quibus nomen Philaenis erat
9. Salluste se demande s'ils ne furent pas gênés par le vent qui souflle souvent en tempête dans cette région et soulève des tourbillons de sable.
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devancés et craignant d'être punis à leur retour chez eux, ils accusent les Philènes de s'être mis en route avant le temps marqué, provoquent des contestations; ils sont décidés à tout, plutôt que de se retirer vaincus. Les Carthaginois consentent à d'autres conditions, pourvu qu'elles soient égales pour les deux partis. Les Grecs leur donnent alors le choix ou d'être enterrés vifs à l'endroit où ils veulent fixer la limite, ou bien de les laisser s'avancer aux mêmes conditions jusqu'au point où il leur plaira d'aller. Les Philènes acceptèrent cette offre et, se sacrifiant à la patrie, ils se firent enterrer vivants. En ce lieu, Carlhage consacra des autels aux deux frères; d'autres honneurs leur furent rendus chez eux ^
Salluste n'indique pas à qui il a emprunté cette fable, à laquelle il paraît croire. Elle est d'origine grecque, comme le prouve le nom donné aux champions de Carthage : un calembour a transformé un nom de lieu en un nom de personnes, signifiant « les amis de la louange^». Peut-être a-t-elle été inspirée par le nombre et la forme des autels, qui rappelaient des tumulus funéraires \ Il n'est du reste pas impossible que ces « autels » aient été placés sous la sauvegarde de certaines divinités, puniques et probablement aussi grecques. Mais on ne saurait admettre que les Carthaginois les aient consacrés à des hommes divinisés : rien ne prouve qu'ils aient pratiqué le
1. Gonf. Pomponius Mêla, I, 38 (« arae ipsae nomen ex Philaenis fratribus traxere, qui contra Cyrenaicos missi, etc »); Valère-Maxime, V, 6, ext., 4 (dont le récit diffère sur quelques points de celui de Salluste; mais il ne paraît pas nécessaire d'admettre une autre source : voir Meltzer, I, p. 190, 491); Silius Italicus, XV, 700-1.
2. Solin, XXVII, 8 : « Philaenis fratribus a laudis cupidine Graium vocamea datum. »
3. Celui qui la mit en circulation a pu emprunter certains traits à des auteurs plus anciens, Meltzer (I, p, 188 et 491) fait observer que Polyœnus (VI, 24), probablement d'après Gharon de Lampsaque (= Fragm. hisl graec, I, p. 34, n° 10), parle d'une contestation de fronlière entre Lampsaque et Parium, différend qui fut terminé par une course : on fixa la limite au lieu de rencontre des champions. Comme le remarque Gutschmid (Kleine Schriflen, 11, p. 82-83), il n'est pas question dans ce récit d'ensevelissement de personnages vivants : il ne s'agit donc pas d'un emprunt pur et simple.
culte des héros* et l'histoire invraisemblable racontée par Salluste ne doit pas le faire croire.
D'après les textes anciens ^ nous pouvons déterminer, d'une manière approximative, l'emplacement des autels de Philène. Ils s'élevaient près du lieu appelé aujourd'hui Mouktar, vers le fond de la grande Syrte\ Cette limite fut maintenue pendant fort longtemps : à l'époque romaine, elle séparait encore les provinces de Cyrénaïque et d'Afrique \ Une indication de Strabon^ nous apprend pourtant que, sous le règne d'un Ptolémée, maître de la Cyrénaïque, la frontière entre cette contrée et le territoire carthaginois se trouvait plus à l'Ouest, à la tour Euphrantas^ Il s'agit sans doute du premier Ptolémée ', qui s'empara de Cyrène en 322 ^ Nous ignorons les raisons de cette modification. La limite fut ensuite ramenée aux autels de Philène, où Polybe la marque ^
On ne voit pas qu'après l'échec de Dorieus, les Grecs aient essayé de fonder des colonies au Sud et à l'Ouest des Syrtes. Hérodote donne des renseignements, d'ailleurs maigres et peu
î. Meitzer, I, p. 491. Conf. plus haut, p. 392.
2. Scylax, § 109 (p. 8.5). Strabon, XVII, 3, 20. Ptolémée, IV, 3, 4. Stadiasmiis maris magni, § 84 et 85 {Geogr. gr. min., I, p. 456-7). Table de Peutinger. — Indications erronées dans un passage de Strabon, III, 5, 5 (entre les deux Syrtes), et dans Salluste, Jug., XIX, 3 (idem).
3. Tissot (après Barth), Géographie, 1, p. 222; conf. II, p. 241.
4. Mêla, I, 33; Ptolémée, IV, 3, 4: Table de Peutinger. Limite entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque : Paul Orose, Adv. paganos, I, 2, 88 et 90.
0. XVII, 3, 20 : o E-jspâvta; Tivoyoç..., opiov tt,; TîpÔTïpov Kap-/Ti2ovia; vy^; -/ai TT|Ç Kypr|Vataç xr,? ûuô U-zo'j.zaxlw.
6. Ce lieu est aussi indiqué par Ptolémée (IV, 3, 4) et par le Stadiasmo (§ 83 et 89, p. 459). Il correspond à Kasr Zafrane, à environ 280 kilomètres n;i Nord-Ouest de Mouktar : voir .Mûller, Geogr. gr. min., I, n. à p. 459; Tissol, Géographie, I, p. 219.
7. Meitzer, I, p. 351 et 522. 11 croit que cette modification de frontière eut lieu avant la révolte d'Optiellas en Cyrénaïque, c'est-à-dire avant 312. 11 admet cependant (I, p. 411) la possibilité d'une date plus tardive : après la reprise de la Cyrénaïque par Ptolémée, à la suite de la mort d'Ophellas, qui survint en 308.
8. Un peu auparavant, Carthage avait été sollicitée par Cyrène de la secourir contre l'aventurier Thibron : Diodore, XVIII, 21.
9. III, 39, 2 (au début de la seconde guerre punique). Une indication d'Ératosthène (apiid Strabon, II, 5, 20) conduit à la même conclusion pour une époque un peu antérieure : conf. Mellzer, I, p. 522.
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sûrs, au sujet des indigènes de ces régions. Il les recueillit peutêtre lui-même à Cyrène, dans le second tiers du v^ siècle : ce qui permet de supposer que des marchands grecs visitaient encore ces parages. Cependant Hérodote a pu copier des auteurs plus anciens, entre autres Hécatée, ou répéter des traditions orales qui remontaient au siècle précédent'. Des indications assez détaillées du Périple de Scylax- attestent, quelle qu'en soit la source, que les Grecs ne se désintéressaient pas de ce littoral A'ers le milieu du iv^ siècle. Mais s'ils avaient pu le fréquenter dans les temps qui précédèrent la rédaction du Périple ^ ils avaient dû y être autorisés par les Carthaginois.
Dans le premier traité qu'elle conclut avec Rome, à la fin du VI* siècle, Carthage permit aux Romains et à leurs alliés de trafiquer en Lib3'^e, sous certaines conditions ^ Cette clause, comme l'atteste une autre stipulation du traité, ne concernait que les rivages situés en deçà du Beau promontoire, c'est-àdire, probablement, à l'Est de ce cap, aujourd'hui le Ras Sidi Ali el Mekki, près de Porto-Farina^ Elle ouvrait aux Romains
1. Quelques indications d'Hérodote pourraient être aussi de source carthaginoise (par l'intermédiaire des Grecs de Cyrène). Il le dit expressément au sujet de l'île Kerkenna (I, 195 : voir plus haut, p 450, n. 5). — Au delà du lac Iritonis, par conséquent sur la côte orientale de la Tunisie, il mentionne les Zauèkes avant les Gyzantes (IV, 193, 194), ce qui est contraire à l'ordre qui! a suivi jusque-là, si l'on voit dans les premiers les habitants de la Tégion du djebel Zaghouane et dans les seconds ceux de la région do Sousse (la Byssatis de Polybe). Meltzor (I, p. 77) suppose qu'Hérodote a emprunté ses informations sur ces deux peuplades à des Carthaginois, qui devaient mentionner les Zauèkes avant les Gyzantes, plus éloignés de leur ville. L'hypothèse est ingénieuse, mais très contestable.