Voir cliap. iv
3. Carton, Étude sur les travaux hydrauliques des Romains en Tunisie, p. 124.
sellement, qui dénude les pentes et bouleverse le bas pays par les trombes d'eau, par les amas de boues et de terres qu'il apporte. lia pu être cause delà diminution ou de la disparition d'un certain nombre de sources, en permettant aux eaux de pluie de glisser sur des surfaces lisses, au lieu de s'infiltrer lentement dans des terrains meubles. A-t-il eu aussi des effet? importants sur le régime des pluies, comme on l'a soutenu maintes fois ' ?
L'évaporation qui se dégage des forêts maintient l'humidité et la fraîcheur de l'air ambiant. Quand cet air est heurté, — ce qui arrive surtout dans les lieux élevés et sur les fortes pentes, — par des courants chargés de vapeur d'eau, iL complète leur saturation, les refroidit et favorise par conséquent leur condensation; les arbres font obstacle à leur marche en avant. Il en résulte des brouillards ou des pluies sur la forêt et les alentours immédiats^. Pour produire cet effet, il faut naturellement que la forêt soit étendue. Lorsqu'au contraire le sol des montagnes est dénudé, il s'échauffe facilement au soleil, et les vents, qui le balaient sans rencontrer d'obstacles, contribuent encore à le dessécher; à son tour, il échauffe l'air qui l'effleure et l'éloigné de son point de saturation'.
Il convient évidemment de tenir compte à cet égard du déboisement qui a sévi sur bien des points de l'Afrique septentrionale, du ruissellement qui a dépouillé les roches de leur revêtement de terre, d'herbe, de broussailles, et en a fait, pour ainsi dire, des plaques de réverbération. Cependant il ne faut pas non plus en exagérer les conséquences. Ces pluies, plus fréquentes et plus régulières, ne devaient pas s'étendre beaucoup au delà des forêts qui les provoquaient; elles tombaient surtout sur des terrains de montagne qui, soit par leur revête-
1. Par exemple, Carton, Bull. d'Hippone, XXVII, p. 5; Revue tunisienne, l. c.
2. Voir, entre autres, Buffault, dans Bull, de géographie historique, 1910, p. lot.
3. Voir à ce sujet Hann, l. c, I, p. 194-197; Briickner, dans les Geogmphische Abhandlmgen de Penck, IV, 2 (189Û), p. 12.
ment forestier, soit par leur constitution géologique, soit par leur altitude élevée, n'avaient guère de valeur agricole; elles étaient tout au plus bonnes à entretenir, à la lisière des bois, quelques pâturages d'été. Mais, si les forêts qui n'existent plus aujourd'hui ont pu accroître les précipitations atmosphériques sur des espaces assez restreints, elles n'avaient aucune influence sur le régime ordinaire des pluies, qui tenait et tient à des causes très générales, agissant sur de vastes zones de notre fflobe.
Certains jugements sommaires que l'on trouve dans des auteurs anciens pourraient nous faire croire que la Berbérie était alors, au point de vue du climat, encore plus mal partagée qu'aujourd'hui. C'est Timée, cité et d'ailleurs réfuté par Polybe ', qui prétend que la Libye tout entière est sablonneuse, sèche et stérile. C'est Posidonius, qui parle du manque de pluies dans le Nord de la Libj^e, de la sécheresse qui en résulte "^ Ce sont ces mots fameux de Salluste ^ : caelo terraque penuria aquarum. Virgile fait dire à un personnage, forcé de s'éloigner de l'Italie : « Nous irons chez les Africains altérés*. » — « L'Espagne, dit Justin ^ n'est pas, comme l'Afrique, brûlée par un soleil violent. » Frontin® affirme que l'Afrique est une contrée très sèche, regio aridissima. Le rhéteur gaulois Eumène parle des campagnes assoiffées de la Libye, Libyae arva sitientia'',