‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 368 sur 468 · Justin, XVIII · texte numérisé non relu

Justin, XVIII

4. Justin, XVIII, 7, 19 : « Huic (à Malchus) Mago imperator successit ».

.T. Justin (XIX, 1) indique que Magon eut pour fils Asdrubal et Hnmilcar. Le premier mourut en Sardaigne, vers la fin du vi' siècle, le second, en Sicile, en 480. Il est vrai qu'Hérodote {VII, 165) qualifie Hamilcar de fils d'Hannon. On peut supposer soit qu'il se trompe (ce qui me parait l'hypothèse la plus vraisemblable), soit que le second fils de Magon s'appelait Hannon et qu'Hamilcar était en réalité le petit-fils de ce Magon. D'après Justin (XIX, 2, 1-2), trois fils Asdrubal (Ilannibal, Asdrubal et Sapho) et trois fils d'Hamilcar (Himilcond,

Carthage dans une longue suite d'expéditions et de conquêtes', qu'elle rendit possibles par l'emploi de mercenaires". Elle ne nous est guère connue que par de brèves indications de Justin. Elle joua cependant un rôle fort important dans l'histoire carthaginoise^, rôle analogue à celui des Barcides au uf siècle. Si la colonie de Tyr devint la capitale d'un grand empire, elle le dut peut-être surtout à la politique hardie et aux talents militaires de Magon^ de ses fils et de ses petits-fîls.

Carthage, nous l'avons dit, ne brisa pas les liens de respect filial qui l'unissaient à Tyr. Mais elle s'affranchit tout à fait de sa

Hannon et Giscon) dominèrent l'État, dans une période que l'on peut placer approximativement entre 480 et 430 (Giscon est aussi mentionné par Diodore, XIII, 43). Cette famille reparut à la tête de la république, avec Hannibal et Himilcon (Diodore, XIII, 43; .59; 62; 80), à la fin du v" siècle, époque à laquelle Carthage reprit la guerre en Sicile. Sur les Magonides, voir Heeren, de la Politique et du commerce des peuples de Vantiquilé, trad. française, IV, p. 72, 382 et suiv. ; Schâfer, Rheinisches Muséum, XV, 1860, p. 398; Meltzer, I, p. 192 et suiv. ; Gutschmid, Kleine Schriften, II, p. 83-85; Beloch, dans Klio, VII, 1907, p. 23 et suiv., p. 28.

1. Voici les événements que l'on peut placer au temps de la domination des Magonides : vers 535, expédition contre les Phocéens d'Alalia; — vers le dernier quart du vi° siècle, expéditions commandées par les deux frères Asdrubal et Hamilcar (Justin, XIX, 1, 7, dit qu'Asdrubal fut onze fois général : « dictaturae undeoim et triumphi quattuor »); guerres en Sardaigne; guerre malheureuse contre les Africains; expédition contre Dorieus, sur la cùte des Syrtes; — vers la fin du VI* siècle, après la mort d'Asdrubal, guerre contre Dorieus, dans l'Ouest de la Sicile; — vers 490-485, guerre contre Gélon, tyran de Gela; — en 480, expédition d'Himère, commandée par Hamilcar; — entre 480 et 450 environ, guerres contre les Numides et les Maures; guerre qui amena l'abolition du tribut payé par Carthage aux indigènes. Peut-être faut-il ajouter les deux expéditions d'IIannon et d'Himilcon sur les côtes de l'Océan : yoir chapitre suivant. Cette liste est évidemment très incomplète : nous ne savons rien des guerres importantes et des conquêtes qui furent faites sous le commandement de Magon.

2. Nous aurons à examiner plus tard quelle fut dans l'Etat la situation officielle de ces Magonides. Les textes leur donnent soit le titre àHmperator : Justin,. XVIII. 7, 19, et XIX, 1, 1, à propos de Magon; idem, XIX, 2, 3 : « familia lanta imperatorum »; — soit celui de dictator : idem, XIX, 1, 7 (les « dictaturae undecim « d'Asdrubal); — soit celui de paaiAe-jç : Hérodote, VII, 165 et 106, à propos d'ilamilcar; l'Hannon du Périple, qui était peut-être un Magonide, porte le même litre dans la traduction grecque de la relation de son expédition : Gcogr. gr. min., I, p. 1 (titre); Pline l'appelle « Carthaginiensium dux » (V, 8) et « Poenorum imperator •■ (VI, 200).

3. Justin dit de lui (XVIII, 7, 19) : « Mago imperator..., cuius industria et opes Karthaginieasium et imperii fines et bellicosae gloriae laudes creverunt », et (XIX, 1, 1) : « Mago, Karthaginiensium imperator, cum primus omnium, ordinata disciplina militari, imporium Poenorum coadidisset, viresque civilalis non uiinus bellandi arte quam virlule lirmasset... »

422 COLONISATION PHENICIENNE, EMPIRE DE CAHTHAGE.

tutelle politique ' ; peut-être même diminua-t-elle de bonne heure la valeur des offrandes qu'elle envoyait tous les ans au temple de Melqart et qui, à l'origine, atteignaient le dixième de ses revenus publics, qui. par conséquent, étaient un très lourd tribut^. Quant aux Phéniciens d'Occident, elle forma un faisceau de leurs forces, sous son hégémonie. Elle lutta ainsi avec plus de chances de succès contre les Grecs, qui ne surent ou ne purent pas s'unir. Cette hégémonie, que Carthage exerça durement, ne fut sans doute pas acceptée partout de bon gré. Toutes les cités phéniciennes ne se croyaient pas menacées par les Grecs et les barbares au point d'accueillir avec reconnaissance une protection qui leur coûtait leur liberté. Plus d'une devait être jalouse de la prospérité de cette jeune ville, fondée peut-être près de trois cents ans après les premières colonies de Tyr. Il est probable qu'il fallut du temps, qu'il fallut plusieurs siècles pour que la suprématie carthaginoise fût reconnue par tous les Phéniciens de l'Ouest^ Un certain nombre d'entre eux semblent

1. Dion Chrysostome (Discours, XXV : édit. L. Dindorf, tome I, p. 313) parle d'un Hannon qui « avait transformé les Carthaginois, de Tyriens qu'ils étaient, en Libyens; grâce à lui, ils avaient habité la Libye, au lieu de la Phénicie, acquis beaucoup de richesses, de nombreux marchés, ports et trirèmes, et dominé au loin sur terre et sur mer ». MûUer (Geogr. gv. min., I, p. xx; conf. Gulschmid, Kleine Schriflen, l\, p. 71) croit qu'il s'agit de l'Hannon qui, au dire d'Hérodote, fut le père d"Hamilcar, tué en 480; il est disposé à admettre que cet Hannon n'est autre que le Magon de Justin : hypothèses très contestables. Le texte de Dion, fort obscur et d'une exactitude douteuse, comporte diverses interprétations. Selon Movers (II, 1, p. 474 et suiv.), il ferait allusion à des immigrations de Tyriens à Carthage. Gutschmid [L c.) suppose qu'Hannon émancipa les Carthaginois de leur métropole. Mais ce passage contient peut-être une allusion à la constitution d'un territoire punique dans l'Afrique du Nord (Meltzer, I, p. 228, conL p. 304; E. Meyer, Geschichte, III, p. 682) : dans ce cas, il faudrait reporter l'Hannon dont parle Dion au v' siècle, et il serait permis de penser au Magonide Hannon, fils d'Hamilcar. Quelques savants (Schâfer, Rheinischcs Muséum. X\, ISGO, p. 399; Meltzer, p. 228; Fischer, De Hannonis Carthaginiensis Periplo, p. 103; Ë. Meyer, L c.) veulent retrouver dans le personnage de Dion l'Hannon du Périple, celui qui fonda des colonies au delà du détroit de Gibraltar et s'avança au loin le long de la cote d'Afrique : on peut à la rigueur découvrir une allusion à cette expédition dans le texte du rhéteur.

2. Diodore (XX, 14) parle de cette diminution, mais il ne dit pas à quelle époque elle eut lieu. Voir plus haut. p. 396.

3. Utique n'accepta peut-être l'alliance de Carthagj qu'au cours du v"" siècle : voir plus loin. § VI.

FORMATION DE L'EMPIRE DE CARTHAGE. i23

ai^oir CQBSerYé eiL.dxoine^uTJn^é^tfîûdance i ils étaient les alliés, et non les vassaux de Carthage'. Mais leur^rtune était liée à la sienne et c'était Carthage qui Les dirigeait en fait. Elle étendit et fortifia son empire en créant elle-même de nombreuses colonies, qu'elle maintint dans une sujétion très étroite.

Les auteurs anciens ne nous donnent que des indications clairsemées et très brèves sur les étapes de l'hégémonie de Carthage et les péripéties de sa lutte contre les Grecs.

Nous savons par Diodore de Sicile" que les Carthaginois établirent une colonie à Ebesos, dans l'île Pityuse (Ibiça)^ cent soixante ans après la fondation de leur ville, par conséquent en 654-3 avant notre ère. Ibrça offrait aux navires antiques un bon port, sur la route qui, de la Sardaigne, conduisait par les Baléares vers le Sud de l'Espagne : il importait d'empêcher des rivaux de s'y installer*.

1. Pour Ulique, voir plus loin; pour Cossura, voir p. 411. Diodore (XVII, 113) mentionne des ambassades envoyées auprès d'Alexandre, à Babylone, non seulement par les Carthaginois, mais encore par des Libyphéniciens (A'.o-j^oivi/.Ei;), c'est-à-dire par des Phéniciens de Libye, qui exerçaient ainsi une sorte de droit de souveraineté (évidemment avec l'assentiment de Carthage). Justin (XII, 13, I) indique aussi des envoyés venus de Sardaigne, sans doute des villes phéniciennes de l'île. — D'autre part, Movers (II, 2, p. 639) croit que les Phéniciens d'Espagne restèrent officiellement dans la dépendance de Tyr. D'après ce savant, ce sont eux qu'un traité conclu entre Rome et Carthage, au milieu du iv° siècle, qualifie de Tyriens (Polybe, III, 24, 1 et 3). Mais il est beaucoup plus probable qu'il s'agit des Tj'riens de Tyr (conf. Meltzer, I, p. 340) : voir plus haut, p. 306.

Page 1