‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 351 sur 468 · VI · texte numérisé non relu

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408 COLOMSATION PHENICIENNE, EMPIRE DE CARTHAGE.

noms géographiques, qui ont paru appartenir à la langue phénicienne. jMais il convient de réduire beaucoup les listes dressées par Movers et d'autres savants ' : quatre ou cinq noms tout au plus paraissent devoir être retenus^. Pas plus que l'Espagne, la Sicile, pourtant mieux explorée, n'a livré de documents archéologiques attestant une colonisation, un commerce étendu des Phéniciens à la fin du second millénaire et au début du premier^.

Cette constatation doit nous engager à ne pas exagérer leur rôle dans l'histoire de l'île*. Elle ne doit peut-être pas nous faire rejeter l'indication de Thucydide ^ Du reste, le Sud et le Sud-Ouest de la Sicile étaient sur la route maritime qui reliait les ports de la Syrie aux mines d'argent d'Espagne; quelles

1. Movers, II, 2, p. 324 et suiv. Holm, Geschichte Siciliens im Alterthum, I, p. 81 et suiv. Bérard, l. c, II, p. 381, .382. Etc.

2. Peut-être Pachynos, promontoire au Sud-Est de l'île : Movers, l. c, p. 325; Bérard, II, p. 381. Thapsos, au Nord-Ouest de Syracuse : Movers, p. 329 (M. Orsi n'a pourtant constaté aucune trace des Phéniciens en ce lieu et il doute que le nom soit sémitique : Monumenti antichi dei Lincei, VI, p. 91, n. 1). En ce qui concerne les trois villes indiquées par Thucydide, le nom deSoloeis est certainement phénicien (Movers, p. 337); celui de Motyé l'est peut-être aussi (Movers, p. 334). ria£vop[jt,o: est un nom grec; on a supposé, d'après des monnaies, que le nom phénicien était Sis, mais cela n'est nullement certain : voir Freeman, History of Siciiy, I, p. 251; G. F. Hill, Coins of ancient Sicily, p. 147. Il n'est pas impossible que Mazara, au Sud-Ouest de l'île, soit un nom phénicien (Movers, p. 333). Pour Heraclea Minoa, sur la côte méridionale, à l'Est de Sélinonte, l'origine phénicienne du terme Minoa est plus que douteuse (quoi qu'en dise Bérard, I, p. 21ô et suiv.); quant au nom d"Hpâ/.).£'.a, il parait avoir été donné à la ville par des Grecs à la fln du vi" siècle : voir Beloch, Rkeinisches Muséum, XLIX, p. 118; Bethe, ibid., LXV, 1910, p. 210-1; Ziegler, Real-Encyclopadie de Wissowa, s. v. Herakleia, col. 437. Il n'est pas certain qu'il faille attribuer à cette ville des monnaies du temps de la domination punique en Sicile (iv* siècle), portant la légende phénicienne Rous Melqart (le cap d'Héraclès) : Hill, L c, p. 142.

3. Voir Orsi, Monumenti dei Lincei, II, p. 33; Bull, di paletnologia italiana, XX, 1894, p. 64, n. 36;Notizie degli scavi, 1899, p. 26. Il n'y a aucune raison d'admettre que les vases et autres objets dits mycéniens, découverts en Sicile, ^ient été apportés par des Phéniciens : Beloch, l. c, p. 120.

4. Contre les opinions de Movers et de Holm, voir Freeman, l. c, p. 559 et suiv. ; Pais, Storia délia Sicilia e délia magna Grecia, l, p. 600 et suiv. M. Beloch (L c, p. 117-8) fait observer qu'à Ortygie, à Mégare, à Naxos, à Zancle, les Grecs, au témoignage de Thucydide et de Diodore, ne trouvèrent que des Sikèles.

5. On sait que les sites occupés de préférence par les Phéniciens étaient précisément ceux que l'historien grec indique pour la Sicile : pointes s'avançant dans la mer, petites îles voisines du rivage. Voir plus haut, p. 35.

qu'aient été les causes qui y amenèrent les Phéniciens, on ne peut guère douter qu'ils n'aient occupé dans ces parages des points où relâchaient les vaisseaux de Tarshish, comme aussi ceux qui se dirigeaient vers les côtes de la Berbérie*. Gela ne prouve pas qu'outre des factoreries et des escales, dont la population était flottante et l'existence précaire, ils aient fondé des colonies en Sicile, avant de se rassembler à" Motyé, à Panormos et àSoloeis. Ce fut peut-être alors seulement que de véritables villes s'élevèrent en ces trois lieux. Motyé fut construite sur une île, dans la baie bien abritée qui s'étend au nord du cap Lilybée, point de la Sicile le plus rapproché de l'Afrique; Panormos, aujourd'hui Palerme, au fond d'un beau golfe et au débouché d'un pays fertile; Soloeis (Solonte), moins importante, sur une pointe qui s'avance entre le golfe de Palerme et celui dans lequel se jette le fleuve Himère^

Les Phéniciens s'établirent sans doute à Malte ^ à Gozzo, à Pantelleria, îles semées entre la Sicile et l'Afrique, et qui, lorsqu'ils s'écartaient des côtes pour voguer en pleine mer, leur assuraient le passage entre les deux bassins de la Méditerranée. Ils durent aussi occuper quelques points dans le Sud et l'Ouest de la Sardaigne, peut-être dans les Baléares et dans l'île d'Ibiça, étapes de leurs navigations à travers le bassin occidental^.

« L'île de Mélité (Malte), écrit Diodore^ a été colonisée par

1. Movers, II, 2, p. 310. Holm, I, p. 80. Meltzer, I, p. .34.

2. Sur la position de ces villes, voir Holm, I, p. 83-85; Meltzer, I, p. 157.

3. Voir Movers, II, 2, p. 437; A. Mayr, die Insel Malta im. Altertum (1909), p. 72.

4. Gonf. Movers, L c, p. ,556-7, 579; Meltzer, I, p. 33-34. La Corse était ea dehors de cette route maritime; les Phéniciens ne paraissent pas s'y être établis : E. Meyer, I, p. 338. Il faut dire qu'on n'a pas non plus de preuves de l'existence d'étatjUssemenls phéniciens anciens aux Baléares. Il est fort douteux que ce nom (BaX'.xpeï?, Baliares) soit d'origine phénicienne, comme le prétendait Strabon (XIV, 2, 10) et comme l'a soutenu Movers {l. c, p. 584). L'étymologie phénicienne à'Ebusus (Ibiça) est au contraire vraisemblable; ce nom (qui d'ailleurs peut dater seulement de l'époque carthaginoise) paraît signilier « île des Pins >■ et répondre nu nom grec Ilityo-jaa (conf. Diodore, V, 1(5; Pline, III, 76) : Movers, p. 586; Schrôder, die phônizische Sprache, p. 99 (contra : Sachau et Hiibner, Real-Encyclopâdie de Wissowa, s. v. Ebusus, col. 1904).

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