‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 295 sur 468 · Gsell, Recueil cité, p · texte numérisé non relu

Gsell, Recueil cité, p

4. Ou, si l'on veut, d'un Juif. 'ItiJoC; et Na-j?, sont des formes adoptées par les Septante; naturellement, elles ne pouvaient pas figurer dans un texte sémitiriue. Mais il ne faut pas attacher d'importance à ce détail, puisque Procope ne nous

établis à l'Ouest du Jourdain aux dépens de divers peuples, les Gergéséens, les Jébuséens, etc., habitants du pays de Canaan. Ce dernier nom s'apqliquaif non seulement à l'intérieur de la Palestine, mais aussi au littoral occupé parles Phéniciens : dans la fameuse énumérrtion des descendants de Noé qui se trouve au chapitre x de la Genèse', Sidon est appelé le premier-né de Canaan. Les Phéniciens eux-mêmes s'en servaient-. Aussi les Africains qui parlaient encore la langue phénicienne à l'époque de saint Augustin reçurrnt-ils et acceptèrent-ils le nom de ■ Cananéens ^ Un demi-lettré pouvait en conclure qu'ils descendaient des Cananéens de Palestine et, puisque Josué passait pour avoir conquis cette contrée, il était naturel d'admettre que les vaincus l'avaient alors quittée et qu'ils avaient pris le chemin de l'Afrique. Telle paraît être l'origine du récit de Procope. Il n'a, comme on le voit, aucune valeur historique.

Quelques savants ont été cependant d'un avis différent*. ■'. Movers a cru que la prise de possession de la Palestine par les

donne qu'une interprétation de l'inscription (conf. Schrôder, die phônizische Sprache, p. 3). • *

2. Voir E. Meyer, Geschichte des Altertums, 2" édit., I, 2, p. 389.

3. Augustin, Epistolae ad Romanos inchoata exposilio, 13 (Migne, Patr. lat., XXXIV-V, p. 209G) : « Interrogati rustici nostri quid sint, punice respondentes Clienani, corrupta scilicet voce, sicut in talibus solet, quid aliud respondent quam Chananaei? » Les Phéniciens ont-ils introduit ce terme en Afrique, en se désignant par un ethnique dérivé du nord de leur pays d'origine? Nous n'en avons en tout cas aucune preuve. Peut-être le nom de Cananéens, donné aux Africains parlant le punique, date-t-il seulement du temps où le christianisme et, par conséquent, la connaissance de la Bible commencèrent à se répandre. Dans plusieurs documents qui dépendent de la Chronique de saint Hippolyte, écrite en 233 de notre ère, il est dit que les "Aapoi et les <ï>o:vt/.E; [Afri et Phoenices) descendent de Canaan : voir Bauer, Ckronik des Hippolytos, p. 66; Chronique pascale, I, p. 49 de l'édition de Bonn. Cette indication devait se trouver dans l'ouvrage même d'Hippolyte, quoique le mot "Açpo: ait été omis dans le manuscrit de Madrid (Bauer, /. c). Il est donc probable que, dès le début du m'= siècle, des auteurs chrétiens ont rattaché à Canaan les Africains de langue punique. Les clercs ont dû répandre cette notion, si bien qu'au temps de saint Augustin, les paysans eux-mêmes se qualifiaient de Cananéens.

4. Voir, entre autres, Schrôder, l. c. ; Leuormant (et Babelon), Histoire ancienne, VI, p. 499; BiJdinger, Sit:uiujsberichte der Akadeniie der Wissenschaften in Wien, Phit.-hist. Classe, CXXV, 1892, mémoire n° X, p. 37 (il qualifie les inscriptions de Tigisis de « reverenda anliquitatis Phoeuiciae teslimouia »).

Hébreux détermina réellement le départ d'un grand nombre de Cananéens agriculteurs. Ce n'aurait pas été une exode brusque, mais une série d'émigrations, se succédant pendant plusieurs siècles, depuis l'arrivée de Josué jusqu'à David et Salomon, qui achevèrent la conquête. Ces Cananéens fugitifs auraient passé en Afrique sur les vaisseaux des Phéniciens du littoral syrien. Restés cultivateurs, ils auraient occupé une bonne partie du pays, se mélangeant aux indigènes : ainsi se serait formée une population que les textes anciens désignent sous le nom de Libyphéniciens'.

Il est, au contraire, très probable que le terme Libyphéniciens désignait, avant l'époque romaine, les Phéniciens de la Libye, c'est-à-dire les gens d'origine phénicienne qui vivaient dans les colonies fondées sur le littoral africain soit par les Phéniciens de Syrie, soit par les Carthaginois^. Plus tard seulement, on l'appliqua à des habitants de l'intérieur du pays, à ceux qui, sous la domination de Carthage, avaient adopté les mœurs puniques et pouvaient être regardés comme des Libyens devenus Phéniciens ^ La diffusion de la langue, de la religion, des coutumes phéniciennes dans l'Afrique du Nord s'explique par les influences que la civilisation carthaginoise exerça sur les indigènes, de diverses manières et par différentes voies. Ce furent là des faits qui se passèrent en pleine époque historique, qui furent même en partie postérieurs à la chute de Carthage. On ne trouve donc en Berbérie aucune preuve de ces prétendues migrations cananéennes.

D'autre part, nous ne pouvons guère discerner ce qui est vrai dans les récits relatifs à la conquête du pays de Canaan par les

1. Movers, l. c, II, 2, p. 16, 413, 433 et suiv., 441-2. Biidinger (/. c, p. 38) croit que la conquête de Josué, qu'il place vers la fin du xii^ siècle, a été la véritable cause de la fondation en Occident de plusieurs importantes colonies phéniciennes, qui datent du même temps.

2. Nous ne parlons pas ici d'un sens administratif qui paraît avoir été donné à ce mot et sur lequel nous aurons à revenir.

3. Voir Mullzer, L c, I, p. 60-63, 436-8; Gsell, Recueil cité, p. 363-6.

Hébreux. Elle ne se fît évidemment pas d'un coup. Les nouveaux venus semblent n'avoir occupé que des îlots dont l'étendue varia : tantôt livrant des combats qui ne furent pas toujours heureux, tantôt concluant avec les Cananéens des accords plus ou moins stables, tantôt s'insinuant parmi eux. Avant les règnes de David et de Salomon se place une période de progrès et de reculs, qui correspond à l'époque des Juges et au début de la royauté, et dont on ignore la durée. Que, pendant cette période, des Cananéens, refoulés par les Hébreux, aient cherché refuge sur le littoral oîi s'élevaient les villes des Phéniciens, qu'ils aient ensuite participé à la colonisation phénicienne en Occident, c'est fort possible, quoique nous n'en ayons aucune preuve. Mais cette hypothèse n'a qu'un rapport fort éloigné avec le récit de Procope.

Celui-ci fait traverser l'Egypte à ses Cananéens fuyant devant Josué. Des érudits* ont cru qu'en effet des peuplades de l'Asie occidentale- séjournèrent dans la vallée du Nil et que, de là, elles passèrent en Berbérie, mais bien avant l'époque de l'entrée des Hébreux en Palestine. On sait que les Hyksôs, venus par l'isthme de Suez, occupèrent le Delta pendant plus de six siècles, selon les uns, pendant un siècle à peine, selon d'autres. Quelle était l'origine de ces envahisseurs? Différentes hypothèses ont été proposées; tout ce que l'on peut affirmer, c'est que beaucoup d'entre eux, sinon tous, parlaient une ou diverses langues sémitiques. Leur domination fut définitivement brisée vers le début du xvr siècle. Mais on n'est nullement autorisé à supposer que, soit à cette époque, soit au temps de leur puissance, des Hyksôs aient pris le chemin de l'Occident et soient allés s'établir parmi les Libyens ^

1. Movers, II, 2, p. 46, 424-6. Ebers, .-Eyypten und dir Biicher Mose's, p. 68, 222. Lenorniant, Histoire, VI, p. 499. Etc.

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