CHAPITRE PREMIER
On peut admettre que la colonisation phénicienne marque pour l'Afrique du Nord le début des temps historiques. Nous sommes malheureusement très peu renseignés sur cette colonisation. Quelques textes tardifs, dont il est malaisé, sinon impossible, de reconnaître les sources : voilà ce dont nous disposons.
« Les Phéniciens, qui, depuis une époque lointaine, écrit Diodore de Sicile', naviguaient sans cesse pour faire le commerce, avaient fondé beaucoup de colonies sur les côtes de la Libye et un certain nombre d'autres dans les parties occidentales de l'Europe. » Ces établissements, selon DiodoreS auraient été antérieurs à la fondation de Gadès.
1. V, 20 : 'Poivf/eç, è/. 7:a>,aiàjv -/pôvwv (t-jvexwç itXéovTe; xat' £[A7topiav, T:o).).à; [j.£v /.axà Tr|V A(oyr,v àixof/.iaç ÏTio:r\(jX^i-:o, elc.
Strabon* parle des navigations des Phéniciens, « qui parvinrent au delà des Colonnes d'Héraclès et fondèrent des villes dans ces parages, comme aussi vers le milieu de la côte de la làbye, peu de temps après la guerre de Troie ». Il dit ailleurs^ que les Phéniciens possédaient le meilleur de l'Ibérie et de la Libye avant l'époque d'Homère.
Velleius Paterculus mentionne le retour des Héraclides dans le Péloponnèse, événement qu'il place environ quatre-vingts ans après la prise de Troie, c'est-à-dire vers 1110 avant notre ère^ et il ajoute* : « A cette époque, la flotte tyrienne, qui dominait sur la mer, fonda Gadès..., à l'extrémité de l'Espagne et au terme de notre monde; Utique fut aussi fondée par les Tyriens, peu d'années après. »
Selon Pline l'Ancien % on voyait encore de son temps, à Utique, au temple d'Apollon, des poutres en cèdre de Numidie, dans l'état où elles avaient été placées lors de la fondation de cette ville, 1178 ans plus tôt. h' Histoire naturelle de Pline fut dédiée à Titus en 77. Utique aurait donc été fondée en l'année 1101 avant J. -G. Dans un traité attribué à tort à Aristote^, nous lisons qu' « Utique passe pour avoir été fondée par les Phéniciens 287 ans avant Garthage, comme cela est écrit dans les histoires phéniciennes^ ». Gette date concorde avec celle de Pline, si nous plaçons la fondation de Garthage en 814-813,
1. I, 3, 2 : ...r, <ï>0'.viy.a)v va'jTi/.ta, oî y.al ta sSw ttov 'Hpa/.Aciwv '^■zr^i.ùiw ÏTxr^tAo't y.al iz'ii.f.z 'i'/.v.nx'i y.ii.Y.zX y.al -£pl Ta [iécra r?,; .\.:5-Jr,; -apa/.ia; ia'.xqov twv Tpw.y.wv •jTTcpov.
2. Ill, 2, 14 : 10-jc, $oîvi-/Ca; ... v.xX xr,;, 'lor,y.n- -/.x': -ir,; Aïo-jy,; Tr,-/ àp''(3"n-|V oOtot xaTZ^/ov Trpb -îri; r,Mxîa; tti? 'OiJi.r,pou.
3. Pour la date qu'il assigne à la pTise de Troie voir I, 8, 4.
4. I. 2, 4 : ■< Ea tempesUite et Tyria classi», plurimum pollens mari, in ultimo Hispaniae tractu, in extremo nostri orbis termino... Gadis condidit. Ab iisdeni post paucos annos in Africa Ulica condila est. »
0. XVI, 216 : « Memorabile et Uticae templum Apollinis, ubi cedro Numidica trabes durant ita ut positae fuere prima urbis eius origine, annis MCLXXVilI. »
6. C'est une compikition qui ne date peut-être que du u' siècle de notre ère.
7. De mirabilibas aascultationibus, 134 : ... r, (= 'It-jy.r,) W: TipoTEpov x-iTJ/,vxt lâye-x: Ccîto <5o'.vck(i)v a-JT/,; -r,; Kap-/r|OÔvo; i-fs: oiaxoTio;; oySor|y-ovîa iTZ-à., ai: àvaysYpaiïTa'. sv -aï; 4'0'.viX'.y.aî; '.CTopla-.i.
conformément aux indications d'un certain nombre de textes'.
Plusieurs auteurs, Justin^, Pline ^ Etienne de Byzance*, disent, comme Velleius Paterculus, qu'Utique fut une colonie de Tyr. Silius Italiens'^ la qualifie de sidonienne, mais ce n'est là, nous le verrons, qu'une contradiction apparente ^ On a cru trouver la mention d'Utique dans deux passages de Josèphe\ citations de Ménandre d'Ephèse : le roi de Tyr Hiram, contemporain de David et de Salomon, aurait fait contre elle une expédition, parce qu'elle se refusait à lui payer tribut. Mais il s'agit plutôt d'une ville située soit en Syrie ^ soit dans l'île de Chypre '. Utique est très probablement un nom phénicien : diverses étymologies ont été proposées; aucune d'elles ne s'impose '^
Sur le littoral de l'Océan, près de Lixus", il y avait un temple d'Hercule, qui était plus ancien, disait-on, que le sanctuaire du même dieu voisin de Gadès *-. Cette assertion, dont Pline ne se porte pas garant, indique du moins que Lixus était une vieille colonie phénicienne ".