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CHAPITRE III

ÉTAT SOCIAL. lYlAGIE ET RELIGION. ART. PRATIQUES FUNÉRAIRES

Nous ne savons à peu près rien sur l'état social des Africains primitifs Les stations les plus anciennes paraissent n'avoir été ocijupées que par un petit nombre d'individus; mais nous i^.io'ons si chacune d'elles servait de demeure à un groupe en quf'lque sorte autonome, ou si celui-ci n'était pas rattaché par des liens plus ou moins étroits à d'autres groupes du voisinage. Dès les temps néolithiques S existent, nous l'avons dit-, de véritables villages, dont les habitants devaient former des sociétés distinctes.

Les textes grecs et latins qui, à partir du v" siècle avant J.-C, donnent quelques renseignements sur les indigènes de la Berbérie nous montrent la famille constituée : famille dont l'homme, mari et père, est le chef^ où la femme est tenue le

1. Et même dès l'époque de l'industrie gétulienne, qui peut être, il est vrai, en partie contemporaine du développement de l'industrie néolithique dans d'autres réj;-ioiis de l'Afrique du Nord : voir p. 187, n. 2.

3. H y a des exceptions, sur lesquelles nous reviendrons : voir en particulier Hérodote, IV, 180. — Chez les Touaregs qui vivent actuellement dans le Sahara, la paternité n'est pas légalement reconnue, la maternité l'est seule; les enfants dépendent et héritent de leur oncle maternel, non de leur père (voir, entre autres, Gautier, la Conquête du Sahara, p. 191). Il y a là, sans doute, une survi-

plus souvent dans une condition inférieure, où la polygamie est fréquente. Ils indiquent des tribus ou des peuplades, disposant de territoires étendus, soumises, autant qu'il semble, à un régime monarchique'. Des Etats unissent sous une autorité commune un certain nombre de tribus.

Nous ignorons comment se sont formés ces divers organismes sociaux-. Peut-être les Etats ne sont-ils pas très anciens. On peut supposer qu'à une époque antérieure, des tribus se liguaient parfois en cas de guerre et que ces confédérations temporaires étaient commandées par des chefs, Agamemnons dont les pouvoirs expiraient à la fin des hostilités ^ Mais, à vrai dire, nous sommes dans une incertitude complète à cet égard. Quant aux tribus, elles se sont probablement constituées de bonne heure : il était nécessaire aux hommes de former des associations assez fortes pour se défendre contre les attaques, pour s'assurer la possession de territoires où les troupeaux ne fussent pas à l'étroit sur des champs vite épuisés, où des sols variés pussent offrir des pâturages en toute saison.

vance d'un état de choses datant d'une lointaine antiquité : c'est ce que l'on appelle souvent, et improprement, le matriarcat. Cependant les documents anciens, qui font allusion à l'existence de cette coutume chez les Éthiopiens (Nicolas de Damas, Fragm. hist. graec, édit. Millier, III, p. 463, n" 42), ne la signalent pas chez les Libyens.

1. A une époque plus reculée, dans la deuxième moitié du second millénaire avant J.-C, des documents égyptiens nous font connaître, entre la vallée du Nil et la Berbérie, des peuplades dont les plus importantes paraissent avoir été les Lebou et les Mashaouasha; elles avaient des chefs, qui, du moins chez les Lebou, appartenaient à une famille princière.

2. Sur les gravures rupestres préhistoriques de Tyout (Sud oranais), les gens représentés forment souvent des couples et un trait joint leurs parties génitales : peut-être a-t-on voulu indiquer ainsi le lien du mariage (les sexes ne sont pas distincts; mais, quand l'un des deux personnages tient un arc, il y a lieu de supposer qu'il s'agit d'un homme). Une de ces gravures nous montre trois individus ainsi associés : l'un est un archer, l'autre pourrait être une femme, le troisième, de plus petite taille, est probablement un enfant; les traits indique raient ici à la fois le mariage et la filiation. Gonf. Bonnet, Revue d'ethnographie, VIII, 1889, p. 156; Pomel, Singe et homme, p. 18.

3. Tels étaient peut-être Mâraîou, prince des Lebou, et Kapour, prince des Mashaouasha, qui, sous Ménephlah et sous Ramsès III, commandèrent des armées que les Égyptiens eurent à combattre : voir Maspero, Histoire ancienne des peuples de V Orient classique,- II, p. 431-2 et 471.

On constate encore de nos jours dans le iMaghrib*. et quelques textes anciens^ signalent des pratiques dites magiques, destinées à acquérir des biens, à expulser ou à détourner des maux, à nuire à des ennemis. Bien qu'on ne puisse pas le prouver, certaines d'entre elles remontent sans doute à une très haute antiquité. Mentionnons, par exemple, les rites pour provoquer la pluie % auxquels un passage de Dion Cassius fait allusion*; les baignades accomplies dans la même intention, lors du solstice d'été : saint Augustin s'élève contre cet usage S qui a persisté çà et là en Berbérie®; la coutume, indiquée peutêtre par Arnobe ^ de nouer à des arbres des morceaux d'étoffe, dans lesquels on croyait fixer les maux dont on voulait se délivrer*; les luttes rituelles, dont parlent Hérodote^ et saint Augustin*", et qui avaient, semble-t-il, ^our objet l'expul-

1. Voir surtout le livre de Doutté, Magie et religion dans l'Afrique du Nord (Alger, 1909).

2. Oulre ceux qui seront indiqués plus loin, voir Pline, VII, IG, citant Isigone et Nymphodore (en Afrique, il existe des familles de fascinateurs, dont les incantations font périr les troupeaux, sécher les arbres, mourir les enfants); Lucain, IX, 913 et suiv. (pratiques magiques des Psylles contre les serpents; conf. Plutarque, Caton le Jeune, 56, et Silius Italicus, III, 301). — Il n'y a pas à tenir compte ici de la prètesse massyle dont il est question dans VÉnéide (IV, 480 et suiv.). Ce sont des opérations de la magie classique que Virgile lui attribue : conf. Basset, Bull, de la Société archéologique de Sousse, III, 1903, p. 266; Pichon, Revue de philologie, XXXIII, 1909, p. 248-9.

3. Voir surtout Bel, dans Recueil de mémoires publié en Vhonneur du XIV' congrès des Orientalistes par l'École des Lettres d'Alger (Alger, 1905), p. 64-68, 70, 71, 85-87, 95-97; Doutté, l. c, p. 582 et suiv.

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