‹ Histoire ancienneChapitre 99 sur 104 · POSIDONIUS · texte numérisé non relu

POSIDONIUS

Posidontus était d'Apamée en Syrie ; mais il passa la p\m grande partie de sa vie à Rhodes , où il enseigna la philosophie avec grande réputation, et fut employé au gouvernement avec un pareil succès.

Pompée, au retour de son expédition contre Mithndate, passa par Rhodes pour le voir. Il le trouva malade. Nous verrons dans la suite comment se passa cette visite.

BPICTÈTE.

Je ferais injure à la secte des stoïciens si, dans le dénombrement de ceux qui s'y sont attachés, j'omettais Épietète, celui peut-être de tous ces philosophes qui lui a fait le plus d'honneur par la sublimité de ses sentiments et par la régularité de sa conduite.

Épictète était né à Hiérapolis, ville de Phrygie , vis-à-vis de Laodicée. La bassesse de son origine nous a dérobé la connaissance de ses parents. Il fut esclave d^un Épaphrodite , nommé par Suidas un des gardes de Néron; et c*est d'où lui fut donné le nom d* Épictète ', qui signifie serviteur acheté, esclave. On ne sait ni par quel accident il fut mené à Rome, ni comment 11 fut vendu ou donné à Épaphrodite ; on sait seulement qu'il fut son esclave. Épictète fut apparemment mis en liberté. Il fut toujours attaché à la philosophie des stoïciens, qui était alors la secte, la plus parfaite et la plus sévère.

Il vécut à Rome jusqu'à l'édit de Domitien > qui en chassa tous les philosophes. Si l'on en croit Quintilien^, plusieurs d'entre eux cachaient de grands vices sous un si beau nom, et ils s'étaient fait la réputation de philosophes, non par leur vertu et

' 'E7t(xTTiT0Ç. rcntïir phUosophi, laUopabant ; sedTal-

* An. J. C. 94. tam, ettristitiam, et dissentientem acae-

3 c Nostris temporibns'sab hoc nomine teris habitum pessimis moribns pneten-

maxima in plerisqne Titia lataeront. debant. » ( QuiNT. in Proœm. lib. IJ

^nn enim virtute ac studiis ^ ut habe-

SCIENCCS ET ARTS. 427

leur science, mais par na visage triste et sévère, et par une singularité d'habit et de manières qui servait de masque à des mœurs très-corrompues. Peut-être Quintilien charge -t-il un peu ce portrait pour faire plaisir à i'eiftpereur ; ce qui est certain , c'est qu'on ne peut en aucune sorte l'appliquer à Épictète.

Au sortir de Rome, il alla s'établir à Nicopolis, ville considérable d'Épire , où il passa plusieurs années , toujours dans une grande pauvreté, mais toujours fort honoré et fort respecté. Il revint ensuite à Rome, sous le règne d'Adrien, de qui il fut fort considéré. On ne marque ni le temps, ni le lieu , ni aucune circonstance de sa mort ; il mourut dans une assez grande vieillesse.

Il réduisait toute sa philosophie à souffrir les maux patiemment et à se modérer dans les plaisirs ; ce qu'il exprimait par ces deux mots grecs, hixoM xal àTrsxcu, sustine et abstine.

Celse, qui a écrit contre les chrétiens, dit • gue son maître lui serrant la jambe avec beaucoup de violence, il lui dit sans s'émouvoir et comme en riant : Mais voiis rn'allez casser la jambe. Et comme cela fut arrivé , il lui dit du même ton : Ne vous favais-je pas bien dit, que vous me la casseriez ?

Lucien se moque d'un homme qui avait acheté très-cher la lampe d'Épictète » , quoiqu'elle ne fût que de terre ; comme s'il se fût imaginé qu'en s'en servant il deviendrait aussi habile que cet admirable et vénérable vieillard.

Épictète avait composé plusieurs écrits, dont il ne nous reste que son Enchiridion ou Manuel; mais Arrien, son disciple, a fait un grand ouvrage qu'il prétend n'être composé que des choses qu'il avait ouï dire, et qu'il avait recueillies, autant qu'il avait pu , dans les mêmes, termes. Dés huit livres qui formaient cet ouvrage, nous n'en avons que quatre.

Stobée nous a conservé quelques sentences de ce philosophe , qui étaient échappées à la diligence de son disciple. J'en citerai ici deux ou trois.

« Il ne dépend pas de toi d'être riche, mais il dépend de « toi d'être heureux. Les richessses mêmes ne sont pas tou-

» Orig. in Cels. lib. 7. quinze cents livres. = 2,750 fr. — L.

'Trois mille drachmes, c'eijt-à-d ire Lucian. advers. Indoct. p. 548.

« jours un bien, et certainement elles sont toujours de peu « de durée ; mais le bonheur qui vient de la sagesse dure tou- « jours.

« Quand tu vois une vipère ou un serpent dans une boîte <' d'or, Ten estimes-tu davantage ? et n'as- tu pas toujours pour « elle la même horreur, à cause de sa nature malfaisante et ve- « nimeuse ? Fais de même à l'égard du méchant , quand tu le « vois environné d'éclat et de richesses.

« Le soleil n'attend point qu'on le prie pour faire part de sa « lumière et de sa chaleur. A son exemple, fais tout le bien qui « dépend de toi , sans attendre qu'on tè le demande. >»

Voici la prière qu'Épictète souhaitait de faire en mourant : elle est tirée d'Arrien. « Seigneur, ai-je violé vos commande- « ments.î* Ai-je abusé des présents que vous m'avez faits? Ne « vous ai je pas soumis mes sens, mes vœux, mes opinions? Me « suis- je jamais plaint de vous? Ai-je accusé votre providence? « J'ai été malade, parce que vous l'avez voulu, et je l'ai voulu de « même. J'ai été pauvre , parce que vous l'avez voulu , et j'ai été K content de ma pauvreté. J'ai été dans la bassesse, parce que « vous l'avez voulu, et je n'ai jamais désiré d'en sortir. M'avez- M vous jamais vu triste de mon état ? M'avez-vous surpris dans « l'abattement et dans le murmure ? Je suis encore tout prêt à « subir tout ce qu'il vous plaira d'ordonner de moi. Le moindre « signal de votre part est pour moi un ordre inviolable. Vous « voulez que je sorte de ce spectacle magnifique, j'en sors, et je « vous rends mille très-humbles grâces de ce que vous avez dai- «t gné m'y admettre pour me faire voir tous vos ouvrages, et pour « étaler à mes yeux Tordre admirable avec lequel vous gouver- « nez cet univers. » Quoiqu'il soit aisé de remarquer ici des traits empruntés du christianisme, qui alors commençait à jeter une grande lumière, on sent néanmoins un homme bien content de lui-même , et qui, par ses fréquentes interrogations, semble défier la Divinité même de trouver en lui aucun défaut : sentiment et prière véritablement dignes d'un stoïcien , tout fier de sa prétendue vertu ! Saint Paul , si rempli de bonnes œuvres, ne parlait pas ainsi. Je n'ose pas me juger moi-même, disait-il; car encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas

justifié pour cela; mais celui qui méjuge, c'est le Seigneur^, Au reste, cette prière, tout imparfaite qu'elle est, sera la condamnation de beaucoup de chrétiens; car elle nous montre qu'une parfaite obéissance, un entier dévouement, une pleine résignation à toutes les volontés de Dieu, étaient regardés par le paganisme même comme des devoirs indispensables de la créature à regard de celui de qui elle tient l'être. Ce philosophe a connu le terme des devoirs et des vertus : il a eu le malheur d'en ignorer le principe.

Épictète était à Rome dans le temps que saint Paul y faisait tant de conversions , et que le christianisme naissant brillait avec tant d'éclat par la constance inouïe des fldèles. Mais , loin de profiter d'une si vive lumière , il blasphémait contre la foi des premiers chrétiens et contre le cotirage héroïque des martyrs. Dans le quatrième chapitre du septième livre d'Arrien, Épictète , après avoir montré qu'un homme qui sent sa liberté , et qui est persuadé que rien ne lui peut nuire, parce qu'il a Dieu pour libérateur, ne craint ni les satellites ni les épées des tyrans , ajoute : La folie et la coutume ont pu porter quelques-uns à les mépriser: comme elles y portent les Galiléens », et la raison et la démonstration ne pourront le faire. Il n'y avait rien de plus opposé à la doctrine évangélique que l'orgueil stoïcien.

' I Corinth. cap. 4, v. 3 et 4. ^ C'est ainsi que les chrétiens étaient

appelés.

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