‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 444 sur 468 · IV, 43 : àvOpwTïovç c[i.i-/.Qo-jç · texte numérisé non relu

IV, 43 : àvOpwTïovç c[i.i-/.Qo-jç

10. Voir, entre autres, Bruel, Revue d'ethnographie et de sociologie, 1910, p. 114; Poulrin, l'Anthropologie, X.XII, 1911, p. 462.

EXPÉDITIONS SUli LES COTES DE L'OGÉAN. 507

nien, le voyageur Nonnosus, qui rencontra des Pygmées dans une île A^oisine de la côte orientale d'Afrique \ Si des Né^^rilles oiïrant la même particularité vivaient, au temps d'Hannon, sur la côte opposée du continent, on conçoit qu'il ait pu dire de ses femmes sauvages qu'elles avaient le corps velu^ Des trois peaux qu'il rapporta à Carthage, deux furent déposées dans le temple de Junon (Astarté), où elles restèrent jusqu'à la destruction de la ville par les Romains ^

Les résultats de l'expédition d'Hannon furent la fondation de six colonies sur les rivages du Maroc, d'une autre vers l'embouchure de la Saguia el Hamra, presque en face de l'archipel des Canaries, et une exploration hâtive du littoral, qui fut peut-être poussée jusque dans le voisinage de l'Equateur et qui, dit la relation, prit fin faute de vivres.

Il est probable que les Phéniciens connaissaient longtemps auparavant les côtes marocaines, au Sud de la ville de Lixus; il est même possible qu'ils y aient installé des comptoirs permanents. Pai* les colonies qu'Hannon fonda et qui, au moins en partie, subsistèrent S Carthage prit officiellement possession de

1. Dans le volume de la collection byzantine de Bonn qui contient les œuvres de Dexippe. Eunape, etc., p. 481 : -jub oà xpr/uv 8c5aava[X£voiç Stà Tcav^o; -oO

2. Les nains de la région des Lacs et une partie de ceux du bassin du Congo, gens a la peau relativement claire, sont pourvus de ce duvet, ou lanugo. Mais l'exislence du duvet est niée pour d'autres groupes, à peau plus foncée, qui habitent soit dans le bassin du Congo, soit dans l'Afrique occidentale : voir W. Schmidt, die Slellung der Pygmàenvôlker (Stuttgart, 1910), p. 17, d'après Johnslon; pour les négrilles de la Sangha, Poutrin, l. c, p. 443, 444, 403. — Notons encore que les Négrilles sont excellents grimpeurs (Mgr Le Roy, les Pyginées, p. 87), comme les hommes sauvages d'Hannon.

3. Pline, VI, 200 : « (Hanno) duarum Gorgadum eûtes argumenti et miraculi gratia in lunonis tomplo posuit, spectatas usque ad Carthagiuem captam. »

4. Sioglin (Verliandlangen des siebenten internalionaltm Geographen-Kongresses :u Berlin, 1899, II, p. 834) croit que les colonies fondées par Hannon sur la cùte du Maroc disparurent vers le début du iv° siècle. Mais Éphore mentionnait le Kapr/.ov tsï/oç (voir plus haut, [). 473, n. 4), et Scylax ©-oixia-ripia. Il est vrai (jue Scylax ne donne aucune indication sur la cùle qui s'étend entre le Soloeis (caj) Cantin) et le Xiùn (Saguia el Hamra?) Mais il me paraîtrait imprudent d'en conclure que les cinq villes établies par Ilannon dans ces parages eussent disparu avant le milieu du iv* siècle. Les nombreuses villes phéniciennes du littoral océanique qu'Ératosthène (peut-être d'après Ophellas : voir Strabon, XVII, 3, 3

50S COLONISATION PHENICIENNE, EMPIRE DE CAKTHAGE.

ces parages et y créa des marchés sûrs pour son commerce et celui des Gaditains.

Au delà du Maroc, les rivages qui furent longés par Hannon ne semblent pas avoir été complètement inconnus avant lui. Il y avait chez les Lixites, sur l'oued Draa, des hommes qu'il embarqua comme interprètes et qui, naturellement, passaient pour avoir quelque connaissance des lieux et des gens que l'expédition allait visiter. S'ils ne purent pas se faire comprendre des Ethiopiens du littoral saharien, ils indiquèrent aux Carthaginois les noms de la Corne de l'Occident, des Gorilles, sans doute aussi du Char des dieux et de la Corne du Sud. A moins de supposer qu'ils aient inventé ces dénominations, il faut admettre qu'ils les avaient apprises auparavant, dans des voyages où ils avaient accompagné d'autres navigateurs'. Peut-être des trafiquants phéniciens avaient-ils poussé des pointes hardies très loin vers le Sud^ Une coupe d'argent ^ fabriquée dans un atelier phénicien, vers le milieu du vii^ siècle au plus tards représente un très grand singe S dépourvu de

et 8) disait avoir été détruites par les indigènes étaient, croyait-il, de vieilles colonies tyriennes, non des colonies carthaginoises (v. supra, p. 354). Il ne s'agii donc pas dé celles d'Hannon, quoique Pline (V, 8) semble avoir luit cette confusion : « urbes multas ab eo (Hannon) conditas prodidere, quarum nec memoriu nlla, nec vesligium exstat ». Le terme multas ne convient nullement aux sept colonies d'Hannon.

1. Lors de l'expédition d'Hannon, ils ne paraissent pas être entrés en rapports avec les nègres qui vivaient sur les cotes au delà du cap Vert (voir au § 14 le passage relatif à l'île de la Corne de l'Occident, dont les habitants restèrent invisibles). Et d'ailleurs, si l'on suppose que les interprètes aient pu alors se faire indiquer quelques noms par les indigènes, cela prouverait qu'ils les avaient fréquentés auparavant, puisqu'ils auraient été capables de les comprendre.

2. Si les Éthiopiens de la côte du Sahara s'enfuyaient à l'approche des vais- Leaux d'Hannon, il n'en faut pas conclure qu'ils se soient effrayés d'un spectacle nouveau pour eux : l'expérience leur avait peut-être appris à se défier.

3. Monumenli delV InstituLo, X, pi. 31, fig. 1. Clermont-Ganneau, Études d'archéologie orientale, l'Imagerie phénicienne (Paris, 1880), pi. I. Perrot, Histoire de l'Art, III, p. 759, fig. .o43. Cette coupe a été découverte en Italie, à Préneste.

4. Selon M. Montelius à une époque bien plus élevée (ix' siècle). Pour les différentes dates proposées, voir Poulsen, der Orient und die friihgriechische Kunst (Leipzig, 1912), p. 3G-37, 120.

5. II est reproduit quatre fois sur cette coupe : voir Clermont-Ganneau, t. c, p. 30-38, 47-53. L'artiste lui a donné une taille supérieure à la taille humaine.

queue, sans doute un gorille* : inaage qui permet de croire que les Phéniciens avaient alors atteint des rivages de l'Afrique équatoriale, probablement à l'Ouest du continent ^ Enfin, si l'on ajoute foi à une information recueillie par Hérodote % de? Phéniciens étaient partis vers 600, sur l'ordre du pharaon Néchao, pour faire le tour de l'Afrique, et ils avaient rempli cette mission^.

L'établissement fondé par Hannon dans l'île qu'il appela Cerné demeura le marché d'une contrée privilégiée, en plein Sahara ^ Au delà de cette île, l'impossibilité d'entrer en relations avec les indigènes et les craintes qui s'emparèrent des Carthaginois firent que l'expédition resta stérile. Après comme avant Hannon, des marchands purent s'aventurer au Sud de Cerné et, en évitant de justifier les défiances des nègres, obtenir d'eux de rapides échanges ^ Rien ne prouve qu'ils aient créé des comptoirs durables,

1. Comme M. Clermont-Ganneau (p. 50, a. 1 ; p. 52-53) est disposé à le croire. On ne peut pas penser à l'orang-outang, qui n'habite (jue Bornéo et Sumatra. Boll (Annali deW Insiituto, XLVIII, 1876, p. 226, n. 1 ; coaf. Helbig, Das homerische Epos, 2' édit., p. 27) croit qu'il s'agit d'un cynocéphale, apparenté au mandrill et au sphinx, singes qui vivent sur la côte occidentale d'Afrique, dans la région équatoriale.

2. On sait que les gorilles se rencontrent sur la côte occidentale, au Nord et au Sud de l'Equateur. Cependant il n'est pas impossible que les anciens aient vu des singes de cette espèce sur la côte orientale : on en a signalé récemment dans la région des Lacs : conf. Neuville, dans l'Anthropologie, XXIII, 1912, p. 564.

Page 1