‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 148 sur 468 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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3. Voir à ce sujet Rabot, dans la Géographie, XVI, 1907, p. 169-170, et, en sens contraire, Bulîault, dans Bull, de géojraphie historique, 1910, p. 133 et suiv. La vérité est entre les deux opinions extrêmes,

GsELL. — Afrique du Nord. I. **

terrasses superposées, portant des cultures. Les anciens ont souvent pratiqué ce mode d'aménagement des sols accidentés. Des remarques qui précèdent, nous pouvons conclure que, dans l'antiquité comme de nos jours, il y avait en Berbérie de vastes régions dénudées, où la constitution du sol et le climat ne se prêtaient pas à la végétation arbustive. Il y avait aussi dans cette contrée des forêts étendues. Elles étaient probablement plus nombreuses qu'aujourd'hui'. Dans quelle mesure? nous l'ignorons. Le déboisement avait commencé dès cette époque, mais ses effets, funestes sur les terrains montagneux, furent combattus en maints endroits par le travail de l'homme.

1. Acluellemeut, les forêts couvrent 2 800 000 hectares en Algérie, dont 2 000 000 pour le Tell, soit 15 à 16 p. 100 de la superficie de cette région. Il faut dire qu'en bien des lieux, ce qu'on appelle forêt n'est qu'une humble broussaille. En Tunisie, la superficie de forêts est d'environ 500 000 hectares, à peine 5 p. 100. En France, la proportion est de 18,2 p. 100, en Allemagne, de 23,9 (Brunhes- A» Géoijraphie humaine, p. 418), mais il s'agit de vraies foreU.

Pendant tout le cours de leur histoire, les populations de l'Afrique du Nord ont tiré presque uniquement leurs ressources de la culture et de l'élevage. Il n'y eut dans l'antiquité qu'une exception : Cartliage, grande ville industrielle et commerçante.

Il ne sera donc pas inutile d'exposer brièvement quelles furent, dans la Berbérie d'autrefois, les conditions de l'exploitation du sol. L'étude des régions naturelles et du climat a montré qu'elles ne pouvaient pas être partout les mêmes, qu'elles ne permettaient point partout des résultats également heureux.

Les végétaux cultivés dans l'Afrique septentrionale à l'époque antique furent ceux dont le choix était indiqué par la situation de cette contrée, ceux qui, depuis une longue série de siècles, sont répandus dans les autres pays de la ^Méditerranée. Nous n'avons pas à parler ici de certaines plantes dites exotiques, que les anciens ont peu connues; qu'en tout cas, ils ne paraissent pas avoir acclimatées en Berbérie, où elles ne peuvent réussir que dans quelques lieux privilégiés : tels le cotonnier et la canne à sucre, cultivés çà et là à l'époque arabe ' ; tel le

1. Pour le colonnier, voir de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce concer-

riz, qui n'a été introduit dans l'agriculture méditerranéenne qu'au moyen âge*.

Dans l'Afrique du Nord, ce sont surtout les sols argilo-calcaires (marnes) et silico-calcaires qui conviennent aux céréales *. Les premiers constituent des terres fortes, exigeant un labeur intensif; les autres, des terres légères, faciles à travailler, absorbant et conservant bien l'humidité, dont l'agronome romain Columelle a pu dire : « En Afrique, en Numidie, des sables friables l'emportent en fertilité sur les sols les plus robustes ^ »

La distribution des couches de phosphate de chaux est importante au point de vue agricole. On sait qu'elles représentent des sédiments, d'épaisseur variable, qui se sont accumulés le long d'anciens rivages à l'époque tertiaire, dans la période éocène, et où abondent les restes de grands poissons, les coprolithes, les coquilles de mollusques, etc. *. L'érosion a attaqué

nant les relations des chrétiens avec les Arabes de VAfrique septentrionale, p. 1:21 Lacroix, dans Rev. africaine, XIII, 1869, p. 166-7 et 344. Pour la canne à sucre :; Mas Latrie, l. c, p. 218; Lacroix, l. c, p. 167 (conf. Berbrugger, Rev. africaine, VI, 1862, p. 116-9).

1. Movers (die Phônizier, II, 2, p. 411, note) semble disposé à faire venir le mot latin oryza (riz) du berbère « araz ». Mais le terme rouz, dont les Berbères se servent, est un mot qu'ils ont emprunté aux Arabes, et oryza est évidemment une transcription du grec. — Un passage de Strabon (XVII, 3, 23), relatif à l'oasis d'Augila, au Sud de la Cyrénaique, se lit ainsi : ôpui^oTpoïeî o'r, yfi ô'.à tôv a-j-/[jiôv. Mais dire que la sécheresse est une condition de la culture du riz est une absurdité. Le texte est donc altéré; voir dans l'édition de Millier, p. 1044, les diverses corrections proposées (conf. le même, édition de Ptolémée, n. à p. 671).

2. Les terrains siliceux qui s'étendent sur la majeure partie de la région littorale, dans la province de Constantine et le Nord de la Tunisie, manquent de calcaire et ne sont point propices à la culture des céréales, si on ne les amende pas. Certains sols, comme ceux de la plaine voisine d'Oran, de quelques plaines du centre de la province de Constantine, sont rendus infertiles par leur forte salure.

3. De re rustica, I, préface : « In Africa, Numidia putres arenae fecunditate vel robustissimum solum vincunt. >> Conf. le môme, II, 2, 25 : « ... Numidiae et Aegypto, ubi plerumque arboribus viduum solum frumentis seminatur. Atque eiusmodi terram pinguibus arenis putrem, veluti cinerem solutam, quamvis levissimo dente moveri satis est. » Pline l'Ancien (XVII, 41) parle des terres du Byzacium, où, après les pluies, le travail de la charrue se fait très facilement.

4. Rappelons à ce propos un passage assez curieux de Pomponius Mêla (I, 32) : € Interius (à l'intérieur de la Numidie) et longe satis a littore. si Ûdem re»

LES CONDITIONS DE L'EXPLOITATION DU SOL. 16i

ces dépôts en beaucoup d'endroits, en a charrié d'innombrables parcelles, éléments de fertilité qu'elle a mêlés au sol des vallées et des plaines. « 11 est curieux d'étudier, écrit un géologue ', la répartition des ruines romaines [en Tunisie]; on constate que les ruines d'exploitations agricoles sont tout particulièrement nombreuses sur les marnes de l'éocène, qui accusent toujours une teneur notable en phosphate de chaux ». Les principaux gisements de phosphate aujourd'hui connus se trouvent au Sud-Ouest de Kairouan (à Sidi Nasser Allah); entre le Kef et Tébessa et dans le voisinage de cette dernière ville; à l'Ouest de Gafsa, sur une longueur d'une soixantaine de kilomètres; au Sud du pays des Némenchas (djebel Ong) ; dans la région de Souk Ahras; dans la Medjana (au Sud-Ouest de Sétif); aux environs d'Aumale, de Berrouaghia, de Boghari.

Mais l'étendue des sols géologiquement fertiles surpasse celle des terres où la culture des céréales peut se faire dans des conditions favorables. Une tranche de pluie de 35 à 40 centimètres est en général considérée comme un minimum nécessaire pour le succès des récoltes. Or, d'après un calcul approximatif, il n'y aurait guère, en Algérie et en Tunisie, que 18 millions d'hectares recevant 0 m. 40 de pluies annuelles- : c'est à peu près le tiers de la France. Pour suppléer par l'irrigation au manque ou aux caprices des précipitations atmosphériques, il faudrait disposer de réserves d'eaux, superficielles et souterraines, bien plus abondantes qu'elles ne le sont en Berbérie. On évalue à environ 220 000 hectares la surface totale des terres irriguées actuellement en Algérie et en Tunisie ^ et si de futurs travaux

capit, inirum ad moduin spinae piscium, muricum ostrearumquc fragmenta, saxa adtrila, uli solenl, lluclibud et non diiïereatia inarinis, iiiftxae cautil)us aiiciiorae [!] el alla eiusmodi signa atque vestigia eflusi olim usque ad ea loca pelagi in cainpis nihil alenlibus esse invenirique narrantur. •• Conf. Strabon, XVII, 3. 11.

I. Pervinquière, dans Revue scientijique, 100.5, II, p. 353. Voir aussi Bernard et Ficheur, dans Annales de Géographie, XI, J902, p. 365.

'2. Saurin, l'Avenir de l'Afrique du Sord (Paris, 1890), p. 48.

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