POUMONS
11 y a quatre paires de ces organes placés sur les quatre premiers
segments ventraux de l'abdomen. La demi-transparence du tégument les décèle extérieurement sous l'aspect d'autant de grandes taches blanchâtres vaguement ovalaires. Le dernier segment en est privé. Les noms de poches et de sacs, sous lesquels plusieurs anatomistes les désignent, donnent une fausse idée de leur texture, et c'est, par un étrange abus des mots, que quelques-uns les appellent des branchies, expression exclusivement applicable à la respiration aquatique.
Quand on a débarrassé la cavité abdominale du foie, des autres viscères et du pannicule musculaire, les poumons offrent leur véritable configuration, qui est ovale triangulaire, ayant la base tournée à la ligne médiane, et la pointe au côté externe de l'abdomen. Situés au-dessous du pannicule tégumentaire qui les sépare des autres organes, ils sont étroitement enveloppés par une tunique propre, membraneuse, subhyaline, par une espèce de plèvre. En les dépouillant de cette tunique, ce qui est facile avec une pince circonspecte, ils apparaissent d'un blanc pur, satiné, resplendissantals sont légèrement convexes en dessus, déclives sur leurs bords et planes en dessous. Il suffit d'une loupe ordinaire pour y constater des stries transversales fort superficielles dont quelques-unes sont inégalement espacées. Que la pointe d'une aiguille effleure leur surface et l'on se convaincra que ces fines stries sont formées par le bord des feuillets constitutifs de cet organe. Ces feuillets, d'un blanc nacré, sont, dans ïoccitanus, au nombre de soixante à soixante et dix, et non à celui d'une vingtaine, ainsi qu'on l'a dit. J'en ai compté cent dans le poumon de Yafer, où ils m'ont paru plus longs et plus étroits. Ils ont une souplesse élastique qui permet de les feuilleter comme un livre. C'est Meckel qui, le pre mier, dans sa traduction des leçons d'anatomie comparée de Cuvier, en 1810, lit connaître la structure feuilletée du poumon des arachnides.
Le poumon ainsi mis à nu est libre, excepté à sa face inférieure, où il se fixe au pourtour du stigmate. Aussi, peut-on avec un stylet en soulever facil jment le limbe. Maison aurait une bien
fausse idée de sa véritable structure si on le croyait formé par une embrication ou une application mutuelle de lames simples. Voici ce qu'une étude scrupuleuse, fréquemment renouvelée, m'a permis de constater. Il faut à cet effet bien isoler les feuillets dans des sujets récemment morts, ce qui n'est pas toujours facile à cause de leur adbérence réciproque. Chacun d'eux a une forme comparable a celle d'une lame de couteau modérément courbée. Le dos de cette lame offre à la loupe une bordure plus large, plus compacte, d'un tissu en apparence plus expansible, d'un blanc plus mat avec des traces fort superficielles de plissures transversales. Le tranchant de la lame est comme coupé en croissant, d'une extrême minceur et d'un blanc lustré. Cette dernière couleur, ainsi que le blanc mat, est évidemment due à un pigment serré, étendu comme un vernis sur une trame fibro-aréolaire. Une macération prolongée, ou le grattoir, peuvent mettre à nu cette trame. Ce pigment paraît au microscope grisâtre et opaque.
Une puissante lentille m'a souvent permis de constater la texture organique de la trame dont je viens de parler. On y distingue, sur un fond parfaitement pellucide, des mailles ou aréoles allongées, parfois conniventes bout à bout, et d'autres nervures plus ou moins isolées, simples, c'est-à-dire non rameuses. Mais il est facile de pTendre le change, car si l'on envisage le feuillet avec ses deux lames appliquées lorsqu'elles sont dépouillées de leur pigment, la réticulation paraît alors confuse par le croisement des aréoles d'une lame avec celles de l'autre. La figure que j'en donne exprime fidèlement cette texture.
Mais chaque feuillet offre à sa partie inférieure ou d'insertion un espace simplement membraneux et diaphane, dépourvu et de pigment et des nervures de la trame. Au point d'union de cette diaphanéité avec le pigment, la plus amplifiante de mes lentilles m'a souvent révélé de petits festons ou des espèces de dentelures formées par la matière du pigment.
Un fait de structure intime, bien important à établir, et dont j'ai implicitement parlé, c'est que les feuillets pulmonaires sont
formés chacun de deux lames plus ou moins contiguës que j'ai nettement distinguées et que j'ai rendues par un dessin exact. L'existence de ces deux lames ferait de chaque feuillet comme un cornet culiriforme ou falciforme destiné à contenir et à expulser alternativement l'air dans l'accomplissement de l'acte mécanique de la respiration.
Je me suis assuré, tant dans mes recherches actuelles que dans celles publiées et figurées en 1817, que ces cornets s'abouchent, par leur partie membraneuse ou diaphane dont j'ai parlé plus haut, à un réservoir commun pareillement membraneux. Ce réservoir ou ce vestibule, pour me servir de l'expression significative de M. Duvernoy, est fixé au pourtour du stigmate. Jean Millier a figuré ce vestibule sous le nom de vésicule, mais il en a mal saisi les connexions avec les feuillets.
ARTICLE II