CLÉANTHE
OéauUie était d'Assos dans la Troade '. il n'avait que quatre drachmes, c'est-à-dire quarante sous> , quand il entra à Athènes. Il se rendit fort recommandable par la patience courageuse avec laquelle il soutenait les plus durs et les plus pénibles travaux. Il passait la nuit presque entière à puiser de l'eau pour un jardinier, afin d'avoir de quoi vivre et de pouvoir s'appliquer à l'étude de la philosophie pendant le jour. Cité devant les juges de l'Aréopage pour rendre compte , selon que l'ordonnait une loi de Solon, de quoi il vivait, il produisit en témoignage le jardinier, et sans doute ses propres mains endurcies par le travail , et pleines de callosités. Les juges , ravis en admiration , ordonnèrent qu'on lui fournît du trésor public dix mines, c'està-dire six cents livres ^. Zenon lui défendit de les accepter ; tant la pauvreté était en honneur parmi ces philosophes ! Il remplit la chaire du Portique avec beaucoup de réputation.
11 avait naturellement l'esprit pesant et tardif, mais il surmonta ce défaut par une application opiniâtre au travail. L'éloquence n'était pas son talent. Il s'avisa pourtant de composer une rhétorique 4, aussi bien que Chrysippe, dont il sera bientôt parlé ; mais l'un et l'autre avec si peu dé succès , que , si l'on en croit Cicéron, bon juge certainement en cette matière , ces ouvrages n'étaient propres qu'à rendre un homme muet.
CHKYSIPPE.
Chrysippe était de Soli , ville de Cilicie ^. I! avait l'esprit fort subtil , et propre aux disputes de la dialectique , où il s'était fort exercé, et sur laquelle il avait fait plusieurs traités. Diogène
> I.afrt. quis obmatesccre conciipicrit , nihil
- :i fr. 6Gr. — L. îiliiid légère debeat. » f De Finib. lib. 4,
-•'.nOfr. - L. ' n. 7.)
* <^ Scripsit Artem rhetoricim ('.Iran- •' I.aert. tbes, Chrysippus rtiam, sfd sic, ut, si
I^ërce les fait monter à plus de trois cents. On prétend que ce qui rengagea à écrire beaucoup fut l'envie qu'il portait à Épicure , qui avait fait plus de livres qu'aucun autre philosophe ; mais il n'égala jamais ce concurrent. Ses ouvrages étaient peu travaillés , et, par une suite nécessaire, peu corrects , pleins de répétitions ennuyeuses , et souvent même de contradictions. C'était le défaut ordinaire des stoïciens , de mêler beaucoup de subtilité et de sécheresse dans leurs disputes , soit de vive voix, soit par écrit. Ils évitaient , ce semble , avec autant de soin tout agrément dans le style comme tout relâchement dans les mœurs. Cicéron ne les blâmait pas beaucoup de manquer d'un talent entièrement étranger à leur professions et qui n'y était pas absolument nécessaire. Si un philosophe*, dit-il, a de réloquencejelm en sais bon gré ; s'il n'en a point, je ne lui enfais pas un crime, U se contentait qu'ils fussent clairs et intelligibles ^ ; et c'est par où il estimait Épicure.
Quintilien cite souvent avec éloge un ouvrage que Chrysippe avait fait sur l'éducation des enfants.
Il s'associa pendant quelque temps aux académiciens < , soutenant à leur manière sur un même sujet le pour et le contre. Les stoïciens se plaignirent de ce que Chrysippe avait ramassé tant et de si forts arguments pour le système des académiciens , qu'il ne put ensuite les réfuter ; ce qui avait fourni des armes à Carnéade, leur antagoniste.
Sa doctrine, sur plusieurs points, ne faisait pas d'honneur à sa secte, et n'était capable que de la décrier &. Il croyait les dieux périssables, et soutenait qu'ils périraient en effet dans l'incendie du monde. Il permettait les incestes les plus criants et les plus abominables , et admettait la communauté des femmes parmi les sages 6. Il avait composé plusieurs écrits remplis d'obscénités qui faisaient horreur. Voilà ce qu'était le philosophe qui passait
I « Videmns iifldem de rebas jejune admodam flaytem. » (De Finit. lib 1,
quosdam et exiliter, at eum , quem acu- n. 15.)
tissimum feront , Cbrysippam, disputa- 3 « Oratio me istiu» philosopbi non of-
Tisse; neqae ob eam rem philoAopbisR fendit. Nam et complectitar yerbis qnod
non satisfeeiase , qaod non babaerant yalt, et dicit plane qnod intelligam. »
hane dicendi ex arte alienam faculta- (Ibtd.)
tem. » {DeOrat. 1. 1 , n. 49.) < Acad.l.4,n. 7.
' « A philosopho, si afferat eloquen- * Plut, contra Stoic. pag. 1074, 1075.
tlam , non asperner ; si non hubeat , non <' Laert.
pour le plus ferme'appui du Portique' , c'est-à-dire de la secte la plus sévère du paganisme.
Il doit paraître étonnant, après cela, que Sénèque fasse de ce philosophe » , enle joignant àZénon, un éloge si magnifique, jusqu'à dire de l'un et de l'autre qu'ils ont fait de plus grandes choses par les travaux de leur cabinet que s'ils avaient commandé * des armées, rempli les premières places d'un État, établi de sages lois; et qu'illes considère comme des législateurs , non d'une seule ville , mais du genre humain entier.
Cbrysippe mourut dans la HS"" olympiade^. On lui dressa un tombeau parmi ceux des plus illustres Athéniens. Sa statue se voyait dans le Céramique.