‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 242 sur 468 · Conf. Collignon, l. c, p · texte numérisé non relu

Conf. Collignon, l. c, p

4. Les janissaires étaient surtout des Turcs, venus d'Asie Mineure. Les corsaires vinrent d'abord des rivages de la Méditerranée orientale soumis à l'empire turc, ou furent des Andalous, réfugiés en Berbérie; il y eut ensuite parmi eux un grand nombre de renégats, dont la plupart étaient originaires du Sud- Ouest de l'Europe.

3. On en compte plus de 60 000 en Tunisie et à peu près autant en Algérie.

romaine et il est à croire que la plupart d'entre eux étaient de véritables Hébreux, se rattachant peut-être à ceux qui, sous les Ptolémées, émigrèrent en Gyrénaïque^ Plus tard, il en vint beaucoup, à diverses reprises, du Sud de l'Europe, surtout de la péninsule ibérique, d'où les rois chrétiens les expulsèrent en masse. Ces Juifs formaient des colonies distinctes du reste de la population. On a cependant des raisons de supposer que, vers la fin des temps antiques, la religion israélite se propagea dans certaines tribus indigènes^ : peut-être des descendants de ces convertis se trouvent-ils aujourd'hui confondus avec ceux des Juifs d'origine étrangère. Soit par atavisme, soit par adaptation au milieu, beaucoup de Juifs maghribins offrent des traits qui rappellent des visages berbères et n'ont rien de « sémitique » *.

Des Maures ou Andalous, chassés d'Espagne par les chrétiens vainqueurs, ont fondé des colonies dans des villes marocaines*, algériennes^ et tunisiennes % où ils se livrent surtout au commerce et au jardinage. Ils se distinguent des Berbères par leur physionomie plus douce, leur teint plus clair, souvent

Ils peuvent être 15 à 20 000 ea Tripolitaine. Au Maroc, leur nombre parait dépasser de beaucoup le cliifîre de 100 000, qui est approximativement celui de la population juive des villes importantes.

i. Voir Monceaux, Revue des éludes juives, XLIV, 190:^, p. 1-28. On constaterait çà et là en Berbérie de vagues traces d'un judaïsme non talmudique, qui remonterait à une époque reculée : Slouschz, /. c, p. 343 et suiv.

2. Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères, I, p. 208-9; conf. p. 177; indique plusieurs tribus berbères professant le judaïsme. La question est fort obscure. Les groupes juifs que l'on trouve actuellement dans les campagnes croient à leur origine palestinienne et certains indices pourraient faire penser qu'ils n'ont pas toujours tort : voir (sans accepter les interprétations de l'auteur) Slouschz, dans Mémoires présenlés à l'Académie des Iiiscriplions, Xll, 2" partie, p. 491 et suiv., 539 et suiv. Je ne puis adopter les hypothèses relatives aux Juifs africains que M. Sloiisch/ I)résente dans son livre iutitulé Ilébrœo-Pkéniciens et Judéo-Berbères (Arciiives marocaines, tome XlVj.

3. Conf. CoUignon, l. c, p. 397 et 339; voir aussi dans VAnlhropulo'jie, XVll, 190(3, p. 178-18», l'analyse d'un travail de Fishberg.

4. Tétouan, Tanger, Rabat, Azemmour, Fez. Conf. Doutté, Bull. d'Oran, 1010, p. 30-38.

5. Cjléa, Blida, quartier des Tagarins ;i Alger, Dellys, etc.

6. Bizerte, Tunis, Tébourba, Soliman, Zaghouane, Testour, Nabcul.

aussi par leur corpulence : difîérences qui doivent s'expliquer par la diversité des conditions d'existence*.

Enfin les nègres, originaires du centre de l'Afrique, sont très nombreux au Maroc ; ils ne manquent ni en Algérie, ni en Tunisie, quoiqu'ils aient beaucoup diminué depuis la conquête française et l'abolition de l'esclavage-. L'importation de noirsà travers le Sahara date peut-être de loin. Toutefois, dans l'antiquité, elle ne semble pas avoir été très active ^ Mais, depuis que l'islamisme a pénétré dans le cœur du continent, la traite n'a guère cessé d'amener en Berbérie des convois de Soudanais. La plupart d'entre eux devenaient des esclaves domestiques; d'autres formaient des corps de troupes au service des souverains du Maghrib; dans les oasis du Sud, d'autres venaient renforcer la population agricole dont nous parlerons plus loin. Bien traités par les musulmans, qui n'ont pas de préjugé de couleur et qui regardent leurs esclaves presque comme des membres de leur famille, ils ont mêlé largement leur sang à celai des indigènes, surtout au. Maroc '*, où des métis ont occupé et occupent encore un rang social élevé". Il convient de tenir compte des altérations que ces mélanges ont pu faire subir aux types berbères primitifs. Mais les traits caractéristiques des Nigritiens, ou nègres du Soudan, — prognathisme, cheveux laineux, nez large et aplati, lèvres charnues et retroussées, —

1. Il y avait sans doute du sang berbère, mêlé à beaucoup de sang espagnol, chez les ancêtres de ces Maures.

2. Au Maroc même, l'importation des nègres est bien moindre depuis l'occupation par la France des régions soudanaises d'où on les tirait principalement.

.3. Voir plus loin, p. -302.

4. M. Blocb (Bulletins de la Société d'antliropologie de Paris, 1903, p. 574-8) croit que beaucoup de Marocains noirs ne descendent pas de nègres soudanais, mais qu'ils appartiennent à une race spéciale, établie dans le pays depuis des temps très reculés, race non prognathe, qui n'aurait ni les cbeveux crépus, ni le nez épaté, ni les pommettes saillantes, ni les lèvres déroulées. Cette hypothèse ne peut pas être rejetée a priori (voir plus loin, p. 304), mais elle est fondée sur des impressions trop rapides pour faire écarter l'hypothèse contraire : à savoir qu'il s'agit de métis de Soudanais et de Berbères.

5. Gonf. Faidherbe, Bull, de la Soc. d'anlhr., 1873, p. 609-610.

sont aisés à reconnaître et l'on peut constater qu'ils font défaut chez la plupart des Berbères.

En résumé, malgré les apports que nous venons d'énumérer et dont les plus considérables sont probablement ceux des Arabes hilaliens et des nègres, il n'est pas téméraire de soutenir que les habitants actuels de l'Afrique du Nord ne doivent guère différer des hommes qui peuplaient le pays il y a environ trois mille ans. Pour savoir ce qu'étaient ces derniers, regar- • dons autour de nous, sans négliger les rares documents que [■ l'archéologie et les auteurs anciens nous fournissent.

Il faut avouer que l'étude anthropologique des Berbères d'aujourd'hui est encore bien peu avancée. Nous ne disposons que d'un petit nombre d'observations précises, minutieuses, et les essais de classement que l'on a présentés ne peuvent pas être regardés comme définitifs'. Comme à peu près partout sur la terre, les croisements ont été innombrables entre les indi-

1. Pour la Tunisie, il existe uu excellent travail de M. CoUignon, dans Bull, de géographie historique, 1886, p. 181-333; je m'en suis beaucoup servi (voir aussi le môme, Revue d'anthropologie, 1888, p. 1-8). On peut encore consulter Bertholon, Revue générale des sciences, VII, 1896, p. 972-1008. Études particulières sur l'anthropologie de la Khoumirie et de la Mogodie : Bertholon, Bull, de géographie historique, 1891, p. 423 et suiv. ; de l'Ile de Djerba : le même, dans V Anthropologie, VIII. 1897, p. .399-423. — Pour l'Algérie, presque tout est à faire. Mensurations de Gillebert d'Hercourt, Mémoires de la Société d'anthropologie, III, 1868, p. 1-23; courtes indications de Topinard : Bull, de la Soc. d'anthr., 1873, p. 623 et suiv., et 1881, p. 438-434. Kabyles : Duhousset, Mém. de la Soc. d'ethnographie [= Revue '.rientale et américaine, XII, 1874], p. 17-39; Sabatier, Bull, de la Soc. d'anthr., 1882, p. 888-8%. Dans uu travail resté inédit, Prengrueber a consigné de nombreuses ( bservalions sur les Kabyles : Lissauer, Zeitschrift fiir Ethnologie, XL, 1908, p. 516 et suiv. Habitants de l'Aurès : Papillault, Bull, de la Soc. d'anthr., 1897, p. 337-344; Randall-.Maciver et Wilkin, Libyan notes (1901), p. 93 et suiv. Oasis de Biskra : Topinard, Bull, de la Soc. d'anthr., 1870, p. 348-555; le même, Assoc. française pour l'avancement des sciences, .\lger, 1881, p. 737-764. Mzabites : Amat. le Mzab et les Mzabites (1884), p. 239-232 (conf. Revue d'anthropologie, 1884, p. 023-631); Huguel, Revue de l'École d'anthropologie, XYI, 1906, p. 21, 28, .30-31 ; Chantre, Bull, de la Société d'anthropologie de Lyon, XXIX, 1910, p. 92-94. — Pour

gènes des diverses récrions de l'Afrique septentrionale*. Relations créées par le voisinage, le commerce, les nécessités de la transhumance, migrations causées par les guerres et les famines, transplantations de tribus A^aincues ont rapproché et confondu les groupes primitifs ^. Nulle part, on ne constate l'existence de populations dont tous les individus offriraient un type uniforme ^ Dans ce chaos, il est malaisé d'introduire l'ordre.

Les classifications proposées se fondent sur les caractères anatomiques (formes, dimensions et proportions du squelette, en particulier du crâne et des os de la face) et sur les caractères, extérieurs (couleur de la peau, de l'iris des yeux, forme et couleur des cheveux et des poils). Mais les anthropologistes ne sont pas d'accord sur la valeur respective de ces caractères, ■sur leur persistance héréditaire, sur la durée des effets du métissage. Les uns attribuent une importance prépondérante à l'étude des crânes; ils partagent l'humanité en gens à tête longue, large ou moyenne (dolichocéphales, brachycéphales. mésocéphales). D'autres soutiennent que, même dans les groupes les plus isolés, il y a différentes formes de crânes. Certains admettent que ces formes se maintiennent immuables à travers les générations, en dépit des croisements et des

le Maroc, on n'a que des mensurations de quelques crânes de Mogador, par Ycrneau, dans V Anthropologie, XXIII, 1912, p. 667-702. — Exposés généraux dans Sergi, Africa, Antropologia délia stirpe camitica (1897), p. 273 et suiv. ; dans AVeisgerber, les Blancs d'Afrique, p. 34 et suiv. MM. Bertholon et Chantre préparent sur l'anthropologie de l'Afrique du Nord un ouvrage d'ensemble, au sujri duquel ils ont donné quelques indications : voir, en particulier, Assoc. française. Dijon, 1911, Compte rendu, p. 126-8, 130-1. [Cet ouvrage vient de paraître, sous le titre Recherches anthropologiques dans la Berbérie orientale. Je regrette de ne pas pouvoir l'utiliser dans le présent chapitre, déjà imprimé. Juin 1913].

1. Même dans les régions montagneuses, qui ont été des refuges.

2. On peut consulter là-dessus l'ouvrage de Carette, Recherches sur l'origine et ■les migrations des principales tribus de l'Afrique septentrionale (1853).

3. M. Collignon {Bull, de géograpliie historique, 1886, p. 282) écrit à propos de la Tunisie : ■< 11 n'est pour ainsi dire pas de localité où il ne soit possible de retrouver plusieurs, sinon la totalité des types répandus sur le territoire. » Dans le massif de l'Aurès, en Kabylie, etc., on trouve pèle-mèle des types très divers (conf. PapiUault, Bull de la Soc. d'anthr., 1897, p. 539).

circonstances extérieures; d'autres croient qu'elles peuvent se modifier. Pour les uns, la. couleur de la peau et celle des cheveux priment, comme éléments de classification, les caractères ostéologiques; d'autres restent plus ou moins fidèles à la vieille opinion qui rapporte les diversités de la pigmentation aux influences des climats. On ne sait pas exactement dans quelle mesure les conditions de la vie modifient la taille. 11 est presque superflu d'ajouter que des individus ayant la même conformation peuvent beaucoup différer d'aspect selon leur alimentation, leur existence sédentaire ou active, l'intensité de la lumière et dé la chaleur; sans parler des impressions trompeuses que les costumes provoquent chez des observateurs superficiels. Les pages qui suivent témoigneront de la difficulté et de l'insuffisance des recherches, aussi bien que de l'incertitude des méthodes.

En général, les Berbères ont le visage droit, des yeux horizontaux, non saillants, un nez plus ou moins long, plus ou moins large, mais non pas épaté, comme celui des nègres. Leur corps est d'ordinaire bien proportionné, leur complexion robuste. Ils résistent aux variations de la température, aux privations, aux longues marches et, quand cela est nécessaire, aux durs travaux; ils atteignent souvent une extrême vieillesse '.

A leur naissance, leur peau est blanche, mais le soleil la brunit rapidement : il ne faut sans doute pas chercher d'autre cause au teint foncé que de nombreux textes anciens attribuent à des indigènes du Nord de l'Afrique^. La plupart ont des yeux

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