DES GRAMMAIRIENS
La grammaire est l'art de parler et d'écrire correctement.
Il n'est rien de plus admirable en soi-même , ni qui mérite davantage notre attention , que le double présent que Dieu nous a fait de la parole et de l'écriture. Nous en faisons un continuel usage sans presque jamais y réfléchir, et sans considérer les merveilles étonnantes que Tune et l'autre renferment.
La parole fait un des plus grands avantages de l'homme , audessus de tous les autres animaux. Elle est une des plus grandes preuves de la raison ; et l'on peut dire que c'-est la parole qui la met le plus en évidence. Mais par quel art ingénieux se produitelle! et combien faut-il que de parties différentes , au premier commandement de l'âme, se réunissent et concourent ensemble pour former la voix ! .
rai une pensée en nioi-même que je voudrais communiquer à d'autres , ou quelque doute dont je souhaiterais être éclairci :
' Rar. 2 14 et 15.
4 HISTOIRE ANGIENNS.
rien de plus spirituel , et par conséquent de plus éloigné des sens que la pensée. Quel véhicule pourra donc la faire passer jusqu'aux personnes qui m'environnent ? Si je n'en puis venir à bout , renfermé en moi-même, réduit à moi seul, privé de tout commerce , de tout entretien , de toute consolation , je souffre des tourments inexplicables. La compagnie la plus nombreuse , le monde entier même n'est pour moi qu'une affreuse solitude. La divine Providence m'a épargné toutes ces peines en attachant mes idées à des sons , et me rendant maître de ces sons par une mécanique naturelle qu'on ne peut assez admirer.
Au moment même et dans l'instant précis que je veux communiquer ma pensée à d'autres, le poumon, le gosier, la langue, le palais, les dents, les lèvres, et une infinité d'organes qui en dépendent et en font partie , se mettent en mouvement et exécutent mes ordres avec une rapidité qui prévient presque mes désirs. L'air sorti de mon poumon , diversifié et modifié en une infinité de manières, selon la diversité de mes sentiments, va porter le son dans l'oreille de mes auditeurs , et leur apprend tout ce qui se passe en moi et tout ce que je veux qu'ils sachent.
Pour apprendre à produire des effets si merveilleux , ai-je eu besoin de maître, de leçons, d'instruction? La nature, c'est-àdire la divine Providence, a toutfait en moi, mais sans moi. Elle a formé dans mon corps tous les organes nécessaires pour produire ces effets merveilleux , et elle les a formés d'une délicatesse qui échappe presque aux sens , et avec une variété , une multiplicité , une distinction , un art , une industrie que les naturalistes avouent être au-dessus de toute expression et de toute admiration. Ce n'est pas assez : elle nous a donné une autorité souveraine sur tous ces oi^anes, pour qui nos simples désirs sont une voix impérieuse à laquelle ils ne résistent point, et qui lès met aussitôt en mouvement. Pourquoi ne sommes-nous pas ainsi dociles et soumis à la voix du Créateur ?
La manière de former la voix renferme , comme je l'ai dit , des merveilles sans nombre. Je n'en rapporterai ici qu'une circonstance , qui fera juger des autres ; elle est tirée des mémoires de l'Académie des sciences '.
» Mémoires de l'Acad . des scieaces, anaée 1700.
SCIENCES ET.ÀBTS. 6
Dans notre gosier, et au haut de la trachée-artère , qui est le canal par où Tair entre dans les poumons et par où il en sort , est une petite fente ovale , capable de s'ouvrir plus ou moins , qu'on appelle la glotte. Gomme l'ouverture de cette glotte est fort petite par rapport à la largeur de la trachée , l'air ne peut sortir de la trachée par la glotte sans augmenter extrêmement sa vitesse, et sans précipiter son cours. Ainsi, il agite violemment, en passant, les petites parties des deux lèvres de la glotte, les met en ressort, et leur fait faire des vibrations qui causent le son. Ce son ainsi formé va retentir dans la cavité de la bouche et des narines.
La glotte forme les tons aussi bien que le son, et ce ne peut être que par les différents changements de son ouverture. Elle est ovale, comme je l'ai déjà dit , et capable de s'élargir jusqu'à un certain point, ou de s'étrécir, et par là les fibres des membranes qui la composent deviennent plus longues pour les tons bas , et plus courtes pour les tons hauts.
On voit , par un calcul exact de M. Dodart, que pour tous les tons et les demi-tons d'une voix ordinaire , pour toutes les petites parcelles de ton dont elle peut hausser une octave sans se forcer, pour le plus ou le moins de force qu'on peut donner au son sans changer le ton , il faut nécessairement supposer que le petit diamètre de la glotte, qui est de moins d'une ligne , et qui change de longueur à tous ces changements, peut être et est actuellement divisé en 9632 parties ; que même ces parties ne sont pas toutes égales, et que, par conséquent, quelques-unes sont beaucoup plus petites que la ^ôtt partie d'une ligne. Quel moyen que l'art des hommes pût jamais atteindre à des divisions si fines et si délicates! et n'e^t-on pas étonné que la nature elle-même ait pu les exécuter? D'un autre côté , il n'est pas moins surprenant que l'oreille , qui a un sentiment si juste pour les tons , s'aperçoive , pour peu que la voix détone , d'une différence dont rorigine n'est que la -du partie de moins d'une ligne.
Cette oreille même, peut-on se lasser de considérer sa structure, façonnée d'une manière admirable pour rassembler de tous côtés dans ses cavités anfractueuses les impressions vagues et les ondulations du son , et pour les déterminer ensuite par une douce
a HISTOlfiS ANCiBNNS.
réflexion vers Torgane interne de Touïe? C'est aux naturalistes à développer toutes ces merveilles. Mais c'est à nous à en admirer avec reconnaissance les avantages infinis , dont nous jouissons presque à chaque moment sans y faire beaucoup de réflexion. Que serait-ce qu'un peuple de muets, réunis ensemble par l'habitation , mais qui ne pourraient se faire part de leurs pensées que par des signes et des gestes , ni se communiquer mutuellement leurs besoins, leurs doutes, leurs difficultés, leur joie , leur tristesse , en un mot tous les sentiments de leur âme V en quoi consiste proprement la vie de l'homme raisonnable?
L'écriture est une autre merveille qui approche beaucoup de celle de la parole^ et qui lui ajoute un nouveau prix, par l'étendue qu'elle donne à l'usage qu'on en peut faire, et par la stabilité et une sorte de perpétuité qu'elle lui procure. Cette invention a été parfaitement décrite par ces beaux vers de Lucain i
Pbœnices primi , famœ si creditor, ausi Mausuram rudibas vocem signare figuris;
et encore mieux rendue par cette traduction de Brébeuf , qui enchérit beaucoup sur l'original :
C'est de lui ^ que nous vient cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux , £t par les traits divers de figures tracées Donner de la couleur et du corps aux pensées.
C'est cette invention qui nous met en état de converser et de nous entretenir avec les absents ^, et de faire passer jusqu'à eux nos pensées et nos sentiments , malgré la distance infinie des lieux. La langue , qui est le premier instrument et le premier organe du discours , n'a point de part dans ce commerce également utile et agréable. La main , instruite par l'usage à impri-
' De CadmDS, Phénicien. ' cessât. Sermoni antem dextra anciUa-
3 « Ejusdem bénéficie absentibns con- tar, qnae, calamo arrepto, qnod nobis
versamur; et qui mattorum dieram cumamicotransigendameratnegotiam,
itinere distamus, atque immensis man- papyro aut chartae inscribit ; et ser-,
sionnm spatiis et intervallis sejangi- monisTehiculumest^non os, neclingoa
mur, ingeniornm concepta et animo- sed manus, quse longi temporis usu ar-
rnm sentenlias nobis invicempermanas tem exerçait , et elementorum compo*
fransmittimus. Et lingaa quidem, quae sitionem seu strncturam probe edocta
primariumorationisorganumest,otiosa est. »(Theodor£T, de Provid, orùt. 4.)
SCIENCES ET ÀBTS* 7
mer sur le papier des caractères sensibles , lui prête son ministère, se reud son interprète, toute muette qu'elle est, et devient en sa place le véhicule de la parole.
C'est à cette même invention , comme le remarque encore Tbéodoret, dont je viens de citer les paroles , que nous sommes redevables du riche et inestimable trésor des écrits qui sont parvenus jusqu'à nous, et qui nous ont donné la connaissance, non-seulement des arts, des sciences et de tous les faits passés, mais , ce qui est inOniment plus précieux , celles des vérités et des mystères de la religion.
Est-il aisé de comprendre comment les hommes ont pu composer, de vingt-cinq ou trente lettres tout au plus , cette infinie variété de mots qui, n'ayant rien de semblable en eux-mêmes à ce qui se passe dans notre esprit , ne laissent pas d'en découvrir aux autres tout le secret , et de faire entendre à ceux qui n*y peuvent pénétrer tout ce que nous concevons et tous les divers mouvements de notre âme ? Transportons-nous en esprit dans, ces pays où l'invention de l'écriture n'a point pénétré , ou n'est point mise en usage : quelle ignorance ! quelle grossièreté ! quelle barbarie ! sont-ce des hommes ? On peut consulter la savante dissertation de M. Fréret sur tes Principes de l'art d'écrire ' : elle renferme une infinité de choses très-curieuses.
^e rougissons pas de l'avouer, et rendons un juste hommage de reconnaissance à celui à qui seul nous sommes redevables du double bienfait de la parole et de récriture. Il n'y avait que Dieu qui pût apprendre aux hommes à établir certaines figures pour être les signes de ces sons.
Voilà que! est le premier objetde la graramaîre,qui est, comme je Taî déjà dit , l'art de parler et d'écrire correctement. Elle était infiniment plus estimée , et cultivée avec beaucoup plus de soin chez les Grecs et chez les Romains que parmi nous, où elle est tombée dans un grand mépris , et presque généralement négligée. Cette différence de sentiments et de conduite sur ce point vient de ce que ces deux nations donnaient un temps considérable et une application particulière à l'étude de leur propre langue, au lieu qu'il «st très-rare que nous apprenions la nôtre par principes ,
* Mémoires de l'Acad. des inscriptions, tome VI.
s HIST0IB7 ÀNGIENNB.
ce qui est certainement un grand défaut dans la manière dont nous instruisons pour Tordinaire les jeunes gens.
On est étonné de lire dans Quintilien un éloge magnifique de la grammaire, qu'il dit être nécessaire aux enfants ', agréable aux vieillards, une douce compagnie dans la retraite, et celle de toutes les études qui produit plus d'utilité qu'elle n'en promet. Ce n'est pas là l'idée qu'on s'en forme : aussi avait-elle chez les anciens beaucoup plus d'étendiie que nous ne lui en donnons. Elle ne se bornait pas à prescrire les règles de parler, de lire et d'écrire correctement, ce qui est une partie très-importante. L'intelligence et l'explication des poètes étaient du ressort de la grammaire , et l'on comprend combien de choses étaient nécessairement renfermées dans cette étude. Elle y joignait une autre partie, qui suppose un grand fonds d'érudition et de jugement : c'est la critique. J'expliquerai bientôt en quoi elle consistait.
On ne confondait pas ces sortes de grammairiens , appelés aussi philologues, avec les grammatistes ou littérateurs, dont l'unique emploi était d'enseigner aux enfants les premiers éléments de la langue grecque ou latine* C'est pourquoi ces derniers ne jouissaient pas des immunités et des autres privilèges accordés par les empereurs aux grammairiens.
Je rapporterai ici en peu de mots ce que l'histoire nous apprend de ceux qui se sont le plus distingués dans ce genre , soit chez les Grecs , soit chez les Romains. M. Capperonnier , mon confrère au collège royal , qui a parfaitement approfondi tout ce qui regarde la grammaire, a bien voulu me communiquer quelques remarques sur e« sujet.
ARTICLE PREMIER
Grammairiens grecs.
Je n'entrerai point dans l'examen de l'origine des lettres grecques. Si l'on veut s'instruire de cette manière, on la trouvera,
*« ISecessaria pueris, jacuDdaseni- babet operis qaam ostentatiouis. » hH8, dtilcis secretorum cornes , et qaflB (QuiNTIL. lib. 1 , cap. 4.) vel «ola omni studiorum génère plus
SCIBNGBS ET ABIK. 9
dans les mémoires de F Académie des inscriptions et des belleslettres ' , traitée avec beaucoup d'érudition par feu M. Tabbé Renaudot. Je m'en tiens à l'opinion commune de presque tous les auteurs grecs et latins, qui conviennent que Cadmus, parti de Phénicie , communiqua aux Grecs les premières lettres qui furent depuis appelées ioniques , dont la ressemblance avec Talphabet hébreu oupbénicien marque assez l'origine. Je me borne ici à parler de ceux qui se sont le plus distingués par rapport à la grammaire grecque.
On croit que Platon est le premier auteur chez qui l'on trouve quelque vestige de l'art grammatical. En effet, dans son Phiîèbe * il montre la manière dont on peut enseigner la science des lettres; dans son Cratyle il agite l'ancienne et fameuse question si ia signification des mots leur est naturelle , ou si elle est arbitraire et fondée uniquement sur la volonté des hommes, à qui il a plu d'attacher telles idées à tels mots. Il distingue deux sortes de mots : les primitifs, qu'il attribue à Dieu ; les autres, qui sont de l'invention des hommes. 11 insinue que la langue grecque venait de l'hébraïque, qu'il appelle la langue barbare 3. Dans ce même dialogue il examine l'origine et l'étymologie de plusieurs noms 4. C'est pourquoi Phavorin dit, dans Diogène Laërce , que Platon a le premier observé la propriété et l'usage de la grammaire.
Il semble néanmoins qu'Aristote pourrait être regardé comme le premier auteur de cette science. Il a distribué les mots en certaines classes: il en a examiné les différents genres et les propriétés particulières. Le chapitre xx de sa Poétique commence par ce détail : « Le style ou l'élocution poétique renferme « ces huit parties : l'élément, la syllabe, la conjonction, le
1 Tome 11. barbares il entend les Perses, qui domi-
3 Page 18. Baient alors dans les pays de l'Asie
s Platon n'inslnne rien de tel. 11 dit Mineure, dont la population était grec-
sevlement [CraiyU p. 409, etc.) : « Je que. Platon ne pense nullement à la
t me figure que les Grecs, et surtout langue hébraïque. — L.
t ceux qui habitent Us pays soumis aux * La plupart des étymologies de Pla-
t barbares, ont emprunté aux barbares ton, dans le Cratyle > sont inyraisem-
beaucoup de mots. < 'Ëw6(i> yàp $Tt blables, et quelques-unes sont absurdes.
TCoXXot ol "EXXyjveç ivotiara, âXXcDÇ C*<^> montre combien les Grecs étaient
Te xal Ol OlcÔTOtç papêapoiç olxowts^ ?*" "Tl"^*" «**"; ^* grammaire. En la-
^....^ - a ^-r^-r '» ** tio , beaucoup de celles de Varron n«
jfltoa TCDV Ba()6dp«v eUriçoaiv. ^alint pas beaucoup mieux. - U Mais il est évident que par le mot
tO HISTOIBB ANGIBNIfS.
« noÀi, ie verbe, l'article , le cas ou Finflexfon, ta proposition « ou phrase. »
Hei'mippus, cité par Diogèue Laën^e s dit qu'Épioure enseigna la grammaire avant que la lecture des livres de Démocrite l'engageât à l'étude de la philosophie.
Quitttilien dit > que les philosophes stoïciens ajoutèrent beaucoup de choses à ce qu'Aristote et Théodecte avaient inventé touchant la grammaire; Parmi ces additions il compte les prépositions, le pronom, le participe, l'adverbe et l'interjection.
Le grand étymologiste. Suidas 3, Hésychius, Etienne de Byzance, Athénée, Harpocration, et autres philologues polygraphes font mention de plusieurs anciens grammairiens grecs, dont les uns ont vécu après Aristote et Alexandre le Grand , les autres après le siècle d'Auguste. Nous dirons quelque chose des plus célèbres.
On peut placer dans la première classe Philétas de l'Ile de Cos , que Ptolémée premier du nom, roid'Kgypte, donna pour précepteur à son fils Ptolémée Philadelphe.
HÉCATÉE d'Abdère 4 , qui avait composé un traité touchant la poésie d'Homère et d'Hésiode.
Lyncé£ de Samos , disciple de Théophraste.
ZÉNODOTE d'Éphèse^ , qui le premier corrigea les fautes qui s'étaient glissées dans les œuvres d'Homère.
Callimàque , oncle maternel de celui dont il nous reste quelques poésies. Il comptait parmi ses disciples le célèbre Ératosthène, dont je parlerai bientôt sous le titre de philologue.
Aristophane de Byzance eut pour maître Ératosthène. Il vivait du temps de Ptolémée Philopator, et fut fort estimé.
Abistâbque, disciple d'Aristophane, effaça par sa réputation celle de tous les grammairiens qui l'avaient précédé ou qui vivaient de son temps. Il naquit dans la Samothrace , et eut pour
» In yit. Epie, et le grand étymologiste dont l'ou-
' Lib. 1, c. 4. vrage, sous le titre de Eiymologicon ma-
3 RoIIin dit eneope plas bas le grand gnum, est un des plus précieux ouvrages
étymologiste Suidas; cependant je ne de lexicograpliie qui nous soient restés de
sache pas que Suidas ait été jamais ap- l'antiquité. L'auteur, qui est inconnu, a
pelé te grand étymologiste : son lexique dft vivre avant Suidas. — L.
n'a même aucun rapport avec les éty- * Contemporain d'Alexandre. — L.
iiiologies. Il se pourrait que Roilin eût *> Le premier directeur de la biblio-
ronfondu en un« seule personne Suidas thèque d'Alexandrie^ — h^
, SCIENCES ET ABTS. Il
patrie d'adoption la ville d'Alexandrie. Il fut fort considéré de Ptolémée Philométor, qui loi confia l'éducation de son fils. Il s'appliqua extrêmement à la critique , et il fit une révision des poésies d'Homère avec une exactitude incroyable, mais peut-être trop magistrale ; car dès qu'un vers ne lui plaisait pas il le traitait de supposé : Homeri t>ersum negat, quem non probat^. On dit qu'il marquait la figure d'une broche > ô^sXo; ^ à côté des vers qu'il condamnait de supposition; d'où est venu le mot oêsXt^etv.
Quelque grande que fût la réputation et l'autorité d'Aristarque, souvent néanmoins on appelait de ses jugements , et on se" donnait la liberté de condamner le goût de ce grand critique , qui décidait , en quelques rencontres , que tels et tels vers de riliade devaient être transportés dans l'Odyssée. Il est rare que ces sortes de transpositions réussissent, et, pour l'ordinaire , elles marquent plus de hardiesse que 4e jugement. Zénodote fut chargé de revoir et d'examiner la critique d'Aristarque^
An sentiment de plusieurs personnes, ce fut cet Aristarque qui divisa les deux grands poëmes d'Homère, chacun en autant délivres qu'il y a de lettres dans l'alphabet, et qui donna à chaque livre le nom d'une lettre.
Il travailla aussi sur Pindare , sur Aratus , et sur d'autres poètes»
Il eut beaucoup de contestations dans Pergame avec le grammairien Cratès , dont je parlerai bientôt.
Cicéron appelle Atticus son Aristarque ^ , parce qu'en bon ami , et en censeur d'une critique sûre , il voulait bien revoir et corriger ses harangues. Horace se sert ^ aussi de ce nom pour désigner un critique exact et sensé.
Vir bonus et prudens versus repreliendet inertes , etc. Fiet Aristarchus, nec dicet : Cur ego amicum OfTeudam in nugis?
Quintilien ^ nous apprend que ces grammairiens critiques ,
» Cic. ep. 11, lib. 3, ad fam. soria quadam virgula notare, et libros,
' Snid . qai falso viderentar inscripti, tanqaam
3 Lib. 1. epist. 10, ad Attic. snbdititios sammovere familiapermise-
* In Art. poet. rint sibi ; sed auctores alios in ordinem
^ t Mistum his omnibus jqdiciam est. redegerint, alios omnino exemerint
Quo quidem ita severe snnt asi veteres nnmero. > (QuiNTIL. lib. 1, cap. 4.)
(rammatici, ut non versus modo cen-
12 HISTOIHB ANCIENNE.
Don-seulement se donnaient la liberté de noter comme avec la verge de censeur les vers qui leur déplaisaient, et de retrancher du nombre des ouvrages d'un auteur des livres entiers, comme autant d'enfants supposés qu'on lui attribuait mal à propos, mais qu'ils portaient leur autorité jusqu'à marquer aux écrivains leurs rangs, donnant à quelques-uns une distinction d'honneur, en laissant plusieurs dans la foule , et dégradant entièrement les autres.
Ce que j'ai dit d'Aristarque nous montre que la critique, qui faisait le principal mérite des anciens grammairiens, consistait principalement à discerner le véritable auteur d'un ouvrage ; à distinguer les écrits qu'on lui supposait de ceux qui étaient réellement partis de sa plume; dans ceux mêmes qui étaient reconnus pour être de lui, à rejeter des endroits qu'une main étrangère y avait insérés à dessein ; enfln à faire sentir ce qu'il y avait de plus beau , de plus solide , de plus remarquable dans les ouvrages d'esprit, et à en rendre la raison. Or, tout cela demandait beaucoup de lecture, d'érudition , de goût, et surtout un discernement juste et exact. Pour connaître l'utilité de cet art et en sentir le prix il ne faut que se rappeler dsuis la mémoire certains peuples et certains siècles où régnait une profonde ignorance, et où, faute de critique, les absurdités les plus grossières et les faussetés les plus sensibles passaient, en tout genre, pour des vérités incontestables. C'est la gloire de notre siècle et l'effet des bonnes études , d'avoir pleinement dissipé tous ces nuages par la lumière d'une solide et judicieuse critique. ^
Cratès de Mallos, ville de Cilicie, et contemporain d'Aristarque «. Il fut envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur par Attale II , roi de Pergame. Il introduisit dans cette grande ville l'étude de la grammaire, dont il avait fait jusque-là sa principale occupation. Il laissa neuf livres de corrections sur les poèmes d'Homère.
Après sa mort, on vit encore à Rome plusieurs critiques grecs, entre autres, les deux Tyrannions.
Tyrannion , grammairien célèbre au temps de Pompée, était d'Amise, dans le royaume de Pont ^ Il s'appelait au commence-
' Suetun. de iUust. Gram. a Suidaa.
SCIENCES ET 4BTS. 13
raent Théophraste ; mais, à cause qu'il tourmentait ses compagnons d'étude , et peut-être ses disciples, on le surnomma Tyrannion.
Il fut disciple deDenys de Thrace à Rhodes. Il tomba entre les mains de Luculle , lorsque ce général des troupes romaines eut mis en fuite Mithridate et se fut emparé d'une partie de ses États. Cette captivité de Tyrannion rife lui fut pas désavantageuse, puisqu'elle lui procura l'occasion de se rendre illustre à Rome et d'y amasser du bien. Il l'employa, entre autres usages, à dresser une bibliothèque , selon Suidas, de plus de trente mille volumes. Charles Etienne et d'autres auteurs disent seulement trois mille, ce qui est plus vraisemblable.
Le soin que prenait Tyrannion d'amasser des livres a contribué très-utilement à conserver les ouvrages d'Aristote. La destinée de ces ouvrages a été singulière : je l'ai exposée dans ce volume*.
Son intelligence et son industrie particulière en ce point le mit en état de rendre à Cicéron un service qui lui fît grand plaisir, et auquel il fut très-sensible. On sait combien les personnes qui se piquent d'étude et de science sont attachées à leurs livres : ce sont, pour ainsi dire, leurs amis de toutes les heures, qui leur tiennent une fidèle compagnie; qui les entretiennent agréablement dans tous les temps ; qui leur fournissent tantôt une occupation sérieuse , tantôt un délassement nécessaire ; qui les suivent à la campagne et dans leurs voyages; et qui dans le temps de l'adversité sont presque leur unique consolation. L'exil de Cicéron l'avait arraché à sa chère bibliothèque. Il paraît qu'elle s'était sentie de la disgrâce de son maître, et que pendant son absence il y avait e(t plusieurs de ses livres dissipés. Un de ses premiers soins , après son retour, fut d'en ramasser les restes , qu'il trouva plus abondants qu'il ne s'y était attendu. Il chargea Tyrannion de les mettre en ordre et de les bien arranger, en quoi il réussit parfaitement. Cicéron, dans une lettre où il invite son ami Atticus à le venir voir, l'assure qu^il sera charmé du bel ordre que Tyrannion avait mis dans sa bibliothèque. PerbeUe fyperis si ad nos veneris, O/fendes d£signationem mirificam in librorum meorum bihllotheca^ quorum
» Pag. 410 da toxn. 7 de cette édition.
14 H18T0IBË ANtlËNNË.
reliquise muUo meliores sunt quam putaram '. Cô cheif ami, sur sa prière , lui avait envoyé deux de ses esclaves , fort habiles à travailler aux livres et à les coller, qu'on appelait pour cette raison glutinatores. On sait que les livres des anciens n'étaient pas reliés comme le sont les nôtres, mais que c'étaient de longs rouleaux, composés de plusieurs feuilles de parchemin attachées et collées les unes aux antres^ Tyrannion avait mis en œuvre ces deux esclaves , qui avaient fait des merveilles : « et ma bibliotlièque rangée dans un si bel ordre^ dit Giééron ^ , semble avoir ajouté une âme à ma maison. » Posteaquam Tyrannio mihi Hbros disposuit, mens addita videtur mets œdibus: qua quidem in re mirifica opéra Dionysii et Menophili tui fuiU
Le mérite de Tyrannion ne se bornait pas à arranger des livres ; il savait en faire usage 3. Lorsque César était en Afrique pour faire la guerre en Juda , Cicéron et Atticus se promirent de convenir d'un jour pour assister à la lecture que Tyrannion leur ferait d'un livre de sa façon. Atticus , l'ayant entendu lire sans son ami , en reçut des reproches <. « Quoi ! lui dit Cicéron , j'ai « refusé plusieurs fois d'entendre cette lecture parce que vous <^ étiez absent, et vous, vous n'avez pas daigné m'attendre pour « partager ce plaisir avec moi ! Mais je vous pardonne cette faute « enfaveurdel'admirationquevoustémoignezpourcetouvrage. » Quel était dojnc ce livre si intéressant , et digne d'être loué et même admiré d'un homme tel qu' Atticus ? C'étaient des remarques sur la grammaire, sur les divers accents, sur la quantité des syllabes , et sur ce qu'on appelle la prosodie. Croirait- on que des personnes d'un si rare mérite pussent trouver du plaisir à ces sortes d'ouvrages.^ Ils allaient bien plus loin , et en composaient eux-mêmes de pareils, comme Quintilien nous l'apprend de César et de Messala S dont le premier avait fait un traité sur l'analogie , et l'autre sur les mots et sur les lettres.
Il fallait que Cicéron fît un grand cas de Tyrannion , puisqu'il lui avait permis d'où vrir dans sa maison une école de grammaire ^ ,
' lib. 4, ep. 4, ad. Att. ® « Quintas tung , puer optimas, cru-
3 Ub. 4, ep. 8. ditur egregie. Hoc nunc magis animad-
3 Lib. 12, ep. 2, ad Att. An. M. 3958. verto, quod Tyrannio docet apad me. •
« Ibid. epist. 6. (Cic. ad Quint. Fratr. ep. 4, lib. 2.) 6 Lib. l,c. 4.
SGISNCES ET AB1S. 15
OÙ it donnait des leçons de cet art à quelques jeunes Romains , et» ^itre au^es, aux fils de son frère Quintus, et sans doute aussi au fils de Qcéron même.
Tybatïnion, ainsi nommé à cause qu'il fut disciple du préeé^ dent, s'appelait Dioclès de son premier nom. Il était de Pbénicie. Il fut fait prisonnier dans la guerre de Marc^Antoine et d'Auguste^ et acheté par un affranchi de l'empereur , nommj§ Dymas. Il fut ensuite donné à Térentia , qui l'affranchit : elle avait été femme de Gcéron , et en avait été répudiée. Tyrannion ouvrit une éeole dans Rome » et composa soixante-huit Rvres. Il en fit un pour prouver que la langue latine descendait de la langue grecque, et un autre qui contenait ime correction des poèmes d'Homère.
i>£Mirs LE Thracten était disciple d'Aristarque >. H enseigna la grammaire à Rome du 4emps de Pompée, et composa plu^ sieurs livres de grammaire , plusieurs traités sur différentes matières, et un grand nombre de commentaires sur divers auteurs. M. Fabricius a fait imprimer une grammaire de lui dans le septième volume de sa Bibliothèque grecque.
Cette pièce peut nous donner quelque idée de la méthode des anciens grammairiens grecs. L'auteur divise son ouvrage en six parties : i^ la lecture selon les accents ; T l'explication des tropes , ou figures poétiques; 3<» l'interprétation des dialectes , des mots extraordinaires , et de certains points historiques ; 4° la découverte de l'étymologie des nwts ; 5° l'exacte recherche de l'analogie » ; 6** la manière déjuger des poèmes, cequeDenys regarde comme la plus belle et la plus importante partie de son art. Ensuite, après avoir exposé les trois accents , savoir, l'aigu, le grave et le eîrconflexe, il explique les différentes espèces de ponctuations. Il donne même , en passant , la définition de la rapéo^ die au sens des anciens homéristes , qui , tenant à la main une baguette de bois de laurier, chantaient des morceaux détachés des poèmes d'Homère. De là Q passe à l'explication des lettres, qu'il divise en voyelles et consonnes , et celles-ci en hémipkones ou
* SuidM. fonde comme sur an modèle pour faire
' ^aVanalogie, selon Vaagelaa, est des moto on des phrases semblables aux
une eonformilé aux choses qui se trou- mots ou aux phrases déià établies. » ▼ent dèjÀ établies, sur laquelle on sç
IC HISTOIBE ANCIENNE.
demi-voyelles, aphones ou cacophoîies, c est-à-dire mal-sonnantes, parce qull suppose qu'elles ont moins de son que les autres. Enfin il sous-divise les aphones en ténues, moyennes et aspirées, sans oublier les lettres doubles et les liquides , ou immuables. Après quoi il traite des syllabes longues , brèves et communes. Enfin il explique les parties d'oraison, qu'il réduit à huit , le nom , le verbe , le participe, Tarticle, le pronom , la préposition, Tadverbe et la conjonction. Cet auteur regardait Finterjection comme une espèce d'adverbe. Ayant exposé les six conjugaisons ordinaires des verbes appelés barytons , il observe que quelques grammairiens y en ajoutaient une septième , dont la terminaison était eu Itù et ^(ù, comme àUltù et i^<ù. Les verbes circonflexes en é$>>, ào), oo , et les quatre verbes en p.i ne sont pas oubliés.
Ce détail de grammaire nous paraît ennuyeux et inutile; les anciens n'en jugeaient pas ainsi. Il n'est pas jusqu'à la ponctuation et aux accents dont ils ne fissent un usage très-utile.
Ils savaient qu'une bonne ponctuation sert à donner au discours delà clarté, de la grâce , de l'harmonie, et qu'elle soulage les yeux et l'esprit des lecteurs et.des auditeurs, en faisant sentir l'ordre , la suite , la liaison et la distinction des parties ; en rendant la prononciation naturelle, et en lui prescrivant de justes bornes et des repos de différentes sortes, selon que le sens le demande. C'est aux grammairiens qu'on a cette obligation. Les savants qui font usage des anciens manuscrits , où Ton ne trouve ni virgules, ni points, ni alinéas , ni aucune autre distinction , éprouvent de quelle confusion et de quel embarras cette manière vicieuse d'écrire est la cause. Cette partie de la grammaire est presque généralement négligée parmi nous , souvent même parmi les savants; et cependant ce n'est l'étude que d'une demi-heure ou d'une heure.
J'en dis autant des accents. V accent est une élévation de voix sur Tune des syllabes du mot, après laquelle la voix vient nécessairement à se rabaisser. L'élévation de la voix s'appelle accent aigu (') ^ et le rabaissement accent grave (* ) . Mais , parce qu'il y avait en grec et en latin de certaines syllabes longues sur lesquelles on élevait et on rabaissait la voix , ils avaient inventé
un troisième accent, qu'ils appelaient circonflexe, qui d'abord s*est fait ainsi % puis ainsi ~, et qui les comprenait tous deux.
Les grammairiens ont introduit les accents dans l'écriture ( car ils ne sont pas de la première antiquité ' ) , pour distinguer la signification de quelques mots sans cela équivoques, pour former des cadences plus harmonieuses , pour varier les tons , pouj- apprendre quand il fallait élever ou baisser la voix.
Nous en avons aussi l'usage parmi nous , mais pour d'autres raisons. L'accent ai^t^ se met sur tous les é fermés : témérité, etc. L'accent grave sur les é fort ouverts suivis d'un 5 à la fin : procès y etc. L'accent circonflexe sur certaines voyelles longues : dépôt y enfant mâle, etc.
Il y a mille observations pareilles , auxquelles nous faisons peu d'attention. Chez les Grecs et chez les Romains , tous les enfants , dès le plus bas âge , apprenaient exactement ces règles de grammaire , qui leur devenaient naturelles par un long usage. De là vient qu'à Athènes et à Rome la basse populace même s'apercevait si les orateurs ou les acteurs manquaient le moins du monde par rapport à l'accent ou à la quantité , et en était sensiblement choquée.
Je passe un grand nombre de célèbres grammairiens qui, dans la suite , se sont distingués par leur grand savoir.
JuLius PoLLUX , de Naucratis , ville d'Egypte, nous a laissé un Onomasticon, ouvrage fort estimé par beaucoup de savants. Il vivait dans le second siècle , sous l'empereur Commode.
Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé depuis le septième siècle jusqu'à la prise de Constantinople par Mahomet second , en 1453 , nous trouvons plusieurs savants grammairiens qui ont beaucoup travaillé à éclaircir les auteurs grecs et à les rendre plus intelligibles. Tels sont entreautres Hésychius, auteur d'un excellent dictionnaire, qui est d'un grand usag6 pour entendre les ' poètes ; le grand étymologiste SuiDA.s,*qui a composé un grand
» On croit qu'ils ont été inventés par dès le règne de Vespasien ; mais il ne
Aristophane deByzance, ponr fixer la parait pas qu'on s'en soit jamais servi
prononciation, qui commençait à perdre dans les inscriptions en lettres oncialrs ;
de sa pnreté.Cette méthode fût longtemps et l'on croit que tous les manuscrits
bornée an z ouvrages des grammairiens: on se trouvent des accents sont posté-
on en trouve cependant dfs traces dans rieurs an septième siècle. — L. des inscriptions en caractères cursifs,
18 HISTOIBE ANCIEN NB.
dictionnaire historique et grammatical, où il y a beaucoup d'érudition; Jean Tzet^s , auteur d'une histoire contenue en treize livres sous le nom de chiliades , et son frère Isaac , commentateur de Lycophron ; Eustathe , archevêque de Thessalonique, auteur des grands Commentaires sur Homère \ et plusieurs autres.
ABT1CLE II
Grammairiens latins.
Suétone, dans son livre des Grammairiens illustres, marque qu'autrefois la grammaire n'était pas même en usage à Rome , bien loin d'y être en honneur , parce que ces anciens Romains se piquaient beaucoup plus d'être belliqueux que d'être savants; et que Cratès de Malles , dont il a été parlé auparavant , fut le premier qui introduisit dans Rome l'élude de la grammaire. Ces anciens grammairiens enseignaient en même temps la rhétorique , ou du moins disposaient leurs écoliers par des exercices préliminaires.
Parmi les vingt grammairiens illustres mentionnés par Suétone on trouve : ,
AuBÉLius Opilius , qui enseigna d'abord la philosophie ^ ensuite la rhétorique, et enfin la grammaire. J'ai déjà remarqué que cet art avait beaucoup plus d'étendue qu'il n'en a aujour-. d'hui.
Marc-Antoine Gniphon, qui enseignait aussi la rhétorique, dans la maison de Jules César encore enfant. Cicéron, pendant sa préture^ assistait à ses leçons.
Attéius, surnommé le Philologue. Sallusteet Asinius Pollioi^ furent de ses disciples.
YebeiusFlaccus, qui avait composé un recueil des motsdif^ ficiles, abrégé depuis paf Festus Pompéius. II fut précepteur des petits-fils d'Auguste.
Caius Julius Hyginus, affranchi d'Auguste , garde de sa bibliothèque , à qui l'on attribue une mythologie et un traité d'astronomie poétique.
' Kt sur Denyslerérjégètc. — L.
Mabcus Pompontus Marcellus, qui osa critiquer un discours de Tibère. Et comme Attéius Capiton voulait le justifier en soutenant que le mot critiqué par ce grammairien était latin , ou que, s'il ne Tétait pas encore, il le deviendrait, Pomponius fit cette réponse mémorable : Fous pouvez , César , donner droit de bourgeoisie aux hommes ; mais vous ne pouvez pas le donner aux mots,
Remmius Palémon de Yicence , qui , sous les empereurs Tibère et Claude, s*étant rendu célèbre par sa grande érudition, par sa facilité à parler et à faire des vers sur-le-champ , fut fort décrié par ses mauvaises mœurs et par son arrogance.
Outre les anciens grammairiens dont la vie a été écrite en abrégé par Suétone , il y en a d'autres dont le nom fait honneur à cet art , quoiqu'ils ne l'aient pas enseigné de vive voix , mais seulement par des écrits : tels que Varron , Cicéron, Messaia , Jules César; car ces grands hommes ne croyaient pas se déshonorer en traitant de telles matières.
J'omets, pour abréger , plusieurs savants grammairiens, dont plusieurs reviendront dans le chapitre suivant , où je parle des philologues. Ceux qui seront curieux de ramasser tous les ouvrages faits sur cette matière les trouveront dans le Recueil des anciens grammairiens, donné par Élie Putschius en 1605 , deux volumes in-4°. Un livre excellent , et nécessaire à tous les maîtres qui enseignent la langue latine, est la Minerve de Sanctius, avec les notes de Scioppius et de Périzonius.