‹ Histoire anatomique et physiologique des scorpionsChapitre 4 sur 30 · CERVEAU, YEUX, OCELLES · texte numérisé non relu

CERVEAU, YEUX, OCELLES

i° Cerveau. — Le scorpion n'a pas de tête proprement dite, cela est vrai. Celle-ci se trouve, non pas seulement soudée, mais continue, confondue avec le thorax, et de là le nom de céphalothorax imposé par la science. Toutefois, dans le scorpion comme dans les autres arachnides, la partie antérieure du céphalothorax se lait remarquer ou par plus d'exhaussement, ou par im relief particulier ou par des empreintes symétriques, et elle est seule le siège, soit des yeux, soit des pièces qui entrent dans la composition buccale. L'autre partie donne, à droite et à gauche, attache aux membres de l'animal. Ainsi, quoique la science n'admette point et ne puisse pas effectivement admettre dans le scorpion une tète et un thorax, la nature a pourtant réservé ses droits

anatomiques, car au-dessous de la voûte céphalothoracique il laxiste en avant un cerveau, plus en arrière un ganglion thoracique. Le scorpion a donc un cerveau. Cet organe, inaperçu par Treviranus, confondu par iMuller avec le ganglion thoracique , mieux saisi par M. Newport, admis sans contestation par M. Duvernoy et Von Siehold, est, dans sa situation naturelle , assis, presque sessile sur la partie antérieure et dorsale du ganglion thoracique, confirmant ainsi la fusion de la tête et du thorax. La carcasse musculo-cartilagineuse de l'intérieur du céphaloihorax ou la vertèbre thoracique de Millier , que je décrirai bientôt, en rend la dissection difficile. 11 a un petit volume, vu la grandeur de ranimai, ce qui dépose déjà pour la faible intelligence et l'industrie bornée de cette bestiole. Il est subarrondi , lenticulaire plutôt que convexe, libre à son bord postérieur, qui est arrondi, pins ou moins bilobé à sa partie antérieure (ou plutôt supérieure), où prennent naissance les nerfs optiques; il a une faible teinte jaunâtre, tandis que le ganglion thoracique est blanc mat. Cette teinte dépend positivement d'une très-fine membrane, sorte de méninge ou d'arachnoïde, qui, en s'étendant sur le vaisseau dorsal circulatoire, en impose singulièrement dans l'appréciation des connexions de celui-ci avec le cerveau. Je suis parvenu à dépouiller ce dernier de cette si légère tunique , et alors on constate mieux sa forme bilobée. En lui donnant résolument le nom de cerveau, je me fonde et sur la texture spéciale de sa pulpe, qui a une mollesse de beaucoup supérieure à celle des véritables ganglions, et sur ses attributions physiologiques comme centre des sens. Je ne saurais donc partager l'opinion des anatomistes qui envisagent ce cerveau comme formé de deux ganglions. Dans les articulés qui ont une tête distincte du corselet, par exemple dans les insectes parfaits , le cerveau remplit exactement la cavité crânienne, il en a la configuration plus ou moins sphéroïdale, et il se divise profondément en deux grands lobes égaux, en deux hémisphères. Il en 'est tout autrement dans le scorpion à cause de l'absence d'une tête particulière.

En disant que cet organe est presque sessile sur le ganglion thoracique, j'ai entendu exprimer son mode de connexion avec ce dernier; connexion qui a été mal étudiée par les anatomistes. Elle a lieu par de larges et courts piliers entre lesquels se trouve une ouverture, un hiatus, dont l'étroitesse est proportionnée à la ténuité de l'œsophage qui le traverse. C'est cet hiatus qui constitue ce qu'on appelle généralement le collier œsophagien.

En arrière , le hord lihre du cerveau semble si étroitement uni au vaisseau dorsal, qu'on croirait facilement à la continuité du tissu entre ces deux organes. Cette illusion lient à la membrane arachnoïde qui les revêt l'un et l'autre. J'en reparlerai au chapitré de l'appareil circulatoire.

Lorsque j'ai avancé que le cerveau était plus ou moins bilobé , j'ai voulu faire pressentir que l'échancrure antérieure de cet organe était sujette à varier pour sa profondeur. Cela tiendrait-il uniquement au plus ou moins d'habileté du scalpel ou au degré dedéplacement de cet organe dans ses connexions normales? Le plus souvent, les lobes sont bien prononcés, comme renflés, ventrus. C'est cette forme que mon crayon a prise pour modèle, et je l'ai retrouvée même dans les scorpions retirés des liqueurs conservatrices. D'autres fois, l'échancrure est à peine marquée, et les angles qui la limitent sont peu saillants.

Quoi qu'il en soit, les nerfs optiques oculaires naissent de ces lobes ou angles, et se portent directement aux globes des grands yeux. Les optiques ocellaires prennent leur origine à ces mêmes lobes, mais plus en arrière que les oculaires et un peu en dessous de ces prolongements cérébraux.

Dans d'innombrables autopsies, j'ai eu beau mettre à de persévérantes épreuves et mon scalpel et mes yeux pour explorer le pourtour ainsi que la surface du cerveau du scorpion, je n'y ai jamais découvert que les paires de nerfs destinés aux organes de la vue. Aucun autre nerf n'en part. Qu'on me permette d'accorder quelque valeur à ce fait négatif, tant dans l'intérêt de la physiologie que dans celui de la classification et de la technologie anatomique.

Les scorpions, comme tous les arachnides, sont privés d'antennes, ils sont aceres, et Latreille était dans le vrai, lorsque, dans son immortel Gênera, il donna à ces animaux cette dénomination. Non, les scorpions n'ont point d'antennes. Si des novateurs, tourmentés de l'idéal d'une unité de conformation organique trop absolue, ont nommé les longs bras préhensiblesdu scorpion des antennes-pinces, et les mandibules des palpes didaclyles, la nature donne par mon scalpel un formel démenti à cette technologie si perturbatrice, si désespérante pour les esprits sensés. Personne ne saisit avec plus d'empressement que moi les lois générales qui régissent la diversité des organismes; je suis toujours heureux de rattacher à ces lois les petits êtres auxquels, depuis plus d'un demi-siècle, je consacre, avec une passion non encore affaiblie, les loisirs de ma profession. Imbu d'une sobriété innée pour les innovations, je n'ai jamais manqué l'occasion d'appliquer aux animaux inférieurs la nomenclature anatomique des notabilités organiques , lorsqu'il y avait dans les viscères similitude de fonctions. Mais je ne me laisse point aller à des conséquences outrées ou forcées; je sais faire la différence de Y analogie avec la conformité; je ne prétends pas imposer à la nature des lois, des bornes que son omnipotence réprouve.

Si je ne me trompe, c'est un fait commun à tous les animaux articulés pourvus d'antennes,- que leur cerveau fournit et les nerfs optiques et les nerfs antennaires et les véritables nerfs palpaires, tandis que c'est aux ganglions thoraciques que prennent leur origine les nerfs destinés aux leviers locomoteurs et aux organes préhensibles. Or, je le répèle bien haut, les scorpions n'ont point d'antennes, aussi leur cerveau n'offre-t-il pas le moindre vestige de nerfs antennaires. Cette négation anatomique est, à mes yeux, un témoignage irréfragable, une condamnation sans appel de la fausse interprétation donnée par la plupart des classificateurs aux chèlipalpes , qu'ils considèrent comme des antennes métamorphosées. Et, puisque j'ai prononcé ce nom de chèlipalpes, je veux m'exphquer sur son acception technique. Elle est fondée sur

l'analogie de ces bras à pinces avec les palpes des araignées. C'est de ma part une concession provisoire. Ces chélipalpes, reçoivent directement leurs nerfs du ganglion thoracique, de même que les pattes. Je conteste donc formellement l'assertion de Von Siebold, qui fait naître da cerveau même les nerfs destinés aux mandibules qu'il appelle des palpes maxillaires (étrange abus des mots!) et aux cbélipalpes. Je soutiens, moi, que les nerfs mandibulaires et chélipalpaires prennent leur origine au ganglion tboracique et non au cerveau.

2° ) eux et ocelles. — Après le savant mémoire de F. Muller sur les yeux et la vision des aracbnides, il semble que le sujet soit épuisé, car il l'a traité de main de maître. J'y ajouterai néanmoins quelques faits pratiques.

A. Je redis que les nerfs optiques oculaires, ou des grands yeux médians, naissent du prolongement des angles de l'échancrure cérébrale. Ils sont bien séparés l'un de l'autre, très-simples, assez forts, dune longueur qui dépasse trois ou quatre fois environ le diamètre du globe de l'œil. Dans leur situation naturelle, qui est horizontale, on comprendra que, pour aboutir à ce dernier, ils doivent être redressés.

Le globe oculaire du scorpion a, pour sa configuration, une remarquable ressemblance avec celui de la plupart des animaux de l'ordre supérieur. C'est un sphéroïde, mais moins convexe au segment qui correspond à la cornée vitrée du tégument. Ces yeux, séparés extérieurement par une fine crête tégumentaire, ont leurs globes fort rapprochés et établis sur un pannicule commun d'un tissu compacte, serré, blanchâtre, d'apparence fibreuse. Une légère couche adipeuse, un édredon que j'ai souvent constaté, s'observe au voisinage de l'insertion oculaire du nerf optique et se continue, sans solution, aux deux yeux... Sublime précaution de la nature! Malgré ce rapprochement et cette communauté d'assiette, les globes oculaires sont indépendants l'un de l'autre, et il n'est pas difficile de les évulser isolément par une traction bien ménagée de l'optique. Une membrane pigmentale noire embrasse comme

une calotte tout le globe jusqu'à la limite du segment qu'entoure la cornée, et s'étend aussi à l'étroit intervalle qui sépare les deux yeux. L'évulsion de l'œil dans les scorpions fraîchement mis à mort met en évidence, non-seulement la membrane pigmentale qui l'enveloppe, mais encore un lambeau flottant qui déborde comme une portion de voile, et ce lambeau s'est toujours rencontré de la même manière dans divers individus. Dans les autopsies des scorpions retirés des liqueurs conservatrices, ce lambeau flottant n'existe jamais et le pigmentam demeure exactement collé sur le globe de l'œil. Cette double observation prouve que ce pigmentum n'est pas un simple enduit, mais une membrane qui a de l'analogie avec la choroïde des yeux des grands animaux.

Un trait anatomique essentiel, et que je ne trouve mentionné par aucun de mes prédécesseurs , c'est l'existence au globe de l'œil d'un muscle subpyramidal qui, d'une part, s'implante à la partie postérieure de ce globe, et de l'autre, je crois, aux apophyses de la carcasse cartilagineuse du céphalothorax. N'y a-t-il qu'un seul de ces muscles à chaque globe oculaire ou bien en existe-t-ii quelque autre pour établir l'antagonisme ? Je n'e» ai en effet constaté qu'un, mais je suis porté à croire qu'il n'est pas isolé.

11 est encore un autre trait inaperçu, même par F. Millier. Le segment du globe de l'œil recouvert par la cornée, qui lui transmet la première impression de la lumière , est entouré à sa base d'un anneau calleux , gris blanchâtre, dans une rainure duquel s'enchâsse la cornée, littéralement comme un verre de montre dans sa monture. C'est surtout dans la dissection des scorpions retirés de l'alcool, que l'énucléation du globe oculaire s'exécute avec facilité , en se désenchâssant nettement de cette rainure.

Le milieu ou l'aire du cercle calleux dont je viens de parler est brunâtre ou enfumé et mérite le nom d'iris. Je n'y ai point aperçu distinctement une pupille, le jeu de celle-ci n'étant sensible que lors de l'exercice de la vision. Mais j'ai rencontré plusieurs fois à la cornée vitrée ou tégumentaire une teinte brune dans son pourtour, résultat de son application immédiate pendant la vie

sur le pigment de l'œil, et au centre un point dénudé, translucide, trace de la pupille. On peut constater cette disposition en étudiant à contre-jour cette cornée à la simple loupe.

Le centre du globe oculaire serait occupé par une lentille globuleuse diaphane, que je n'hésite pas à regarder avec F. Muller comme un véritable cryslallin. J'avoue que je ne suis point parvenu à l'isoler intégralement, je n'en ai vu que des fragments; mais j'ai foi entière dans l'assertion du célèbre anatomiste allemand.

Cette structure de l'œil du scorpion dont je viens d'esquisser les traits principaux, l'existence surtout d'un muscle oculaire que je suppose soumis à l'empire de la volonté, me donnent la conviction intime que, malgré l'immobilité de la cornée tégumentaire, qui n'est qu'une paupière vitrée, le globe de l'œil est susceptible d'exécuter, au-dessous de cette dernière, des mouvements propres. Le scorpion, aux habitudes nocturnes et ténébreuses, pourrait donc diriger à son gré les axes visuels de ses grands yeux! La vue de cet animal aurait-elle quelque analogie avec celle des oiseaux de nuit et du chat? Cela est possible, c'est même vraisemblable. Mais comment convertir cette présomption en fait démontré ?

F. Muller a émis l'opinion que la forme fortement globuleuse du cristallin des grands yeux, et la convexité de la cornée , indiquaient dans les scorpions une excellente vue pour les objets rapprochés, mais une vue peu nette pour les objets distancés.

Leurs habitudes sédentaires et leur genre de vie viennent à l'appui de cette idée de myopie, que je partage volontiers.

Les yeux des scorpions, tant les grands que les petits, ont été classés parmi les yeux simples ou stemmates, par opposition aux yeux à réseaux qui caractérisent la classe immense des insectes. Qu'on me permette de fournir encore, à l'occasion de ces yeux, un exemple assez intéressant de la marche graduelle de la nature dans ses plus petites, comme dans ses plus grandes créations. Je viens d'insinuer par plusieurs preuves anatomiques que les yeux

médians du scorpion jouissaient d'une certaine mobilité de l'axe visuel. N'y a-t-il pas là un mode spécial d'organisation, qu'on retrouvera sans doute dans d'autres arachnides, un progrès organique qui vient remplacer, quanta la vision, d'une part, le groupe des globules oculaires des cloportides, des myriapodes, etc.; de l'autre part, les innombrables facettes des yeux composés des insectes? Quelle piquante série de modifications se déroule dans la longue chaîne des articulés, depuis ces cornées rares et comme égarées de certaines scolopendres, jusqu'à la somptuosité des facettes oculaires de la libellule î

Avant d'aborder les ocelles, qu'on veuille bien se pénétrer de la condition de position des grands yeux. Placés au centre de la voûte céphalothoracique, qui est à poste fixe, il leur est physiquement impossible , vu leur direction latérale et l'immobilité de la cornée, de diriger un rayon visuel sur le sol ou support immédiat. Cette faculté est exclusivement réservée aux ocelles, comme je le dirai bientôt. Pour quiconque a étudié vivants les scorpions, il est bien positif que cet animal est blessé par l'impression de la vive lumière, et, pour ne parler que de Y occitanus , que j'ai plus particulièrement étudié in loco naiali, jamais dans les plusieurs centaines que j'ai recueillies, je ne l'ai trouvé courant en plein jour sur le sol; constamment je le découvrais blotti sous les abris, et reculant aussitôt devant le grand jour. Dans une captivité où je cherchais à l'entourer des conditions hygiéniques de sa terre natale, c'est toujours au coucher du soleil que je le surprenais sortant de sa tanière, explorant l'enceinte de sa prison, heurtant, grattant les obstacles pour reconquérir une liberté impossible. Un jour, un de mes scorpions captifs se trouvait tellement bien placé contre la paroi interne de sa prison vitrée, que je pouvais suffisamment approcher ma loupe pour surprendre ses grands yeux. Ceux-ci, dans l'ombre, me parurent avoir le centre dénudé comme une pupille dilatée; je projetai un rayon de soleil sur sa tête, l'animal se recula, fut ébloui et l'œil devint tout noir. Je le laissai à l'abri de la vive lumière et ses yeux reprirent, après

un certain temps, leur pupille. J'ai renouvelé l'expérience à plu sieurs reprises, et j'ai obtenu les mêmes résultats.

B. Les nerfs optiques ocellaires, dont j'ai indiqué plus haut l'origine au cerveau, ont une longueur dont la mesure est exprimée par la distance des ocelles aux yeux médians. D'une finesse plus que capillaire, ils demeurent longtemps simples, puis ils se divisent en trois nerfs qui vont se porter isolément aux trois globes ocellaires.

Ceux-ci, infiniment plus petits que les médians, ont comme eux une cornée vitrée très-convexe. Au-dessous du tégument corné, ils reposent sur une membrane souple et fibreuse où ils demeurent adhérents, lorsque après la macération on les évulse de leur cornée. Je les ai toujours vus noirs et j'y ai vainement cherché l'anneau calleux des grands yeux. Je dois penser que-, dans l'exercice de la vision, le pigment se retire du centre pour former une pupille. Leur petitesse s'oppose à bien des constatations. Tout me porte à croire que les globes ocellaires sont immobiles. Leur position marginale, leur rapprochement du plan de support, par conséquent des objets qu'ils ont intérêt à saisir ou à éviter, semblent justifier l'opinion de F. Muller, qui pense que leur myopie est plus grande que celle des yeux médians. Ceux-ci, à raison de leur siège plus élevé, de leur grandeur et de leur mobilité, sont donc les sentinelles avancées de la vision, destinées à prévenir, à conjurer le danger. 0 sagesse infinie !

J'ai souvent dit, et je ne crains pas de le répéter, l'anatomie est appelée à confirmer ou à infirmer la classification, à redresser des erreurs. L'optique ocellaire de notre scorpion va nous en fournir un nouvel et incontestable exemple. Latreille avait attribué avec raison à ïoccitanus huit yeux, dont six latéraux ou ocelles.

Dans mon mémoire de 1 8 1 7, je reconnus, je figurai ce même nombre , et mon scalpel en établit la preuve anatomique irréfragable, dans la division de l'optique ocellaire en trois nerfs distincts. Les classificateurs germaniques, dans leur entraînement pour la création des genres, et leur prodigalité des yeux, en ont

donné douze à Yoccitanus, devenu pour eux un androctonus. On a pris pour des ocelles de simples granules tégumentaires, et dans mes récentes investigations sur ce même o'ccitanus, au lieu de deux granules, j'en ai trouvé jusqu'à six ou sept rangés contre la série des trois véritables ocelles. h'australis, aussi pour eux un androctonus, n'a non plus que trois globes ocellaires. Et que penser de la figure déjà citée de M. Newporl, où le système nerveux d'un androctonus offre cinq globes ocellaires terminant un même nombre de nerfs? N'est-ce pas là une image purement théorique ou schématique?

Veuropœus, placé par Lemprich dans son genre scorpius (pour ne pas dire scorpio . . . misères humaines!), et qui n'a effectivement que deux ocelles latéraux, m'a fourni, par l'étude des fœtus, un fait inaperçu jusqu'à ce jour et bien digne d'être signalé. Ces fœtus, que j'ai représentés, ont, à cet âge de la vie utérine, un céphalothorax avec trois points noirs latéraux très-distincts correspondant aux futurs ocelles. Dans une dissection heureuse de ces fœtus, j'ai détaché les ocelles de leur cornée tégumentaire, et quelle ne fut pas ma surprise en constatant, non pas deux, mais trois nerfs aboutissant aux trois ocelles embryonnaires? De ces derniers, soumis à une étude scrupuleuse, deux étaient contigus, comme confondus dans un seul et même germe. Il paraît qu'aux approches de la naissance, l'un moins saillant avorte, s'étiole, s'anéantit et n'est plus représenté à l'extérieur par une cornée vitrée. La nature, vous le voyez, ne déroge point ici à l'harmonie de ses créations échelonnées; elle a, par l'existence fœtale du troisième ocelle, et plus tard par son avortement, révélé à l'œil patient du microtomiste habitué à braver les difficultés, et la condition vestigiaire fugace de cet ocelle et sa constance dans le plan graduel de l'organisation.

J'ai aussi constaté, par la dissection, l'existence de trois nerfs ocellaires dans les scorpions afer, palmatus, biaculcatus, leioderma et longicauda, rangés par les classificateurs plus récents dans le genre buthus. Dans le nigrolineatus , espèce exotique si rapprochée

de ïoccitanus, les trois nerfs ocellaires n'ont pas leur origine à un même point comme dans ce dernier; l'un, ou l'intermédiaire, est tout à fait séparé des autres.

ARTICLE II

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