Voir plus haut, p
bérie. Dans un grand nombre de noms et de mots africaine, M. Bertholon a cru retrouver des noms et des mots appartenant à des idiomes étroitement apparentés à la langue grecque : témoignages, selon ce savant, de plusieurs migrations venues des rivages égéens dans le cours du second millénaire'. Mais les rapprochements de M. Bertholon obtiendront difficilement l'approbation des linguistes.
On ne doit cependant pas nier la possibilité de certaines relations entre les habitants du littoral de la Berbérie et les peuples qui occupaient les îles et les côtes de la mer Egée à l'âge du bronze, pendant le troisième et le second millénaire avant J.-C.
Des influences de la civilisation égéenne se sont alors exercées à Malte, en Sicile, en Sardaigne, aux Baléares, en Espagne-. Aux derniers siècles de cette longue période, des objets fabriqués dans des pays du Nord-Est de la Méditerranée furent importés en Sicile^ et en Sardaigne*. Des vaisseaux venus des rivages qui appartinrent plus tard aux Grecs parcouraient donc le bassin occidental de la mer intérieure.
Il est également certain que, dans la deuxième moitié du second millénaire, les indigènes qui vivaient au Nord-Ouest de l'Egypte entretinrent des rapports avec les riverains de la mer Egée. Sous Ménephtah, vers 1220, Mâraîou, roi des Lebou, envahit le Delta avec une armée composée d'Africains (Lebou, Mashaouasha, Kahaka) et de gens venus des « pays de la mer ». Ceux-ci étaient des Akaïouasha, des Toursha, des Loukou, des Sluirdana, des Shagalasha. Ils étaient nombreux, moins cependant que les Africains; dans la victoire que les EgA^ptiens remportèrent, 6363 Lebou furent tués; il périt 222 Shagalasha et
1. Les premiers Colons de souche européenne dans l'Afrique du Nord, dans la Revue Uinisienne, IV-VI. 1897-181)1); voir aussi la rél'érence indiiiuée p. 320, n. 3.
2. Voir en particulier Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, II, p. 2, .37, 60, 7.'), 7G, 78, 79, 80 et suiv. ; Mayr, dans Abhandlungen dci bayer. Akndemic dcr Wissenschaflen, l" Classe, XXI, p. 716-7; le même, die Insel Malta im AUerluni, p. o'J.
3. Déchelette, /. c, p. 77, 191), 214, 329. /-. Le même, p. 398.
742 Toursha'. Or les Loukou- devaient habiter la Lycie^; les Toursha, qu'on peut identifier avec les Tyrsènes, étaient vraisemblablement établis dans le Nord de la mer Egée et dans l'Ouest de l'Asie Mineure; les Shardana et les Shagalasha étaient aussi, semble-t-il, des peuples de l'Asie Mineure, où s'élevèrent les villes de Sardes et de Sagalassos ^ qui rappellent leurs noms; enfin les Akaïouasna sont peut-être identiques aux Achéens*. L'inscription de Karnak qui nous fait connaître l'invasion de Mâraîou ne prouve point, il est vrai, que les Toursha et autres aient eu des colonies sur la côte de^la Libye, à l'Ouest du Delta : ceux qui combattirent dans l'armée commandée par le roi des Lebou pouvaient n'être que des alliés récemment débarqués, ou même des mercenaires ^ Plus tard, des Toursha vinrent se fixer dans la Méditerranée occidentale et formèrent la nation des Etrusques. Il est possible aussi que des Shardana soient allés occuper la Sardaigne, à laquelle ils auraient donné leur nom.
Ces constatations ne nous autorisent pas à affirmer que des marins du Nord-Est de la Méditerranée aient visité les côtes de la Berbérie, que des colons venus des mêmes régions s'y soient établis. Mais si des découvertes ultérieures dissipent toute incertitude, il ne faudra pas s'en étonner. Les preuves manquent aujourd'hui. Les Egéens auraient dû exercer une
1. Maspero, Histoire ancienne des peuples de VOrienl classique, II, p. 430 et suiv.