ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES VAISSEAUX SANGUINS ENFLAMMÉS
SECTION I
Des vaisseaux sanguins dans létal sain.
911. Nous n'étudierons les caractères anatomiques des phlegmasies des artères et des veines que dans les troncs, les rameaux et les branches dont la ténuité n'échappe pas à l'observation directe.
912. Les caractères de l'état sain, comme ceux de l'état inflammatoire, sont semblables dans les deux appareils vasculaires artériel et veineux, malgré les différences de structure assez tranchées qui les distinguent. C'est pourquoi nous avons réuni l'histoire anatomique de leurs inflammations.
91 3. Les vaisseaux sanguins sont formés de trois tuniques distinctes : une interne commune aux artères, aux veines et aux cavités du cœur; une moyenne et une externe ou celluleuse.
914. La membrane interne des vaisseaux est lisse, diaphane, incolore et d'une ténuité excessive. Elle ne
2 anatomie pathologique
présente aucune disposition fibreuse, et se déchire avec une grande facilité dans tous les sens. Cette tunique est tellement fine et si adhérente à la surface des cavités du cœur, qu'il est difficile d'y démontrer sa présence ; elle forme , en pénétrant dans les artères, les valvules sigmoïdes, qui ne sont que des replis de cette membrane fortifiée de quelques fibres ligamenteuses et celluleuses. Dans l'aorte, on trouve au-dessous de la tunique interne un feuillet très mince qui lui forme une seconde lame et qui lui adhère intimement; ce feuillet, que l'on ne peut détacher qu'après avoir soumis le vaisseau à une macération prolongée, est cependant encore plus difficile à séparer de la tunique artérielle moyenne dont il pourrait par conséquent être plutôt considéré comme une lame; il est d'ailleurs opaque, d'un blanc mat et rugueux à sa surface, tandis que la tunique interne est diaphane, lisse, polie et d'un blanc transparent; il est aussi d'une texture sèche, tandis que la membrane interne est humide et lubréfiée par un fluide visqueux. Dans les vaisseaux de second ordre la tunique interne ne présente qu'un feuillet indivisible; on remarque à sa surface dans les grosses artères quelques plis longitudinaux , et de petites rides transversales dans les artères des membres, aux points où s'exécutent les mouvements de flexion.
La membrane interne des veines a le même aspect que celle des artères; cependant elle est plus extensible et moins tenue; distendue outre mesure, elle se rompt en filaments qui n'ont aucune direction déterminée, car ils se forment également, que la distension soit parallèle ou qu'elle soit perpendiculaire, ou oblique à l'axe du vaisseau. Cette membrane forme seule les valvules dont les veines sont pourvues; on
peut juger de sa ténuité en considérant que, pour reconnaître ces replis dans les rameaux, il faut les disséquer sous l'eau. Dans les grosses veines, cette membrane présente des plis longitudinaux.
91 5. La membrane interne des vaisseaux sanguins est dépourvue de vaisseaux rouges, du moins on ne peut y démontrer leur existence; un fluide visqueux peu abondant est exhalé ou transsude à sa surface. On peut s'en assurer en mettant à découvert par une incision longitudinale l'intérieur d'un vaisseau dans lequel on a intercepté le cours du sang.
g 16. Un fluide renfermé dans un vaisseau disparaît; s'il est vénéneux, il produit l'empoisonnement. Cependant il est possible qu'il n'y ait pas pour cela une véritable absorption; car l'imbibition des fluides dans les tuniques vasculaires est si facile, qu'il pourrait se faire que l'absorption s'effectuât dans l'épaisseur des tissus plutôt que sur les parois. En effet, si l'on renferme dans une veine ou dans une artère, entre deux ligatures , un fluide reconnaissable à des qualités tranchées, on constate bientôt sa présence dans l'épaisseur des parois vasculaires, et surtout dans le tissu cellulaire ambiant. Le liquide le plus convenable pour cette expérience est la solution très étendue d'hydrocyanate de potasse, que l'on reconnaît facilement par les réactifs martiaux. Ces réactifs, tout en démontrant l'imbibition de la liqueur dans les tissus vasculaires, font voir aussi que ce fluide a pénétré dans les radicules veineuses de la partie; mais on ne peut constater l'existence de ces radicules dans la tunique vasculaire interne.
917. L'adhérence de la membrane interne des vaisseaux à la tunique moyenne est telle, qu'il est difficile d'en détacher par la dissection de très petits lam-
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beaux. On ne peut pas reconnaître directement si cette adhérence est due à un tissu cellulaire intermédiaire; mais quand on dissèque un vaisseau sur un animal vivant, de manière à mettre la membrane interne à découvert par sa surface adhérente, il se forme sur la partie dénudée de cette membrane des bourgeons charnus, qui annoncent manifestement la présence du tissu cellulaire.
qi8. La membrane externe des vaisseaux sanguins est formée par un tissu lamineux très dense, blanchâtre, à fibres entrecroisées en divers sens. Cette couche est peu serrée extérieurement, et adhère, mais d'une manière assez lâche, à la gaine que fournit aux vaisseaux le tissu cellulaire dans lequel ils sont ramifiés. A sa surface profonde sur la tunique moyenne, la membrane externe des vaissseaux est tellement serrée , qu'il faut la déchirer ou la ramollir par la macération, pour reconnaître sa texture fibrocelluleuse. Les fibres n'ont pas de direction bien déterminée; cependant les plus nombreuses sont obliques à l'axe du vaisseau. Cette membrane est très souple, très élastique, et d'une grande ténacité. Dans les veines elle est plus mince, plus celluleuse et moins résistante.
919. La tunique moyenne est d'une texture très différente dans les deux espèces de vaisseaux sanguins.
920. Dans les artères, cette membrane, dont la texture paraît semblable à celle des ligaments jaunes des vertèbres, est formée par une couche d'un tissu jaune pâle, mat, à fibres transversales très élastiques : elle surpasse à elle seule en épaisseur les deux autres tuniques artérielles. L'élasticité et la résistance de cette couche fibreuse sont très grandes dans le sens
transversal; elle seule conserve le diamètre et la forme cilyndrique de l'artère quand elle est vide. La tunique moyenne augmente proportionnellement d'épaisseur dans les rameaux; mais elle diminue évidemment de densité, et se rapproche de la texture de la membrane lamineuse avec laquelle elle se confond extérieurement.
921. La tunique moyenne des veines n'est, à proprement parler, qu'une seconde couche celluîo-fibreuse plus serrée que celle qui forme la tunique externe; elle est d'un blanc mat, un peu jaune, à fibres entrecroisées, dont le plus grand nombre sont cependant longitudinales. Cette membrane est plus épaisse dans les veines qui aboutissent à la veine-cave ascendante, que dans celles de la veine cave descendante, et dans les veines superficielles que dans les veines profondes; dans les veines accolées à des artères, elle est plus épaisse et plus dense sur le segment correspondant au vaisseau à sang rouge. Le défaut presque absolu de fibres transversales dans la tunique moyenne des veines, et son élasticité beaucoup moindre que dans les artères, font que, dans l'état de vacuité, les vaisseaux à sang noir s'affaissent. Il n'y a guère que les plus gros troncs dans lesquels les fibres transversales sont en plus grand nombre, qui conservent en partie leur forme cylindrique.
912. Les vaisseaux sanguins reçoivent des vaisseaux qui pénètrent jusque dans leur membrane moyenne, mais qui ne peuvent être suivis plus profondément. Ces vaisseaux se ramifient une première fois, et sous des angles très aigus sur la tunique externe; ils se divisent une seconde fois , et s'entrecroisent sous des angles presque droits sur la tunique moyenne , dans l'épaisseur de laquelle ils se perdent.
9^3. Les vaisseaux reçoivent aussi des nerfs qui proviennent de la moelle ou des ganglions» Ces derniers sont les seuls qui se rendent aux vaisseaux des viscères, et surtout au système veineux abdominal. Les nerfs, quelle que soit leur origine, après s'être ramifiés sur la tunique externe, se perdent au-dessous d'elle en arrivant à la tunique moyenne.
9^4- Les vaisseaux s'imprègnent sur les cadavres de la couleur des fluides qui se trouvent en contact avec leurs parois extérieurement ou intérieurement; c'est pourquoi ils sont d'un rouge vermeil, ou d'un rouge livide ou noirâtre, au contact du sang extravasé autour d'eux, infiltré dans la gaine celluleuse qui les enveloppe, ou retenu dans leur cavité. On peut même produire cette teinte en faisant naître les circonstances que nous venons d'indiquer, et dont l'effet s'explique par la facilité avec laquelle les vaisseaux se laissent pénétrer par imbibition (916). Cette teinte des vaisseaux est toujours d'un rouge plus vermeil dans les canaux à sang rouge que dans les canaux à sang noir. Elle s'observe habituellement sur les cadavres des sujets qui ont succombé à des maladies inflammatoires très violentes, ou à des affections qui se sont caractérisées par une sorte de dissolution du sang. Ces deux circonstances favorisent également le dépôt de la matière colorante sur les parois vasculaires, dans le premier cas par suite de la facilité avec laquelle le sang tend à former des concrétions fibrineuses décolorées, et dans le second à cause du peu d'aggrégation des molécules de ce fluide. La couleur rouge que revêtent ainsi les parois vasculaires est d'autant plus foncée et plus marquée, que les vaisseaux sont plus petits; elle est limitée au siège des épanchements ou des infiltrations sanguines dans la cavité du vaisseau , ou dans
sa gaine cellulaire; elle s'étend quelquefois jusqu'à la surface extérieure des gros troncs, et même jusqu'au tissu cellulaire qui les environne. Bien qu'elle dépende d'une stase du sang dans la cavité vasculaire, cette pénétration est cependant beaucoup plus fréquente dans les branches que dans les troncs , et la couleur rouge n'est presque jamais limitée à la tunique vasculaire interne dans les petits vaisseaux, et surtout dans les petites veines.
La macération rend assez promptement aux vaisseaux ainsi colorés leur aspect physiologique, pourvu qu'il n'y ait pas très long-temps que la vie ait cessé ; mais on n'obtient pas ce résultat par de simples lotions. Les veines qui prennent plus aisément la couleur la perdent aussi plus facilement. Lorsque quatre à cinq jours se sont écoulés depuis la mort, la teinte résiste en partie à la macération.
9^5. Nous insistons à dessein sur les différentes modifications de la couleur des vaisseaux , parce qu'il est très important d'avoir à cet égard des idées bien arrêtées pour ne pas confondre l'état sain avec l'état de maladie. Sur les sujets morts par obstacle à la circulation , disséqués au bout du temps ordinaire , c'est-à-dire vingt- quatre heures après la mort, la tunique interne est toujours d'une teinte plus mate et un peu livide; la tunique externe présente ses vasa vasorum gorgés et plus apparents , et il est très ordinaire de remarquer dans le trajet des grosses veines des infiltrations de sang qui brunissent, ou seulement rougissent toute l'épaisseur des vaisseaux et le tissu cellulaire ambiant. La membrane interne du cœur, et plus souvent encore celle de l'aorte et de l'artère pulmonaire , sont d'un rouge tantôt assez vif, tantôt un peu livide, quelquefois
tout -à-fait brunâtre. Cette teinte ne pénètre pas, à la vérité , le plus souvent au - delà de la tunique moyenne de ces vaisseaux. Les désordres que nous venons d'indiquer sont surtout très fréquents sur les sujets morts asphyxiés par la vapeur du charbon. Il semble que, dans ce cas, la conservation plus prolongée de la chaleur des cadavres favorise l'imbibition du sang.
926. Par la dessication à l'air libre, les artères prennent une couleur rougeâtre obscure. Cette teinte réside dans la tunique moyenne; car la membrane externe est jaunâtre à I3 dissection , et la tunique interne desséchée est également un peu jaunâtre , et transmet par sa diaphanéité la teinte du tissu adjacent. Les veines desséchées sont d'un jaune rougeâtre; elles sont moins sèches et plus souples que les artères. Les unes et les autres, quand elles étaient préalablement colorées par une imbibition de sang, deviennent d'une teinte brune presque noirâtre. Les vaisseaux sanguins ne perdent à la dessication que peu de leur épaisseur; ils la reprennent ensuite par la macération.
927. Les vaisseaux sanguins résistent beaucoup à la putréfaction , soit à l'air libre , soit dans l'eau : ils se réduisent enfin en une pulpe molle , grisâtre. Les veines sont plus promptement altérées que les artères. Les tissus dans lesquels des vaisseaux se ramifient sont déjà réduits en putrilage , que ceux-ci commencent à peine à s'altérer.
928. Plongés dans l'eau bouillante , les vaisseaux, et surtout les artères , se crispent ; leurs membranes internes éprouvent à un plus haut degré que les autres tuniques l'influence de la chaleur, et se gercent transversalement. Les tuniques vasculaires se ramol-
lissent bientôt dans l'eau bouillante , et perdent promptement leur consistance.
SECTION II
Inflammations aiguës des vaisseaux sanguins,
928. Les inflammations aiguës des vaisseaux ne sont pas très communes ; celles des artères sont surtout assez rares. Nous avons cependant trouvé plusieurs fois la tunique interne des principaux troncs artériels rouge, sans tuméfaction, ni aucune altération dans son tissu. L'Obs. XXXIX (262) en offre un exemple ; mais on sait déjà que cette rougeur ne suffit pas pour caractériser une inflammation. Si cela était, il faudrait regarder l'inflammation des vaisseaux comme beaucoup plus fréquente qu'elle ne l'est réellement; car ces rougeurs ne sont pas très rares, et ne se présentent presque jamais réunies aux autres caractères anatomiques qui démontrent, d'une manière certaine , qu'il y a eu phlegmasie.
929. Le meilleur moyen de déterminer sans ambiguïté les caractères anatomiques de l'inflammation aiguë des tuniques artérielles, c'est de produire cette inflammation, et d'étudier, a mesure qu'elle se développe, les altérations qui sont le résultat de sa présence.
g3o. Si l'on aplatit une artère dans une certaine étendue, par une compression modérée, de manière à effacer sa cavité sans rompre sa tunique moyenne, on trouve à l'intérieur du canal, dans la portion aplatie, douze ou quinze heures après l'opération, un caillot très mince, plat, en partie décoloré, collé sur la tunique interne par une couche excessivement mince de mucosité rougeâtre, filante, très peu vis-
queuse, qui ne diffère de celle qui enduit dans 1 'état sain la tunique vasculaire interne que par sa teinte et par sa quantité qui est un peu augmentée. La tunique interne est d'un rouge blafard, uniforme, et d'une texture plus molle que dans l'état sain; elle paraît aussi moins polie et plus mate ; mais elle n'est point épaissie , et son adhérence à la tunique moyenne n'est pas diminuée. Cette dernière tunique est d'un jaune rougeâtre, affaissée et un peu moins résistante que dans l'état sain ; elle semble confondue avec la tunique celluleuse qui est comme flétrie et cependant vivement injectée. Au-dessus et au-dessous de la constriction , la tunique moyenne et la tunique celluleuse sont boursoufïlées , uniformément rougeâlres , et infiltrées de sérosité jusqu'à la distance de six à huit lignes; la membrane interne du vaisseau est molle, gonflée et peu adhérente, d'un rouge ponceau, et un peu rugueuse à sa surface. L'altération des tuniques celluleuse et moyenne se fond peu à peu dans une injection qui va elle-même en s'éteignant; la tunique interne reprend aussi peu à peu son état physiologique à une distance plus rapprochée de l'oblitération que les autres tuniques; mais sa couleur morbide se fond dans une teinte violette ou violâtre qui paraît comme étendue avec un pinceau dans tout le trajet du caillot qui s'est formé jusqu'à la première collatérale. Une petite colonne de sang liquide pénètre dans le centre de ce caillot qui n'adhère point aux parois artérielles. On n'aperçoit aucune ramification vasculaire au-dessous de la tunique moyenne.
Trente à quarante heures après que l'on a soumis une artère à l'oblitération , la tunique interne correspond , dans la partie du vaisseau aplatie , à une couche fibrineuse encore un peu colorée, très mince ? inter-
posée entre les parois rapprochées; un fluide visqueux rougeâtre est fort adhérent à la tunique interne et à la couche fibrineuse aplatie correspondante. La surface de cette membrane est comme tomenteuse , rugueuse au toucher; son tissu est ramolli; elle a notablement augmenté d'épaisseur, et elle se détache facilement de la tunique moyenne à laquelle elle semble n'adhérer que par un fluide rougeâtre, plastique; elle est opaque et d'un rouge brunâtre uniforme. La membrane moyenne fort injectée est très ramollie; elle a absolument l'aspect d'un tissu cellulaire très lâche enflammé ; à l'extérieur, elle est d'un rouge livide, et ne se distingue plus de la membrane externe, qui est tellement amincie qu'elle n'est plus reconnaissable. Immédiatement au-dessus et au-dessous de la compression, la tunique externe et la tunique moyenne semblent confondues en une couche rouge, comme charnue, très infiltrée de sang et de sérosité; à huit à dix lignes de l'oblitération, les membranes sont d'une couleur moins foncée, elles sont distinctes et infiltrées de sérosité; du sang est extravasé par petits points dans la tunique celluleuse, qui se distingue aisément de la tunique moyenne à sa texture spongieuse et à sa couleur rouge intense. Celle-ci est d'un rouge jaunâtre, uniforme, et d'une texture homogène; elle a augmenté d'épaisseur, et son tissu est moins dense que dans l'état sain; la membrane interne a pris une teinte rougeâtre obscure; elle adhère à une couche plastique visqueuse qui devient plus dense et plus épaisse à mesure que l'on s'approche de la partie oblitérée. En s'éloignant de l'obstruction, la niembrane interne se rapproche de l'état physiologique auquel elle parvient peu à peu. La teinte rouge violette est moins foncée et plus
transparente dans les parties saines de la tunique interne correspondante au caillot , qui est lui-même plus dense, et déjà extérieurement tout-à-fait décoloré.
Du quatrième au cinquième jour après l'oblitération d'une artère, toutes les tuniques se confondent dans la partie comprimée qui va se diviser, en une couche comme charnue, d'un rouge brun, friable, très infiltrée de sang et de sérosité; mais au-dessus et audessous de cette partie, la tunique celluleuse est très gonflée, infiltrée de sang et de pus, et adhérente à la gaine celluleuse environnante, également enflammée. La membrane moyenne un peu rétractée se confond sur une longueur de huit à dix lignes, avec la celluleuse dans un tissu rougeâtre, fragile, homogène. A une distance un peu plus grande du foyer, cette membrane paraît formée par un tissu homogène fragile, opaque, d'un rouge jaunâtre assez dense, ne présentant plus de fibres transversales. Ce tissu devient moins dense, plus jaune, et beaucoup moins fragile à mesure que l'on s'éloigne de l'oblitération. La tunique moyenne est aussi d'une texture évidemment plus dense, plus homogène et plus jaunâtre à sa surface profonde, où elle paraît infiltrée d'une substance plastique, concrescible, qui ressemble à de la fibrine très dense et d'un jaune plus obscur et plus rougeâtre que celui des concrétions polypeuses que l'on trouve dans les cavités du cœur de certains cadavres. La tunique interne est d'une couleur rouge peu foncée; elle est épaissie, facile à décoller, rugueuse, molle, opaque, et formée d'une substance comme pulpeuse; elle est tapissée par une véritable concrétion couenneuse qui adhère légèrement au caillot décoloré à sa surface externe.
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q3i. Si l'on fait une injection irritante dans une portion d'artère comprise entre deux ligatures et préalablement vidée de sang et lavée, l'inflammation se caractérise par la formation d'une couche plastique qui tapisse la tunique interne et finit par constituer un cordon qui remplit le canal , et par une rougeur obscure très peu intense de cette membrane, qui n'est plus alors colorée en rouge violet clair par l'imbibition de la matière colorante du sang, comme cela arrive au contact des caillots dont la simple ligature détermine la formation; aussi dans ce cas distmgue-t-on à la naissance de la pblegmasie au travers de la tunique interne, encore diaphane, un réseau de capillaires injectés, formé sur la surface adhérente de cette tunique et sous la tunique moyenne. Ce réseau ne se remarque plus quand l'inflammation a fait des progrès; alors la tunique interne devient légèrement rugueuse, mate, comme tomenteuse et d'une texture molle, très fragile et presque pulpeuse; la tunique moyenne épaissie se convertit en une substance comme celluleuse, rouge jaunâtre, très humide, très molle et presque sans consistance, surtout à sa surface interne; enfin l'on reconnaît une injection vasculaire et un gonflement remarquable de la membrane celluleuse à sa couche profonde seulement, car elle conserve extérieurement son état physiologique, ses vaisseaux sont seulement un peu engorgés, mais la couche profonde présente tous les caractères du tissu cellulaire enflammé.
g3'2. En modifiant de différentes manières les expériences dont nous venons de parler, on obtient toujours des effets semblables; seulement on remarque quelques variations dues à la suppuration qui s'effectue quelquefois dans les parois artérielles, dans les
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inflammations provoquées par les ligatures ou par les injections. Cette suppuration arrive constamment quand on laisse un corps étranger dans le vaisseau; elle coïncide alors souvent avec l'ulcération de la tunique interne. Le pus n'est cependant pas toujours immédiatement déposé dans la cavité vasculaire ; il est infiltré ou il forme de petits apostèmes dans la tunique celluleuse, ou entre cette tunique et la membrane moyenne, ou dans cette dernière et au-dessous d'elle, à la surface adhérente de la membrane interne.
Si l'on expose au contact de l'air l'intérieur d'une artère ouverte longitudinalement après avoir interrompu le cours du sang dans sa cavité, on voit la tunique interne rougir, se boursoufïler, se ramollir et se résoudre superficiellement en une pulpe friable d'apparence inorganique, sous laquelle la tunique se trouve rugueuse, comme tomenteuse et d'une couleur vermeille. C'est en cet état que la membrane interne devient le siège de la suppuration après qu'elle s'est recouverte de bourgeons charnus. Il est alors difficile de distinguer, sous la surface suppurante, les membranes intégrantes du canal artériel ; on ne peut séparer la tunique interne enflammée au contact de l'air d'une couche adjacente de tissu rouge, infiltré, assez dense et comme carnifié. La membrane interné des artères subit donc, avant de fournir du pus par son inflammation au contact de l'air, une sorte d'exfoliation très superficielle.
g33. Les expériences que nous avons faites sur les artères pour reconnaître les caractères anatomiques de leurs inflammations aiguës, ont été répétées sur les veines; nous n'avons trouvé d'autres différences dans ces caractères sur les vaisseaux à sang noir, que l'épaississement moindre et la friabilité beaucoup moins
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considérable des tuniques moyenne et externe, et l'augmentation d'épaisseur plus grande de la tunique interne, qui suppure beaucoup plus vite, et donne toujours assez promptement naissance à une couche coenneuse concrète qui oblitère le canal vasculaire.
934. Nous avons plusieurs fois essayé sans succès de faire pénétrer des injections dans les vasa vasorum des vaisseaux sanguins artériels et veineux enflammés.
935. Il résulte évidemment des expériences que nous venons de rapporter, que l'inflammation des artères et des veines se manifeste par une teinte rouge plus ou moins obscure de la tunique interne; cette couleur diffère de la teinte violette vive dans les artères, ou violâtre lie de vin dans les veines, de cette membrane coloriée par imbibition , mais conservant toutes ses autres propriétés de texture. On a dû remarquer aussi que dès le début de la pblogose, la tunique interne a perdu son poli et son aspect luisant ; elle est devenue mate et d'un aspect comme villeux; elle commence déjà à se détacher avec plus de facilité. Les vasa vasorum du vaisseau inflammé sont injectés dès le début de la phlegmasie et dans toute son étendue. Cette injection, que Ton ne peut plus reconnaître dans le foyer de l'inflammation lorsque la maladie est arrivée à un certain degré, et qu'elle a coloré uniformément toutes les tuniques, se retrouve même alors d'une manière très prononcée aux limites de la phlegmasie. Dans la rougeur par imbibition, on ne remarque ni injection ni engorgement des vasa vasorum. Enfin une dernière circonstance à noter, c'est que la teinte inflammatoire est différente dans les différentes tuniques, tandis que la rougeur par imbibition, quoique elle se dégrade dans les tuniques de dedans en dehors, ou de dehors en dedans , selon qu'elle a commencé à
l'intérieur ou à l'extérieur, conserve dans toutes les membranes la même teinte qui diffère de celle de la rougeur inflammatoire.
g36. Nous avons trouvé deux fois la membrane interne des principaux troncs artériels évidemment enflammée. Dans un cas, sur le cadavre d'une phthisique morte avec une pneumonie du côté droit et avec des cavernes nombreuses, suite de tubercules suppures dans les deux poumons; la membrane interne de l'aorte jusque dans le tronc innommé, et celle du ventricule et de l'oreillette gauches du cœur étaient d'un rouge brunâtre, rugueuses, se décollant aisément de la membrane moyenne adjacente, et présentant alors des lambeaux opaques et rugueux ; la rougeur se prolongeait par stries sur les parois des veines pulmonaires. Un fluide muqueux filant , visqueux, épais, nullement semblable à la fibrine du sang , mais bien à la fausse-membrane du croup quand elle commence à se former, était accumulé dans la cavité des valvules aortiques. Sur un autre sujet mort de péricardite et de pneumonie du coté gauche, l'inflammation affectait plutôt la membrane interne des cavités gauches du cœur et les quatre veines pulmonaires , que l'aorte dans laquelle une tache rouge striée se remarquait avec un léger aspect rugueux et velouté de la tunique. La membrane des ventricules et des veines pulmonaires était notablement épaissie, et d'un rouge brun foncé qui se remarquait jusqu'à deux lignes de profondeur dans le tissu du cœur; une infiltration purulente se voyait autour de l'orifice des veines pulmonaires gauches sous la tunique inflammée.
M. Portai a observé une inflammation de l'aorte sur le cadavre d'un jeune homme, qui périt peu de jours après une rougeole rapidement rentrée; a L'aorte
« était dans presque toute son étendue très rouge; « ses parois étaient gonflées et molles, surtout dans « la région thoracique, près du diaphragme, où elle « était couverte de vaisseaux variqueux; la lame in- <c terne était gonflée et ramollie. » '
M. Barde a communiqué à la Société de Médecine pratique, l'histoire d'un homme qui succomba à une inflammation générale des artères : l'ouverture du cadavre fit reconnaître que la membrane interne de toutes les artères était rouge et épaissie; les traces d'inflammation diminuaient à mesure que l'on s'éloignait des troncs. 2
Dans le compte rendu des travaux de la Société de Médecine de Lyon, pour l'an 1821, on trouve deux relations d'ouvertures de cadavres, dans lesquelles la membrane interne des artères fut trouvée épaissie et fort rouge.
§37. Si la rougeur, jointe à la tuméfaction, au ramollissement et à l'infiltration sanguine des tuniques artérielles , ne peuvent laisser de doute sur l'existence d'une phlegmasie aiguë, il en reste beaucoup moins encore quand on reconnaît en même temps les produits ordinaires des phlegmasies dans les organes malades. C'est ainsi que Hogdson, à qui l'on doit un bon Traité sur les maladies des vaisseaux, dans lequel il a eu soin de distinguer la rougeur par imbibition de la rougeur inflammatoire; et Jemina de Mondovi, dans un Mémoire sur l'inflammation aiguë de l'aorte , inséré dans les Annales universelles de Milan, de 1824, ont signalé, comme caractères de l'inflammation des artères , un épanchement ou une infiltration de pus dans les tuniques vascuiaires,
1 Anat. méd. , tom. III, p. 127.
a Revue médicale. Mai 1820.