‹ Histoire anatomique et physiologique des scorpionsChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

APPAREIL VÉNÉNIFIQUE.

In caada venenum, avaient dit les anciens en parlant du scorpion, et ce fait est devenu proverbial dans son application à beaucoup d'actions humaines. C'est effectivement à l'article terminal

de la queue de cet animal qu'est placée son arme offensive et défensive, son ampoule à venin et à dard.

Dans les insectes qui sécrètent et inoculent par un stylet anal un véritable venin, comme Xabeillc, la (jaêpe, le pompile, la scolie, etc., l'appareil vénéniiique est l'apanage exclusif des femelles, parce que ce sexe seul est chargé du soin et de la défense de la progéniture; mais dans les arachnides en général, l'organe du venin est commun aux deux sexes. Chez les aranéides c'est par la bouche que s'instille le venin? tandis que dans le scorpion c'est par le bout de la queue. Voilà donc, entre ces deux groupes d'arachnides, un caractère anatomique bien distinclif.

Les observateurs pratiques qui ont suivi in loco nalali les manœuvres et le genre de vie des scorpions vivants, ceux qui les ont élevés en captivité pour les soumettre à des expérimentations, ceux enfin qui ont scruté leur anatomie, ont pu s'assurer de l'adresse et de l'énergie des mouvements si diversifiés de leur queue pour l'attaque ou pour la défense. J'ai déjà parlé de ces mouvements aux chapitres des appareils musculaire et digestif. Je n'y reviendrai point.

Sans doute il est impossible de saisir la destination spéciale des vigoureux muscles de la masse intérieure de l'ampoule, de déterminer ceux qui, au gré de l'animal, servent ou à provoquer les mouvements de l'ensemble ou à comprimer les conduits excréteurs pour l'éjaculation du venin; mais on peut du moins y constater une infinité de tendons d'une finesse plus que capillaire et juger ainsi du nombre des agents locomoteurs.

Dans le scorpion vivant et même dans le scorpion sec , l'ampoule à venin, ou le dernier nœud de la queue , présente extérieurement, à sa face inférieure ou convexe, une fort légère rainure médiane, une sorte de raphè qui est l'indice de l'existence intérieure de deux moitiés semblables ou de deux glandes vénénifiques.

Quand sur l'animal frais on pratique une incision circonspecte sur ce raphé, il est possible de pénétrer dans l'ampoule sans léser

les parties molles contenues, parce qu'il existe là, entre les deux moitiés internes, un vide d'une étroitesse des plus fines, des plus linéaires. Il y a donc une glande pour chaque ouverture de l'aiguillon. Ce fait matériel et rationnel paraît avoir complètement échappé aux zootomistes qui m'ont précédé.

Si cette incision a été heureuse et si l'on renverse latéralement, sans les désunir tout à fait, les deux moitiés de l'ampoule, on découvre, à la ligne médiane de sa partie supérieure ou non convexe, deux filets médians simples, parallèles, contigus, mais lihres, comme une douhle corde tendue, et faciles à déplacer avec la pince. On peut enlever le corps des deux glandes sans entraîner ces filets. Ceux-ci sont, je crois, nerveux; c'est du moins l'idée à laquelle je me suis arrêté en définitive et peut-être provisoirement. Ils proviennent sans doute des divisions secondaires ou tertiaires des grands nerfs terminaux de la queue. Ils ne m'ont présenté de fort courtes ramifications qu'en pénétrant dans l'aiguillon.

Je l'avoue, ces courtes ramifications, qui semblent des radicules, et la simplicité des filets, m'ont aussi fait penser à des cordons musculaires. De là les hésitations qui me poursuivent encore au moment de la rédaction.

Chacune des moitiés contenues dans l'ampoule à venin serait donc un corps subhémisphéroïdal, c'est-à-dire plane du côté de l'intervalle médian qui les sépare, et convexe de l'autre côté. Ce corps, qu'on ne saurait appeler une capsule à cause de sa solidité, se prolonge en col pour pénétrer dans l'aiguillon. Ses parois sont blanches, parfois avec une teinte opaline, et leur texture est ferme, fibro-cartilagineuse. En les déchirant avec précaution on aperçoit, principalement du côté de la convexité de ce corps, quatre ou peut-être cinq vaisseaux d'un blanc plus mat, les uns simples, les autres divisés ou fourchus, rampant entre les chairs ou les muscles. Ces vaisseaux, dont la délimitation est loin d'être facile, ne sont pas de simples nervures, comme on pourrait le croire au premier coup d'œil, car on parvient â les soulever avec

la pointe d'une aiguille. Ils vont tous aboutir à un tronc central ou médian, lequel s'atténue pour s'enfoncer dans le col. Ils sont donc sécréteurs par leurs branches et excréteurs par leur tronc. Je crois même avoir reconnu à ce dernier, ainsi qu'aux conduits excréteurs de beaucoup d'insectes, une tunique externe de texture contractile et un tube inclus plus clair, comme élastique, dont j'ai pu suivre la continuation dans le dard.

Ainsi, quand on veut comparer la glande vénénilique du scorpion avec les glandes vénénifiques des divers ordres d'insectes dont j'ai décrit et figuré les formes et la structure dans mes recherches entomotomiques, on voit qu'il n'existe entre elles aucune sérieuse analogie anatomique. Celle de notre arachnide est organisée sur un plan tout à fait spécial et insolite. Je ne me le dissimule point, il y a encore à apprendre sur cet organe.

Si l'on consulte les archives de la science sur l'anatomie de cet appareil, on est affligé de la pauvreté des faits consciencieusement observés et du vague des idées émises à ce sujet. En définitive, je ne vois que Jean Muller qui ait sérieusement porté le scalpel dans l'intérieur de l'ampoule à venin, et comme il n'a eu à sa disposition que des sujets à l'alcool, il n'en est résulté aucun fait positif. Cependant, chaque compilateur s'est cru obligé, en abordant cette question, de dire son mot, et ce mot est demeuré une erreur ou une insignifiance. Les uns y supposent des vésicules, d'autres des réservoirs, qui des follicules, qui des cellules cylindriques, que sais-je!

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