‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 312 sur 468 · Puniques, lll · texte numérisé non relu

Puniques, lll

Sabralha (ville située à l'Ouest de Tripoli)? On peut hésiter à l'affirmer. D'après une indication d'Ératosthène S rapportée par Strabon, trois cents colonies tyriennes auraient existé jadis le long de l'Océan, sur le littoral du Maroc actuel, et auraient été ensuite ruinées par les indigènes ^ Mais Artémidore et Strabon' ont contesté l'exactitude d'un chiffre aussi élevé, qui est en effet fort invraisemblable *.

Dans la question que nous étudions, ni la linguistique, ni l'archéologie ne permettent de compléter, de rectifier les témoignages des anciens. Les noms de lieux qui se rattachent à la langue phénicienne abondent sur les côtes de la Berbérie, mais nous ignorons quand ils ont commencé à être en usage : peut-être datent-ils seulement de la domination de Carthage, qui fonda de nombreuses colonies maritimes. C'est à la même époque, ou même à des temps plus récents, qu'appartiennent les antiquités de type phénicien découvertes çà et là jusqu'à ce jour.

Quelle est donc la valeur des textes que nous avons énumérés? On semble en général disposé à la regarder comme à peu près nulle. Selon Meltzer^, il n'y aurait guère là que des échos d'indications suspectes et d'une chronologie arbitraire, consignées dans l'ouvrage historique qui fut écrit par Timée au uf siècle avant J. -G.

Timée a été certainement mis à contribution dans le traité attribué à Aristote et il est, non pas évident, comme on l'assure,

1. Peut-être d'après le Périple d'Ophel las, qui pourrait dater de la fia du iv° siècle : conf. Strabon, XVII, 3, 3.

2. Slrabon, XVll, 3, 3 (xaTocxtaç ...TtaXatà? Tupccov) et 8 (tï>osv[y.i7.à; tzôIb'.ç). Écho dans Pline l'Ancien (V, 8), qui confond ces vieilles colonies avec celles d'Hannon.

3. Ll. ce. Movers (l. c, p. 525 et suiv.) et Mûller (Geographi graeci minores, 1. p. xviii-xix) ont cherché en vain à défendre cette assertion. Contra : Illing, der Periplus des Hanno, p. 12, n. 39.

4. Strabon (XVII, 3, 2) mentionne sur ce littoral des établissements de commerce phéniciens, <ï>o;vtxiy.àc saTiops/.àç -/axoixia:. Mais cette expression n'indique pas nécessairement des fondations faites à une époque lointaine par des Phéliciens d'Orient.

mais très probable que le passage relatif à la fondation d'Utique vient de lui'. Diodore de Sicile s'est aussi beaucoup servi de Tiraée dans son cinquième livre ^; nous pouvons, sans être trop affîrmatifs, admettre un emprunt pour le passage cité plus haut^ Quant à Strabon, à Velleius Paterculus, à Pline, on n'a pas démontré qu'ils se rattachent à l'historien sicilien*, non plus que Salluste.

D'ailleurs, lors même qu'il faudrait ramener les textes cités au témoignage du seul Timée, celui-ci mériterait-il d'être récusé? Timée a pu disposer de renseignements d'origine punique^ et l'on ne voit pas pourquoi il les aurait altérés. Les Phéniciens eux-mêmes ont pu garder le souvenir des dates auxquelles certaines colonies avaient été fondées. Nous savons qu'ils avaient des ères de temples, en Occident comme ea Orienta Pomponius Méla^ le dit nettement pour le fameux sanctuaire d'Hercule, voisin de Gadès et sans doute contemporain de la fondation de la ville ^ Les indications de Pline permettent de supposer qu'il en était de même pour les temples d'Apollon à Utique et d'Hercule à Lixus. Le point de départ de ces ères avait-il été fixé après coup, d'une manière arbi-

1. Geffcken, Tiinaios' Géographie des Westens (Berlin, 1892), p. 97.

2. Dans les vingt-trois premiers chapitres de ce livre : Geffcken, l. c, p. G2 et suiv. (après MïiUenhoff).

4. Pour les deux premiers, on indique (sans preuves) des interrhédiaires, Posidonius et Trogue-Pompée. Le passage de Pline sur Utique se trouve au livre XVI. Or un Tiinaeus matheinaticus est indiqué sur la liste des auteurs consultés dans ce livre; il est cité expressément dans le texte (XVI, 83), à propos de la chute des feuilles. Mais rien. ne prouve que ce Timée soit aussi la source du passage qui nous occupe; il n'est pas certain non plus qu'il soit identique à Timée l'historien.

5. Conf. De inirab. auscull., passage cité p. 360, n. 7 : « comme cela est écrit dans les histoires phéniciennes ».

6. Pour le temple d'Héraclès à Tyr. voir Hérodote, II, 44. — Une autre ère tyrienne paraît avoir commencé en 1199 ou en 1198 : conf. Unger, niieinisckcs liluseum, XXXV, 1880, p. 31-32; Kiihl. ibid., XLIX, 1894, p. 2G3; E. Meyer, Gcschichte des Alt(;rtuins, 2' édit., 1,2, p. .393.

7. III, 40 : « .\nnorum quis manet ab Uiaca tempestate principia sunt. »

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