‹ Histoire ancienneChapitre 41 sur 104 · STAGE · texte numérisé non relu

STAGE

Stace (P. Statius Papinius)ai vécu sous Domitien. Martial ne parle jamais de lui , quoiqu'ils vécussent à Rome en même tpmps. On croit que cela venait de jalousie, parce que Stace plaisait fort à Domitien par son extrême facilité à faire des vers sur le-champ.

Nous avons de Stace deux poèmes héroïques : la Thébaîde, en douze livres , et rAchîUéidey qui n'a que deux livres, parce que la mort l'a empêché de l'achever. Il les a adressés Tun et l'autre à Domitien , après la guerre des Daces. ISous avons encore cinq livres de Sytves, ou de plusieurs petits poèmes sur divers sujets , dont beaucoup ont pour objet de flatter Domitien.

Ses poésies furent estimées de son temps à Rome. Juvéual marque le concours extraordinaire avec lequel on allait les entendre, et les applaudissements qu'on leur donnait.

Cnrritar ad vocem jucuodam , et carmen amicâe Thebaidos, laetam fecit quam Statins urbem , Promis! tqoe diem : tanta dulcedine captos Adficit illeaDÎmos, tantaque libidine vulgi Auditur *.

Les vers qui suivent, s'il faut les prendre à la lettre , et s'ils ne sont pas une de ces hyperboles familières à Juvénal, nous apprennent que Stace était pauvre, et qu'après avoir acquis bien de la réputation par sa Thébaïde, il était obligé de faire des pièces de théâtre , et de les vendre à des comédiens pour pouvoir vivre.

Sed qiium fregit subsellia versu , Esurit , intactam Paridi nisi veiidat Agaven.

Jules Sçaliger prétend qu'il n'y a ni parmi les anciens ni parmi les modernes aucun auteur qui ait tant approché de Virgile que

■ I.ib. 3,iat. 6.

194 HlSTOIBÏl ANCIËNNS.

Stace, et il ne fait point difficulté de lui donner la préférence sur tous les poètes héroïques , grecs et latins , soutenant qu'il fait de meilleurs vers qu'Homère même. Un tel jugement marque bien que cet illustre critique n'avait pas tant de justesse d'esprit que d'érudition. Souvent l'une nuit à l'autre.

Stace, aussi bien que Lucain et Siiius Italiens, a traité son sujet plutôt en historien qu'en poète , sans s'attacher à ce qui fait l'essence et la constitution d'un véritable poème épique. Pour la diction et la versification , en cherchant trop à s'élever et à paraître grand, il donne dans l'enflure et devient ampoulé.

VALEBIUS FLAGCUS.

Comme le règne d'Auguste a porté les plus excellents des poètes latins, aussi celui de Domitien nous a donné les plus considérables d'entre les poètes du second ordre.

C, Falerius Flaccus Setinus Balbus. Ce poète était né à Sétia, ville de Carapanie, mais avait fixé sa demeure à Padoue.

Pïous avons son poème héroïque du voyage des Argonautes , divisé en huit livres. Il fut commencé sous Vespasien , à qui il est adressé : une mort prématurée empêcha l'auteur de l'achever. Les plus habiles gens ont une opinioA assez médiocre de cet ouvrage, parce qu'ils y trouvent diverses fautes contre les règles de l'art , point de grâce et de beauté, et un style qui, pour avoir affecté une grandeur mal soutenue, devient froid et languissant. Quintiiien néanmoins dit > que la poésie latine avait beaucoup perdu par sa mort, qui arriva dans les dernières années de Domitien. Mîdtum in f^alerio Flacco nuper amisimus,

Martial lui écrit comme à son ami, et l'exhorte à quitter la poésie pour plaider, et faire quelque métier auquel il puisse gagner plus d'argent qu'à courtiser les Muses , de qui il n'a rien à attendre que de vaines couronnes et de stériles louanges , qui le laisseront à jeun et dans la misère.

Pierios differ cantiisque chorosque soronim :

Ms dabit ex illis nulla piiella tibi...

Praeter aqtias Helicon, et séria, lyrasqiic drariim ,

Mil habot, et magnum , scd perinane sophos >.

i Lib. 10, c. l. 2 Lil). 1 , epicram. 7G.

SCIENCES ET AItT& |9â

IIARTIAI..

Martial ( M. f^alerius, Martialis ) a réussi dans répigranune. Il était Espagnol , de la ville de Bilbilis , qu'on dit avoir été peu éloignée de cellede Calataïud en Aragon. U naquit sous Claude, vint à Rome sous Néron, à Tâge de vingt ans, et y en demeura trente, aimé des empereurs, surtout de Domitien, qui lui accorda plusieurs grâces. On croit que, n'étant pas si bien traité après la Biort de cet empereur^ il se retira en son pays. Il eut tout le temps de s'y ennuyer, n'y trouvant nulle compagnie sortable et qui eût du goût pour les lettres ; ce qui lui fît souvent regretter son séjour de Rome : car, aulieu que dans cette savante ville ses vers étaient extrêmement goûtés et applaudis, à ffilbitis ils ne faisaient qu'exci^ ter contre lui l'envie et la médisance ;. traitement quil est difficile de soutenir tous lesjours avec patience* Accedithis municipalium

rubigo dentûnn, etjudicii loco livor adversus quod difficile

est habere quotidie bonum stomachnm » . Il mourut sous Trajan, vers l'an WO.

Il nous reste de lui quatorze livres d'épigram mes et un livre des spectacles. Yossius croit que ce dernier est un recueil des vers de Martial et de quelques autres poètes de son temps sur les spectacles que Tite fit représenter Fan 80.

Pline , en l'honneur duquel il avait fait une épigramme ( la dix-neuvième du livre dix ) , lui donna une somme d'argent lorsqu'il se retira de Rome ; car il était peu avantagé des biens de la fortune. A cette occasion, Pline remarque^ que c'était un ancien usage d'accorder des récompenses utiles ou honorables à ceux qui avaient écrit à la gloire des villes ou de quelques particuliers. Aujourd'hui , dit-âl, la mode en est passée , avec tant d'autres, qui n'avaient pas moins de grandeur et de noblesse. Depuis que nous cessons de faire des actions louables, nous méprisons la louange, Postquam desiimus facere laudanda^ laudari qtioqye ineptum putamus.

Il pleura la mort de Martial lorsqu'il en sut la nouvelle. Il aimait et estimait son génie. Mais il serait à souhaiter qu'il y

■ Martial. 1. 12. in rraçfat. ^ ^Ijn. 1. 3, epist. 21.

196 HISTOlfiB ANCIENNE.

eût en autant de pudeur et de modestie dans ses vers qu'il va quelquefois d'esprit.

On lui reproche son humeur trop mordante , sa flatterie honteuse à Pégard deDomitien, jointe à la manière indigne dont il le traita après sa mort.

Uamour des subtilités et de Taffectation des pointes dans le discours avaient pris , dès le temps de Tibère et de Caligula , la place du bon goût qui régnait sous Auguste. Ce défaut alla toujours croissant, et c'est ce qui fit si fort goûter Martial. Il s'en faut bien que toutes ses épigrammes soient de la même force : on leur ajustement appliqué ce vers , qui est de lui :

Sunt bona, sunt quœdam mediocria, sunt mala plura.

I^eplus grand nombre est des mauvaises; mais il y ena^d'excellentes : j'en rapporterai quelques-unes.

Sur une parfaite sculpture.

Ârtis phidiacœ toreuma clarum

Pisces adspicis : adde aqiiam, natabunt '.

Sur la lenteur d'un barbier,

Eatrapelus tonsor dum circuit ora Luperci , Kxpingitque gênas, altéra barba subit '.

Conseil à un homme de ne point plaider.

Et judex petit , et petit patronus :

Sol vas ceuseo, Sexte, creditori ^.

Sur la mort prématurée d'un homme qui avait remporté jdasieursfois la victoire dans les courses du Cirque.

llle ego su m Scorpus, clamosi gloria Circi ;

Plausus, Roma, lui, deliciaeque brèves :

Invida quem Lacbesis raptum trieteride nona ,

Dum numerat palnaas, credidit esse seneni ^.

Sur l'action hardie de Mucius Scéoola.

Dum peteret regem decepta satellite dextra , Injecit'sacris se peritura focift.

< Lib. 3, epigr. 3&. ^ Lib. 2, epigr. 13.

3 Ub. 7, epigr. 83. < Lib. 10, epigr. 51.

SCIENCES ET ABTS. 197

Sed tam saeva pios miracala non tullt hostis ,

Et raptum (lammis jassit abire viram.

Urere quam potuit contempto Miicius igné,

Haoc spectare manam Porsena non potuit.

Major deceptœ fama est et gloria dextrae :

Si non errasset, fecerat iila minus *.

Contre la dureté (Tun riche avare :

Tu spectas hiemem succincti lentus amici ,

( Proh scelus ! ) et lateris frigora trita mei. Quantum eiat, infelix , pannis fraudare duobus ,

( Quid rennis? ) non te , NaèVole , sed tineas ' ?

On ne conserve véritablement que les biens qu^on a donnés.

Canîdns effracta nummos fur auferet arca :

Prosternet patrios impia flamma lares...

£xtra fortuuam est quidquid donatur amicis.

Qiias dederis, solas semper babebis opes ^.

Éloge et description d'une petite chienne.

Cette pièce est un peu loogne, mais d'une délicatesse extrême. Je souhaiterais qu'une main habile la traduisît en vers français en faveur des dames.

Issa est passere nequior Catnlli :

Issa est purior osculo columbœ :

'Issa est blandior onmibus puellis :

Issa est carior indicis lapillis :

Issa est delicise catella Publi.

Hanc tu , si queritur, loqui putabis.

Sentit tristitiamque , gaudiuraque.

Collo nixa cubât, capitque somnos , Ut suspiria nulla sentiantur :

£t desiderio coacta ventris , Gotta pallia non fefellit ulla ; Sed blaudo pede suscitât , foroqiie Oeponi roonet, et rogat levari :

« I.ib. 1 , epigr. 22. 3 u\j, 8, cpigr. 42.

* Lib. 2, epigr. 46.

t98 HISTOIRE ANCIENNE.

CasUe tantus inest podor catellœ !

Ignorât venerem , nec invenimus Dignum tam tenera Tinim pueUa.

Hanc ne lux rapiat siiprema totam , Picta Publius exprioiit tabelia, In qua tam similem \idebis Issam, Ut sit tam similis sibi nec Issa.

Issam denique pone cum tabeila , Aut iitramque putabis esse yeram, Aut utramque putabis esse pictam

SULPIXIA

Sulpitia , dame romaine , était femme de Calénus. Elle fit un poëme sur Texpulsion des philosophes , où elle maltraite fort Domitien, et le menace de la mort. C'est la seule pièce qui nous reste d'un grand nombre de poésies qu'elle avait faites. On l'imprime ordinairement à la fin des satires de Juvénal. Il y a sujet de regretter la perte des vers qu'elle écrivit à son mari sur l'amour conjugal, et sur la fidélité et la chasteté que l'on doit garder dans l'état du mariage. Martial en fait un bel éloge dans une épigramme, dant je rapporterai seulement quelques vers.

Omnes Suîpitiani legant puellae, Uni quae cupiunt viro placere.

Omnes Sulpitiam legant mariti , Uni qui cupiunt placere nuptae...

Hac condiscipula, vel hac raagistra, Esses doctior et pudica, Sappho ^...

NEMESIAT9US et CALPURNIUS.

]\ous avons quelques églogues et une partie du poème sur la chasse de M. Aurelius Olympius JSemesianus , fort célèbre en son temps pour la poésie. On prétend qu'il était de Carthage. II adresse son poëme sur la chaàse à Carin et à Numérien après la mort de leur père, c'est-à-dire en 284.

Titus Calpurnius , de Sicile , a vécu sous Carus , Carin , el rsumérien. Il composa sept églogues, qu'il adressa à Némésiec ,

' Mb. l, epigr. 109- ^ jjh, lo, cpigr. 35.

SGlENCfiS ET ARTS. 199

poëte bucolique comme lui. Les vers de ces deux poètes se sentent du siècle où ils ont été composés.

Page 1