Voir plus loin, p
2. Hérodote (IV, 197) dit nettement qu'en Libye il n'y a que quatre peuples (îOvîa), deux indigènes, les Libyens et les Éthiopiens, habitant les uns au Nord, les autres au Midi, et deux étrangers, les Phéniciens et les Grecs.
a. Conf. p. 208, n. 3.
admettre en effet que, depuis les temps historiques, la population de la Berbérie n'a pas été profondément modifiée par des éléments étrangers.
Les Phéniciens ont fondé sur les côtes des colonies qui, pour la plupart, étaient étroitement enfermées dans leurs murailles, ou ne disposaient que d'une banlieue restreinte. Carthage ne se décida qu'après plus de trois siècles à occuper un territoire qui ne semble pas s'être étendu au delà de la Tunisie septentrionale; rien ne prouve d'ailleurs qu'il ait été fortement colonisé par les conquérants.
Jusqu'à Jules César, les Romains ne détinrent que le Nord- Est de la Tunisie et, sauf une tentative malheureuse pour relever Carthage, ils n'instituèrent aucune colonie. 11 est vrai que, dans le demi-siècle qui précéda et dans le siècle qui suivit l'ère chrétienne, la fondation de quelques douzaines de colonies implanta en Afrique un certain nombre d'étrangers, surtout d'Italiens. Nous savons très peu de choses sur cette immigration officielle, mais il ne faut point en exagérer l'importance : on a, par exemple, des raisons de croire que cinq cents familles, tout au plus, furent installées à Thamugadi, qui ne fut assurément pas la moindre de ces communes nouvelles'. Nous devons aussi tenir compte de ceux qui obtinrent des concessions sur des territoires non coloniaux, de ceux qui vinrent se fixer volontairement dans les provinces africaines. A leur égard, tout calcul précis est impossible; cependant il n'y a pas lieu d'admettre qu'ils aient été très nombreux. Ce furent surtout d'anciens soldats des armées d'Afrique qui reçurent des terres non coloniales. Or les effectifs de ces armées ne devaient guère dépasser vingt-cinq mille hommes sous le Haut-Empire et, comme le service militaire durait longtemps (vingt-cinq ans), le chiffre
1. Voir Bartliel, Rômische Limitation in der Provin: Africa (extrait des Bonner Jahrbiicher, GXX, 1911), p. 104. — La colonie la plus importante d'Afri(iue, celle qu'Auguste fonda à Carthage, compta trois mille colons romains : Appierk. Lib., 136.
annuel des libérés était peu élevé. Depuis le ii^ siècle, les troupes furent composées de gens du pays pour une très grande part, en totalité pour la légion, corps de citoyens romains. L'Italie, dont la natalité était faible, ne pouvait pas fournir de forts contingents à des régions qui étaient au contraire très peuplées. L'étude des mœurs, des croyances, des noms nous révèle moins l'afflux d'immigrants que l'acheminement d'une partie des Africains vers la civilisation latine*. Quant aux tribus restées barbares, sur lesquelles Ammien Marcellin, Procope et Corippus nous donnent quelques renseignements au iv* et au vi^ siècle, il est évident qu'elles avaient conservé intact le sang de leurs pères-.
A leur entrée dans l'Afrique du Nord, les Vandales devaient être tout au plus deux cent mille*. Ils ne se mêlèrent point aux Africains et lorsqu'au bout d'un siècle, le royaume fondé par
• 1. Sur le petit nombre des Romains qui vinrent s'établir en Afrique, conf. Toutain, les Cités romaines de la Tunisie, p. 246-233; Gauckler, VArchéologie de la Tunisie, p. 61-63.
2. Il n'y a sans doute aucun compte à tenir des prétentions de certains groupes berbères à descendre des Romains (probablement parce qu'ils ont des ruines romaines sur leur territoire, ou même simplement parce qu'ils ont conservé un vague souvenir de la domination romaine). Voir, pour l'Aurès, Masqueray. Revue africaine, XXII, 1878, p. 263-4, 459; le même, Bull, de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 327-332; le même, Formation des cités de l'Algérie, p. 164; Malbot et Verneau, dans V Anthropologie, VIII, 1897, p. 13; — au Nord et au Nord- Ouest de l'Aurès : Pont, Rec. de Constantine, XII, 1868, p. 223; Joly, Revue africaine, LV, 1911, p. 415; — en Kabylie : Féraud, Revue africaine, II, 1837-8, p. 439- 460, et Rec. de Constantine, XIII, 1869, p. 170; Viré, ibid., XXXII, 1898, p. 62; Masqueray, Formation, p. 114; — dans la région de Djelfa : Hartmayer, Revue africaine, XXXIX, 1885, p. 149.
3. Victor de Vite (I, 2) indique qu'un recensement ordonné par Genséric, lors du passage en Afrique, donna un chiffre de 80 000 personnes, parmi lesquelles furent comptés vieillards, jeunes gens, enfants et esclaves. M. Schmidt croit qu'il s'agit de tous ceux qui accompagnèrent Genséric, y compris les femmes. Selon d'autres savants (et leur opinion me paraît plus vraisemblable), ce chiffre représenterait seulement ceux que Genséric voulait faire passer pour des combattants. Le nombre des Vandales et des gens que l'on confondait sous ce nom se serait accru pendant le règne de Genséric, par suite de l'excédent des naissances et de l'arrivée d'autres barbares (Procope, Bell. Vand., 1, 3, 20). Pourtant, vers l'année 486, Victor de Vite affirme (l. c.) que les Vandales étaient fort loin de compter 80 000 guerriers. Sur cette question, voir Haury, Byzantinische Zeitschrift, XIV, 1905, p. 327-8; Schmidt, ibid., XV, 1906, p. 620-1 ; Martroye, Genséric, p. l6,V4, 218-220; Diehl, l'Afrique by:antinc, p. 8-9.
Genséric fut anéanti, ceux qui ne disparurent pas dans la tourmente furent presque tous exilés par les Grecs vainqueurs *. Ces derniers ne laissèrent pas de traces plus durables : ils
défendirent, administrèrent, exploitèrent tant bien que mal les
parties des anciennes provinces romaines dont ils purent se
rendre maîtres; ils ne les couvrirent pas de colons.
Il en fut de même des guerriers arabes qui détruisirent la domination byzantine, soumirent les indigènes et les convertirent à l'islamisme ^ Groupés dans les villes et d'ailleurs peu nombreux, ils ne pénétrèrent pas les masses profondes des Berbères, qui, bientôt même, reprirent possession de leur pays. Ce fut seulement au milieu du xi* siècle que l'Afrique septentrionale eut à subir une grande invasion arabe, celle des Ouled Hilal et des Ouled Soleïm. Vinrent-ils au nombre de loû 000, de 200 000, de SOO 000, d'un million, de deux millions? Tous ces chiffres ont été indiqués^ tous sont arbitraires \ Mais il est certain que les nouveaux venus constituèrent désormais un des éléments importants de la population. Pasteurs nomades, ils se dispersèrent dans les plaines du Tell, dans les steppes du haut pays, sur la lisière septentrionale du Sahara. De nombreuses tribus se rattachent à ces envahisseurs. Cependant elles
1. Voir Procope, L c, II, 5, 1 ; II, 19, 3; II, 28, 40. Gonf. Broca, Revue d'anthropologie, 1876, p. 399.
2. Je laisse de côté de prétendues invasions d'Arabes himyarites qui, passant par l'Ethiopie et le Sahara, se seraient succédé dans l'Afrique du Nord depuis les derniers siècles avant J.-G. jusqu'à la conquête musulmane (Slouschz, dans Archives marocaines, XIV, 1908, p. 319-321). Cette hypothèse ne s'appuie sur aucun argument solide. M. Slouschz a eu un précurseur, Tauxier, qui admettait une immigration arabe dans l'Afrique septentrionale au début du n' siècle de notre ère : Revue africaine, XXIY, 1880, p. 375 et suiv. ; XXV, 1881, p. 138etsuiv.
3. Voir Garette, Recherches sur l'origine des principales tribus de V Afrique seplen^ trionale, p. 397 et 434; Mercier, Histoire de V Afrique septentrionale, II, p. 10; Masqueray, Formation des cités, p. 12 ; Schimer, le Sahara, p. 297.
4. M. Gollignon (Bull, de géographie historique, 1880, p. 228 et .325) remarque que, d'après un poète cité par Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères, trad. de Slane, I, p. 35), les envahisseurs n'auraient mis en ligne que 3 000 combattants dans une bataille décisive. Léon l'Africain (Description de l'Afrique, trad. Temporal, édit. Schefer, I, p. 42) parle d'une invasion de 50 000 combattants et d'un ûombre infini de femmes et d'enfants.
sont toutes plus ou moins mélangées de sang berbère et le type arabe pur y est fort rare*. Crâne très renflé au-dessus de la nuque^; figure longue et régulièrement ovale; nez long, mince et aquilin; lèvres fines, belles dents; menton arrondi; yeux grands, foncés et brillants; sourcils peu fournis, d'une courbe régulièr.e, d'un noir de jais, comme la barbe, également peu fournie; teint mat : telles sont les principales caractéristiques de ce type% bien distinct des types indigènes. Les Berbères se sont maintenus intacts dans la majeure partie de l'Afrique du Nord, surtout dans les massifs montagneux, où les Arabes n'ont pas pénétré.
Les aventuriers, soldats ou corsaires, qui sont venus des régions les plus diverses de la Méditerranée pendant la période turque*, n'ont presque rien laissé derrière eux. Ils ne se sont pas répandus en dehors de quelques villes du littoral, de quelques garnisons de l'intérieur. Vite emportés par une vie de dangers et de plaisirs, ils fondaient rarement des familles durables : ce n'est guère qu'à Tlemcen qu'ont subsisté des Koulouglis, métis de soldats turcs et de femmes indigènes.
Nous devons mentionner encore d'autres étrangers, dont l'établissement en Berbérie n'a pas été la conséquence d'une conquête.
Il y a environ 300 000 Juifs en Tripolitaine, en Tunisie, en Algérie et au Maroc ^ Ils étaient déjà assez nombreux à l'époque
1. Resterait à savoir si tous les envahisseurs dits arabes présentaient ce type : ce qui a priori est plus que douteux. Chez les Arabes de Tunisie, M. Collignon (i. c, p. 326 etsuiv.) distingue, outre le type classique « à nez leptorhinien aquilin vrai », deux types : 1° type grossier, assyroide, à nez convexe mésorbinien; 2" type mongoloïde, à nez eu museau de chèvre.