‹ Histoire ancienneChapitre 37 sur 104 · SÉNEQUE · texte numérisé non relu

SÉNEQUE

Des dix tragédies latines qu'on a pubKées et recueillies en un corps sous le nom de Sénèque, on convient assez communément que les plus belles sont de ce célèbre philosophe , précepteur de Néron. On croit que la Médée est véritablement de lui , puisque Quintîlien en cite un endroit sous son nom. On a encore quelque raison particulière pour le faire auteur ' de V Œdipe. M. Lefèvre trouve que VJgamemnon, la Troade et V Hercule en fureur sentent trop la déclamation et l'école. Néanmoins, d'autres croient que la Troade et VHippolyte sont encore de lui ; mais que VAgamemnony V Hercule en fureur ^ le ThyesteeX V Hercule sur l'OFJa , sont ou de Sénèque le père ou d« quelque autre auteur qui n'est pas connu. Pour la ThébaUie et l'Octavie j on juge qu'elles sont entièrement indignes de l'esprit et de l'éloquence de Sénèque. Il est certain que rOcr^(U7te n'est tûte qu'après la mort de Sénèque , et de Néron même.

BEBSB.

^erse { Âuius Persius Flaccus)^ poète satirique, sous Tempire de Néron ,. était natif de Volterre , dans la Toscane. Il était chevalier romain ; parent et allié de personnes du premier rang. (1 étudia jusqu'à l'âge de douze ans à Volterre ; puis il continua ses études à Rome , sous le grammairien Palémon , sous le rhéteur Verginius, et sous un philosophe stoïcien , nommé Cornutus, qui conçut pour lui une amitié si particulière, qu'il y eut toujours entre eux une liaison très-intime.

Ce poète était d'un naturel fort doux , plein d'amitié et de respect pour ses proches , et fort réglé dans ses mœurs. Dans ses

satires il reprend souveutles défauts des orate]»rs et des poètes de son temps , sans épargner Néron même.

On croit qu'il avait voulu désigner ce prince par ce ve»s injurieux, qu'on Ht dans la premièfe de ses satires.

Âuriculas asini quis non habet * ?

On y lit aussi ces quatre vers, que Ton croit être de Néron, et qu'il cite en exemple d'un style vicieux et ampoulé :

Torva mimalloneis- implerant cornua bombts , Et raptum vitiilo caput ablatura euperbo Bassaris, et Lyncein. Maenas flevura corymbis Evion ingeminat : reparabilis adsonat Ëcha

M. Despréaux » se justifie par cet exemple. « Examinons Perse , << dit-il, qui écrivait sous le règne de Néron ; il ne raille pas sim- « plement les ouvrages des poètes de son temps , il attaque les « vers de Néron même : car enfin tout le monde sait, et toute la « cour de Néron le savait, que ces quatre vers , torda mimair « loneis, etc. , dont Perse fait une raillerie si amère dans sa. « première satire, étaient des vers de Néron. Cependant on ne « remarque point queNéron , tout Néron qull éleit, ait fait punir « Perse ; et ce tyran , ennemi de la raison et amoureux comme « on sait de ses ouvrages, fut assez galant homme pour enteiir « dre raillerie sur ses vers, et ne crut pas que rempeceur, en « cette occasion, dût prendre les intérêts du poêle. »

L'ouvrage de Perse , où règne une morale pure , et un fonds merveilleux de sens, quoique d'une étendue fort médiocre , lui a acquis beaucoup de gloire, et une gloire fort solide, dit Quintilien. Multum et verœ gloriœ, quamvis uno lihro^ meruit Persius. Il fskut pourtant avouer que l'obscurité qui règne dans ses satires diminue beaucoup de son mérite. Elle a fait dire à quelqu'un que puisque Perse ne voulait pas être entendu , il ne voulait pas l'entendre. Si non vis intelligi, necego voloteintelligere.

Il mourut âgé seulement de vingt-huit ans, l'an de J. C. 62, qui était la huitième de l'empire de Néron. Il laissa par reconnaissance à Comutus , son maître et son ami , sa bibliothèque ,

' On dit qu'il avait mis d'abord : * Discours sur la Satire.

Auriculas asini Mida rex habet.

composée de sept cents volumes, ce qui était alors fort considérable, et une grande somme d^argent. Comutus accepta les livres, et laissa l'argent aux héritiers, c'est-à-dire aux sœurs de Perse.

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