CHAPITRE IIÏ
ANATOMIE COMPARATIVE DES TISSUS SQUIRRHEUX ET CARCI- NOMATEUX , ET DES TISSUS ENFLAMMES.
i638. En employant l'expression de tissus squirrbeux et carcinomateux , nous avons moins voulu signaler deux maladies différentes que deux degrés de la même affection. L'état carcinomateux ou cancéreux peut être primitif, mais il succède souvent a l'état squirrbeux, qui peut être considéré comme son premier degré. Comme la maladie présente des caractères différents à l'état de squirrhe et à l'état de carcinome, nous traiterons séparément de ces deux étals; nous parlerons ensuite des ulcères carcinomateux primitifs, que nous comparerons comme les autres altérations de même nature, aux inflammations à différents degrés ; cela nous conduira à examiner
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directement la question de savoir si les squirrhes et les carcinomes ne seraient eux-mêmes qu'une sorte d'inflammation.
1639. Ce n'est qu'avec une phlegmasie chronique qu'on peut confondre le squirrhe, et cette confusion n'est possible que pendant la vie ; on est alors borné à l'examen de la forme et des qualités appréciables au toucher de la tumeur, quand elle est extérieure f car à la dissection il est impossible de confondre ces deux affections.
1640. Les tumeurs squirrheuses sont ordinairement mamelonnées, dures, inégales; leur dureté et leur rénitence sont différentes dans les diverses parties de leur surface; l'inflammation chronique, au contraire, présente une tuméfaction lisse, unie, égale. S'il y a différence de dureté et de rénitence, c'est qu'il s'est formé quelque foyer de suppuration dont les parois sont nécessairement plus flexibles au toucher; c'est dans cette dernière circonstance que la difficulté du diagnostique est la plus grande, car si le squirrhe passe à l'état qu'on a appelé cancer latent, lorsqu'il commence à se ramollir, il se présente aussi des points plus mous et moins rénitents. A cette même époque, les douleurs, auparavant très légères ou nulles par le toucher, augmentent et souvent diffèrent très peu et même ne diffèrent pas de celles des tumeurs inflammatoires chroniques. Il faut noter que cette autre différence , déduite des inégalités senties au loucher des tumeurs squirrheuses, n'est pas constante; il arrive quelquefois, rarement à la vérité, que les squirrhes sont lisses et unis sans aucune bosselure.
1641. Les tumeurs squirrheuses se présentent, à la dissection, au milieu du tissu cellulaire ou du tissu
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propre des organes, ordinairement complètement sain et exempt d'altération. La tumeur est, limitée par une espèce de kyste celluleux , formé par des lames du tissu cellulaire, augmenté de densité , et complètement pâle ; des vaisseaux assez volumineux , mais isolés et non ramifiés, rampent dans ce tissu cellulaire serré; ordinairement ce sont des vaisseaux veineux. Quand le squirrhe est développé dans le tissu cellulaire et aux dépens de ce tissu , le parenchyme propre de l'organe est refoulé autour de la tumeur, et ne la pénètre pas. Quelquefois, cependant, des portions d'une glande comme la glande mammaire, sont enchatonnées dans la tumeur sans participer à ses altérations; enfin, dans un assez grand nombre de cas, le tissu propre des organes est lui-même devenu squirrheux , mais les limites du squirrhe n'en sont pas moins exactement arrêtées, en sorte qu'en tirant la tumeur on peut l'arracher entièrement, sauf quelques prolongements squirrheux allant dans la profondeur des parties, mais qui ne se développent guère que quand la dégénération cancéreuse approche. Les squirrhes, comme nous venons de le dire, ne sont séparés des parties environnantes que par un tissu cellulaire condensé; quelquefois, cependant^ un véritable kyste membraneux les enveloppe; c'est particulièrement dans les squirrhes du poumon ou du foie que l'on observe cette organisation morbide.
16/p. Ces caractères extérieurs présentent déjà d'importantes différences dans les phlegmasies chroniques. Si la tumeur inflammatoire est développée dans le tissu de l'organe même qu'on dissèque , elle n'est jamais exactement et rigoureusement limitée; jamais autour d'elle le tissu n'est refoulé et déprimé; toujours une arborisation vasculaire recouvre la tu-
raeur , et cette arborisation est caractérisée, plutôt par le grand nombre des capillaires injectés , que par le développement excessif de quelques canaux vasculaires veineux ou artériels; toujours le tissu présente une coloration plus rouge que dans l'état physiologique; quelque peu prononcée que soit cette coloration , elle existe , tandis qu'elle manque constamment dans le squirrhe.
Lorsque l'infiltration chronique occupe un organe d'un tissu différent de celui qui l'entoure, comme lorsqu'elle envahit la glande mammaire enveloppée de tissu cellulaire, elle est alors plus exactement limitée, mais elle présente du reste tous les caractères que nous venons d'énumérer, et toujours celui que le tissu cellulaire environnant n'est pas refoulé , et devenu lamineux comme il arrive dans le squirrhe. Cette dernière particularité s'observe dans les kystes développés autour d'une collection purulente, ou autour d'un corps étranger préexistant au kyste, ou sécrété par lui ; mais dans ces cas il est aisé de voir qu'il y a des caractères anatomiques tranchés, qui séparent ces affections des squirrhes durs, rénitents, mamelonnés.
i643. Si l'on pénètre dans l'épaisseur d'un squirrhe, on reconnaît qu'il est divisé en masses lobuleuses qui forment les mamelons et les éminences de la surface de la tumeur. Ces lobes sont réunis par un tissu cellulaire très serré , et se subdivisent eux-mêmes en lobules. Souvent dans l'intervalle de ces lobes et lobules, on trouve des portions du tissu qu'occupe le squirrhe, qui ont conservé leurs caractères anatomiques. En incisant ces lobules, on voit par des lignes cellulaires flexueuses que l'on remarque sur la surface des incisions, que ces lobules sont encore divisés en un grand
nombre de petites portions immédiatement juxtaposées.
Le tissu constitutif de la tumeur est une matière de consistance assez grande, qui est comparée avec raison à la couenne de lard, substance à laquelle elle ressemble beaucoup; quelquefois cette consistance est plus grande encore, et approche de la dureté du cartilage. Le tissu squirrheux est demi-transparent, d'un blanc légèrement bleuâtre. Si on le place sur un fer chaud, il se condense, se charbonne et ne se fond pas; pressé dans du papier Joseph, il ne le graisse pas.
i644' Il y a loin , comme on voit, de ce tissu à celui des organes enflammés d'une manière chronique. D'abord l'aspect du squirrhe est identique dans toutes les parties; il n'en est jamais de même des tissus enflammés d'une manière chronique, qui toujours sont colorés , mats , infiltrés ou injectés de sang ,* qui , d'ailleurs, n'ont jamais cette disposition lobulaire, constante dans tous les squirrhes en masse, même dans ceux qui ont leur siège dans des tissus fibreux, et de texture lisse et homogène ; bien différente par conséquent de la texture lobulée que prend le squirrhe au milieu d'eux.
Les tissus enflammés d'une manière chronique se comportent différemment, selon les parties d'où ils proviennent, avec le feu, l'eau et les différents réactifs, tandis que le tissu des squirrhes se comporte toujours de la même manière, quelle que soit la partie dans laquelle il s'est formé.
i645. Le tissu squirrheux ne tarde pas à se ramollir; les vaisseaux qui rampent dans les intervalles des lobes et des lobules se prononcent davantage , et il est alors facile de reconnaître qu'il y a un filet vasculaire pour chaque petit lobule squirrheux. Ces vaisseaux sont alors plus faciles à examiner parce qu'ils sont
plus apparents ; ils se rompent très aisément. L'organisation du tissu squirrheux n'est pas douteuse, puisqu'il reçoit des vaisseaux ; il devient moins transparent, et se convertit partie en tissu encéphaloïde, et partie en une gelée d'un gris sale, colorée par un peu de sang qui entoure chaque lobule devenu tissu encéphaloïde, et conservant parfaitement sa forme; bientôt ce fluide gélatiniforme se réunit en foyer dans la masse altérée ; il n'est plus alors possible de distinguer les lobes et les lobules.
La matière encéphaloïde, premier degré de ramollissement du squirrhe, a absolument la consistance et l'aspect de la substance médullaire du cerveau d'un enfant. Aussitôt qu'elle existe, le tissu sain environnant commence à s'infiltrer d'une sérosité épaisse gélatiniforme, tandis que la partie liquide du squirrhe se réunit au pointle plus voisin de la surface de l'organe, et détermine une rupture; le cancer est alors ulcéré. Quelquefois la rupture n'a pas lieu si promptement , la tumeur squirrheuse se ramollit complètement en totalité, et la désorganisation continue dans les parties voisines.
1646. Jamais une tumeur inflammatoire chronique ne ressemble à un squirrhe ramolli; le produit de la suppuration se rassemble dans des points disséminés ou dans un foyer unique au sein delà partie indurée; mais jamais elle n'y est entourée de rien de pareil au tissu cérébriforme. Dans la phlegmasie chronique qui suppure, le tissu inflammé se ramollit bien, mais il reste organisé; ce n'est que dans un point seulement qu'il se désorganise ou se déchire par l'action dilatante du fluide qui y est sécrété. Le tissu environnant est infiltré de pus plus ou moins séreux, et son ramollissement est dû à la conversion en liquide purulent (i44° et suiv.) de la matière plastique infiltrée dans
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tous les tissus enflammés, et surtout dans ceux qui le sont d'une manière chronique.
1647. Les tumeurs encéphaloïdes primitives sont lobulées comme les squirrhes, dont elles ne diffèrent qu'en ce qu'elles sont primitivement formées à l'état d'encéphaloïde, au lieu de commencer par celui de squirrhe. Du reste il n'y a aucune différence entre le tissu squirrheux ramolli et le tissu encéphaloïde , du moins comparativement aux tissus enflammés d'une manière chronique, dont ces deux maladies se distinguent par les mêmes caractères.
1648. L'ulcère cancéreux se présente avec les caractères suivants : il est d'une forme irrégulière, niai arrêtée; sa surface est bosselée, inégale, parsemée de végétations mollasses, blafardes, rouges-livides. Dans les premiers jours de l'ulcération , la surface du cancer est rouge unie; mais cet aspect disparaît bientôt, à moins que l'ulcère n'ait son siège dans un tissu très serré, auquel cas il persiste plus long-temps, comme nous avons vu cela arriver à la matrice. Si l'on parcourt avec le doigt le fond de cet ulcère , on sent des duretés, des inégalités dues à des portions de squirrhe qui ne sont pas encore entièrement ramollies; dans d'autres points, on fait sortir la matière cérébriforme comme on fait, pour ainsi dire, sortir par la pression le pus des petites pustules inflammatoires du derme; sur d'autres points, souvent en même temps que la matière cérébriforme^, c'est une sanie diaphane, incolore, fétide, acre, visqueuse, excavant les parties saines, qui sort par la pression. Les bords de l'ulcère sont rouges, grisâtres, renversés en dehors, dentelés et sinueux; ils sont durs au toucher par places et mous dans d'autres points; la pression fait aussi saillir de leur épaisseur de la matière cérébriforme et de la sanie.
6jo anat. compar. des sqjjir. et des cancers,
1649. L'ulcère s'étend par la destruction successive de ses bords qui tombent en un déliquium grisâtre, d'une odeur repoussante, ou par une petite ulcération secondaire qui se fait sur une partie du bord renversé, et qui, en le détruisant, augmente ainsi l'étendue de la principale solution de continuité. Lorsque l'ulcère a fait de grands progrès, il est habituellement tapissé à son fond d'une couche putrilagineuse de substance molle, grisâtre, horriblement fétide.
i65o. Si nous comparons les ulcères chroniques à ces ulcères cancéreux dont nous venons d'indiquer les caractères, qui varient peu suivant les progrès de la maladie et selon le tissu quelle affecte, nous voyons d'abord que, dans l'ulcère inflammatoire, on ne trouve jamais au toucher ces duretés qu'à côté même d'une sorte de ramollissement du tissu. Il y a bien quelquefois de petites callosités formées dans le tissu enflammé d'une manière chronique; mais la résistance peu considérable de ces callosités , au milieu d'un tissu généralement plus résistant que le squirrhe ramolli, donne au tact une impression toute différente. Dans les ulcères inflammatoires, jamais on ne voit cette matière cérébriforme , cet ichor si corrosif et si fétide, ce putrilage qui détruit les parties, et qui a plus d'une analogie avec la pourriture d'hôpital ; les. bords ne sont pas non plus, durs, renversés, résistants, fragiles, formés de tissus hétérogènes décelés par le toucher.
i65 1 . La dissection des ulcères cancéreux présente le tissu squirrheux et cérébriforme entièrement ramolli, formant les parois de l'ulcère; au-dessous et autour de cette substance, le tissu propre de l'organe ulcéré est infiltré à une distance plus ou moins grande, de matière cérébriforme interposée entre ses mailles, présentant dans ses agrégats des cloisons celluleuses et
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des gouttelettes ou des infiltrations de sang. Cette matière squirrheuse ou cérébriforme est d'autant plus ramollie, qu'elle est plus près de la surface de l'ulcère. Plus profondément la matière squirrheuse est à l'état de crudité; elle est ou réunie en masse, ou infiltrée dans le tissu duquel elle va amener l'érosion ou la mortification par sa propre destruction successive ; car l'ichor est tellement acre, qu'il irrite les parties sur lesquelles il coule. La mortification arrive dans les portions de tissu qui, successivement, se trouvent à la surface, s'y désorganisent, et y produisent cette sanie putrilagineuse, grisâtre, si fétide. L'ichor est le résultat du ramollissement complet de la matière encéphaloïde, puisqu'il est quelquefois réuni en foyer, au milieu de cette matière , qui est d'autant plus molle et plus déliquescente qu'elle est plus voisine de cetie collection,
i652. L'ichor cancéreux noircit les instruments d'argent; il a été analysé par le docteur Crawford, qui a reconnu qu'il verdissait le syrop de violette. La potasse ne produit en lui aucun changement; mais l'acide sulfurique en dégage un gaz qui a plusieurs des propriétés de l'hydrogène sulfuré. Ce gaz paraît exister dans cette substance uni à l'ammoniaque. Le chlore détruit complètement, mais pour peu d'instants, l'odeur fétide des ulcères cancéreux.
i653. Les ulcères cancéreux commencent quelquefois immédiatement par l'infiltration de la substance squirrheuse ou cérébriforme dans un tissu. C'est à ce mode primitif de dégénération que doivent être attribués les ulcères cancéreux primitifs qui suivent une marche assez lente. Ce mode de dégénération par infiltration est très commun dans les os, dans le tissu de l'utéjrus et dans celui de la peau, où il constitue les
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ulcères noli me tangere. Chez un individu qui se trouve sous l'influence de causes propres à la production des dégénérations dont nous parlons, l'infiltration squirrheuse peut être appelée par l'irritation sur un ulcère primitivement scrophuleux ou vénérien, ou même sur une plaie ; des maladies d'abord inflammatoires deviennent ainsi cancéreuses.
i654- Les portions de la trame du tissu qui se trouvent enveloppées dans la matière squirrheuse ou cérébriforme infiltrée et non ramollie, ne présentent aucune altération quand cette substance est à l'état de crudité. C'est ainsi que nous avons plusieurs fois trouvé les lobules des glandes mammaires et des fragments considérables du tissu utérin dans l'état sain, au milieu de la substance squirrheuse et cérébriforme crue. Mais, lorsque cette substance est ramollie ou passée à l'état d'ichor ou de détritus fétide, les portions du tissu de l'organe qui se trouvent au milieu sont toujours enflammées à un degré plus ou moins marqué : audegré de phlegmasie chronique modérée , si l'ulcération ou Je ramollissement s'opèrent lentement; ou à un haut degré de phlegmasie aiguë , si l'ulcère est ouvert et s'est étendu avec rapidité. Dans quelques cas même, ces portions de tissu sont évidemment gangrenées, l'ulcère alors devient très rapidement phagédénique. Ces faits établissent d'une manière incontestable, que si l'inflammation n'est pas nécessaire pour qu'un squirrhe se forme , elle est nécessairement liée à son ramollissement et à sa conversion en ulcère.
i655. Si l'on dissèque un ulcère chronique simplement inflammatoire , on peut bien trouver le tissu induré au point de présenter une consistance assez grande et squirrheuse en apparence ; mais toujours il est d'une coloration au moins légèrement rouge et le
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plus souvent tout-à-fait rouge; jamais on ne trouve rien en lui qui ressemble au tissu cérébriforme cru ou ramolli. Quelquefois le tissu est bien infiltré de pus plus ou moins séreux; mais cette infiltration, qui ne change ici ni sa couleur ni sa structure , n'est pas pareille à cette infiltration squirrheuse qui fait voir des stries longitudinales et des granulations volumineuses de matière squirrheuse plus ou moins ramollie, interposée entre les molécules intégrantes du tissu. Le pus des ulcères chroniques est loin d'avoir les qualités irritantes de l'ichor. Le putrilage grisâtre, produit de la destruction des parties, n'est ni si épais ni si abondant que dans les plaies affectées de pourriture d'hôpital. Il est d'une couleur jaune grisâtre, tandis que celui de la gangrène nosocomiale est d'un gris blanchâtre, pulpeux , d'une odeur différente , et ne coïncide d'ailleurs ni avec le renversement des bords de la plaie, ni avec une sécrétion ichoreuse comme celle du cancer.
i656. On a longuement discuté sur la nature du squirrhe et du cancer, depuis Hippocrate , qui voyait dans cette maladie un effet de l'atrabile, opinion qu'adoptèrent Galien, Celse, Arétée parmi les anciens, et Lieutatid parmi les modernes, jusqu'aux médecins anglais, qui considèrent le cancer, les uns avec Crawford comme une vraie putréfaction; les autres avec Hunier comme l'effet de la présence d'une hytatide; jusqu'aux contemporains, qui ne voient dans le cancer qu'un mode d'inflammation. C'est ce dernier point de doctrine qu'il nous convient d'examiner, parce que s'il était fondé, quelles que soient les différences qu'on peut signaler entre le cancer et une phlegmasie chronique, ces différences ne seraient jamais que des ra#yens de prognostique, et ne conduiraient qu'à dis-
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tinguer deux affections essentiellement identiques dans leur nature, mais différentes dans leur forme.
1657. Tout ce qu'on a dit pour démontrer que les squirrhes et les cancers sont des inflammations, ne consiste presque qu'en assertions sans preuves. On dit que l'inflammation chronique prolongée finit par produire une sécrétion lymphatique dans l'épaisseur d'un tissu; que la lymphe, produit de cette sécrétion , peut être modifiée et altérée par l'irritation des vaisseaux blancs; que celte lymphe, ainsi épanchée et concrétée , cesse au bout d'un certain temps de rester sous l'influence vitale, qu'elle s'altère et se ramollit, qu'ainsi le tissu affecté se trouve compromis; de là ces ulcérations phagédéniques cancéreuses qui dans cette doctrine ne seraient qu'un mode d'ulcération inflammatoire. C'est ainsi que nous comprenons la doctrine de M. Broussais, qui n'en a nulle part donné un développement complet.
MM. Breschet et Férus, dans l'article cancer du nouveau Dictionnaire de Médecine, ont plus méthodiquement exposé leur doctrine, qui n'est que celle du docteur Broussais , un peu modifiée. Ces auteurs considèrent le cancer « comme succédant toujours à (c une irritation ou à une inflammation , et ne police vant pas se développer sans que l'un des deux états « n'ait précédé. Ils établissent d'abord comme un fait a qu'il s'est développé dans un tissu , par l'action d'une « cause irritante, un état plus ou moins inflamma- « toire qui peut disparaître et laisser un noyau d'enu gorgement; c'est, disent- ils, ce noyau qu'on ob- « serve dans les glandes, et particulièrement au sein, a après que les organes ont éprouvé une violence « telle qu'une légère contusion, une compression, etc. (( La maladie est essentiellement locale, et il n'existe
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« encore aucun effet sympathique; si l'on a détruit la « cause irritante, le produit de l'exhalation interstice lielle reste encore, et de sa résorption ou de sa nonu absorption dépendra la fin de la maladie > ou la perce sistance d'un germe qui plus tard produira de graves « accidents. La difficulté de la résorption de cette ma- « tière tient à sa plasticité, à la tendance qu'elle a « d'unir les tissus les uns aux autres, d'oblitérer l'ori- « fîce des vaisseaux, et à sa tendance à s'organiser. a L'engorgement peut rester stationnaire pendant un « temps très long, et persister ainsi jusqu'à l'époque « où l'organe devient le siège d'un travail particulier « dans lequel la vie doit changer de caractère , et son « activité être modifiée, ou bien 3a tumeur sera elle- « même une cause d'irritation qui favorisera peu à « peu l'augmentation de l'engorgement. Qu'une in~ « flammation s'empare de la partie malade, elle la (( trouve dans des conditions défavorables, soit à une « résolution , soit à une suppuration de bonne nature, « et bientôt les parties se désorganisent. Lorsque le « tissu enflammé est superficiel, l'ulcération arrive « promptement, et détruit successivement toute l'é- « tendue de l'induration ; mais quand l'engorgement « est profond, le passage de l'état organique à l'état « inorganique s'opère de telle sorte , que le détritus « est déposé dans un foyer, et constitue ce qu'on « nomme matière cérébriforme, ou fongus hématodes « lorsque du sang s'épanche et se mêle à ce détritus, « et lorsque les fongosités s'élèvent de quelques uns « des points où. la liqueur albumineuse exhalée s'est « organisée imparfaitement, et a produit de petits vaisa seaux, ainsi qu'on en voit se former dans les fausses « membranes et sur les ulcères fongueux. Dans ces « états successifs, nous voyons tout ce qui appartient
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« à l'induration, au squirrhe, ou cancer , ainsi que « toutes les variétés, telles que le carcinome , le fongus « hémalodes , les tumeurs encéphaloïdes; car ces alté- « rations et ces dégénérescences proviennent toutes « d'une inflammation antérieure. » *
i658. Il n'est d'abord pas nécessaire, comme on le suppose, qu'une phlegmasie modérée ait eu lieu dans un organe par une cause irritante quelconque avant qu'il devienne cancéreux ou squirrheux : dans le plus grand nombre des cas il n'en est pas ainsi ; et d'ailleurs, quand bien même il serait possible de prouver que tous les squirrhes, les tissus encéphaloïdes, les carcinomes ont toujours été la suite d'une cause irritante, ce qui serait sans doute un pas de fait en étiologie , il s'en faudrait bien qu'on pût en conclure qu'ils sont pour cela des pblegmasies ou des suites de phlegmasies; car si les causes peuvent, d'après leur nature, conduire à reconnaître celles des maladies, il faut s'arrêter à leurs effets les plus fréquents. Or, une cause irritante modérée produit, toutes les fois qu'elle est appliquée à un organe, une inflammation modérée dont nous avons donné les caractères, et à peine pourrait-on citer une de ces inflammations sur cent qui fût suivie de squirrhes; et même encore dans ce cas unique, il est souvent possible de découvrir une autre cause prédisposante qui a dû exercer aussi une influence quelconque sur la production du tissu hétérologue.
i65ç). Partant du fait d'une inflammation probable, suite d'une cause externe, les auteurs posent en fait, et c'est là le dogme fondamental de leur doctrine, que « si l'on a détruit la cause irritante, le produit de (( l'exhalation reste encore, et que de sa résorption ou
"Dictionnaire de Médecine , t. IV, p- i35 et suiv.
« de sa non-absorption dépendra la fin de la maladie, « ou la persistance d'un germe qui plus tard produira (( de graves accidents. » Pourquoi ces accidents? Si le tissu est induré par un fluide coagulable organisé, il vivra dans cet état; il n'en résultera aucun accident. Qu'on observe les indurations cartilagineuses, osseuses, fibreuses, les tissus vivent avec elles, et aucun accident grave ne survient. Ensuite nous ne voyons pas pourquoi l'absorption d'une matière albumineuse infiltrée ne s'opérerait pas , puisque des os , des Cartilages, des infiltrations et des concrétions tophacées dans les tissus, s'absorbent en totalité sans accidents. Il aurait fallu prouver que la « plasticité « d'une matière infiltrée et que la tendance qu'elle « a d'unir les tissus les uns aux autres et à s'organiser, « rendehtia résorption plus difficile. »
1660. Quand bien même on admettrait comme prouvées ces assertions, il faudrait encore, pour qu'il survînt un cancer, supposer une « cause qui déve- (( loppât dans l'organe un travail particulier. » On est obligé de revenir à cette autre explication que « la u tumeur sera elle-même une cause d'irritation quifavo- « risera peu à peu V augmentation de V engorgement, » Mais cela ne nous paraît pas exactement conforme à l'expérience. Lorsqu'une cause d'irritation existe dans l'épaisseur de nos organes, la nature a un moyen constant pour en annuler l'effet; elle l'isole par un kyste; cela arrive autour des corps étrangers , des épanchemen ts, des infiltrations tophacées ; il faut ensuite encore admettre, pour expliquer la dégénérescence pendant que l'inflammation s'empare de la partieainsi indurée, «■ qu'elleîa trouve dans des conditions défavorables, sait « à une résolution, soit à une suppuration de bonne na- « ture ; et que bientôt les parties se désorganisent. »
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Journellement on observe un tissu induré d'une manière chronique, devenant le siège d'une phlegmasie, et on ne voit pas que cette phlegmasie se termine défavorablement. On provoque même cette inflammation pour produire, soit la résolution, soit la suppuration des indurations chroniques; et quoique le pus soit souvent séreux, sanieux , la guérison n'en a pas moins lieu. Si la partie se désorganise, il y a gangrène de la tumeur; on provoque même cette gangrène en la déterminant par des caustiques; elle détruit la partie malade, se limite, et il n'arrive ni squirrhe, ni cancer consécutif. Voilà la marche ordinaire des choses.
i66ï. C'est par cette inflammation secondaire qu'on pense pouvoir expliquer la dégénération de la tumeur primitivement indurée ; mais la dissection a prouvé que cette induration primitive n'existe pas, du moins comme une induration inflammatoire : il n'y a pas même similitude entre ce tissu bosselé divisé en lobes et en lobules organisés, sans mélange dans son épaisseur, et cette infiltration irrégulière de matière coagulable qui se fait entre les mailles d'un tissu, qui ne prend jamais de forme spéciale et qui n'existe point indépendamment du tissu qu'elle engorge. Si cette infiltration persiste au milieu de ces organes pendant un certain temps, elle y est nécessairement soumise comme ce tissu lui-même à une composition et à une décomposition continues, qui existent même dans les os. Cette dernière circonstance a été démontrée par la coloration en rouge des cicatrices osseuses, cartilagineuses et fibro-cartilagineuses, par la garance : or ces cicatrices s'opèrent par le fluide organisable dont on croit que se composent primitivement les indurations qui dégénèrent plus tard en squirrhe. Il est,
comme on voit, impossible que le fluide coagulé qui engorge un tissu ne puisse être détruit par absorption.
1662. Ce qui contredit tous les faits les mieux observés, c'est surtout cette assertion, que la matière cérébriforme est déposée dans un foyer, et constitue le détritus du tissu induré qui passe de Vétat organique à Vétat inorganique , par suite de l'inflammation secondaire. D'abord, outre les cas où la substance encéphaloïde existe primitivement, lorsqu'on la trouve dans le squirrbe elle est manifestement organisée, et si bien organisée qu'elle reçoit des vaisseaux; ensuite elle ne ressemble en rien par sa disposition régulière et textile à un détritus accumulé dans un foyer; et d'ailleurs, outre qu'il n'existe pas encore de foyer dans le plus grand nombre de cas, c'est que ni le tissu cellulaire voisin , ni celui qui sépare les lobes, ne présentant l'aspect qu'ils ont dans toutes les inflammations possibles , ils sont alors, comme dans la matière squirrheuse, entièrement pâles et exempts d'injection et de tuméfaction.
i663. Lorsque les tissus squirrbeux et encéphaloïdes se ramollissent, se désorganisent et s'ulcèrent , la partie dans laquelle ils se trouvent s'enflamme. Quand bien même on pourrait toujours considérer cette inflammation , ainsi que cela arrive quelquefois , comme la cause déterminante de ces accidents, elle ne peut cependant faire concevoir comment, aussitôt que l'ulcère carcinomateux existe, la dégénérescence et la désorganisation font des progrès dans les tissus voisins. Ici, ce n'est plus une inflammation modérée chronique , produisant une induration qui avec le temps dégénère; c'est une infiltration de substance squirrheuse et encéphaîoïde, qui se fait dans le tissu subjacent à l'ulcère; et, ce qui est plus remarquable
encore, c'est que ce tissu n'est ni rougi, ni injecté, et ne présente aucun phénomène d'inflammation; il s'infiltre donc par un autre mécanisme , car l'infiltration dépasse les limites de l'inflammation des parois de l'ulcère.
1664. En résumé, les cancers ne sont point des inflammations ni des suites d'inflammation ;
i°. Parce qu'ils se manifestent dans les tissus par des caractères essentiellement différents de ceux de l'inflammation;
2°. Parce qu'ils ne sont pas nécessairement précédés de phlegmasie;
3°. Parce que l'inflammation ne rend pas compte des accidents qu'ils déterminent, ni des désordres qui les caractérisent;
4°. Parce qu'ils ne naissent jamais uniquement par l'influence des causes propres aux phlegmasies, et ne s'annoncent pas par les mêmes symptômes;
5°. Parce qu'ils sont précédés de la formation d'un tissu organisé, d'une nature et d'un aspect autre que les tissus altérés par une phlegmasie;
6°. Parce que la formation de ce tissu, soit en masse, soit infiltré dans les mailles des organes, s'explique naturellement et simplement , sans répugner à la saine physiologie , par une altération de nutrition qui se caractérise par la sécrétion dans la partie malade, d'une substance qui s'organise d'abord et se désorganise ensuite , en se ramollissant et en tombant en détritus à une certaine époque de sa durée;
70. Parce que les substances squirrheuses et carcinomateuses sont identiques dans tous les tissus quelconques, tandis que l'inflammation et les désordres qu'elle produit ne sont jamais parfaitement semblables dans chaque tissu; circonstanoe qui explique
ET DES INFLAMMATIONS. 6ïil
bien que la phlegmasie étant une maladie des tissus, est modifiée par leur vitalité et par leur organisation particulières, tandis que le cancer, résultant delà formation primitive d'une substance morbide qui lui appartient et qui le constitue, n'est jamais, comme l'inflammation, assujetti primitivement à l'état particulier des organes au milieu desquels il se développe, puisqu'il ne les intéresse que secondairement.