‹ Histoire anatomique et physiologique d'un organe de nature vasculaire découvert dans les cétacés suivi de quelques considérations sur la respiration de ces animaux et des amphibies, lu à l'Académie des Sciences le 18 août 1834Chapitre 9 sur 23 · LES REPTILES SONT-ILS POURVUS DE CE GENRE D’ORGANE · texte numérisé non relu

LES REPTILES SONT-ILS POURVUS DE CE GENRE D’ORGANE

§. XXX. Parmi les reptiles , il est des genres qui vivent constamment dans IVau, mais qui vienhent de temps en temps prendre de l’air à la surface du liquide. Tels sont les tritons ou salamandres aquatiques; nous y joindrions l’Axholoth, le Proteus anguinus , etc. , si nous connaissions mieux les habitudes de ces derniers animaux , et si nous ne savions pas qu’ils possèdent, comme les cordyles ou larves de salamandres, un double appareil respiratoire. En effet, à l’extérieur ils ont des branchies qui les font ressembler à des poissons , et à l’intérieur ils ont un poumon aérien. Voilà une organisation qui fait de ces animaux de véritables Amphibies.

XXXI. Parmi les Batraciens , nous citerons encore les Grenouilles, les Crapauds, les Raines et Rainettes. Les premiers de ces animaux ont la faculté de rester long-temps sous l’eau, au fond des mares bourbeuses ou des étangs , sans avoir un besoin fré quent de venir respirer l’air à la surface du liquide. A quoi tient cette faculté ?

§ XXXII. Les batraciens, dont la peau est molle et qui restent long-ternps sous l’eau, peuvent, suivant M. le docteur Edwards l’aîné (1), respirer par la peau et absorber par cette grande surface, l’air contenu dans le liquide (2). Nous ferons observer que les batraciens qui restent sous l’eau, sont le plus ordinairement dans un état d’immobilité ; que les pertes qu’ils font par la périphérie du corps sont minimes (3) , et d’après cette double raison , ils doivent avoir un besoin bien moins grand de respirer , que les cétacés eux-mêmes , dont les mouvemens sont si véloces , si brusques , et dont les principaux organes de locomotion sont pour eux des armes offensives et défensives. Il y a pour ces raisons une bien plus granrlp quantité de sang, toutes proportions gardées , chez les cétacés que chez les autres animaux.

5 XXXIII. La circulation doit être très-active pour exciter et entretenir la contractilité musculaire, et pour donner au sang cette propriété excitante , il faut une respiration ample ou des réservoirs considérables , afin de conserver à ce liquide les qualités voulues pour l’entretien de l’action musculaire. John Hunter (4) dit que sur les cétacés examinés par lui , l’aorte avait plus d’un pied de dia-

(1) De l’influence des agens physiques sur la vie; par W.-F. Edwards. — Paris, 4824.

(2) « On connaît l’extrême agilité des grenouilles et combien elles sont différentes, à cet égard, des crapauds; mais leur séjour sous l’eau aérée fait disparaître cette différence. 11 fait plus encore; elles deviennent si lentes dans leurs mouvemens, qu’elles le sont plus que les tortues , etc. etc. » — Itid. , p. 65.

(5) Itidem, p. 55.

(4) Observations on the structure and œconomy of Whales, etc. — Philosopb. trans., vol. 77 ; 1787.

mètre. Nous savons que les parois du cœur, principalement celles du ventricule gauche et les colonnes charnues, sont beaucoup plus épaisses et plus fortes , toutes proportions conservées , que dans l’homme ; ainsi sur tous les dauphins que nous avons examinés , nous avons pu constater ce que nous indiquons ici , et cependant la longueur du corps de ces animaux était , dans plusieurs cas, inférieure à celle de l’homme. Cette prodigieuse énergie de la circulation doit être en harmonie, non-seulement avec l’intensité de la force de la contractilité musculaire , mais surtout avec l’étendue de l’appareil respiratoire, ou moyen de produire et d’entretenir l’hématose.

§ XXXIV. L’absorption de l’air par la surface de la peau , admise par M. Edwards (1) etl’état de repos des batraciens au fond de l’eau , ne paraissent cependant pas des moyens suffisans pour l’entretien de la vie et l’excitation des organes.

Certaines dispositions des artères présentées par plusieurs batraciens semblent être destinées à suppléer à l’action suspendue des poumons. En effet , on trouve sur le trajet des artères carotides de la grenouille ( Rana esculenta , Ranci viridis , Rana temporaria ) et du crapaud ( Bufo vulgaris , Bufo calamita , Bufo ohstetricans ), de petits corps déjà connus des anatomistes et particulièrement de Swammerdam (2) , et qu’ils ont considérés comme des glandes.

(1) « Les grenouilles peuvent vivre plusieurs mois sous l’eau aux dépens de l’air qui s’y trouve, et la peau est l’organe qui reçoit l’influence de ce fluide.... Pendant qu’elles vivent sous l’eau aérée, journellement renouvelée, on peut voir que les vaisseaux des membranes placées entre les doigts contiennent un sang vermeil. »

(2) Alterum par principum ramorum ex arteriæ magnætronco pullulantium,

âl

Examinés par nous , il a été facile de reconnaître que ces corps ne sont qu’un pelotonnement de vaisseaux artériels, comparable à celui des artères inter-costales des cétacés. Dans ces reptiles, ces diverticules sont , il est vrai , sur le trajet des artères qui vont à la tête , parce que l’encéphale est le seul organe qui ait besoin de quelque excitation par un sang encore artériel , mais dans les cétacés, ces diverticules correspondent à l’aorte descendante, et le sang que ces réservoirs peuvent restituer à ce tronc vasculaire , va à la partie postérieure du corps , dans les masses charnues de la queue , parce que là sont les puissances principales de la locomotion.

Swammerdam le premier oonaîdcra ccs petits corps , qui sont à l’origine de la carotide des grenouilles, comme une dilatation de ce vaisseau (1), qui, suivant Carus (2), semblent indiquer l’endroit d’où naissaient autrefois les artères des branchies. M. L. Huschke (3) dit que chaque carotide , avant d’arriver au niveau de ce corps se divise en un petit nombre de branches, qui y pénètrent,

ea tenùs admodùm spectabile est, quod utroque latere , in binas dilatetur nodos , ampullosos insignes , colore ex griseo nigro in vivente ranâ conspicuos G. G. — utraque cæterum hæc arteria postmodum rursùs extenuatur et, una curn ramulis indè prodeuntis, solis tantum mqdôoris, et respirationi inservientibus , musculis videtur esse destinata. Quælibet autem earum, ubi paulo deinde altiùs descendit, in aliam rursùs dilatatur ampullulam nodosam. Crediderim arterias basce illis esse geminas, quæ devehendo ad branchias sanguini antè inservierunt : quod tameupro certo affirmare nequeo; sed i eratis sectionibus adhùc foret inquirendum.

J, Swammerdammii àmtelædamensis Biblia naturæ, etc., t. jj, p. 831, Leydæ, 1738. •

(1) Biblia naturæ, t. jj.

(2) Lehrbuchder zootomie, p. 593, § 701. Leipsig, 1818.

(3) Ueber die Karotidendrüse einiger ampbibien.

Voyez Zeitchrift für physiologie.Vurterband. Erster heft, §113. Heidelberg, 1831.

s’y ramifient, s’anastomosent avec des branches vasculaires voisines, etforment ainsi un véritable système capillaire. De là le sang est porté par des canaux qui se réunissent de la même manière que les artères s’étaient divisées, et offrent à leur sortie de ce corps, à peu près autant de branches que l’artère en donnait à son entrée dans ce ganglion. Ces veines se réunissent en un tronc qui forme la partie supérieure de l’artère 'carotide. Au côté externe de ce ganglion on peut aisément suivre le cours du sang des rameaux aux branches et des branches au tronc de la carotide , parce que de ce côté les grosses branches parcourent un assez long trajet sans se réunir, tandis que du côté interne elles sont si fines et si courtes , qu’on croirait voir un faible réseau capillaire. Chacun de ce» ganglions ressemble à un petit cocon sanguin, et M. Huschke se croit suffisamment autorisé à les regarder comme les glandes carotidiennes formées d’un réseau purement artériel et complètement isolé. Ces ganglions vasculaires que jusqu’ici on n’a décrit que dans les grenouilles , se rencontrent encore sur d’autres reptiles batraciens. M. Huschke les a observés sur le Trito lacustris , le Trito palust ris , etc. : ils sont situés au même endroit que dans la grenouille, seulement ils sont plusalongés. Il les a vus aussi sur le crapaud, Bomiilator igneus.

Dans le Lacerta agilis , on trouve une large communication entre l’artère carotide et l’aorte , laquelle date de l’époque où existaient les branchies. M. Huschke, cherchant à connaître les fonctions de ces ganglions vasculaires , les regarde comme formant un autre système capillaire , où se fait une opération chimique , par laquelle le sang des artères carotides devient plus propre à la nutrition du

cerveau. Si Ton réfléchit aux exigences de l’encéphale et au mode de développement de ces ganglions vasculaires, il sera facile de voir qu’ils remplissent les fonctions d’une respiration indirecte, c’est-à-diré qu’ils séparent de l’eaul’acide carbonique , et que sans cela le sang des amphibies ne pourrait pas être purement artériel , tandis que l’encéphale paraît, plus qu’aucun autre organe , avoir besoin d’un sang éminemment artériel. C’est aussi pour cette raison , suivant M. Huschke, que dans le foetus des mammifères, le sang artériel de la veine ombilicale est en grande partie destiné à l’encéphale, tandis que le sang noir de la veine cave supérieure, sans pénétrer dans lecœur gauche, passe dans l’artère pulmonaire, le trou botal, 1© canal artériel et l’aorte descendante pour se rendre au placenta. Si l’on ne croit pas pouvoir admettre cette première hypothèse, M. Huschke en propose une autre : il est disposé à considérer ces corps comme destinés à exécuter une action tout-à-fait mécanique. Ce tissu capillaire diminuerait l’impulsion du sang , rendrait son choc nul , ce qui s’accorderait parfaitement avec la délicatesse de la substance cérébrale. Ici ces corps vasculaires répondraient aux sinuosités , aux flexuosités des artères carotides et vertébrales avant leur entrée dans le crâne , et au rete mirahile des ruminans. Enfin, considérant ces deux opinions réunies, on pourrait encore, toujours suivant M. Huschke , regarder ces ganglions artériels comme servant à l’oxidation du sang destiné au cerveau et comme affaiblissant l’effet de la force d’impulsion du cœur.

§ XXXV. Nous ne penchons ni pour l’une ni pour l’autre de ces opinions , et nous sommes disposés à considérer ces corps vas-

zu

culaires comme chargés de garder en réserve du sang artériel , et à le faire passer successivement dans l’artère carotide au-dessus du point où ces corps existent , pour entretenir ainsi l’excitation de l’encéphale et l’influx nerveux sur tous les systèmes organiques , soit que l’animal respire l’air atmosphérique , soit qu’il vive plongé dans l’eau. Ainsi les reptiles amphibies et particulièrement les batraciens auraient d’une part la respiration cutanée, puisque suivant M. Edwards , la surface de la peau peut être considérée comme un poumon secondaire , et d’autre part le sang artériel retenu quelque temps- dans les tortuosités des branches vasculaires constituant ces ganglions , pourrait encore arriver au cerveau avec ses propriétés excitantes, lors même que l’animal ne serait plus placé dans l’air atmosphérique. Sans doute ces corps ne peuvent pas être , sous les rapports de leurs proportions , comparés aux masses artérielles situées dans le thorax des cétacés , mais aussi chez les batraciens la respiration n’a pas la même activité, et les mouvemensne sont comparables sous aucun rapport à ce qui existe chez les cétacés.

§ XXXVI. Parmi les reptiles Ophidiens , plusieurs sont aquatiques ; les ophis , les hydrophis , et quelques autres , peuvent rester long-temps sous l’eau. Beaucoup de couleuvres et de vipères possèdent surtout cette faculté.

§ XXXVII. Quant aux Sauriens , si l’on sait que les crocodiles, les caïmans , les gavials habitent les eaux, on sait aussi que jamais ils ne restent long-temps sous le liquide. Les voyageurs nous disent

que sur les bords du Gange , du Niger , comme sur les rives des grands fleuves du nouveau continent , on voit paraître à la surface de l'eau l’extrémité du museau ou la partie supérieure de la tête d’un grand nombre de ces reptiles. Cette situation de l’animal est sans doute appropriée au besoin qu’il éprouve de respirer l’air atmosphérique.

§ XXXVIII. Le système circulatoire des reptiles a été étudié avec grande attention , et l’on ne trouve rien dans les ouvrages de Bojanus (1) , de Funk (2) , Confiliacchi et Rusconi (3), qui puisse oflrir quelque analogie avec les plexus artériels que nous décrivons dans les cétacés , si nous en exceptons les petits corps signalés par Swammerdam et décrits avec plus de détails par Huschke. Il est probable , suivant J. -F. Meckel et Carus , que ces petits corps ou ces renflemens vasculaires ne sont qu’un reste des vaisseaux branchiaux du têtard (4). Nous ne rapprocherons pas de ces corps ce que dit Panizza des petites vessies lymphatiques qui présentent des battemens (5), et ce que rapporte Mueller sur l’exis-

(1) Ànatome testudinis Europeæ. Vilnæ, 1819,

(2) De Salamandræ terrestris vitâ, evolutione, formatione tractatus. Berolini,

(5) Descrizione anatomica délia circulazione delle larve, delle salamandre aquatiche. Pavia, 1817.

Monographia del proteo anguino, etc. Pavia, 1819.

Amours des salamandres aquatiques. Milan, 1821.

(4) Gefassystem in Besondern amphibien.

System der vergleichenden Anatomie. Fünfter lheil. S. 238. — Halle 1851.

(5 ) Vescichette linfaliche pulsanti. — P. XXXIII.

tence de quatre cœurs distincts ayant des pulsations régulières et qui sontliés avec lesystème lymphatique dans certains animaux amphibies, et particulièrement dans les grenouilles (1 ), parce que ces organes, suivant leurs historiens, n’ont rapport qu’à la circulation de la lymphe. Mais , dans le dernier ouvrage de Panizza (2), on voit qu’il attribue aux vaisseaux lymphatiques des reptiles , non seulement d’absorber des liquides, mais encore d’absorber des gaz , et que certains vaisseaux lymphatiques sont , dans ces animaux , de véritables auxiliaires du poumon , ces absorbans prenant l’air à l’extérieur , et le conduisant dans les veines pour opérer une véritable hématose. Panizza va jusqu’à dire que, chez les reptiles , le sang veineux ne passe pas en totalité par les poumons (3) , circonstance anatomique qui porterait à penser qu’une

(1) Philosopliical transactions : 1833.

Votjez aussi le National du 18 juinj!834, dans le compte qu’il rend de la séance du 16 juin de l’Académie des Sciences.

(2) 1 vasi linfatici oltre d’assorbire i liquidi corne la Iinfa, assorbano eziando i fluidi aëriformi , e che carichi di questi , per il loro modo di serpeggiare e di intrecciarsi intorno allevene minutissime, servana alla ematosi del sangue. Taie officio fu da taluni attribuito ai linfatici, che si voiler quindi denominare vasi-idropneumatici, etc. Sopra il sistema linfatico dei rettili ricercbe zootomiche, etc. — Pavia, 1833.

(3) Si l’exi3tence de ces vaisseaux lymphatiques sous cutanés qui absorbent l’air et le portent dans les veines, peut être mise hors de doute, et si ces vaisseaux n’appartiennent pas exclusivement aux reptiles, il faudra reconnaître au sang veineux la propriété d’entretenir la vie en excitant les organes d’une manière analogue au sang artériel. Ce fait anatomique de vaisseaux chargés d’absorber l’air et de le mêler au sang veineux, démontrerait toute la justesse de l’opinion de notre savant ami M. F. Edwards, membre de l’Institut, qui croit que le sang veineux n’est pas contraire à l’entretien de la vie, et que dans certaines classes d’animaux il a manifestement la propriété de concourir à sa conservation.

fonction donnée , on trouve , soit à diverses phases de la vie intra utérine, soit lors du développement complet de l’animal, des organes différens pour desservir la même fonction , organes qui , dans beaucoup de cas , n’appartiennent pas en propre à l’appareil de cette fonction. Les plexus artériels des cétacés pourraient être rangés dans cette catégorie d’organes, ainsi que les vaisseaux lymphatiques qui absorbent l’air , et qui , suivant Panizza , déposent ce fluide dans le système veineux , pour opérer une sorte d’hématose tout-à-fait étrangère au poumon. Ces idées de Panizza sont en parfaite harmonie avec celles de M. F. Edwards, qui considère la peau des batraciens comme des organes respiratoires.

§ XXXIX. L’existence bien démontrée de ces vaisseaux lymphatiques et de leur mode d’agir suffirait aussi pour expliquer comment de grands ophidiens peuvent rester long-temps plongés à une très-grande profondeur dans les eaux de la mer ou des plus grands fleuves (1).

(1) M. Lamare-Picquot, qui a long-temps résidé dans les Indes orientales, m'a dit avoir observé bien des fois vers les attérages du Gange, encore en mer, des serpens ornés de couleurs vives et variées et d’une dimension de quatre à six pieds. Les marins qui visitent souvent ces parages affirment que ces serpens qui habitent la profondeur de la mer peuvent être aperçus à dix ou douze pieds dans l’eau, lorsqu’il fait beau temps, et que ces reptiles restent très-long-temps dans ce liquide, sans avoir besoin de venir respirer l’air atmosphérique. Leur accouplement se fait sous l’eau, et, comme les serpens terrestres, ils se tiennent étroitement embrassés, ou enroulés les uns sur les autres.

Dans les étangs du Bengale, le même voyageur a vu des serpens amphibies; ils sont dangereux sans être armés de crochets à venin : ils se jettent sur les oiseaux

.1 , -Ll - ' ' ' ■ ' -f-r~

o . nn '■ i .f*1 9jym : <.i

Page 1