DES ORATEURS GRECS
§ I. Siècle où t éloquence a le plus fleuri à Athènes.
La Grèce ', si fertile en beaux génies pour tous les autres arts, a été longtemps stérile par rapport à l'éloquence, et l'on peut dire qu'avant Périclès elle ne faisait encore en quelque sorte que balbutier, et que jusque-là elle avait eu peu d'idée et fait peu de cas du talent de la parole. Ce fut à Athènes que l'éloquence commença à jeter de l'éclat. Et il ne faut pas s'étonner qu'il se fût déjà passé plusieurs siècles sans qu'elle y eût été mise en
I « Gnecia... omne« artes yetastiores orator extulit... Non in constitaeatibos
babet, et malto ante non inventas »o- rempablicam nec in bella gerentibus...
lu m, »cd etiam perfectas, qnam esta nasci cupiditas dicendi solet. Pacis est
Graeciselaboratayisdicendi atquecopia. cornes, otiiqne socia, et jatcbene cons-
In qnam qaum intueor, maxime mibi titutee civitatis quasi alumna qufpdam
occurrunt, Attice, et quasi lucent eloqucntla. » (CIC. in Brtt*. n. 26 et 45.) Atbense tuse, qua io urbe primum se
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honneur. Ce n*est pas parmi les soins de rétablissement d'un État, ni dans le trouble des guerres , qu'elle a coutume d'être cultivée. Amie de la paix et de la tranquillité, il lui faut, si j'ose ainsi m'exprimer, pour berceau une république déjà bien affermie et bien policée.
Mais ce qui doit paraître étonnant % c'est que l'éloquence, presque encore naissante^ et dès ses premiers commencements ( car c'est au temps de Périclès que Cicéron en fixe l'époque) , soit tout d'un coup parvenue à une si haute perfection. Avant Périclès * on n'avait aucun discours , aucun ouvrage où il parût quelque lueur de beauté et d'ornement, ni qui ressentît l'orateur ; et ses discours brillaient déjà de ce qu'il y a de plus beau, de plus fort et de plus sublime dans l'éloquence.
Périclès ayant en vue de se rendre puissant dans la république , et de dominer dans les assemblées du peuple , regarda l'éloquence comme l'instrument le plus nécessaire pour parvenir à ses fins, et il y donna toute son application. La beauté naturelle de son génie lui fournissait toutes les ressources nécessaires, et l'étude profonde ^ qu'il avait faite de la philosophie sous Anaxagore lui avait appris par quels ressorts on remue et on tourne à son gré le cœur des hommes. Il employait avec un art merveilleux, tantôt la douceur de l'insinuation pour persuader, tantôt la force des grands mouvements pour abattre et renverser. Athènes, qui voyait luire dans son sein une nouvelle lumière, charmée des grâces et de la sublimité de ses discours , admirait son éloquence 4 et la craignait. On a remarqué que ^, dans le
t « Kiec eetas prima Athenis ora- reatur. » (Cic. in Orat, n. 16.)
torem prope perfectum tulit. m (CiC. in * a Hujas saavitate maxime exfaila-
Brut, n. 45. ) ratée snnt Athense, hajus nbertatem et
3 c Ante Periclem.... littera nulla copiam admiratae; ejusdem TÎm di-
est, qvae qaidem ornatnm aliqnem ha- cendi terroremqae timnerunt. » ( Id. in
beat, et oratoris esse videatur. » (CiC. Brut. n. 44.)
in Brut, n. 27.) * & « Qnid Perides? de cujas dicendi
3 « In Phsedro Platonis (p. 270) hoc copia sic accepimas, nt qnnm contra
Periclem prœstitisse cœteris dicit ora- Tolnntatem Atheniensium loqneretur
toribus Socrates, qnod is Anaxagorœ pro sainte patri» , severias tamen id
physici fuerit auditor ; a que censet ipsam , quod iUe contra populares ho-
eum, qnnm alia prœclara qnaedam et mines diceret, populare omnibus et
magnifica didicisset , nberem et fecnn- jncnndnm videretur. Cujas in labris
dum fuisse, gnarumqne ( qnod est elo- veteres comici etiamqnnm illi maledi-
qnentisB maximum) quibns orationis cerent (qnod tnm Athenis fieri lireret)
modis qnœque animornm partes pelle- leporem habitasse dixerunt , tantam-
SCIENCES ET ÀBTS. 299
temps même qu'il s'opposait aux volontés du peuple avec une sorte de roideur inflexible , il savait lui plaire , et avait l'adresse de le ramener insensiblement à son avis. Aussi les poëtes comiques dsfhs leurs satires contre lui (car alors les plus puissants de ta république n'y étaient point épargnés) disaient à sa louange, d'un côté, que la déesse de la persuasion avec tontes les grâces résidait sur ses lèvres ; de l'autre , quil tonnait et foudroyait ' , tant ses discours avaient de véhémence, et qu'il laissait toujours une sorte d'aiguillon dans l'âme de ses auditeurs.
Par ce rare talent de la parole * , Péridès vint à bout de se conserver pendant quarante ans de suite ^ tant en paix qu'en guerre, une entière autorité sur le peuple du monde ie pkis in^ constant et le plus capricieux, et en même temps le plus jaloux de sa liberté, dont il fallait tantôt relever le découragement dans les disgrâces qui lui arrivaient, tantôt rabattre la fierté et arrêter les fougues dans les heureux succès. On voit par là ce que peut Téloquence, et quel cas on en doit faire.
Quoique Périclès n'ait laissé après lui aucunepièce d'éloquence, il mérite bien cependant d'être mis à la tête des orateurs grecs ; d'autant plus que, selon €icéron ^ , c'est lui qui fit naître à Athènes le goût de la saine et parfaite âoquence , qui la mît en honneur, qui en montra le véritable usage et la véritable destination, et qui en fit sentir les salutaires e^ets par le succès qu'eurent ses harangues.
Je parlerai maintenant des dix orateurs athéniens dont Plutarque ^ nous a donné la vie en abrégé, et je ne m'arrêterai que sur ceux qui sont le plus connus.
qve ia eo yim faiase, Qt in eomm men- ' « Itaque hic doctrina, oonsilio,
tibns qui aadissent quasi aculeoa quos- eloquentia exceUens, quadraginta au-
dam reliqueret. » (CiC. de Orat, lib. 3, «os praefnit Athenis, et urbanis eodem
n. 138.) tempore et bellicis rébus. » (Id. ibid.'t
> « Ab Aristophane poeta fnigurare, 3 « Periclea prîmus adhibuit doctri-
tonare, permiscere Grœciam dictas nam, » etc. (Cic. in £ru<. n. 44.)
est. » ( Id. de Orat. n. 29.) * Il est reconnu maintenant que ce
"HorpaitT* àgpovca , ^^tx(na xiy ^""'^ »'"* P«*»»* ^e Piutarque. - L. [•E>XàÔa.
[Jeharn, ▼. 531 .]
Des dix Orateurs grecs.