‹ Histoire ancienneChapitre 70 sur 104 · TACITE · texte numérisé non relu

TACITE

Tacite(C Cornélius Tacitus ) était plus âgé que Pline le Jeune, qui était né en l'an de Jésus-Christ 61.

Vespasien commença à l'élever aux dignités : Tite continua, et Domitien y en ajouta de plus grandes. Il fut préteur sous ce dernier, et consul sous Nerva, subrogé à Verginius Rufus, dont il fit le panégyrique*. J

11 éflbusa^ la fille de Cn. Julius Agricola, célèbre par la conquête de l'Angleterre. Il était hors de Rome depuis quatre ans avec sa femme ^ lorsque Agricola mourut. Lipse croit que Tacite laissn

1 Llb. 2, c 41. 3 AN. J. C. 77 on 78,

' Plin. lib. 2,epist. 1. * An. 93.

SCIENCES ET A^R^TS. 2g |

des enfants , parce que l'empereur Tacite se disait descendu de lui ou de la même famille '.

Les lettres ont rendu Tacite plus illustre que ses dignités >. Il plaida, même après avoir été consul, avec une grande réputation d'éloquence , dont le caractère particulier était la gravité et la majesté. Il avait été fort estimé dès ses premières années.

Pline le Jeune fut un de ses premiers admirateurs, et ils s'unirent ensemble par une amitié très-étroite ^. Us se corrigeaient mutuellement leurs ouvrages : grand secours pour un auteur ! Je réprouve tous les jours avec une vive reconnaissance; et je sens bien que je dois le succès de mon travail à un pareil secours , que me rendent des amis également éclairés et affectionnés.

11 paraît que Tacite avait donné au public quelques harangues ou plaidoyers 4. li avait fait aussi quelques vers. Il nous est resté de lui une lettre parmi celles de Pline.

Mais on ne le connaît aujourd'hui que par ce qu'il a écrit sur l'histoire , à laquelle saint Sidoine dit ^ qu'il ne s'^appliqua qu'a^* près avoir tâché inutilement de porter Pline à l'entreprendre.

Il composa sa Description de P Allemagne ^ durant le second consulat de Trajan : du moins il y a lieu de le conjecturer ainsi.

La f^ie d^Jgricola^ son beau-père, paraît aussi, pav la préface, être un de ses premiers ouvrages, et faite au commencement de Trajan. Il emploie une partie de cette préface à décrire les temps orageux d'un règne cruel et ennemi de toute vertu : smm et ijifesta virtutibus tempora. C'était celui de Domitien. Il la conclut en marquant « qu'il consacre cet écrit à la gloire d'A- « grieola, son beau-père ; et il ajoute qu'il espère que le senti- « ment de respect et de reconnaissance qui l'a porté à entrepren-- « dre cet ouvrage le fera paraître louable , ou du moins excu- • sable. » Hic intérim liber honori Jgricolœ, soceri met, destinatus y professione pietatis aut laudatus eiH , aut excusafus.

Il entre ensuite en matière , et expose les principales circonstances de la vie de son beau-père. Cet écrit est un des plus beaux

• Vopisc. in vita Tacit. * Plin. lib. 9 , epist. 10.

' Plin. lib.2, ep. 1. et 11. •'• Sidon. lib. 4, epist. 22.

Md. lib. 7, epist. 2. Id. lib. 8, « De Germ. cap. 37. epist. 7.

2S2 HISTOIRE ANCIENNS.

^ des plus précieux morceaux de l'antiquité. Les gens de guerre, les courtisans, les magistrats y peuvent trouver d'excellentes instructions.

Le grand ouvrage de Tacite est celui dans lequel il avait écrit rhistoire des empereurs < , en commençant à la mort de Galba et finissant à celle de Domitien : c'est ce que nous appelons ses Histoires. Mais des vingt->buit ans que cette histoire contenait, depuis Tan 69 jusqu'en 96 , il ne nous reste que Tannée 69 et une partie de 70. Pour composer cet ouvrage il demandait des mémoires aux particuliers , comme il en demanda à Pline le Jeune sur la mort de son oncle '. Et ceux qui étaient bien aises que la postérité les connût lui en envoyaient d'eux«mêmes ^ ; ce que nous voyons par le même Pline , qui espéra de s'immortaliser parce moyen. Les lettres qu'il lui en écrivit semblent être de l'an 102 ou 103 , et l'on peut juger par là du temps auquel Tacite travaillait à cet ouvrage.

Il avait dessein , après l'avoir achevé 4 , si Dieu lui conservait la vie , de faire aussi lliistoire de Nerva et de Trajan : temps heureux , dit-il , où l'on pouvait penser ce qu'on voulait , et dire ce qu'on pensait. Bara temporum felicUate , ubi sentire ^uie veliSy et qux sentias dwere licet. Mais il ne parait pas qu'il ait exécuté ce projet.

Au lieu de cela , il reprit l'histoire romaine depuis la mort d'Auguste jusqu'à Galba , et c'est ce qu'il appelle lui-même ses Annales , parce qu'il tâchait d'y marquer tous les événements sur leur année, ce qu'il n'observe pas néanmoins toujours quand il rapporte quelque guerre.

Dans un endroit de ce^ annales ^, il renvoie à l'histoire de Domitien, qu'il avait écrite auparavant : ce qui marque que les Histoires sont antérieures aux Annales y quoique celles-ci soient placées les premières. Aussi l'on remarque que le style de ses Histoires est plus fleuri et plus étendu , et celui de ses Annale^plus grave et plus resserré y sans doute parce que , porté naturellement à la coacision , il se fortifiait de iiîus en plus dans

• Tacit. Hist. lib. 1, c. 1. < T»cit. Hist. lib. 1, c. 1.

2 Plin. lib 6, cpist. 16. * Annal. 1. 11. cap 11.

3 Id. ihid.

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celte habitude à mesare qu'il écrivait davantage. Des qtiatre empereurs dont Tacite avait écrit l'histoire dans ses Annales , savoir Tibère , Caligula , Claude , Néron , il n'y a que le premier et le dernier dont nous ayons l'histoire à peu près entière ; encore nous manque-t-il trois années de Tibère* et les dernières de riéron, Caligula est perdu tout entier, et nous n'avons que la fin de Claude.

Il avait dessein d'écrire aussi l'histoire d'Auguste : mais saint Jérôme parait n'avoir connu de lui que ce qu'il avait fait depuis la mort de ce prince jusqu'à celle de Domitien : ce qui , dit-tl , faisait trente livres '.

Si ce que Quintilien dit d'un historien célèbre de son temps , qu'il ne nomme point, doit s*entendre de Tacite, comme quelques auteurs l'ont cru , il paraîtrait qu'il aurait été obligé de retrancher des endroits trop libres et trop hardis. Voici le passage de Quintilien : « Il est un historien qui vit encore pour la o gloire de notre siède * , et qui mérite de vivre éternellement a dans la mémoire des siècles à venir. On le nommera un jour : « maintenant on voit bien de qui je veux parier. Ce grand « homme a des admirateurs et peu d'imitateurs , l'amour de la a vérité lui ayant nui , quoiqu'il ait supprimé une partie de ce « qu'il avait écrit. Dans ce qui est resté on ne laisse pas de sen- « tir patfaitement un génie élevé et une façon de penser hardie « et généreuse. »

Il est fâcheux qu'on ne soit pas plus instruit des circonstances de la vie d'un écrivain si célèbre. On ne sait rien non plus de sa mort. L'empereur Tacite ^ , qui tenait à honneur de descendre de la famille de notre historien , ordonna qu'on mit ses ouvrages dans toutes les bibliothèques , et qu'on en fit tous les ans dix copies aux dépens du public , afin qu'elles fussent plus correctes. C'était une sage et louable précaution , qui aurait dû , ce semble, nous conserver en entier un ouvrage si digne dans toutes ses parties de passer à la postérité.

' nieron. Zachar. cuinci&is quas dixisset, ei nocuerit; sed

* ■ Svperest adhoc , et exomat teta- datam abnnde spiritum et audaces Ai>n<r

tis noatrae gloriam, vir secnlorum me- tentia^ deprehendas etiam in iis qucc

moria dig^us, qni olim nominabitur, manent. * (Quint, lib. 10, cap. 1.) nnnc inteUigitar. Habet amatores^nec > Vopisc. invitaTacit. imiier. [$ 10]. iiuitatores, ut libertas , quanquam cir*

Tacite se vante d'avoir écrit sans haine et sans prévention , sine ira et studio y et d'avoir suivi en tout l'exacte vérité , ce qui est le principal devoir d'un iiistorien. Pour remplir ce devoir Tacite aurait eu besoin , non-seulement d'un grand amour pour le vrai > mais d'un discernement très-fin et de beaucoup de précaution. « Car il remarque lui-même , en parlant des histoires « de Tibère, de Gaïus, de Claude, de Néron, que, soit qu'elles n fussent écrites de leur vivant, ou peu après leur mort, la « fausseté y régnait également , parce que la crainte avait dicté « les unes , et la haine les autres. » Florentibm ipsis, ob metum falsx; postquam occîderunt, recentibus odiis compositx sunt*, — « Il y a, dit-il ailleurs» deux grands défauts qui « donnent atteinte à la vérité : la fureur de louer outrément les « puissances pour leur plaire , le plaisir secret d'en dire du mal « pour se venger. Il ne faut pas s'attendre que de tels historiens. « qui sont ou flatteurs ou ennemis déclarés, ménagent fort l'es-

« time de la postérité. » Feritas pluribus modis infracta

libidine assentandi, autrursus odio adoersus dominantes. lia neutris cura posteritatis , inter infensos vel obnoxios *. — « On est choqué d'une basse flatterie, parce qu'elle sent 1» ser- « vitude; mais on ouvre volontiers ses oreilles à la médisance, « dont la malignité se couvre d'un air de liberté. » Sed ambitionem scriptorîs facile adversetHs ^ obtrectatio et livor pronis auribus accipiuntur : quippe adulathni fœdum crimen servituHs, malignitati falsa species libertatis inest, — Tacite promet de s'écarter de ces deux excès , et proteste d'une fidélité à répreuve de toute séduction. Incorruptani fidem professis, nec amore quisquam, et sine odio dicendus est.

Le morceau du règne de Tibère passe pour le chef-d'œuvre de Tacite par rapport à la politique. Le reste de son histoire , dit-on , pouvait être composé par un autre que par lui; et Rome ne manquait pas de déclamateurs pour dépeindre les vices de Caligula , la stupidité de Claude et les cruautés de Néron. Mais pour écrire la vie d'un prince comme Tibère il fallait un historien comme Tacite , qui pût démêler toutes les intrigues du

' Annal. 1. 1, cap. 1. 2 nUlor. lib. 1, cap. 1.

eainnel, assigner les causes véritables des événetneuts, et discerner le prétexte et l'apparence d'avec la vérité.

Il est utile et important , je l'avoue , de démasquer les fausses vertus ; de pénétrer dans les ténèbres où l'ambition et les autres passions se cachent, et de mettre les vices et les crimes dans tout leur jour pour en inspirer de Thorreur. Mais a'est-il point à craindre qu'un historien qui affecte presque partout de fouiller dans le cœur humain, et d'en sonder les replis les plus cachés , ne donne ses idées et ses conjectures pour des réalités, et ne prête souvent aux hommes des intentions qu'ils n'ont point eues , et des desseins auxquels ils n'ont jamais pensé? Salluste ne manque pas dejeter dans son histoire des réflexionsde politique ; mais il le fait avec plus d'art et de réserve, et par là se Fend moins suspect. Il semble que Tacite, dans l'histoire des empereurs, est plus attentif à faire apercevoir le mal qu'à montrer le bien , ce qui vient peut-être de ce que ceux dont nous avons les vies sont presque tous de mauvais princes.

Pour ce qui regarde le style de Tacite , on ne peut pas nier qu'il ne soit fort obscur ; il est même quelquefois dur , et n'a pas toute ta pureté des bons auteurs de la langue latine. Mais il excelle à renfermer de grands sens en peu de mots , ce qui donne à son discours une force, une énergie, une vivacité toute partictilière. Il excelle encore à peindre les objets , tantôt d'une manière plus courte, tantôt avec plus d'étendue, mais toujours avec de vives couleurs, qui rendent sensible ce qu'il décrit, et (ce qur est son caractère propre) qui font beaucoup plus penser qu'il ne dit. Quelques exemples en convaincront mieux que mes paroles. Je les tirerai seulement de la vie d' Agricola.

Endroits de Tacite pleins de vivacité.

1 . Tacite parle des peuples de la Grande-Bretagne , qui fournissaient volontiers les levées , payaient tes tributs , et satisfaisaient à toutes les autres charges , quand les gouverneurs envoyés de Rome les conduisaient avec douceur , « mais qui « souffraient avec peine les traitements durs et violents, assez « domptés pour obéir, nbn pour être traités en esclaves. * Has

386 HISTOIRE ARCIKUNB.

{injurias) xgre tolérant, Jam domiti ttt pareant, nonânm vt servîant '.

2. a Agricola s'étant appliqué, dès la première année , à arrêter « ces désordres, remit la paix en honneur cliez oes peuples, n laquelle auparavant, soit par la négligence , soit par la conni- « vence des gouverneurs, était autant appréhendée que la « guerre. » Hœic primo staiim anno comprimendo , egregiam fdmam paci circumdedit , quœ, vel incuria, vel toleranfia priorum, haud minus quam bellum timehatur ».

3. La réception d' Agricola par Domitien , au retour de ses glorieuses campagnes, est un des beaux endroits de Tacite, mais dont on ne peut rendre la vivacité dans une traduction. Exceptas brevi oscitlo, etnullo sermone, turbx servientium immixlus est 3. u Après une embrassade froide, sans que Tem- <t pereur lui dit un mot, il se confondit dans la foule des cour- « tisaus. »

4. Il en faut dire autant de ce qui suit immédiatement. Agricola , qui connaissait parfaitement le génie de la cour , et qui savait combien la réputation d'un homme de guerre qui a réussi est à cliarge à ces courtisans oisi& et sans mérite, pour en tempérer Péclat , et pour amortir l'envie , se réduisit à une vie tranquille et retirée. Cœterum, ut militare nomen, grave inter otiosos, aliis virtutibus temperaret^ tranquillitatem atque otium penitm auxit. -^ « H avait un équipage médiocre , se « rendait affable à tout le monde , et marchait accompagné seu- « lement d'un ou de deux amis ; de sorte que le grand nombre , « qui a coutume déjuger du mérite des hommes par Téclat et la « magnificence de leur train, après avoir vu et considéré « Agricola, se demandait si c'était donc là cet homme si cé- « lèbre , et peu le reconnaissaient sous cet extérieur. » Cvifu modieus , sermone Jhcilis , uno autatteroamicorum comitatus : adeo ut plerique , quibus magnos viros per ambitionem a&stimare mos est, quœrerent,/amam, pauci inter pretarentur. Quel moyen de rendre ces deux dernières phrases , quœrereni famam, pauci interpretarentur , qui ont un sens profond , et

• Cap. 13. ' C»p. 40.

» Cap. aïo. ^

qull fiaut presque deviner. L'historien y a préparé en disant qu'on ne juge ordinairement des grands hommes que i>ar Téelat extérieur qui les environne : plerisque magnos viros per ambUionem xsiimare mos est,. 11 distingue deux sortes de speo tateurs. Lesuns, qui faisaient le grand nombre, en voyant la modestie de Textérieur d'Agricola , chercliaient sur quoi pouvait être fondée sa réputation, n'en apercevant pas les marques ordinaires; ut plerique quxrerent famam. D'autres, et ils étaient en très-petit nombre , s'élevant au-dessus des préjugés populaires, comprenaient qu'un grand mérite pouvait être caché sous des dehors simples et modestes , et que l'un n'était pas incompatible avec Tautre : pauci interpretarentur.

5. Tacite mêle quelquefois aux faits qu'il expose des réflexions bien sensées : c'est ce qu'il fait d'une manière merveilleuse en relevant la sagesse et la modération avec laquelle Agricola ménageait et adoucissait l'humeur violente de Domitien , quoiqu'il en eût reçu beaucoup de mauvais traitements.

«c Pfoprium humani iogenii est odisse quem laeseris. Domitiani vero nalura prœeeps in iram,et quoobscurior eo irrevocabilior, moderatione tameu prudentiaque Agricolaî leniebatur : quia non conlumacia, neque inaiii jactalione liberlalis, famam fatumque provocabat. Sciant quibus moris illicitamirari, posse eliam sub malis piincipibus magnos viros esse , obsequiumque ac modestiam , si induslria ac vigor adsint, eolaudis excedere, que plerique per abrupta, sed in nullum reipubUcœ usum , ambitiosa morte inclaruerunt '. »

« Quoique ce soit le propre de l'homme de haïr celui qu'on « a offensé , et que Domitien fût d'un naturel violent , et d'au- « tant plus irréconciliable que sa haine et sa colère étaient « plus cachées, Agricola savait l'adoucir par sa modération et « sa prudence , parce qu'il ne provoquait point le courroux du « prince , et n'allait point au trépas et à la réputation par une « vaine et fière affectation de liberté qui tient de la révolte. Que « ceux qui n'admirent qu'une générosité téméraire apprennent « par son exemple qu'il peut y avoir de grands hommes sous « de mauvais princes; et que la soumission et la modestie , si

• Cap. 42.

388 HfSTOIBB ANCIENNE.

« elles sont sontemies d'une vigueur et d'une activité propres « auK grandes affaires, peuvent arriver au même pmnt de « gloire où tendent la plupart des hommes par des procédés « hardis et violents , sans aucun avantage pour le bien public , •c et sans autre fruit pour eux-mêmes que de se signaler par « une chute éclatante. »

QUINTE-CUBGE ( QUINTUS CUBTIUS HUFUS ).

J'ai déjà remarqué ailleurs qu'on ne sait point précisément dans quel temps Quinte-Curce a vécu. Cest le sujet d'une grande dispute parmi les savants ; les uns le plaçant sous Auguste ou Tibère, d'ailtres sous Vespasien, quelques-uns sous ïrajan*.

11 a écrit l'Histoire d'Alexandre le Grand en dix livres, dont les deux premiers ne sont pas venus jusqu'à nous : ils ont été suppléés par Freinshemius. Son style est fleuri , agréable, rempli de réflexions sensées , et de harangues fort belles , mais pour l'ordinaire trop longues , et qui sentent quelquefois le déclamateur. Ses pensées , ingénieuses, et souvent très-solides , ont néanmoins un éclat et un brillant affecté , qui ne paraît pas marqué tout à fait au coin du siècle d'Auguste. 11 serait assez étonnant que Quintilien , dans le dénombrement qu'il fait des auteurs latins , n'eût fait aucune mention d'un historien aussi recommandable que Quinte-Curce s'il avait vécu avant lui.

On lui reproche plusieurs défauts d'ignorance par rapport à l'astronomie , à la géographie , aux dates des événements , et même aux effets de la nature les plus connus, comme d'avoir /pensé que la lune s'éclipse indifféremment quand elle est nouvelle et quand elle est pleine. Lunam deficercy cum aut terram subiret, aut sole premeretur ».

IVous avons une excellente traduction de Quinte-Curce par M. de Vaugelas.

SUÉTONE (CAIUS SUETONIUS TBANQUILLUS ).

Suétone était fils de Suétonius Lénis ^, tribun de la treizième

' IVaatres, pliu bas encore. Niebohr tin. — L.

le croit du temps de Septime Sévère ; •' I jb. 4, c 10.

J. de Mùller, d'Alexandre Sévère; ^ Saet. in Oth. cap. 10. Gibbon, dt Gordien ; Rarth, de Constan-

légion, qui se trouva à la journée de Bédriac, où les troupes de Vitellius vainquirent celles d'Othon. 11 a fleuri sous Fempire de Trajan et sous celui d'Adrien.

Pline le Jeune Taimait beaucoup , et voulait l'avoir toujours auprès de lui '. Il dit que plus il le connaissait plus il l'aimait , à cause de sa probité , de son honnêteté, de sa bonne conduite, de son application aux lettres , de son érudition ; et il lui rendit plusieurs services.

Suétone composa un fort grand nombre de livres , qui sont presque tous perdus. Il ne nous reste que son histoire des douze premiers empereurs, et une partie de son traité des illustres grammairiens et rhéteurs.

Cette histoire est fort estimée par les savants. Elle s'attache beaucoup moins aux affaires de l'empire qu'à la personne des empereurs ,• dont elle fait connaître les actions particulières , la conduite domestique, et toutes les inclinations tant bonnes que mauvaises. Suétone n'observe point l'ordre des temps, et jamais l'histoire ne fat plus différente des annales que celle-ci. Il réduit tout à certains chefs généraux ; et met ensemble ce qui se rapporte à chaque chef. Son style est fort simple , et l'on voit bien qu'il a plus recherché la vérité que l'éloquence. On lui re^ proche avec raison d'avoir donné trop de licence à sa plume et d'avoir été aussi libre et aussi peu mesuré dans ses récits que les empereurs dont il fait l'histoire l'avaient été dans leur vie.

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