RÉSUMÉ
THEORIE DE L INFLAMMATION, ET PRINCIPES GENERAUX DU TRAITEMENT RATIONNEL DES FHLEGMASIES.
i665. Il n'a existé en médecine aucune doctrine générale qui n'ait compris une théorie de l'inflammation. C'est particulièrement au sujet des explications qu'ils ont consacrées de la nature de cet état morbide, que la plupart des auteurs se sont adressés successivement le reproche d'avoir établi leurs doctrines d'après des hypothèses, et dans l'intention de rapporter la nature des maladies à des principes généraux préconçus , et de les faire ainsi servir à l'édifice de leurs systèmes. Une théorie de l'inflammation doit être le résultat immédiat de l'observation directe des altérations inflammatoires des solides et des fluides , envisagées dans leurs diverses formes et à toutes les périodes des différents modes de phlegmasies. Cette manière de procéder, si elle n'est pas propre à éclairer complètement cette importante partie de la science des maladies, ne peut au moins conduire qu'à des principes positifs et dont on peut toujours apprécier la valeur, en les comparant aux faits dont ils ne doivent être que la conséquence. Nous allons tacher de résumer notre histoire anatomique des inflammations par l'exposition de la théorie de cet état morbide, appuyée sur les faits nombreux que nous avons rassemblés. En montrant la connexion étroite de ces principes déduits de l'observation, avec ceux sur les-
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quels repose le traitement des phlegmasies , nous ferons entrevoir les résultats avantageux que l'on peut espérer d'une application bien entendue de l'anatomie pathologique à la thérapeutique rationnelle.
1666. Le premier effet de l'action d'une cause physique irritante sur un tissu est une accélération de la circulation dans les capillaires de ce tissu ( (554). Il y a donc déjà, dès le début d'une phlegmasie par cause externe, deux phénomènes très distincts : le premier irritation, le second surexcitation vasculaire. Ces deux états nous paraissent mériter le nom d'éléments pathogéniques de l'inflammation. Suivons-les dans tous leurs développements et dans leurs rapports réciproques.
3667. Si l'irritation est peu considérable et peu prolongée, la surexcitation vasculaire n'arrive pas, ou n'est que fugace, la partie a subi une irritation passagère et aucun état morbide ne s'est établi; mais si l'irritation est plus stable ou plus forte, la surexcitation vasculaire s'établit; elle détermine une accélération de la circulation dans les capillaires, une dilatation active de ces vaisseaux, et la pénétration des molécules colorantes du sang dans des capillaires où elles ne pénétraient pas. De là le premier degré de gonflement, la rougeur qui ne dépend encore que de l'injection capillaire et qui cède sous la pression; la chaleur de la partie malade et son irritabilité augmentée au point qu'elle est mise en jeu , même jusqu'à la production de la douleur par des agents qui lui étaient auparavant indifférents. Cette augmentation d'irritabilité est bien distincte pour ses effets de la douleur que la cause irritante a pu produire , en agissant sur l'irritabilité normale et physiologique du tissu. Cette distinction est importante ; car elle prouve
que l'irritabilité morbide dans ces cas succède à la surexcitation vasculaire. La même chose se remarque lorsque la surexcitation vasculaire est primitive.
1668. Dans l'action d'une cause irritante externe à un organe , nous venons de voir que la surexcitation vasculaire est secondaire, et qu'elle détermine ensuite l'augmentation d'irritabilité ; elle est primitive au début de plusieurs inflammations internes; mais avant de parler d'états morbides plus compliqués, remarquons que l'on peut, par une action externe, rendre cette surexcitation primitive. Que l'oii soustraie au moyen d'une ventouse une partie de la pression externe, à laquelle sont ordinairement soumis nos organes, les phénomènes d'une plus grande accumulation de sang dans les capillaires en sont le résultat immédiat. Aussitôt l'irritabilité augmente dans la partie, et la rougeur et le gonflement en sont la suite. Cette expérience nous fait même pénétrer davantage dans la nature de ces phénomènes , puisqu'elle met à même de prouver, en introduisant un poison dans le tissu sur lequel on agit de cette manière, que l'absorption ne s'y opère plus. Rapprochez cette expérience d'autres que nous avons rapportées (i453) sur la convergence du sang par tous les vaisseaux capillaires où la circulation est accélérée vers le foyer de surexcitation, et vous concevrez de suite comment s'effectue nécessairement la congestion sanguine, premier élément des inflammations; vous concevrez aussi que cette congestion, mettant aussi en contact, au début de l'inflammation, avec les capillaires dilatés, une plus grande quantité de sang rouge à molécules plus rapprochées, et circulant plus rapidement que dans l'état sain, entretient et renouvelle un stimulant qui ne fait qu'agir plus énergiquement sur des tissus que sa pré-
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sence même rend plus irritables. Aussi l'irritation vient-elle s'adjoindre dans ce cas à la surexcitation et à la congestion vasculaires?
,1669. -H Y a donc au début d'une inflammation par cause externe , cette succession constante et incontestable de phénomènes:
] °. Irritation de la cause ou irritation pathogénique; 20. Surexcitation vasculaire consécutive; 3°. Congestion sanguine; 4°- Irritation secondaire ou constitutive. Ainsi deux éléments pathogéniques : l'irritation parla cause ou la stimulation et la surexcitation vasculaire; et deux éléments constitutifs : la congestion et l'irritation * nous en trouverons encore un troisième, En attendant , faisons remarquer que cette irritation secondaire ou constitutive n'est encore que l'effet de la présence d'une plus grande quantité du stimulant physiologique des vaisseaux, c'est-à-dire du sang, traversant avec une plus grande rapidité les vaisseaux, ou accumulé d'une manière anormale et par la circulation convergente dans les capillaires.
1670. Les indications qui se présentent à remplir au début des phlegmasies par cause physique se déduisent uniquement de l'observation de ces phénomènes ; parcourons-les rapidement avant de parler d'un état morbide plus avancé. La première indication résulte de la cause stimulante ou irritante; il faut la soustraire. La seconde se déduit de la surexcitation vasculaire qu'il faut faire cesser, les sédatifs sont le moyen auquel on a le plus ordinairement recours avec avantage pour y parvenir. C'est ainsi qu'agissent les topiques d'acétate de plomb liquide, de glace, etc. Ces topiques font pâlir l'organe en diminuant la surexcitation vasculaire qui se développait; ils ramènent 11. 4°
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la circulation capillaire à son type normal. Les toniques astringents, tels que le tanin, le sulfate de zinc, le sulfate de cuivre, etc., peuvent encore réussir quand la surexcitation vasculaire existant depuis très peu de temps, l'augmentation consécutive d'irritabilité est encore très modérée, ou même presque nulle dans la partie. Ces topiques agissent sur la contractilité vasculaire , ralentissent ainsi la circulation capillaire, et ramènent les vaisseaux à leur diamètre et à leur action normale. Ils agissent aussi en s'opposant à l'infiltration qui doit survenir comme on le verra; et, comme ils sont ordinairement employés froids, leur température les rend sédatifs. On voit tout de suite combien doit être restreint l'usage de ces topiques.
Les révulsifs et les dérivatifs sont très utiles au début initial d'une irritation inflammatoire, leur action tend à modérer la surexcitation vasculaire en appelant, par 1'irrilation et la surexcitation vasculaire qu'ils font naître sur un autre point, la fluxion qui va s'opérer sur le lieu que l'on veut débarasser. Les évacuations sanguines à distance, peuvent avoir un effet analogue , mais on voit tout de suite le grand inconvénient qu'il y a d'attaquer par une saignée locale pratiquée sur son siège , la maladie commençante. La surexcitation et l'accélération de la circulation capillaire existent; on ne fait que l'augmenter en faisant affluer et converger sur le point que l'on a irrité par les sangsues ou les scarifications le sang rouge, que les vaisseaux admettent et transportent en plus grande quantité et avec plus de rapidité.
1671. Si nous suivons toujours le développement des inflammations par cause physique; c'est-à-dire, par une cause dont l'actionjest simplement irritante, et, jusqu'à un certain point, commensurable ; nous
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remarquons que la surexcitation vasculaire est bientôt suivie du gonflement des vaisseaux et de la stase du sang dans leurs cavités (i453). Cette stase s'opère aussitôt que la circulation, d'abord accélérée, commence à se ralentir; elle s'explique suffisamment par l'accélération et par la convergence de la circulation vers le foyer de la maladie commençante. Pendant que cette congestion vasculaire, premier élément de l'inflammation s'effectue définitivement , les douleurs, l'irritation vive, la chaleur intense diminuent un peu ,* mais le gonflement devient plus considérable, la rénitence est plus marquée, la rougeur ne disparaît plus à la pression, le malade éprouve une pesanteur extrême dans la partie, etc.
167a. Dans la congestion qui s'effectue, si le sang franchit les exhalants ou si quelque vaisseau vient à se rompre, l'hémorrhagie peut vider les vaisseaux, détruire la congestion et guérir la maladie. Aussi ce premier état dont les éléments pathogéniques sont la stimulation et la fluxion consécutive, et les éléments constitutifs, la congestion et par suite la surexcitation vasculaire, constitue la première période des hémorrhagies actives comme des phlegmasies; aussi les indications curatives sont-elles les mêmes pour ces deux affections à leur début, en tenant compte particulièrement de la manière que nous indiquerons bientôt de l'action de la cause ordinairement interne, et en considérant que dans la congestion hémorrhagique, il n'y a jamais stase complète du sang dans les vaisseaux; c'est pourquoi la rougeur disparaît tout-àfait sous la pression, et la maladie locale est bien moins fixe, et plus fugace. S'il y avait stase du sang, il y aurait bientôt décoloration et dépôt de molécules fibrineuses, et nécessairement inflammation.
Pour bien concevoir le rapprochement que nous signalons ici , que l'on regarde cet enfant à la face injectée, aux conjonctives rouges et irritables, au point qu'il ne supporte que difficilement la lumière; il a la tête pesante, embarrassée, il est enchiffrené, ses veines frontales sont dilatées, etc. Il éclate une épistaxis, et il est guéri ; l'hémorrhagie n'a pas lieu, et un érysipèle à la face, une ophthalmie, un coriza violent, une encéphalite, font explosion avec des symptômes d'un autre ordre, qui dépendent d'un nouvel élément constitutif, qui vient s'ajouter à l'irritation et à la congestion.
1673. On conçoit tout de suite les importantes modifications que doit faire subir au traitement l'existence de la congestion, qui indique déjà un pas de plus dans la marche de la maladie. La cause stimulante de la maladie a été enlevée; la surexcitation vasculaire existe encore, mais que peut-elle sur le sang qui engorge et distend les vaisseaux, et qui ne circule plus qu'avec lenteur, si déjà il ne stagne dans leur cavité; elle est d'ailleurs entretenue par le sang lui-même, stimulant naturel des vaisseaux qui se trouve en excès. Les sédatifs ne conviennent donc plus; ils seraient peut-être plus dangereux que les astringents. L'indication première est, sans aucun doute, la saignée locale; elle détruit la congestion. Les topiques émollienls qu'on lui adjoint modèrent l'irritabilité, et s'opposent efficacement à la surexcitation vasculaire qui tend à reproduire la congestion. Si cette dernière a été modérée , si l'on est certain de l'avoir en grande partie détruite, et si elle n'a pas été assez prolongée pour qu'on puisse penser qu'il n'y a pas eu stase complète du sang , phénomène très important et dont les effets sont en première ligne,
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comme nous le dirons bientôt, on peut faire succéder à la saignée locale l'emploi des sédatifs J; ils empêchent la congestion de se reproduire. Mais si cetle congestion persiste encore, et si la stase du sang a existé , les sédatifs peuvent avoir de très grands inconvénients en s'opposant à une action vitale qui est indispensable dans le tissu pour le ramener à l'état sain.
Les révulsifs et les dérivatifs sont très convenables pour empêcher la congestion de se reproduire ou de s'accroître , en agissant sur la surexcitation vasculaire qu'ils empêchent ou qu'ils affaiblissent, et même si la congestion est encore mobile , comme il est ordinaire dans les hémorrhagies, puisqu'il n'y a jamais stase complète, ils suffisent souvent pour la détruire.
Il est un autre moyen de traitement qui est quelquefois employé contre les inflammations commençantes, et qui ne peut, au moins le plus ordinairement, être conseillé, parce qu'il est dangereux si il ne réussit pas. Ce moyen consiste à déterminer une hyperstimulation générale de tout le système vasculaire, par un stimulant diffusible , tel que les liqueurs àlcoholiques et les substances aromatiques. Ce traitement, auquel les gens du peuple ont souvent recours au début de leurs inflammations, agit en s'opposant à la direction convergente de la circulation sur la partie qui s'enflamme; il empêche ainsi la congestion , et si elle existe, il peut la détruire par l'accélération générale de toute la circulation. En un mot, on agit dans ce cas sur un état aigu et récent, comme on agit sur les engorgements chroniques indolents des sujets cachectiques et scrophuleux. Mais si la stimulation
1 C'est en suivant cette méthode que des chirurgiens traitent les entorses et les contusions par l'application alternative des sang sues et des compresses d'acétate de plomb dissous.
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vascuîaire générale n'est pas suffisante pour soustraire les vaisseaux de la partie qui s'enflamme à la puissance de lïrritation locale, il est évident que la surexcitation locale , la fluxion qui en résulte et par suite la congestion, ne sont alors que plus intenses; ainsi, si l'on ne guérit pas, on aggrave la maladie.
167/p La congestion opérée dans les vaisseaux, il peut arriver que par sa violence et par la force de l'impulsion à ter go } qui tend ïi la produire, les capillaires se rompent; il y a alors épanchement de sang dans l'épaisseur du tissu , et infiltration dans sa trame. D'autres fois, au contraire, ce fluide est déposé dans la trame textile par une véritable exhalation , puisque l'on ne peut découvrir aucune trace de rupture; enfin il est impossible qu'une aussi grande altération s'effectue dans les capillaires d'un tissu sans que les sécrétions interstitielles qu'opèrent ces capillaires soient modifiées. Tant qu'il n'y a que surexcitation vascuîaire, cette sécrétion est augmentée, de là l'infiltration séreuse des premiers moments des inflammations aiguës dans tous les tissus, de là l'augmentation de sécrétion de tous les sécréteurs au début de leurs inflammations; mais aussitôt que le sang stagne véritablement dans les capillaires, aucune action de ces vaisseaux ne peut avoir lieu, partant aucune sécrétion par les sécréteurs. Dans ces différents phénomènes, il faut remarquer, i°. la stase du sang dans les capillaires, et les altérations qu'il y subit, qui sont la décoloration et la conversion successive en fibrine décolorée, et plus tard en pus; 2°. L'infiltration interstitielle de substance plus ou moins fibrineuse , et quelquefois même de sang pur, et les altérations que cette substance éprouve, qui îa rapprochent de plus en plus du pus; 3°. enfin ,
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l'exhalation de cette même substance fibrineuse du sang qui peut s'organiser en fausses membranes, ou se rapprocher plus ou moins du pus.
Cette infiltration, en s'effectuant dans les interstices des tissus, vient encore ajouter à l'irritation que produit la congestion vasculaire avec stase d'un stimulant dans les capillaires; elle met plus vivement encore en jeu la sensibilité; ainsi, à une simple chaleur cuisante, succède cette douleur tensive et térébrante des inflammations à cette période.
iô^ô. La première indication à remplir, est de modérer l'infiltration interstitielle en modérant la congestion; si, en effet, cette infiltration est trop considérable, on ne pourra en produire aisément la résorption qui est nécessaire pour que la résolution s'opère; si d'ailleurs la congestion est excessive, il peut résulter de cette stase d'une grande quantité de liquide et par suite d'une suspension, complète, de toute action organique, une véritable gangrène du tissu; c'est la gangrène par excès d'inflammation. On voit que l'infiltration interstitielle est le troisième élément constitutif des phlegmasies, et qu'il est d'une grande importance de le prendre en considération.
1676. La congestion finit par rester stationnaire; les douleurs vives dont s'est accompagnée la formation de l'infiltration interstitielle, diminuent; il faut favoriser la résorption de la matière infiltrée et stagnante dans les capillaires. Cette résorption est constante aux limites de l'inflammation, où la circulation continue non seulement avec activité, mais même avec une activité exagérée. Par la même raison aussi, la surexcitation vasculaire continuant, renouvelle la congestion dans les vaisseaux à mesure qu'elle s'y détruit par la résorption incessamment
opérée du sang, qui vient en quelque sorte y subir l'altération qui résulte de sa stase, c'est-à-dire la décoloration de ses molécules. On voit tout de suite combien doit être considérable cette résorption, et combien peu l'on doit s'étonner de trouver dans le sang extrait alors, cette surabondance de molécules décolorées et d'une moins grande pesanteur spécifique que celle du cruor à l'état sain, laquelle constitue la couenne inflammatoire; nous verrons aussi que les éléments de cette couenne sont le résultat d'une accélération générale de la circulation, qui peut être idiopatbique, mais qui est l'effet ordinaire d'une inflammation "grave. Le seul moyen de favoriser la résorption, consiste sans doute à ne pas trop affaiblir le système vasculaire par des évacuations de sang trop considérables, à diminuer la congestion et la surexcitation locales, par des saignées locales et par les émoi lien ts, et à laisser ainsi agir la nature qui paraît n'opérer cette résorption qu'à une certaine période d'altération des molécules du fluide infiltré et stagnant, période qui paraît marquée par la transformation de la fibrine en matière puriforme. 1677. ^* ^a suPPuration s'opère, nous savons qu'il s'établit une sécrétion de pus dont nous connaissons bien le mécanisme (14.^8). Le seul moyen de diminuer celte suppuration consiste encore à diminuer la congestion et la surexcitation vasculaires, puisque les matériaux de cette sécrétion sont l'effet de ces deux états morbides des vaisseaux. Il ne faut pas perdre de vue aussi la nécessité de favoriser autant que possible la résorption du pus qui ne peut s'effectuer que par l'action des absorbants, et qui exige dans les capillaires une certaine activité que l'on arrêterait nécessairement en appliquant sur la partie des narcotiques et même des sédatifs. Les capillaires
11 ont pas aussi été dilatés outre mesure sans que leur action ne reste plus ou moins faible, pendant un certain temps au moins. L'affaiblissement de la nutrition, qui persiste plus ou moins long-temps dans les tissus après les phlegmasies, donne une grande probabilité a notre opinion, qui ne fait d'ailleurs que consacrer une observation pratique.
1678. Nous savons comment s'effectue l'organisation de la matière de l'infiltration interstitielle sécrétée à la surface des séreuses, dans les intervalles et à la surface des lèvres des solutions de continuité pour produire les cicatrices; nous avons prouvé qu'elle exige l'impulsion capillaire à lergo pour produire des vaisseaux, et que cette impulsion ne peut avoir lieu qu'à un degré modéré d'inflammation, au-delà duquel il y a stase et absence de circulation dans les capillaires. Il faut donc maintenir l'inflammation adhésive à un degré modéré, si l'on veut que la cicatrisation ait lieu; au-delà on aurait la suppuration.
1679. Chez les sujets lymphatiques, chez les individus épuisés par de longues maladies, les inflammations passent aisément à l'état chronique. La même chose arrive aussi chez des individus qui sont dans des dispositions contraires, quand la partie malade est sous l'influence d'une cause irritante à un faible degré, qui entretient la maladie. Dans ces cas nous savons que l'infiltration interstitielle persiste; seulement elle se décolore. Il y a un certain degré de congestion; mais il n'est pas suffisant pour entretenir une rougeur foncée et une infiltration de sang rouge dans les mailles du tissu , comme cela arrive dans les phlegmasies aiguës. Trois méthodes de traitement sont ordinairement employées contre ces phlegmasies.
La première, qui semble la plus rationnelle et qui
n'est cependant pas toujours la plus avantageuse, consiste à combattre directement la phlegmasie par les évacuations sanguines locales, et par les émollients qui affaiblissent la congestion et la surexcitation, et ramènent de cette manière la circulation à son ritbme normal; l'infiltration interstitielle se détruit par absorption, et Ton obtient ainsi la résolution de la maladie. Cette méthode convient lorsque l'irritation est l'élément inflammatoire prédominant, ce que l'on reconnaît à la vivacité encore assez grande des douleurs, et à l'irritabilité excessive de la partie malade.
La deuxième méthode, que l'on appelle résolutive, se compose de l'emploi de moyens sédatifs et astringents, qui diminuent en même temps l'irritation et augmentent l'activité des vaisseaux. Lorsque l'irritabilité est assez modérée pour que ces moyens ne deviennent pas une cause accessoire d'irritation, ils réussissent ordinairement très bien en accélérant la résorption de Fin filtra tion et le rétablissement de la circulation au degré normal dans le tissu malade; mais lorsqu'il y a un certain degré de congestion, de rougeur, de chaleur, ils ne conviennent pas; il faut commencer par diminuer directement la congestion. On seconde ordinairement l'emploi des topiques résolutifs par l'administration des stimulants toniques à l'intérieur. Ces stimulants, en rendant la circulation plus active et en imprimant au système vasculaire surtout, une plus grande énergie, accélèrent la résolution et la disparition de la phlegmasie chronique.
On adjoint ordinairement à l'emploi des moyens que comportent l'une et l'autre des méthodes que nous venons d'indiquer, les dérivatifs et les révulsifs chroniques. Ces moyens, qui agissent par une inflammation suppurante fixe, entretiennent constamment une
convergence circulatoire , une irritation et une congestion vasculaire qui tendent à détourner vers eux la fluxion qui venait entretenir continuellement l'inflammation chronique.
La troisième méthode de traitement des phlegmasies chroniques, consiste à déterminer en elles une augmentation de l'inflammation qui produit une plus forte congestion, une infiltration interstitielle nouvelle, et enfin qui amène une véritable suppuration. Cette méthode qui ne doit être que rarement employée , consiste dans l'usage des irritants les plus forts en topiques et des stimulants généraux. Son mode d'action est difficile à graduer, et l'on a plusieurs fois, au lieu d'une simple inflammation suppurante que l'on désirait, obtenu une phlegmasie si intense qu'elle passait à l'état gangreneux.
1680. Dans l'impossibilité absolue où. l'on se trouve dans le plus grand nombre des cas d'apprécier exactement la nature de la cause prochaine des inflammations spontanées, on ne peut aisément déterminer à priori toutes les règles de leur traitement rationnel; nous ne donnerons pas ici tous les moyens de vaincre ou de diminuer d'aussi grandes difficultés; nous allons parier seulement des phlegmasies dont la cause immédiate nous est connue par nos expériences, ne voulant présenter que comme probable tout ce qu'elles ne démontrent pas directement.
1681. Le sang des individus pléthoriques est couenneux , c'est - à - dire , que ce sang présente les mêmes altérations que les inflammations graves impriment à toute la masse du sang des sujets non pléthoriques; la couenne est de la fibrine non colorée et d'une pesanteur spécifique moindre que celle du cruor du sang dans l'état sain ; les molécules du sang qui stagnent dans les vaisseaux des parties enflammées
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ou qui sont infiltrées dans leur épaisseur , s'y décolorent , et deviennent semblables à celles de la couenne; si l'on considère l'étendue considérable des capillaires d'une partie importante quelconque enflammée, on sera porté à croire que l'altération couenneusedu sang peut être le résultat de la résorption continuelle qui se fait des molécules fibrineuses décolorées aux limites de l'inflammation (1676), et cette probabilité sera encore fortifiée par les altérations que subit la couenne, lors de la suppuration des phîegmasies qui ont produit son développement ( 1429), et par la manifestation simultanée d'un dépôt puriforme dans les urines. A cette explication de la présence de la couenne chez les sujets affectés d'inflammation, il faut sans doute joindre celle qui se déduirait dune augmentation consécutive dans ces cas d'activité du système circulatoire général ou pulmonaire, et par conséquent une plus grande élaboration du sang qui devient alors plus vivant, et par cela même plus concrescible. Ainsi chez les sujets pléthoriques , l'altération générale du sang est primitive, et l'on peut concevoir comment elle devient consécutive aux phîegmasies locales, par les explications que nous venons de donner qui paraissent très probables.
1682. C'est un fait que les individus pléthoriques sont très exposés aux fièvres inflammatoires, aux hemorrhagies, et aux phîegmasies aiguës; aux fièvres inflammatoires, leur sang plus riche et plus abondant stimule vivement tout l'appareil vasculaire, et développe cette fièvre qui n'est qu'une surexcitation générale du système vascuïaire ' ; aux hémorrhagies , les organes les plus abondamment pourvus de capillaires sanguins , sentent aussi plus vivement l'action
1 Voyez nos Recherches sur la nature et les causes prochaines des Fièvres ? t. I, p. ig5.
THÉORIE DE LINFLAMMATION. 63"7
hyperstimulante du sang, la surexcitation vasculaire et la congestion surviennent par suite en eux, et l'excrétion hémorrhagique, s'opère; aux phlegmasies aiguës, si l'hémorrhagie n'arrive pas les capillaires s'engorgent, le sang s'arrête dans leur cavité, il agit avec plus d'énergie , parce qu'il est plus stimulant , il est d'autant plus disposé à subir les altérations inflammatoires qu'elles existent déjà en lui jusqu'à un certain point, l'exhalation interstitielle s'opère et l'inflammation est confirmée. Voilà comment s'effectue la série des accidents qui succèdent à l'état pléthorique ou inflammatoire général.
i683. Puisque les individus qui ont une phlegmasie locale présentent les mêmes altérations de la masse du sang, que ceux qui sont dans l'état de pléthore idiopathique, ils subissent les mêmes résultats de cet état général; ils les subissent même avec plus de facilité et plus vite, à cause de la surexcitation vasculaire générale qui existent symptomatiquement à l'état local. Cette surexcitation accélérant la circulation dans tous les organes, les dispose à sentir encore plus vivement l'action trop stimulante du sang inflammatoire. Ces circonstances expliquent d'une manière assez plausible, cette succession ou cette coïncidence d'inflammations qui se montre si souvent sur plusieurs organes des individus affectés d'inflammations graves, elle rend aussi raison de ces phlegmasies secondaires , qui se terminent si prompternent par suppuration chez les individus atteints déjà de suppurations graves. Le sang contenant alors en excès les matériaux du pus (1429). Ce fluide est prompternent et facilement préparé, et les malades sont réellement dans le même cas que les animaux, dans les veines desquels on injecte du pus, et qui périssent si rapidement avec d'énormes abcès.
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i684« De ces considérations résulte évidemment la nécessité, dans les inflammations graves et dans les phlegmasies qui sont l'effet delà pléthore, d'agir sur la masse du sang, pour la diminuer et la modifier.
La diminuer : on peut d'abord le faire sans inconvénient, puisque la circulation étant accélérée, une quantité moindre de sang représentera évidemment, par rapport aux organes, la quantité pins considérable nécessaire lorsque la circulation est moins rapide pour remplir les extrémités vasculaires. On a aussi remarqué que la diminution de la masse du sang par les saignées, portait principalement sur la partie fibrineuse , et par conséquent sûr la partie stimulante de ce fluide.
La modifier : indépendamment des déplétions sanguines, qui comme nous venons de le dire, modifient évidemment la composition du sang, on a aussi proposé des moyens directs d'arriver à ce résultat. Le plus sûr est, sans contredit, de donner une grande quantité de boissons aqueuses. L'usage de certains sels de potasse, de soude et de mercure a été aussi proposé pour obtenir le même résultat; quelques unes de ces substances paraissent en effet y conduire dans quelques cas ; tels sont le nitrate de potasse, le borate de potasse, le nitrate et le muriate de mercure, etc.; mais il faut convenir que cette action est encore très hypothétique et mérite d'être long-temps étudiée.
i685. Un individu s'expose à un froid subit pendant qu'il est en sueur; la diaphorèse est supprimée, et une pleurésie se manifeste. Qu'arrive-t-il dans ce cas ? D'abord une augmentation de sécrétion ou d'exhalation dans un organe, n'a pas lieu sans une surexcitation circulatoire plus ou moins marquée dans la partie où elle existe ; cette surexcitation est le véritable orgasme inflammatoire. Cet orgasme cesse
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aussitôt que l'exhalation se supprime, mais îa partie frappée par l'action sédative du froid reste pendant quelque temps sans exhaler ; le sang conserve évidemment alors des principes qu'il eût perdu par la transpiration. Ces principes lui donnent des qualités qu'il n'aurait pas s'ils avaient été évacués; aussi ces qualités seront-elles senties par l'organe qui sera le plus irritable de l'économie , et qui deviendra ainsi le centre d'une surexcitation vasculaire qui déterminera l'inflammation. Ce ne sera point, à proprement parler, le liquide de la transpiration cutanée retenu dans le sang qui fera naître l'inflammation, en se déposant, comme on l'a dit, sur tel ou tel organe. Ce liquide n'est point formé, il. n'existe dans le sang que par ses matériaux, mais ses matériaux retenus doivent imprimer au sang des qualités qu'il eût dû perdre, et qui le rendent plus ou moins intolérable pour certains organes. Quand on introduit de i'émétique dans le sang, cette substance, indifférente pour le plus grand nombre des tissus, est sentie par les capillaires des poumons; elle en détermine l'inflammation.
1686. Si nous pouvons dire avec quelque certitude, que la rétention dans le sang de certains principes le rendent propre à déterminer des phlegmasies locales , soit dans des organes plus disposés à l'inflammation, soit dans des tissus sur lesquels ces principes exerceraient une sorte d'action élective, nous sommes aussi fondés à admettre que l'introduction dans le sang de substances animales morbifiques, peut déterminer des altérations inflammatoires plus ou moins graves et d'une certaine nature. Ainsi, chez les sujets frappés de la variole, le sang est altéré avant que l'inflammation pustuleuse cutanée se manifeste (i43a);
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les vaisseaux capillaires, sur lesquels agit directement le sang qui les traverse, s'enflamment avant la peau. Ne peut-on pas croire que c'est le principe contagieux de la maladie qui est porté dans le sang, et qui l'altère directement,- on est d'autant plus fondé à s'arrêter à cette opinion, que lorsque l'on dépose ce principe contagieux dans l'épaisseur du derme , il produit une maladie locale circonscrite, qui ne s'accompagne de phénomènes généraux que lorsque, par suite de l'altération locale, effet direct de la cause, le sang a pu recevoir par absorption le principe morbifique. Ainsi, dans l'inoculation variolique, ya-t-iltrois périodes distinctes : l'éruption locale, effet de l'insertion de la cause ; l'incubation générale , pendant laquelle se fait l'absorption du fluide produit dans le lieu où l'on a pratiqué l'inoculation, et pendant laquelle le sang s'altère (i432); enfin, éruption générale lorsque les exhalants cutanés reçoivent le principe de la maladie que le sang dépose en eux, et qu'ils sécrètent ensuite dans les mailles de la peau, de manière à y faire naître une infiltration inflammatoire multiloculaire, qui ne se remarque que dans cette seule inflammation (557). Ce qui arrive dans la variole arrive dans la vaccine, sauf que la cause étant moins puissante, il n'y a d'effet général qu'un mouvement fébrile plus ou moins marqué.
La forme d'infiltration spéciale des pustules varioliques et vaccinales est tellement caractéristique de ces sortes d'affections cutanées, qu'elle seule fournit le principe de leur reproduction, et que ce principe diffère essentiellement de celui des simples inflammations; cela est même si tranché, que, lorsque l'inflammation d'un boulon de vaccine arrive à l'état de suppuration, il n'y a plus de vaccin (554)-
1687. ^* *es Prmcîpes 4ue nous venons d'établir sont fondés, il en résultera que l'infiltration est dans quelques inflammations l'élément inflammatoire principal , et que , pour arrêter la maladie , il faudrait en neutraliser le principe dans le sang par quelque médication spécifique. Les moyens appropriés au traitement des fièvres inflammatoires et des phlegmasies simples ne suffisent pas, et ne conviennent que pour modérer la maladie et la réduire à sa plus simple expression. 1
1688. Lorsque dès principes septiques ont pénétré dans la masse du sang, ce fluide, outre l'action générale, qu'il exerce sur tous les organes, détermine encore des phlegmasies essentiellement gangreneuses sur différents organes qui varient selon la nature du fluide putride porté dans le système circulatoire. Ce fait est incontestable, d'après ce que nous avons démontré en 1823, sur l'état du sang des sujets affectés d'inflammations gangreneuses, dans notre ouvrage sur les fièvres1. Les expériences faites depuis, par M. Dupuy, ont aussi démontré l'altération du sang des animaux affectés d'inflammations gangreneuses.
Cette forme particulière d'inflammation doit être combattue par les moyens reconnus pour agir le plus directement sur la composition du sang; tels que les acides, les liquides alcoholiques, et les amers. Il est évident que si un principe septique est déposé dans les capillaires d'un tissu et en détermine la mortification , l'emploi des évacuants sanguins et des émollients serait sans aucun résultat, puisqu'il ne ferait que rendre le sang plus séreux et affaiblir la vitalité des capillaires déjà frappés par un poison septique.
1689. Sans donner plus d'étendue à cette dernière
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partie théorique de notre ouvrage, concluons que l'inflammation consiste dans une irritation, ou une surexcitation vasculaire , avec congestion sanguine et infiltration fibrineuse des tissus; que la surexcitation vasculaire est le premier élément en général dans les inflammations par cause physique externe, et que les deux autres éléments, venant s'adjoindre à cette surexcitation , constituent avec elle l'inflammation ; que dans quelques cas, comme celui d'application des ventouses par exemple, dans les inflammations externes, et celui des inflammations qui succèdent à un mollimen hémorrhagique pour les inflammations internes, la congestion sanguine est l'élément dominant et primitif; et que l'irritation, effet direct de la présence d'une plus grande quantité d'excitant, et l'infiltration sont les éléments qui surviennent ensuite. Enfin, dans les inflammations virulentes, on ne peut guère douter que l'infiltration ne soit l'élément primitif, autour duquel viennent se grouper les autres.
1690. L'inflammation aiguë à son début est dans un rapport immédiat avec les altérations actives des sécrétions et les hémorrhagies, puisqu'elle a de commun avec elles la surexcitation vasculaire et la congestion.
1691. Par la nature des altérations de sécrétions qu'elle détermine dans l'épaisseur des tissus , l'inflammation sert à mettre en évidence certaines causes morbifiques qui peuvent exister dans l'économie > et manifester leur existence, soit à l'occasion de son développement, soit spontanément, et en déterminant par elles-mêmes des affections différentes. Ainsi nous avons vu les tubercules se développer spontanément sans trace de phlegmasie dans tous les tissus,
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et nous avons vu l'altération de sécrétion interstitielle qui constitue les tubercules, se montrera l'occasion de phïegmasies , dans les mêmes individus. La cause, quelle qu'elle soit, qui produit les tubercules, modifiait la sécrétion intersticielle inflammatoire, et il en résultait une production de substance tuberculeuse. Dans des maladies un peu différentes , mais cependant aussi par un mécanisme analogue, cette infiltration inflammatoire est encore modifiée d'une certaine manière; ainsi, dans la goutte, indépendamment du caractère propre de l'inflammation , nous remarquons que l'infiltration interstitielle, soit qu'elle paraisse primitivement , et avant les autres éléments constitutifs de l'inflammation, ce qui n'est pas très rare, soit qu'elle ne survienne qu'en même temps qu'eux, donne toujours naissance à des fluides sui generis qui ont la propriété de se concréter en tophus à cause des sels qu'ils contiennent, et qui sont plus ou moins irritants par leur contact avec les tissus qu'ils touchent , etc. (1 47 1 )• Ces fluides deviennent plus ou moins puriformes , si l'inflammation est portée à un certain degré d'intensité, mais ils n'en diffèrent pas moins des fluides que ferait naître une inflammation franche.
1692. Ainsi cet état si compliqué en apparence que l'on a nommé inflammation , se réduit à trois modifications morbides dans un tissu : la surexcitation vasculaire y la congestion sanguine et V infiltration interstitielle. Queî'on parte de ces trois éléments qui sont étroitement liés les uns aux autres , et qu'on les considère dans toutes leurs modifications réciproques, et l'on aura toutes les modifications quelconques des phïegmasies. On pourra même apprécier la nature de ces phïegmasies, et les, combattre avec avantage, en tenant compte de ces modifications. La surexci-
tation vasculaire peut être d'abord dépendante d'une cause irritante externe ou interne dont il faut tenir compte; mais quand elle existe , elle est aussi plus ou moins modifiée par le sang apporté dans les vaisseaux capillaires, lequel peut varier dans ses qualités et dans sa quantité. La congestion, effet de la surexcitation vasculaire, peut la précéder; cet élément est donc lié à la surexcitation vasculaire; il dépend, ainsi qu'elle, et de la quantité et des qualités du sang; enfin, l'infiltration interstitielle peut être dans quelques cas primitive , et comme elle n'est alors qu'un effet nécessairement morbide^ elle sera modifiée aussi de bien des manières, et mettra en contact avec les tissus un fluide de nature très variable, exerçant par conséquent des modes d'irritations très variables aussi. L'infiltration interstitielle, lorsqu'elle n'est pas primitive, se modifie encore très différemment par sa connexion avec les autres éléments morbides, et surtout par l'influence qu'exercent, plus immédiatement encore sur elle que sur les autres éléments, la structure même du tissu malade et les sécrétions intimes nutrhives qui s'opèrent dans l'état sain dans son épaisseur.
i6g3. Nous venons d'enlrer dans des explications théoriques qui nous entraîneraient trop loin, s'il fallait les suivre dans tous leurs développements; nous ne les avons présentées que pour montrer comment nous pensons que l'étude de la nature des maladies doit être rattachée à celle de la structure morbide des tissus. La doctrine des inflammations, que nous avons sommairement exposée , ne nous paraît pas avoir été encore présentée de cette manière; elle ne semblera peut-être pas aussi évidente à
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beaucoup de nos lecteurs, qu'elle l'est pour nous. Nous espérons cependant qu'elle sera trouvée digne de fixer l'attention et d'être vérifiée. L'ouvrage que nous terminons est un ouvrage d'observations et de faits ; les considérations théoriques que nous y avons insérées , et par lesquelles nous finissons doivent être distinguées de tout le reste. Chacun adopte ou rejette ordinairement des doctrines plutôt en les comparant avec ses propres opinions qu'avec les observations que l'auteur de ces doctrines leur a données pour base; il n'en est pas de même des faits que tout le monde peut vérifier à chaque instant, aussi ne demandons-nous pas que l'on adopte nos opinions théoriques, mais que l'on répète nos observations.