P ET KO NE
Pétrone {Petronius ArhUer) était Provençal, d'auprès de Marseille, selon Sidoine Apollinaire, et vivait, selon la plus commune opinion , sous Claude et Néron.
Nous avons de cet auteur un reste de satire , ou plutôt de plusieurs livres satiriques ( «xTtpuûv) , qu'il avait composés tant m prose qu^en vers.Cest une espèce do romaa qu'il fit en forme de satire , du genre de celles que Varron , comme je l'ai déjà dit , avait inventées , en mêlant agréablement la prose avec les vers , le sérieux avec l'enjoué , et que Varron avait nommées ménippées, parce que Ménippo le cynique avait traité devant lui des matières graves d'un style plaisant et moqueur.
Ces fragments ne soni qu'un recueil indigeste^, tiré des cahiers de quelque particulier qui avait extrait de Pétrone ce qui lui avait plu davantage, sans y observer d'ordre. Les savants y trouvent une grande finesse et délicatesse de goût, et une merveilleuse fécondité à peindre les différents caractères de ceux qu'il fait parler. Ils observent pourtant que, bien que Pétrone paraisse avoir été grand critique et d^un goût fort exquis , son style ne répond pas tout à fait à la délicatesse de son jugement; qu'on y remarque quelque affectation ; qu'il est trop fleuri et trop étudié , et qu'il dégénère déjà de cette simpliciténaturelle et majestueuse de l'heureux siècle d'Auguste. Mais quand il serait beaucoup plus parfait pour le style, il en serait encore plus dangereux pour les mœurs , par les obscénités dont il a rempli son ouiTrage.
On doute si notre Pétrone est le même que celui dont parle Tacite. Voici la peinture que fait cet historien de Petronius Turpilianus, et qui convient assez à l'idée que la lecture de l'ouvrage dont je parle donne de son auteur. « C'était un voluptueux , qui « donnait le jour au sommeil, et la nuit aux plaisirs ou aux affai- « res <. Et au lieu que les autres se rendent célèbres par leur ap-
' • un dics per sornnnm, nos offieiis et oblectainjBntU viUc tranùgeban-
sxielnc&s et arts. 191
« plicatîon au travail, celui-ci s'était mis eu réputation par son H oisiveté. Il ne passait pas pourtant pour un débauché et un » dissipateur comme ceux qui se ruinent par des débauches folles « et sansgoût, mais pourun homme d^un luxe délicat et réfléchi. « Toutes ses paroles et ses actions plaisaient d'autant mieux, « qu'elles portaient un certain air de négligence qui paraissait la » simple nature, et qui avait toutes les grâces de la naïveté. Néan* ■ moins , lorsqu'il fut proconsul de Bithynie, et depuis consul , « il se montra capable des plus grands emplois. Puis, redevenu « voluptueux, ou par inclination , ou par politique, à cause que « le prince aimait la débauche, il fut l'un de ses principaux con- « fîdents. C'était lui qui réglait tout dans les parties de plaisir « de Néron, et Néron ne trouvait rien d'agréable ni de bon goût « que ce que Pétrone avait approuvé. De là naquit l'envie de <« Tigellin contre lui , comme contre un dangereux rival , et qui « le surpassait dans la science des voluptés. » Pétrone se donna la mort à lui-même , pour prévenir celle à laquelle l'empereur, sous une fausse accusation, l'aurait condamné.
Si ce Pétrone n'est pas Técrivain dont il s'agit ici , cet admirable portrait servira au moins à faire connaître le style de Tacite, dont j'aurai à parler dans la suite.
SILIUS ITALlCtJS.
C. Silius Italicus s'est rendu célèbre par son poëme de la seconde guerre punique ».
Il n'était pas né poète », et l'étude ne suppléa pas entièrement à ce qui lui manquait du côté de la nature. D'ailleurs il ne s'appliqua à faire des vers qu'après avoir longtemps exercé dans
tar. Atqae alios Indastria , ita hune ram imitationem, inter pancos familia'
ignaTia ad famam protalerat , habeba- rium Neroni adsumptas est , elegantiae
turque non ganeo et profligatur, at arbiter, dnm nihil atnœnam et molle,
pleriqae soa haarientium , sed erudito nisi quod ei Petronins approbavisset.
Inxu. Ac dicta foctaque ejos, qoanto Unde invidia Tigellini , qaasi adversas
solatiora, et qaamdam sut negligentiam œnaulnm, et scientia Toluptatun po«
pneferentia, tanto gratius in speciem tiorem. w (Tac. v^nna/. lib. 16, cap. 18.)
simplicitatis accipiebantur. Proconsul ' En dix-huit liyres, intitulés Pvniea.
tamen Bithyniee, et mox coosul, vi- — L.
gfutem se ac parem negotiis ostendit : - « Scribcbat rarmina majore car»
drinde revolutus ad vitia, seu vitio- quam ingenio. » (Pi.iN. lib. 3, ep, 7.)
192 HISTOIRE ANCTENNE.
le barreau la fonction d'avocat, et avoir été consul , c'est-à-dire dans UH âge déjà fort avancé et languissant '.
Quelque éloge que lui donne Martial ' , il n^est pas fort estimé en qualité de poète ; mais on trouve qu'il surpasse tous ceux de son temps pour la pureté de la langue. Il suit avec assez d'exactitude la vérité de l'histoire, et l'on peut tirer de son poëme des lumières pour les temps même qui ne sont pas de son principal dessein, y ayant des faits qui ne se trouvent point ailleurs.
Ce qu'il y dit de Domitien fait assez voir qu'il le composait sous ce prince , après la guerre des Sarmates, sous laquelle il peut comprendre celle des Daces.
On croit que sa mort arriva sous Trajan, Tan 100^. Il se laissa mourir de faim , ne pouvant plus souffrir la douleur d'un clou que les médecins ne pouvaient guérir. Pline remarque que Silius, s' étant retiré dans la Campanie à cause de sa vieillesse, ne quitta point sa retraite pour venir à Rome féliciter Trajan sur son avènement à l'empire. On estima Trajan de n'avoir point été offensé de cette liberté <, et lui d'avoir osé la prendre.
Si notre poète n'a pu arriver à une parfaite imitation de Virgile, du moins son respect pour lui ne pouvait pas aller plus loin. 11 était devenu maître du lieu où était le tombeau de Virgile. C'était pour lui un lieu sacré ^, et qu'il respectait comme un temple. Il célébrait tous les ans le jour natal de Virgile avec plus de joie et de solennité que le sien propre. Il ne put souffrir qu'un monument si respectable demeurât négligé entre les mains d'un pauvre paysan, et il en fit Tacquisition.
Jam prope desertos cineres, et sancta Maronis
Nomina qui colcret, pauper et unus erat.
Siiius optatae succurrere censuit umbrae :
Silius et vatem , non minor ipse » colit ^.
L'ouvrage de Silius était demeuré enseveli depuis plusieurs
' MaKial. 1. 7,epigrain. 63. libertate aasus ntî. » (Plin. ib. ) * Perprtui nimqaam morttura voIumioA Sili & « Cujas (Virgilii) natalem religin- Qui legis, et latia carmina digna toga. gius qnam suum celebrabat; Neapoli (Lib. 7, rpigr. 63.) niaximc, ubi monamentnm ejas adiré > Plin. lib. 3, epist. 7. nt teinplnm solebat. » (Ibid.) * « Magna Caesaris lans, 8ub qan hoc ^ Martial. 1. 11 , epigram. 50. liberum fait : magna illius, qui bac
SCIENCES ET ÀBTS. 193
siècles dans la poussière de la bibliothèque de Saint-Gall. Pogge l'y trouva pendant le concile de Constance , avec plusieurs autres manuscrits, comme je Tai déjà marqué ailleurs.