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ARISTOTE

Aristote est reconnu avec raison pour le chef et le prince des rhéteurs. Sa rhétorique, divisée eu trois livres, a toujours été

. 1 QnlntU. 1. 3, cap. 1. Cic. in Brat. n. 46.

coDsidérée par les savants comme un chef-d'œuvre > et comme le traité le plus accompli qui ait paru sur cette matière. Un sentiment de jalousie , ou plutôt d'émulation , nous a procuré cet ouvrage. Isocrate» , alors fort âgé, enseignait l'éloquence à Athènes avec un succès extraordinaire, et était suivi d'un grand nombre d'illustres disciples. J'aurais pu , par cette raison , le mettre au nombre des rhéteurs ; mais je me réserve à en parler sous un autre titre. Une réputation si éclatante réveilla Aris« tote. S'appliquant, par une parodie heureuse, un vers dune tragédie grecque % il se disait à lui-même^ : // m'est honteux de garder le silence, et de laisser parler Isoçrate,

Jusque-là il n^avait donné que des leçons de philosophie ; il les continua le matin seulement, et ouvrit son école l'après-midi pour y enseigner les préceptes de rhétorique.

Il paraît qu'Aristote avait composé plusieurs ouvrages sur la rliétorique. Cicéron parle 4 en plus d'un endroit d'un recueil ^ où ce philosophe avait ramassé tous les préceptes de cet art qui avaient paru depuis Tisias, qu'il en regarde comme l'inventeur, jusqu'à son temps ; et il les avait traités avec tant d'élégance et de netteté , et les avait mis dans, un si beau jour , qu'on ne les allait plus chercher dans leurs auteurs, mais dans Aristote seul.

Immédiatement après la rhétorique d' Aristote , -renfermée en trois livres, on en trouve une qui a pour titre : RhetO' rica ad Alexandrum, comme si elle avait été adressée à Alexandre , et composée exprès pour lui \ mais tous les savants conviennent qu'elle n'est point d'Aristote^.

> « Itaque ip«e Aristoteles, quam 3 [Quintu. m^ 1^ 14,-]

florere isocratem nobilitate discipalo- < De Invent. Mb. 2, n. 6. DeOrat.1. 2,

rnm yideret... matavit repente totam n. 160.

formam prope disciplina sas, yersnm- & c lîominatlm cnjnsqae prscepta

que qnemdam de Mtilocteta paalo sacns magna conquisita cara perspicae con-

dixit. Uleenimtacereaitsibi eaftetarpe scripsit, atqne enodata diligenter ex-

CDm barbaris; hicautem, qaam Iso- posuit; ac tantnm inventoribus ipsis

rratem pateretar dlcere. » (CIC. c(« Omf . snavitate et brevitate dicendi prae-

lib.3, n. 141.) stitit, ut nemo illoram pnecepta ex

« Isocratis praestantissirai discipali- ipsorum Kbris cognoscat; sed omnes

faerant in ornai studioram génère; qui qaod illi prscipiant velint intel-

eoqae jam seniore... pomeridianis scbo- ligere ad hnac, qaaal ad quemdam mnlto

lis Aristoteles pnecipere artem orato- commodiorem , explicatorem conver-

riam eœpit. > (Quintil. lib. 3, tap. 1.) tantnr. » [De InvenU)

• 'Maintenant perdue. — L. ^ M. Garnier a très-bien prouvé qnt

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Il avait composé sur cette même matière des livres qui portaient le nom de Théodecte. Ce que raconte à ce sujet Valère Maxime ne ferait pas d'honneur à Aristote, sMl était vrai. Il dit que pour faire plaisir à Théodecte , Tun de ses disciples qu'il considérait particulièrement, il lui avait fait présent de ces livres, et lui avait permis de les publier sous son nom; mais qu'ensuite, se repentant d'avoir cédé inconsidérément sa propre gloire à un autre, iVs'en déclara l'auteur. En effet, il les cite comme de lui dans sa Rhétorique ' . On doutait encore du temps de Quintilien si cet écrit était d' Aristote ou de Théodecte.

Quoi qu'il en soit, sa Rhétorique , qui est parvenue jusqu'à nous, et qu'on ne lui conteste point, est de tous ses ouvrages le plus généralement estimé, pour l'ordre merveilleux qui y règne, pour la solidité des réflexions qui accompagnent ses préceptes, pour la profonde connaissance du cœur humain, qui paraît surtout dans son Traité des mœurs et des passions. Les maîtres destinés à former les jeunes gens à l'éloquence ne peuvent trop étudier cet excellent livre : j'en dis autant de sa Poétique.

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