et, en d'autres, elle excède deux lignes. On ne trouve sur cette membrane aucune trace d'épithélium ni de follicules.

1 556. Quoique l'absence de follicules dans la membrane des fistules suffise pour faire rejeter l'opinion de ceux qui la considèrent comme une tunique muqueuse, on est aussi conduit à cette même opinion par l'examen du fluide que sécrètent les parois de cette membrane; ce fluide est visqueux, filant, et mêlé très imparfaitement à des portions jaunes, blanchâtres, évidemment purulentes. La viscosité du fluide des fistules tient à un excès d'albumine qu'il contient, mais nullement à la présence du mucus. On n'observe point en effet, dans ce fluide, ces flocons demiopaques, filants, visqueux, qui distinguent le mucus; le fluide diaphane qui se sécrète est tout-à-fait limpide, homogène, non floconneux, et ne ressemble

point an mucus, mais bien plutôt à une solution d'albumine dans un liquide alcalin; car cette bumeur verdit fortement les couleurs bleues végétales.

i557. Lorsque l'on produit par l'application des caustiques une vive inflammation des trajets fistuleux pour en déterminer la cicatrisation, la pseudo-membrane prend une couleur rouge vermeille, se boursoufle, devient plus bumide et plus spongieuse dans sa structure. Une couche mince de tissu cellulaire comme pulpeux, s'épanouit à sa surface, et forme des bourgeons charnus. La sécrétion n'est plus visqueuse et trouble comme elle était; elle devient véritablement purulente, homogène, et la cicatrisation s'opère parla formation d'une matière coaguîable, de même que dans les solutions de continuité qui tendent naturellement à se cicatriser.

i558. On voit que nous considérons les membranes des trajets fistuleux comme absolument ceîîuleuses et de même nature que celles des kystes; elles n'en diffèrent que par l'état d'inflammation qui survient en elles. Les observations suivantes mettent ce fait en évidence.

Obs. CXCVI. Un enfant rachitique de douze ans fut atteint de douleurs vagues dans la colonne épinière. Bientôt il lui survint une tumeur indolente avec fluctuation à la partie interne de la cuisse gauche près de Faîne; cet abcès par congestion s'ouvrit spontanément, et fournit une pinte de matière purulente de mauvaise odeur. Cet écoulement continua par la petite ouverture fistuïeuse qui s'était faite à la tumeur. M. Recamier fît établir deux fontanelles à la région dorsale, au lieu où le malade avait éprouvé et éprouvait des douleurs; cet enfant périt dans le marasme au bout de trois semaines.

Les deux dernières vertèbres dorsales étaient cariées. Un canal de huit à dix lignes s'étendait du siège de la carie à l'abcès par congestion de la cuisse. La surface interne de ce canal était d'un rouge assez vif. La fausse membrane qui la revêtait, était molle , gonflée , assez facile à déchirer P rugueuse à sa surface, et tapissée par endroits d'une couche purif orme , épaisse, tenace. Cette tunique était jointe au tissu cellulaire subjacent, qui n'était, pour ainsi dire, que la continuité de son tissu, puisqu'il n'existait pas de ligne de démarcation bien prononcée; ce tissu cellulaire était infiltré et injecté. A mesure que l'on suivait ce canal en remontant, on reconnaissait que le tissu qui en constituait les parois était moins rouge, plus lisse et moins injecté. Vis-à-vis la carie de la colonne épinière se trouvait un kyste, qui eût facilement contenu le poing, et qui s'ouvrait dans le canal. Les parois de ce kyste entièrement rempli de pus séreux, filant et troublé par des flocons de matière blanche, jaune , opaque, friable et coagulée, étaient pâles, blanches, lisses et formées par un tissu cellulaire serré, qui constituait une fausse membrane d'environ deux lignes d'épaisseur.

Il est probable que si le malade eût vécu plus longtemps, la phlegmasie, qui occupait la plus grande partie du canal, se fût propagée jusque dans le kyste par suite de la pénétration de l'air, et des qualités qu'il imprime au pus au contact duquel il se trouve. Dans ce cas, on eût rencontré toute la membrane du kyste rouge, injectée, et offrant l'aspect qui l'a fait comparer aux membranes muqueuses.

Obs. CXCVIï. Pendant l'été de i8ri, un soldat entra à l'hôpital de Cordoueavec une tumeur au côté externe et antérieur de la partie moyenne de la cuisse droite; on ouvrit cette tumeur qui fournit une sérosité

inodore, semblable à du petit lait. Le cinquième jour le pus devint fétide ; la fièvre se manifesta; le malade périt le dix-septième jour de l'ouverture du foyer. Quelques jours après que cette ouverture avait été pratiquée, il s'était détaché des flocons membraniform.es qui avaient immédiatement précédé le développement des bourgeons charnus que l'on voyait à travers l'ouverture. Les trois derniers jours de la vie, des fragments noirâtres, grisâtres, de consistance pulpeuse et d'une odeur fétide s'étaient détachés.

A l'ouverture du corps, on trouva un kyste qui avait toute l'apparence d'une fausse membrane développée et organisée dans une cavité séreuse; sa cavité offrait dans plusieurs points une infinité de prolongements en lambeaux, en général très petits; les uns de nature albumineuse, grisâtres, plus denses, et le devenant encore davantage par le contact de l'ao-ide sulfurique; les autres noirâtres, pulpeux et fétides; tout le reste de la surface, particulièrement le fond du kyste , présentait des bourgeons charnus comme affaissés, et ayant perdu leur couleur vermeille pour en prendre une livide et grisâtre. Le kyste adhérait d'une manière intime à un tissu comme lardacé, dont l'épaisseur variait depuis deux lignes jusqu'à quatre ou cinq, et qui, se prolongeant entre les faisceaux musculaires , perdait bientôt celte apparence pour prendre celle du tissu cellulaire, le kyste avait jusqu'à trois ou quatre lignes d'épaisseur, suivant les lieux où on le considérait; il était injecté par une quantité prodigieuse de petits vaisseaux rouges, en lesquels semblait presque se réduire tout son tissu au-dessous des bourgeons charnus dans lesquels les vaisseaux n'étaient plus distincts, et dont la lividité avait à peu prés une demi -ligne d épaisseur. En plaçant une xi. 35

portion de la membrane du kyste entre l'œil et la lumière, on voyait au milieu de la légère transparence, comme des houppes de vaisseaux qui s'épanouissaient et ne se distinguaient plus les uns des autres vers les bourgeons; une semblable fausse membrane, mais beaucoup moins épaisse et à vaisseaux moins gros, tapissait le conduit ou canal que le pus avait suivi; ce conduit montait au milieu d'un tissu cellulaire engorgé, et comme lardacé dans son voisinage immédiat, jusqu'au côté droit du corps de la deuxième vertèbre lombaire, qui était à peine cariée dans une étendue de trois à quatre lignes. Au dessus de l'arcade crurale, la fausse membrane n'avait plus de lambeaux albumineux suspendus, elle avait l'apparence d'une membrane muqueuse. !

On voit dans cette observation , que nous avons empruntée à un habile observateur, le tissu accidentel du kyste et du trajet fistuleux se présentant sous des formes différentes dans deux parties des mêmes désordres. Dans celles qui n'offrent aucune trace d'inflammation, la pseudo-membrane ne présente que sa texture celluleuse, tandis que dans celles qui sont enflammées, on reconnaît une couleur rouge inégale, des bourgeons charnus, et une injection vasculaire considérable ; nul doute que ce ne soit à cette phlegmasie qu'il faille attribuer les apparences d'une membrane muqueuse, que M. Villermé a reconnues dans le trajet fistuleux.

1559. On a trouvé sur les parois de fistules anciennes, des incrustations cartilaginiformes et osseuses de la pseudo-membrane qui les revêtait. Ces altérations se présentent dans le tissu cellulaire, dans les membranes séreuses, dans les capsules fibreuses

* L. R. Villermé, Dict. des Sciences méd. , t. XXXII, p. i65.

viscérales, etc. Les fausses membranes des trajets fistuleux sont vivantes comme toutes celles qui entrent naturellement dans l'organisation ; il n'est donc pas étonnant qu'elles présentent les mêmes altérations dans les mêmes circonstances.

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