‹ Histoire ancienneChapitre 38 sur 104 · JUVÉNAL · texte numérisé non relu

JUVÉNAL

J'anticipe le temps de Juvénal pour joindre ensemble ces deux poëtes satiriques.

Juvéq^l ( Dedmus ou Decius Junius Juvenalis ) était d'Aquin, au royaume de Naples. Il vivait à Rome sur la fin du règne de Domitien , et même sous Nerva et sous Trajan. Il s'est rendu très-célèbre par ses satires. Nous en avons seize de lui. Il avait passé une grande partie de sa vie dans les exercices scolastiques, où il avait acquis la réputation de déclamateur véhément.

Jiivénal, élevé dans les cris de l'école ,

Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole '.

Jules Scaliger, qui est toujours singulier dans ses sentiments, préfère la forée de Juvénal à la simplicité d'Horace. Mais tous les gens de bon goût jugent que le génie déclamateur et mordant de Juvénal est beaucoup au-dessous de cette naïveté fine, délicate et naturelle d'Horace.

Il avait osé attaquer dans sa septième satire le comédien Paris*, dont le pouvoir était énorme à la cour, et qui donnait généralement toutes les charges et de la robe et de l'épée.

lUe et roîHtiœ multis largittir honorem , Semestri vatum digitos drcomiigat auro.

Quod non dant proceres , dabit liistrio.

Le fier comédien ne souffrit pas patiemment une entreprise si criminelle. Il fit bannir Juvénal en Egypte, en l'envoyant commander un régiment campé à l'extrémité de ce pays. Il revint à Rome après la mort de Domitien , et y demeura , comme on le juge par quelques-unes de ses satires , jusqu'au règne d'Adrien. On croit que Quintilien, qui s'était fait une règle de ne nommer aucun des auteurs vivants, marque Juvénal , lorsqu'il dit qu'il y avait de son temps des poëtes satiriques dignes d'estime ,

' Desprcaux. 2 Vetus Jut. Vila,

SClfi?9GES ET ARTS. 189

et qui seraient un jour fort célèbres. Sunt clari kodieque , et gui olim nominabnntur '.

Il serait à souhaiter qu'.en reprenant les moeurs des autres avec tant de sévérité, il ne nous eût pas fait voir qu'il était luiméine sans pudeur , et qu'il n'eût pas combattu les crimes d'une manière qui enseigne plus à les commettre qu'elle n'en inspire de l'horreur.

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