Voir chap. iv
vent'. Dans des terres plus faciles à pénétrer, il arrive que le sol se détrempe tellement que les labours d'automne se font dans de mauvaises conditions, que les grains enfouis dans les champs et les racines naissantes pourrissent.
Les précipitations torrentielles prennent parfois la forme d'orages de grêle, qui sévissent dans les pays élevés du Tell, c'est-à-dire de la partie cultivable de la Berbérie. Ils ont lieu principalement en hiver et au printemps ; dans cette dernière saison, ils peuvent être fort nuisibles à la végétation.
Les différentes régions de l'Afrique du Nord reçoivent des quantités de pluie fort diverses. Par exemple, à Ain Draham, en Khoumirie, la moyenne annuelle est de 1 m. 641 ; à Philippeville, de 0 m. 766; à Constantine, de 0 m. 632; à Batna, de 0 m. 399; à Tébessa, de 0 m. 344; à Biskra, de 0 m. 170-. Ces inégalités tiennent à plusieurs causes : voisinage ou éloignement de la mer; différences d'altitudes; accès plus ou moins facile que tel ou tel pays offre par son exposition aux courants atmosphériques chargés de vapeur d'eau.
Les vents humides viennent, nous l'avons dit, du Sud-Ouest, de l'Ouest et du Nord-Ouest, après avoir passé soit sur l'Océan, soit sur la Méditerranée. Les côtes occidentale et septentrionale du Maroc, les côtes de l'Algérie, la côte septentrionale de la Tunisie, que ces vents rencontrent tout d'abord, sont donc favorisées sous le rapport des pluies. Cependant elles ne le sont pas d'une manière uniforme. En face du Maroc et de la province d'Oran, la Méditerranée est beaucoup moins large qu'en face des provinces d'Alger et de Constantine et de la Tunisie; elle offre par conséquent un champ d'évaporation moins vaste. A
1. M. Bernard (Une Mission au Maroc, Paris, 1904, p. 9) observe que, dans le Maroc occidental, l'évaporation paraît être moins intense qu'en Algérie, le temps restant souvent couvert après les pluies.
2. Les chiffres que je cite ici et plus loin sont empruntés à M. Thévenet (p. 62, 63) et à M. Ginestous (p. 201 : Tunisie, années 1886-1900). Ils ne peuvent prétendre qu'à une exactitude approximati^p.
l'angle Nord-Ouest du Maroc, cet inconvénient est compensé par les vents qui viennent de l'Océan'. Mais, plus à l'Est, les vents du Sud-Ouest qui arrivent jusqu'à l'Oranie se sont dépouillés de la majeure partie de leur humidité sur l'Atlas marocain; d'autre part, les vents, particulièrement pluvieux. du Nord-Ouest atteignent le rivage africain après s'être presque débarrassés de leur vapeur d'eau sur les hautes montagnes du Sud de l'Espagne, et sans avoir pu la remplacer sufGsamment dans leur courte traversée de la Méditerranée ^ Plus loin vers l'Est, et à peu près depuis l'embouchure du Ghélif, ils se chargent d'humidité au-dessus de la mer intérieure, qui s'élargit de plus en plus, et ils viennent aborder de front le littoral, presque perpendiculaire à la direction qu'ils suivent. Il en résulte une augmentation des pluies, surtout au pied des massifs montagneux de la grande et de la petite Kabylie. Les moyennes sont, à Ténès, de 0 m. 594; à Alger, de 0 m. 766^; à Bougie, de 1 m. 306; à Djidjeli, de 1 m. 007; à Bône, de 0 m. 738; à la Galle, de 0 m. 861 ; à Tabarca, de 1 m. 094.
Quant à la côte orientale de la Tunisie, les vents pluvieux d'hiver ne l'atteignent qu'après avoir soufflé sur des espaces terrestres auxquels ils ont abandonné la plus grande partie de leur vapeur d'eau. Aussi les moyennes annuelles y sont-elles beaucoup moins élevées : 0 m. 471 à Tunis, 0 m. 413 à Sousse, 0 m. 246 à Sfax, 0 m. 190 à Gabès*.
Soit dans le voisinage de la mer, soit à l'intérieur des terres, il faut tenir compte des altitudes pour expliquer les différences des précipitations. On sait que les montagnes provoquent la
1. En dehors du détroit, au cap Spartel, la moyenne des pluies a été de 0 m. 819 pour la période 1894-1904 : Fischer, Mittelmeer-Bilder, II, p. 335.
2. Bernard et Ficheur, dans Annales de Géographie, XI, 1902, p. 233. Conf. Thévenet, l. c, p. 62, 71. — Moyenne annuelle à Oran : 0 m. 486.