ANAXIMÈNE
Anaximène de Lampsaque passe communément pour avoir été auteur de la Rhétorique adressée à Alexandre *. Elle a son mérite, mais est très-inférieure à celle d' Aristote. Il avait écrit sur beaucoup d'autres matières.
DENYS d'HALICARNASSE.
Denys d'Halicarnasse tient un des premiers rangs entre les historiens et les rhéteurs. Je ne le considère ici que sous cette dernière qualité.
Aussitôt après qu'Auguste eut terminé les guerres civiles , vers le milieu de la t87^ olympiade , environ vingt-huit ans avant
ce traité est celai de Corax; il fut en- de Rhetoriea ad Mexandrum ( item, de
voyè à Alexandre avec deax autres trai- l'instit. classe d'Histoire et de Litiér.
tés de rliétorique; la lettre accompa- anc. t. II, p. 44 et sniv.) — L.
gnant cet envoi , et dont on ne connaît > Lib. 3, c. 9, pag. 593. QnintU. 1. 2,
pas au juste l'anteur, ayant été jointe au cap. 1&.
traité de Corax , en fpt regardée comme '' Voyez la note de la page précédente.
une partie intégrante, et de là le nom — L.
SCIENCfia ET ARTS. 47
iésus-Christ , Denys d'Ualicarnasse vint s'établir à Rome , et il y séjourna vingt-deux ans. On juge par quelques endroits de ses ouvrages < qu'il y enseigna la rhétorique , ou publiquement ou en particulier.
Tout ce qu'il a écrit sur cette matière n'est point parvenu jusqu'à nous. Nou$ avons de cet auteur un traité de V Arrangement des paroles ; un autre de VArt\ un troisième, qui n'est pas entier, touchant le caractère des écrivains anciens, et surtout des orateurs. Dans la première partie.il parle de Lysias^ û'Isocrate et d'/see ; dans la seconde, il traitait de Dèmostkène, û'Hypéride et d'Eschine ; il ne nous en reste que ce qui regarde Démosthène , encore ce morceau n'est-il pas entier. Il ajoute aussi quelque chose de Dinarque. Suivent deux lettres , l'une à Ammée , où il examine si Démosthène s'est formé sur la Rhétorique d'Aristote ; l'autre à un Pompéius , où il rend compte de ce qu'il a cru être blâmable dans la diction de Platon, Nous avons encore ses Comparaisons d'Hérodote et de Thucydide , de Xénophon , de Philiste et de Théopompe ; enfin nous avons ses réflexions sur ce qui fait le propre caractère de Thucydide. Le But de ces derniers ouvrages est de faire connaître les auteurs dont il parle , de marquer en quoi ils sont imitables et en quoi ils ne le sont pas.
Ce n'est donc pas une rhétorique en forme que nous avons de cet auteur; ce ne sont que des morceaux de rhétorique , ou quelques points de cet art, qu'il a jugé à propos de traiter.
L'examen qu'il fait des écrivains de l'antiquité les plus estimés , et le jugement qu'il en porte , peuvent servir beaucoup à former le goût. Il est vrai qu'on est choqué d'abord de la liberté avec laquelle il fait le procès sur certains articles à Platon et à Thucydide, pour lesquels d'ailleurs il témoigne une grande estime et un grand respect. Ce serait une chose très-utile , et qui ne serait pas désagréable au lecteur , d'entrer dans une discussion exacte de ces jugements , et d'examiner , sans prévention et de bonne foi, s'ils sont fondés en raison et en vérité. ]Ni le plan de mon ouvrage ni la médiocrité de mes talents ne me permettent pas de songer à une telle entreprise. Notre au-
« Tome 11^ p. 21 et 64.
leur d^lare en plusieurs endroits < que ce n'est ni Fenvie de s'élever lui-même ni le désir de rabaisser les autres qui le guident et le conduisent dans ses critiques , mais une volonté sincère d'être utile à ses lecteurs. C'est une heureuse disposition pour juger sainement.
Un fragment fort court qui nous reste de lui * nous apprend quel* motif l'avait engagé à composer ses traités de rhétorique : c'était le désir de contribuer à l'affermissement du bon goât par rapport à l'éloquence. Depuis la mort d'Alexandre, roi de Macédoine , elle avait souffert dans la Grèce de grands changements ; et par des déclins imperceptibles, mais qui allaient toujours en croissant , elle était enfin tombée dans un état qui la rendait méconnaissable. Nous verrons dans la suite que ce déchet et cette altération commencèrent par Démétrius de Pha- 1ère. Au lieu de cette beauté mâle et naturelle , de cette noble et ancienne simplicité , de cet air de dignité et de grandeur , qui lui avaient attiré un respect générai et procuré un empire souverain sur les esprits et sur les cœurs , sa rivale , j'entends la fausse éloquence, sortie des contrées délicieuses de l'Asie, travailla sourdement à la supplanter , fit usage pour cela du fard et des couleurs les plus vives . employa les ornements les plus propres à éblouir les yeux et à faire illusion. Cette dernière venue, sans autre mérite que celui d'une brillante mais vaine parure , vint à bout , quoique étrangère , de s'établir dans toutes les villes grecques , à l'exclusion de l'autre, née dans le pays même, laquelle se vit exposée à l'oubli, au mépris, et même aux insultes dé ceux qui l'avaient autrefois si longtemps et si justement admirée. Pïotre auteur compare, en ce point, laGrèceà une maison où une concubine adroite et artificieuse, qui par ses charmes et ses attraits s'est rendue maîtresse de l'esprit du mari , a jeté le désordre et la corruption , et où elle exerce un empire absolu , pendant que la femme légitime , devenue en quelque sorte esclave , a la douleur de se voir méprisée et comptée pour rien , et contrainte d'essuyer tous les jours les rebuts et les outrages les plus sensibles. Il reconnaît avec joie qu'on a vu depuis peu la saine éloquence reprendre son ancien crédit, et sa rivale obligée
» Tome 11, p. 120-137, 161. ' Ibid. pag. 80, 81.
à son tour de lui céder la place. Tout ce qu'il dit ici regarde la Grèce, et il attribue cet heureux changement au bon goât qui régnait alors à Rome , d'où il s'était déjà répandu et devait se répandre encore de plus en plus dans toutes les villes grecques, qui se piqueraient à l'envi d'imiter l'exemple de la ville dominante. C'est pour contribuer à ce renouvellement de l'éloquence dans sa patrie que Denys d'Halicarnasse avait composé tous ses livres de rhétorique : motif bien louable , et digne d'un bon et zélé citoyen !
HEBMOGÈNE.
Hermogène était de Tarse en Cilicie , et vivait sous l'empereur Marc-Aurèle Antonin'.Ge prince, ayant eu la curiosité de l'entendre faire ses leçons, en fut charmé, et lui fit de grands présents. Il commença à professer à l'âge de quinze ans , et il n'en avait que dix-huit lorsqu'il composa sa Rhétorique , qui est regardée par les savants comme un fort bon ouvrage ; mais , par un événement fort singulier , à l'âge de vingt-quatre ans il devint stupide , et sa stupidité dura le reste de sa vie : il mourut au commencement du troisième siècle.
APHTHONE.
Aphthone vivait à la fin du second siècle de l'Église , ou au commencement du troisième. Au lieu que beaucoup d'autres n'ont écrit de la rhétorique que pour ceux qui sont déjà avancés dans la connaissance et dans l'usage de cet art , afin de les y perfectionner, Aphthone, au contraire, n'a écrit que pour les enfants * , et ne donne des préceptes que sur les compositions qu'il croit à piropos de leur faire faire pour les préparer à ce qu'il y a de plus grand dans l'éloquence.