‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 5 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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et plus fréquemment une exhalation couenneuse plus ou moins puriforme ou purulente à la surface de la membrane interne. Ces lésions anatomiques ont été constatées dans les observations suivantes :

Obs. CXIII. Un homme nouvellement arrivé de la Jamaïque, où il avait été affecté d'une violente dysenterie, périt le cinquième jour d'une phlegmasie thoj acique. Les plèvres étaient enflammées , ainsi que le péricarde, les bronches et les poumons, qui étaient engoués de sérosité sanguinolente. La membrane interne de t aorte était d'une couleur rouge foncée y et présentait une couche lymphatique , unie d'une manière très intime à sa surface interne. Une partie du fluide lymphatique épanché dans la cavité artérielle , avait été entraînée dans la sous-clavière qu'elle oblitérait presque complètement.

Nous avons emprunté cette observation à Hogdson ; on en trouvera une semblable, tant pour les altérations des gros vaisseaux que pour la coïncidence des inflammations des viscères thoraciques, dans le Journal de Médecine de Londres, du mois de décembre 1821 , où elle a été consignée par Smordon. M. Bertin a rapporté clans son Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux , l'histoire d'un homme de trente-sept ans, qui périt d'une hypertrophie du cœur avec hydrolhorax , bronchite , péricardite et inflammation de la membrane interne de l'aorte, « qui était rouge et recouverte d'une couche albumine neuse rougeâtre, épaisse d'un tiers de ligne. »

Si nous rapprochons ces faits de ceux que nous avons nous -même observés (936), dans lesquels l'inflammation de la tunique interne du cœur et des gros vaisseaux a coïncidé avec des inflammations graves des viscères , nous sommes conduit à signa-

1er cette coïncidence remarquable à ceux qui chercheront à déterminer la cause immédiate et les symptômes pathognomoniques de ces inflammations vasculaires.

g38. L'inflammation étendue des artères peut être le résultat de lésions circonscrites de ces vaisseaux, et se propager dans leur trajet en remontant vers Je cœur, Ainsi Hogdson a vu la ligature de l'artère crurale donner lieu à une inflammation qui s'étendit jusqu'au cœur, et qui se reconnut, outre les altérations des tuniques vasculaires, à-^ine infiltration de pus dans leur épaisseur, et à un épanchement couenneux puriforme dans le canal vasculaire.

Obs. CXI V. Un fantassin , âgé de vingt-deux ans , tenta de se couper le pouce pour se soustraire au service militaire. Il se fît quatre plaies; deux sur l'os métacarpien du pouce étaient superficielles ; les deux autres avaient presque entièrement détruit l'articulation phalango- métacarpienne du même doigt, de sorte que les tendons des extenseurs et les ligaments articulaires étaient coupés dans toute leur épaisseur; les surfaces articulaires se trouvaient à découvert; celle de la phalange était détruite ; celle de l'os métacarpien était saine. Toutes les parties molles du côté de la surface palmaire avaient conservé leur intégrité. La plaie fut nettoyée et réunie , autant que possible, par des bandelettes agglutinatives : on prescrivit une boisson nitrée ; le second jour au soir , une violente fièvre traumatique s'alluma ; une saignée copieuse modéra d'abord cette fièvre, qui reparut ensuite avec des symptômes gastriques ; un vomitif procura du soulagement, La suppuration était de bonne nature; la plaie avait un bel aspect , et le cinquième jour le malade marchait a grands pas vers

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la guérison. Mais l'imprudence qu'eurent ses camarades de lui faire entrevoir qu'il subirait une punition grave, et le chagrin de se voir trompé dans l'attente où il était de retourner chez ses parents, dégagé du service militaire, contribuèrent à développer en lui une nostalgie , qui se prononça bientôt sous la forme d'une fièvre adynamique et nerveuse : d'un autre côté, quoique la suppuration ne cessât pas d'être fort belle, une inflammation érysipélateuse, accompagnée de gonflement et de dureté , se manifesta sur tout le dos de la main. Peu de temps après, une phlegmasie analogue parut à la partie interne du poignet, en remontant le long de l'avant- bras dans la direction des gros vaisseaux; elle s'étendit ensuite au bras luimême : on ne put la calmer , ni par des sangsues , ni par l'application d'une bande de flanelle roulée autour de tout le bras, ni par celle de sachets d'herbes tièdes. La nostalgie, qui présentait absolument l'aspect d'un typhus adynamique , s'aggrava toujours de plus en plus , malgré l'emploi des moyens légèrement stimulants et calmants, et malgré le soin que l'on prit de ranimer les forces morales du malade. La plaie conserva toujours un bel aspect; les parties contuses se détachèrent sans qu'il parût la moindre trace de gangrène; la suppuration, quoique un peu abondante , ne cessa point d'être de bonne qualité; il se forma au poignet une tumeur fluctuante, qui , ouverte par une incision au bout de quelques jours, fournit une grande quantité de pus séreux et sanguinolent, sans que le gonflement diminuât ailleurs que dans le voisinage de l'incision. Le 18 novembre, une forte bémorrhagie , sans cause apparente , se déclara , et fut bientôt arrêtée. Le lendemain, la suppuration se supprima tout d'un coup ; la surface de la plaie

devint sèche et grise ; le malade mourul le 20, dixhuit jours après sa blessure.

A l'ouverture du cadavre, on ne trouva rien d'extraordinaire dans les cavités spîancbniques; mais on reconnut à la dissection du bras un foyer purulent qui s'étendait entre les deux muscles fléchisseurs du pouce, depuis la plaie jusqu'au poignet , et depuis ce point jusqu'au coude, tout le long de l'avant-bras, entre les muscles fléchisseurs des doigts. Une ramification de ce clapier se portait du ligament interne du poigiret au creux de la main ? où il avait presque entièrement désorganisé les muscles lombricaux. Ces sinus étaient remplis d'un ichor grisâtre; toutes les parties voisines plus ou moins malades ; les gaines des muscles fléchisseurs des doigts converties en une matière onctueuse; le ligament inter-osseux détruit par du pus épanché du dehors en dedans; depuis le poignet jusqu'à la moitié de sa hauteur, le périoste en suppuration sur la face externe du radius; l'os dénudé, et sa surface couverte d'aspérités; la gaine du nerf radial était un peu phlogosée, surtout au voisinage du poignet; Y artère radiale et V artère cubitale, depuis le poignet jusqu'au milieu de V avant-bras , étaient remplies de pus y leur membrane interne avait acquis plus d épaisseur ; elle était spongieuse , corrodée çà et là , et en partie couverte de Ijmplie coagulable , de sorte qu on ne pouvait méconnaître qu'elle avait été le siège d'une inflammation. L'artère brachiale, l'axillaire et la sousclavière étaient parfaitement saines; mais plusieurs artérioles voisines de l'articulation du poignet présentaient également des traces d'inflammation passée. Les mêmes traces, mais moins évidentes > se voyaient aussi dans les veines de la partie inférieure de l'avantbras; mais elles ne s'étendaient pas au-delà de la moitié

du membre. Sur la clavicule, principalement vers son extrémité sternale, se trouvait une cavité assez spacieuse , remplie d'un ichor fétide ; la clavicule ellemême était dénudée de son périoste, et entièrement cariée du côté du sternum. On ne trouva aucun, rapport immédiat entre cette caverne et l'affection de l'artère; au contraire, toutes les parties étaient parfaitement saines depuis le milieu de l'avant-bras; il n'existait dans les vaisseaux rien qui indiquât qu'ils eussent été malades auparavant. ?

939. L'inflammation aiguë des veines est plu*s fréquente que celle des artères; elle occupe ordinairement une assez grande étendue d'un ou de plusieurs vaisseaux à sang noir. Elle se propage en général vers le cœur, quoique dans quelques observations rapportées par les auteurs, elle ait fait en même temps des progrès au-dessus et au-dessous de son foyer primitif.

940. Ordinairement limitée à la tunique interne dans les artères , l'inflammation aiguë dépasse souvent cette membrane dans les veines; elle s'y manifeste par les caractères suivants : La tunique se colore d'un rouge uniforme plus ou moins foncé; aux limites de l'inflammation, ou dans toute l'étendue de son siège, quand elle est encore très légère, la rougeur est peu vive, et se présente par petites marbrures irrégulières, qui se fondent dans la couleur naturelle de la tunique. Au travers de ces marbrures , on distingue des vaisseaux capillaires naturellement injectés, ramifiés en différents sens sous la tunique interne. Cette injection vasculaire suffit, avec la teinte de la tunique interne, pour faire distinguer l'inflammation naissante de cette

' Observation de M. Guillaume Sprengel, médecin militaire à Wittemberg. (Journal compl. du Dictionn. des Sciences méd.r tome VIII, p. 85.)

umique de la rougeur violette , ou lie de vin, que produit l'imbibition; mais il n'en est pas de même dans les petites veines , à cause de l'impossibilité de distinguer les capillaires injectés adjacents à la tunique interne. Ce signe manque souvent aussi dans les grosses veines à cause de cette même coloration par imbibition, qui coïncide très fréquemment avec l'inflammation naissante, et qui paraît même favorisée par elle. Si l'on enlève avec précaution un lambeau de la tunique interne d'une veine affectée de pblogose (et l'on peut déjà le faire plus facilement que dans l'état sain), on distingue très bien des capillaires injectés sur la surface de la tunique moyenne dénudée ; on en voit même sur la surface par laquelle adhérait le lambeau détaché, en l'interposant entre l'œil et la lumière.

Aussitôt que la phlegmasie a dépassé Fétat d'inflammation naissante , la tunique interne est d'un rouge uniforme; elle est aussi moins diaphane, ce qui fait que l'on ne distingue plus de ramifications vasculaires injectées au-dessous d'elle ; mais elle a perdu son poli , et elle est devenue légèrement rugueuse d'abord à la vue ( 147, O-bs. X ), et ensuite au toucher. Si l'inflammation fait encore des progrès , cette tunique s'épaissit, perd sa densité, et présente une texture comme fongueuse, et un aspect comme tomenteux ou villeux : en cet état, la tunique interne se détache avec facilité de kt tunique moyenne; mais son peu de consistance rend très difficile le décollement de lambeaux même peu étendus.

La tunique moyenne des veines envahie par l'inflammation , s'injecte d'abord et rougit ensuite uniformément; elle s'épaissit et acquiert une densité assez grande pour que le vaisseau coupé en travers reste béant comme une artère. Malgré cette augmenta-

tion de densité, Ja tunique moyenne est beaucoup moins résistante que dans l'état sain ; elle n'est cependant pas aussi friable que la tunique moyenne enflammée des artères.

La membrane externe des veines s'injecte aussi par suite de l'inflammation aiguë qui ne reste pas limitée aux deux autres tuniques; elle se gonfle et s'infiltre, surtout à sa partie profonde, de sérosité sanguinolente et même de sang. Si l'inflammation est intense, on trouve du pus infiltré dans cette tunique celluleuse.

Quand toutes les tuniques d'une veine sont ainsi enflammées, elles semblent constituer un tout homogène, un cordon d'un rouge foncé enveloppé d'une gaine celluleuse friable, rouge, infiltrée de sérosité sanguinolente. Cette gaîne est la gaîne celluleuse des veines enflammées; elle est devenue très adhérente au vaisseau, et comme confondue avec sa tunique externe.

o/ji. Le canal d'une veine enflammée contient assez souvent du pus, plus ou moins mêlé de sang, et quelquefois tout-à-fait pur. Dans quelque cas un fluide également pu ri-forme et même purulent est infiltré et déposé par petits foyers dans les tuniques vasculaires , surtout dans la tunique cellulaire. La membrane interne n'en contient jamais dans son épaisseur, qui, quoique augmentée, est toujours peu considérable. Dans d'autres cas, et souvent en même temps que l'on remarque des traces de suppuration , une couche couenneuse plastique enduit les parois du canal veineux et en remplit toute la cavité. Ces sortes de pseudo-membranes des veines ont très peu de consistance , et se réduisent en une pulpe comme caséeuse entre les doigts; cependant un habile ânatomiste et un observateur distingué, M. Ribes, a en

« a rencontré qui avaient un peu de résistance et qui (c offraient une certaine apparence d'organisation; « mais ces membranes n'avaient encore que de faite blés adhérences avec les parois des veines, et on les « en décollait aisément. D'autres fois, j'en ai trouvé, « dit M. Ribes, qui adhéraient tellement dans quelce ques points des parois de ces vaisseaux , qu'il était « impossible de les en détacher complètement. J'ai « observé qu'alors ces tuniques accidentelles étaient « manifestement organisées. J'ai rencontré plusieurs (( fois de ces membranes tapissant une grande étendue « de l'intérieur des veines et infiniment adhérentes à (( leurs parois. Une pièce très remarquable dans ce (c genre m'a été montrée par le professeur Chaussier; (c elle venait d'une femme, qui non seulement avait « tout l'intérieur de la veine rénale gauche tapissée (c par une tunique accidentelle de cette espèce, mais « chez qui cette membrane se continuait dans la veine « cave, en haut vers le diaphragme et la poitrine, et « en bas jusqu'à la division de cette veine en iliaques, (c J'ai pu facilement détacher cette tunique dans une « grande partie de son étendue; mais elle était tellece ment adhérente dans certains points , surtout dans « la veine rénale, qu'il a été impossible de la décol- « 1er entièrement. » J

g/p, La veine enflammée cesse d'agir sur le sang qui la traverse si toutes ses tuniques participent à la phlegmasie ; le sang poussé à tergo distend plus ou moins le canal vasculaire. Que cette distension ait ou n'ait pas lieu, mais surtout si elle a lieu, le sang forme sur les parois du vaisseau des couches fibrineuses plus ou moins décolorées, comme celles qui se remar-

' Revue médic. française et étrangère. 1825, t. III, p. 9.

quent dans les anévrismes. Si la phlegmasie n'augmente pas d'intensité, les caillots ainsi accumulés dans le canal et adhérents à ses parois, s'y dessèchent en quelque sorte, et font persister l'oblitération -, si, au contraire, l'inflammation croît, les caillots s'altèrent, se décolorent d'abord , et se convertissent ensuite en une véritable matière comme caséeuse jaunâtre, qui ne tarde pas à prendre l'apparence et tous les caractères du pus. Nous avons trouvé dans des anévrismes des caillots ainsi transformés , partie en fibrine décolorée , partie en fibrine altérée et réduite en matière caséiforme, et partie en matière purulente; les parois anévrismatiques étaient enflammées. La formation du pus ne consisterait-elle qu'en une espèce de ramollissement spontané, de décomposition en quelque sorte chimique 4es matières animales?... C'est une opinion qui sera examinée dans le deuxième Livre de cet ouvrage.

943. Lorsque le vaisseau à sang noir se trouve ainsi oblitéré, soit par les produits plastiques de l'inflammation, soit par des caillots fibrineux, le pus accumulé et sécrété dans la partie enflammée dilate peu à peu la veine , qui finit par former une cavité fusiforme plus ou moins étendue. Ces abcès développés dans la cavité des vaisseaux peuvent se rompre comme ceux que l'inflammation a fait naître dans le tissu cellulaire.

q44« Dans quelques cas assez rares l'inflammation fait disparaître la cavité veineuse en convertissant tout le vaisseau en un cordon de substance rouge , spongieuse, très friable, fort injectée et pénétrée de sang ou de pus , qui quelquefois s'est creusé des loges dans cette substance formée particulièrement par l'inflammation de la gaine celluleuse et de la tunique externe du vaisseau.

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9^5. Lorsque l'inflammation aiguë d'une veine vient à décroître , le pus infiltré dans ses tuniques ou épanché dans sa cavité est résorbé, les parois vasculaires s'affaissent, la substance couenneuse s'organise et la veine est convertie en un cordon ligamenteux , car la circulation reste interrompue dans la cavité vasculaire. Quelques faits démontrent cependant qu'elle peut se rétablir dans les veines un peu volumineuses. La deuxième observation du Mémoire de M. Ribes, auquel nous avons emprunté la description des pseudo-membranes des veines, ne laisse aucun doute à cet égard. Mais il est constant qu'un des premiers effets de l'inflammation est l'interruption du passage du sang dans la veine enflammée. Cette circonstance est d'autant plus importante à noter qu'elle rend compte du mécanisme de la circulation veineuse, et qu'elle explique les hémorrhagies et les infiltrations sanguines qui surviennent fréquemment dans les parties d'où le vaisseau enflammé tire son origine.

946. Les observations suivantes présentent des exemples de phlébites, et sont propres à faire concevoir les différentes altérations que peuvent déterminer les inflammations aiguës des veines.

Obs. CXV. Un soldat, âgé de trente-six ans, fut saigné du bras pour une opblhalmie; la petite plaie de l'opération guérit. Le lendemain, tuméfaction et douleur considérables dans le bras s'étendant à la partie supérieure. La fièvre survint et s'accrut par degrés. Le dix-septième jour après la saignée, pouls faible , battant cent vingt fois par minute ; peau chaude , langue enduite d'une couche blanchâtre; respiration difficile; douleurs de tête, du dos et des membres ;

faiblesse extrême. Le vingt-troisième jour, apparition d'une tumeur douloureuse au-dessus de la clavicule; quelques jours plus tard, autre tumeur molle, diffuse, au-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure. Les symptômes s'accroissent lentement, le malade éprouve du délire et meurt dans la septième semaine après la saignée.

La veine céphalique, au lieu ouj'on avait pratiqué la saignée, ressemblait à une artère par l'épaisseur de ses membranes, et par la forme circulaire qu'elle conservait quand on la coupait en travers; elle était saine au-dessous de la piqûre, mais un pouce audessus et jusqu'à l'épaule elle était oblitérée. Les glandes absorbantes étaient tuméfiées et endurcies au-dessus de la clavicule. La veine jugulaire interne, très dilatée, à parois épaisses, avait les apparences extérieures d'une artère, et offrait des traces d'inflammation dans tout son trajet; les veines axillaire et brachiale étaient dans le même état. Les veines jugulaire externe, sous-clavière et plusieurs autres, remplies de pus et tapissées intérieurement d'une couche lymphatique, avaient aussi leurs parois très épaissies. L'infiltration était telle, à la partie supérieure du bras, que ce n'était qu'avec une difficulté extrême que l'on suivait les vaisseaux et qu'on parvenait à les isoler. Les apparences morbides ne se perdaient pas graduellement, mais se -terminaient tout à coup. La veine cave supérieure et le cœur étaient dans l'état sain. La cavité thoracique contenait un fluide séreux mêlé de flocons albumineux; les poumons adhéraient par endroits à la plèvre costale, et renfermaient quelques petits abcès. Les ventricules cérébraux contenaient une plus grande quantité de sérosité que dans

l'état ordinaire; les veines de la pie-mère étaient gorgées de sang; la grande veine de Galien et les si-, nus étaient dilatés.

Cette observation, que nous empruntons à Hogdson , ressemble sous tous les rapports à la suivante , dans laquelle l'inflammation avait cependant une étendue beaucoup moins considérable.

Obs. CXVL Un cordonnier, âgé de vingt-deux ans, avait eu depuis six semaines de fréquentes attaques d'épilepsie. Le Ier novembre 1806, il entra à l'Hôtel- Dieu de Paris; on lui fit deux saignées du bras; il prit six grains d'ipécacuanha , et on lui prescrivit pour boisson ordinaire une infusion de feuilles d'oranger édulcorée avec le syrop de guimauve. Le 8, le malade se plaignit de douleurs à la partie antérieure de la tête; il fut saigné du pied. Le 10, une saignée de la jugulaire fut pratiquée; le i3, elle fut réitérée. Le 16, la céphalalgie continuait, mais elle était légère; on fit cependant encore une saignée du bras. Le 17, le malade se plaignit plus du bras saigné que de la tête, quoiqu'il dît ressentir encore de la douleur dans cette dernière partie. Il y avait aux environs de la saignée un peu de rougeur et de tension. Le 18, comme le malade continuait à se plaindre de la tête , on ouvrit l'artère temporale; le sang coula en assez grande quantité , la faiblesse devint plus prononcée , la face décolorée et jaunâtre , ainsi que toute la surface cutanée. Le bras droit, où la saignée avait été faite, était très douloureux, gonflé depuis l'épaule jusqu'audessous du coude; les environs de la piqûre étaient rouges. Le pouls était faible et fréquent. On prescrivit des cataplasmes émollients. Le iq et le 20, la fièvre devint plus intense; la langue sèche, couverte d'un enduit jaunâtre; le bras semblait causer beaucoup de

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douleur sans que la tension eût augmenté. On administra six grains d'ipécacuanha. Le s3, la tension du bras avait diminué; un peu de pus s'écoula par la plaie de la saignée; la face était décomposée, les yeux ternes, la gêne de la respiration augmentait, le pouls était faible et très fréquent. Le malade périt la nuit suivante.

On trouva à la partie supérieure du cerveau une assez grande quantité de sérosité jaunâtre , infiltrée entre l'arachnoïde et la pie-mère, et dans quelques parties du tissu de cette dernière membrane. La portion de l'arachnoïde étendue sur la convexité dû cerveau , avait perdu de sa transparence , et acquis un peu d'épaisseur et de dureté, les ventricules latéraux renfermaient un peu de sérosité jaunâtre. — - A l'ouverture du côté droit de la poitrine, il s'écoula huit à dix onces de sérosité jaunâtre et opaque; les poumons n'avaient point augmenté de volume; le droit était libre; le gauche adhérait faiblement par toute sa surface externe, à la plèvre costale, au moyen d'une très légère fausse membrane. L'un et l'autre poumon offraient dans leurs différentes parties un assez grand nombre de points, dont l'étendue variait depuis le volume d'une noisette jusqu'à celui d'une grosse noix. Ces points semblaient être le siège d'une inflammation récente. En ces endroits le tissu pulmonaire était dur et gorgé d'une sérosité dont l'aspect, dans quelques uns, était entièrement puriforme. Ces petites portions pulmonaires, ainsi hépatisées, avaient la même manière d'être dans toute leur épaisseur. — On voyait encore au pli du bras l'ouverture béante de la saignée; la pression en faisait sortir un peu de pus; le bras n'était ni dur ni gonflé. La veine céphalique était remplie de pus dans toute son étendue, c'est-à-dire

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depuis l'endroit où elle s'ouvre dans l'axillaire jusqu'au pli du bras, où elle se divise en formant la médiane céphalique et la radiale superficielle. Cette dernière veine contenait encore du pus jusqu'à deux pouces environ au-dessous de son origine. La quantité de pus, assez considérable, ne suffisait cependant pas pour remplir entièrement le calibre un peu resserré du vaisseau. Ce pus était d'ailleurs épais, bien lié et d'un blanc mat, sans aucun mélange de sang; il semblait même que le sang n'était plus admis dans la veine céphalique depuis plusieurs jours. Les parois de la veine étaient très épaissies , dures , rougedtres à l'extérieur; la surface intérieure du vaisseau avait une teinte uniformément grisâtre. Dans le tissu cellulaire inter-fibrillaire du grand pectoral du même côté, on remarquait aussi une certaine quantité de pus disséminé, assez épais et verdâtre. 1

Cette observation est aussi intéressante comme exemple de phlébite, que comme exemple de pneumonie tabulaire, mode d'inflammation assez rare des poumons.

Le docteur Raikem, médecin en Toscane, a communiqué l'observation suivante aux auteurs de l'article phlébite du Dictionnaire des Sciences médicales.

Obs. CXVII. Un jeune homme de quinze ans , d'une faible constitution, avait une éruption cutanée que l'on prit pour la gale. Cette éruption disparut à la suite de quelques frictions pratiquées avec un onguent. 11 se déclara bientôt des douleurs vives et continues dans toute l'étendue du membre abdominal droit, qui devint le siège d'une, infiltration séreuse ; la fièvre s'y joignit. Le malade entra à l'hôpital

'Observation de M. Hérissé. (Journal de Méd. chir. et pharm. tome XII, p. 417.)

avec les symptômes d'une fièvre adynamique continue ; la maigreur était considérable ; la cuisse et la région inguinale droites offraient un gonflement œdémateux excessivement douloureux, quoique la peau de ces parties eût exactement la couleur et la température naturelles; la jambe gauche était un peu infiltrée. Rien ne put calmer les souffrances intolérables du malade , auquel il était survenu un dépôt purulent et circonscrit dans le tissu cellulaire souscutané de la partie antérieure et supérieure de la poitrine. Il expira vingt jours après son entrée à l'hôpital.

Le cadavre était décoloré et blafard. La face ressemblait à celle des phthisiques; les poumons étaient mous, gorgés de sérosité, peu crépitans, d'une pesanteur spécifique inférieure à celle de l'eau. Le cœur était flasque et pâle; il contenait une assez grande quantité de sang fluide et séreux. La veine cave présentait, à deux pouces au-dessous du diaphragme, les traces d'une lésion qui s'étendait jusqu'à la partie inférieure. La membrane interne de cette veine était opaque, épaisse d'une demi-ligne, noirâtre en plusieurs endroits, blanchâtre en quelques autres, très peu résistante , se séparant facilement de la tunique adjacente, et tapissée, par sa face libre, d'une sorte de fausse membrane blanche, friable, qui augmentait de plus en plus de masse à mesure que l'on s'approchait de la naissance des veines iliaques primitives. Avant de se bifurquer, la veine cave inférieure était dilatée et complètement obstruée par la substance concrète dont il vient d'être parlé, laquelle ressemblait à de la fibrine altérée; elle était d'une teinte rougeâtre et contenait dans ses interstices un peu de liquide sanguinolent. La veine iliaque primitive

gauche était obstruée par une pareille concrétion blanchâtre, et les branches qui en partent, quoique fort dilatées, étaient vides. La veine iliaque primitive droite était remplacée par une sorte de canal ligamenteux, à parois épaisses, d'un calibre extrêmement étroit, et qui allait se perdre et disparaître dans un grand foyer purulent formé dans le tissu cellulaire environnant les vaisseaux hypogastriques et iliaques, ainsi que la face externe et droite de la vessie. Malgré les recherches les plus minutieuses, on ne put découvrir le moindre vestige de la veine crurale. Son trajet était occupé jusqu'au jarret par une traînée de pus circonscrite dans le trajet du vaisseau. Les veines de la jambe droite étaient rétrécies et remplies de fibrine solidifiée; il n'existait aucune lésion apparente dans le reste du système veineux, les artères étaient vides et saines; le foie, d'un rouge foncé, était plus volumineux que chez tous les sujets de cet âge; la rate était volumineuse et les ganglions lymphatiques du mésentère tuméfiés; le tissu cellulaire des membres abdominaux était infiltré de sérosité.

9/17. On a dû remarquer que dans l'observation que nous venons de rapporter, les extrémités se sont œdématiées consécutivement à l'oblitération des gros troncs veineux. Cet œdème se conçoit, et c'est sa coïncidence chez les femmes en couche avec la phlébite, parce que la cause même qui produit l'œdème à la fin de la gestation, occasionne aussi la phlegmasie des veines, qui a fait croire que la pMegmasia alba dolens, ou l'œdème douloureux puerpéral , n'était qu'une phlébite. L'œdème n'a point lieu dans la phlébite si les principales veines du membre ou les principaux troncs auxquels elles aboutissent ne sont point affectés.

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