Conf. G-sell, Hérodote, p. 89, n. 9; ici, l. I, p
AGRICULTL'RK. 13
exceptionnels : il s'ai^irait de curiosités botaniques*. Ouaiit à la réf^ion des Emporia, elle est encore plus sèche ^ et ne convient pas aux céréales, surtout au blé, plus exi<^eant que l'orge, (lornnie il n'y a pas lieu de supposer que le climat se soit profondément modifié depuis l'antiquité, nous devons croire que ces textes exagèrent beaucoup.
On cultiva sans doute aussi les céréales autour de quelques villes maritimes de l'Algérie et du Maroc, qui disposaient d'une banlieue assez vaste. Des épis se voient sur des monnaies à léi:endes phéniciennes, frappées à Rusaddir, Tamuda, Zili, Li\us, Sala^ Il faut dire qu'alors Carthage avait disparu et qu'assez longtemps avant sa chute, ces villes avaient probablement cessé de dépendre d'elle. Tombées aux mains des rois maures, elles avaient pu devenir des chefs-lieux de districts bien plus étendus que leurs anciens territoires, districts occupés et exploités par des indigènes*. Les images dont nous parlons sont. j)ar conséquent, un faible argument pour soutenir qu'au temps de la domination punique, les colons s'étaient livrés à l'agriculture. .Mais ils avaient peut-être contribué à la répandre.
Des charrues sont représentées sur plusieurs stèles votives, trouvées à CarthageS et sur une monnaie puni-
1. C'est à ce tilre que Pline (XVllI, 94-!).")) mentionne deux faits, bien plus e.\traordinaires encore : « Du liyzaciuni, un procurateur d'Auguste cnvovn à ce prince près de 400 tiges qui provenaient d'un seul grain, chose à peine croyable : on a gardé des lettres relatives à cette alTaire. De même, un procurateur envoya a Néron 3G0 tiges venues d'un seul grain. •
3. Voir L. Mulier, Numism., III, p. l.'jB, n° 233 (et Suppl., p. T.), n" 233 a); p. lGl-2, n" 242; p. 103, n°' 243-5; p. 104-."), n°' 246-2.")2; Suppl., p. 78, n" 21.") a. Monnaies d'attribution incertaine : ibid., 111, p. 143, n" 214; p. lOi), n"' 253, 254; Suppl., p. 80, n" 2.Ï3 a.
4. Il y a aussi des épis sur des monnaies à légendes puniques dt Tingi (ibid., III, p. 144-0, n"'210 et suiv.), capitale des rois maures, (jui ne fut peut-être jamais une colonie phénicienne (conf. t. II, p. 108-'.)). On voit un épi sur des monnaies, frappées à Lixus, qui portent le nom d'un de ces rois, Bocchus : Mulier, III, p. 08, n* 12-14.
5. C. /. S., I. n" l.-)05, t. II des planches, pi. X.XVII. Si l'image est exacte, l'âge, recnurhe, se >eruil adapte à un mancheron vertical, muni en haut d'une poignée à angle droit. Le soc aurait été llxé au bas de ce mancheron. Deux
U HISTOIRE ÉCONoklQUE DE CARTHAGE.
que *.Ces instruments de labour ressemblaient, dans leurs traits essentiels, à ceux que la plupart des Berbères emploient encore et dont les modèles remontent à une antiquité fort lointaine. L'araire le plus répandu dans l'Afrique du Nord^ se compose de deux grosses pièces : un âge, ou flèche, qui va s'adapter au joug de l'attelage; un porte-soc, ou cep, auquel l'âge est fixé obliquement. A l'une des extrémités de cette seconde pièce est attaché ou enfoncé le soc, lame triangulaire en fer. L'autre extrémité se recourbe et constitue un mancheron, permettant au laboureur de diriger la charrue ; à moins que le mancheron ne forme une pièce à part, ce qui est fréquent. Un montant relie l'âge et le cep et assure la solidité de l'ensemble. En arrière de la lame, une oreille fait saillie de chaque côté du cep; elle déverse la terre que le soc a soulevée. Cette charrue primitive est facile à fabriquer et à réparer. Elle se manie aisément, même dans les lieux en pente, pierreux, encombrés de touffes et de broussailles. Elle n'exige pas
appendices, l'un en forme de cheville, l'autre, au-dessus, en forme de boucle, sont indiqués en arrière du soc, de l'autre coté du mancheron. Le premier est peut-être un versoir, mal placé; j'ignore la destination du second. — Ibid., 2700, pi. LVI du t. II. Instrument de forme semblable; un seul appendice, boucle placée assez haut sur le mancheron, du côté du soc. — Ibid., .30i), pi. LU du t. I. Image mutilée : on ne voit plus que l'âge, (jui paraît être muni à son extrémité d'un joug recourbé, et le haut du mancheron, pourvu d'une poignée. — Jbid.. 1439 (avec une (Igure), pi. XXV du t. IL Cette charrue (car il semble bien que c'en soit une) a une forme insolite. L'âge est à peu près parallèle au cep, auquel il est relié par trois montants : deux perpendiculaires, l'un près du soc, l'autre à l'extrémité du cep et à celle de l'âge; ce second montant se termine en haut, au-dessus de la rencontre avec l'âge, par une poignée en anneau ; il constituait donc un mancheron, Le troisième montant est oblique et relie le haut du premier montant au bas du second.
1. Millier, Numisin., II, p. 147, n° iO (pour cette monnaie, conf. ici, t. II, p. 327, n. 3). Image peu nette, du moins sur l'exemplaire que j'ai pu examiner. — Une charrue est aussi figurée sur une monnaie portant des lettres phéniciennes et frappée dans quelque lieu maritime, probablement dans une ile située entre la Sicile et l'Afrique : Mùller, l. c, II, p. 178, n° 2. L'âge, recourbé, s'adapte au cep et est relié par une traverse oblique au mancheron.
2. Voir, entre auKres, Gsell, Texte explicatif des planches de Delamare (Paris. ti)l2), p. 75, à la [)1. 7."), flg. 6-7. Il existe d'autres types : consulter F. Stuhlmann, Kin Iculturgcschicktlicher Ausjlwj in den Aures (Hambourg, 1912). p. 07-71; Bertholon et Chantre, Recherches anthropologiques dans la Berbérie orientale (Lyon, 1913), I, p. 520-1.
une traction très forte. Il est \ rai qu'elle ne pénètre guère au delà d'une dizaine de cenliniètres ; des labours plus profonds s'opposent mieux à la sécheresse et assurent des récoltes plus ahoiuianles. Mais elle n'épuise point un sol auquel on ne veut ou ne peut pas restituer la fertilité par des engrais ; elle ne ramène pas à la surface les débris d'une couche de mauvaise qualité, qui, souvent, en est très voisine'. A l'époque carthaginoise, on y attelait des bœufs-; peut-être aussi, sur les terres légères, en particulier dans le Byzacium, des ânes, dont l'emploi à la charrue est indiqué plus tard en Afrique par Columelle^ et par Pline\
Parmi le matériel agricole, nous mentionnerons un dépiquoir, en usage, dit Varron ', dans l'Espagne citérieure et dans d'autres lieux. 11 s'appelait le chariot punique, ploslellum poenicum; c'étaient donc les Carthaginois qui l'avaient introduit dans la péninsule. Il était formé de pièces de bois, avec des roulettes dentées (en fer) ; le conducteur, assis sur cette machine, dirigeait l'attelage. Ce dépiquoir avait dû être importé en Occident par les Phéniciens*^: on s'en sert encore dans divers pays orientaux \ de même que dans le Sahel tunisien ^
i. H. Lecq, L'agriculture algérienne (Alj^er, 1900), p. 22-23; Rivière et Lecq, Traité /tratique d'agriculture pour le .\ord de l'Afrique (Paris, 11)14), p. 94. — Coluini'lic (II, 2, 24-2.")) critique Celse, qui, craignant la dépense, recommandait l'emploi de petites charrues, pourvues de petits socs et traînées par des bceufs peu robustes. Il reconnaît cependant que (;elte méthode peut convenir aux terres à ifieales d'Afrique (d'Kffvpte et de Numidie, dit-il), dans les sols très légers. Conf. l. I, p. IGO, n. 3.