Gsell, /. c, p. Oa
direct à l'art grec n'est pas inadmissible*. A Carthage même, on n'a rencontré qu'une stèle reproduisant des colonnes de cet ordre ^. C'est un ex-voto à une déesse grecque, Perséphone, dont l'image se dresse au milieu d'une chapelle ^ Les fûts sont portés par des bases S l'entablement consiste en une rangée de denticules et une rangée d'oves : cela n'est pas conforme aux règles du dorique classique.
Sur les stèles dédiées à Tanit et à Baal, des bandes ornementales sont souvent tracées au-dessus et au-dessous de l'inscription. On y voit des motifs grecs : oves% pirouettes^, triglyphes ^ Le sommet de beaucoup de ces pierres est rempli par une palmette, également grecque*. Parfois, l'inscription est enfermée dans un édicule : colonnes à chapiteau éolique ou ionique, entablement, fronton triangulaire \ Ces images paraissent être des copies sommaires de chapelles *". Elles
1. Je ne vois pas de bonnes raisons pour rapporter à l'architecture punique les débris d'un temple de Ghemtou, où l'enlablcment était d'ordre dorique • Saladin, Nouv. Arch. des missions, II, p. 388 et suiv. ; Gagnât, Gaucklcr et Sadoux, Les temples païens de la Tunisie, p. 110. Il s'agit probablement d'un édifice construit sous la domination numide, au ii' ou au i" siècle avant notre ère.
2. Des triglyphes figurés très sommairement sur un certain nombre d'ex-voto (voir infra, n. 7) sont des motifs empruntés à la frise de l'ordre dorique.
3. C. /. S., 176, pi. XLI du t. 1. Perrot, III, p. 4oo, flg. 326.
4. De même, sur une stèle trouvée à Sulci en Sardaigne, les deux colonnes doriques flanquant une niche dans laquelle est figuré un personnage : C. /. S., 148, pi. XXX du t. I.
Vy. C. I. S., 187, pi. XLIII du t. I; 194, pi. XLVIII; 249, pi. XLVII; 254 et 264, pi. XLIX; etc.
6. Ibid., 249, pi. XLVU du t. I; 702 et 710, pi. VIII du t. Il; 787, pi. IX; 834, pi. X; etc. Ge motif est souvent très déformé.
7. Ibid., 244, pi. XLVII du t. I; 250, pi. XLIX; 324, pi. LUI; 340, pi. LIV; 561, pi. V du t. II; 749, pi. IX; etc. — Les denticules sont rares : 834, pi. X du t. II.
8. Ibid., 180, pi. XLV du t. I; 205, pi. XLVII; 371, pi. LlV; 468, pi. II du t. II; 482, pi. 111; 016, pi. VI; etc.
9. C. I. S., 595, pi. VI du t. Il; 054, pi. Vil; 1569. pi. XXIX; 2614, pi. LV {=M. Lavig., l, pi. II, flg. 3); 2738, pi. LVll (=M. Lavig., pi. II, lig. 7). Une pierre trouvée au cimetière de Sainte-Monique offre l'image d'un édicule semblable, encadrant une niche creuse, qui devait abriter quelque image ou symbole : Delattre, Sainte-Monique, 2« trimestre, p. 17, flg. 35. Voir aussi l'ex-voto à Perséphone mentionné ci-dessus, et des stèles funéraires où le mort est représenté à l'intérieur d'un édicule : infra, p. 211.
10. On a découvert à ïhuburbo Majus un ex-voto certainement antérieur ft notre ère, peut-être du n° siècle (couf. p. 203, n. 1); il portait une insnipLioii
VIF. ET MŒ:L'RS des CAUTHAdlNniS. 205
témoignent de la prédominance du style y;iec dans l'architecture, à l'époque des guerres puniques*.
Les statues et autres ouvrages de sculpture abondaient à Carthage. Scijtion Emilien en rapporta beaucoup à Home*. Auparavant, il en avait distribué un grand nombre aux Siciliens \ Ce furent, en général, des restitutions. Au cours des guerres du v' et du iv* siècle, les cités vaincues avaient été dépouillées par les Carthaginois de leurs trésors artistiques* : hommage rendu aux (Irecs par des gens incapables de rivaliser avec eux sur ce domaine; exemple que les Romains suivirent depuis la prise de Syracuse par Marcellus. Il se peut que certains nobles se soient constitué des collections. A l'époque de l'empereur Domitien, un bronze célèbre de Lysippe, une statuette représentant Héraclès, passait, à tort ou à raison, pour avoir appartenu à Hannibal^
Ces œuvres toutes faites ne suffisaient évidemment pas aux besoins du culte, du luxe public et privé. Des artistes devaient exécuter sur commande des images de divinités, des bas-reliefs d'autels ^ des monuments funéraires, etc. Mais rien ne prouve
punique, dont il ne reste que quelques lettres. Il représente une chapelle, avec des colonnes ioniques cannelées, soutenant un entablement où s'étajçenl des motifs grecs, dt-nliculcs, rais de cœur, oves, pirouettes, et que termine une p;orjre égyptir-nne; il n'y a pas de fronton. Merlin, C. r. Acad. Inscr., 1912, p. 350-4 et (Igure; musée Alaoui.
1. Voir aussi des fragments de pieds de tables ou de sièges, qui peuvent appartenir aux derniers temps de la Carthage punique : Saladin, dans M. Lavig., Il, p. <i2, GO; pi. XVI, lig. 1; pi. XVII, lig. .5. Ils sont de pur style grec.
2. Appien, Lib., \.i~). De nombreuses statues de bronze avaient été cependant fondues par les assiégés : Zonaras, IX, 20, p. 4()3, d.
:<. Les références sont indiquées t. III, p. 402, n. 4.
4. Il en fut ainsi, comme nous l'apprennent divers textes, a Ilimère, à Agrigenle, ù (léla, à Ségeste.
5. Slace, SHves, IV, 0, 75 et suiv. Martial, IX, 4U, 9. Sur cette statue, voir Collignon, Uisloire de lu sculpture grecque, 11, p. 424-5. Pour d'autres statues de bronze qu'llannibal aurait possédées, voir Cornélius Népos, Hannibal, IX, 3.
U. La dédicace du double saoclaaire d'Astarté et de Tanil du Libanoo mcn-
qu'ils aient été d'origine punique. Une base de statue, trouvée à Ephèse, porte la signature en grec de Boéthos le Carthaginois, fils d'Apollodoros \ Selon Pausanias^, ce Boéthos était l'auteur d'un Enfant assis, conservé à Olympie. On n'hésiterait pas à lui attribuer l'Enfant étranglant une oie, de Boéthos \ si ce fameux groupe en bronze, dont nous avons plusieurs copies en marbre*, ne pouvait aussi bien être Fœuvre d'un homonyme, Boéthos le Chalcédonien, fils d'Athanaion ^ D'ailleurs, les deux sculpteurs n étaient sans doute pas moins grecs l'un que l'autre. Le Boéthos qui naquit à Carthage, d'un père portant, comme lui, un nom grec*, ne dut pas rester dans cette ville : ce n'était pas de là que sa renommée aurait pu se répandre à travers le monde hellénique.
On a recueilli dans le cimetière de Sainte-Monique un certain nombre de sarcophages en marbre \ Ils datent, pour la plupart, du iii^ siècle. Les uns sont des monumeixts d'architecture, non de sculpture. Ils ont l'aspect d'un temple grec. Le couvercle imite un toit à double pente % avec des frontons aux
tioane probablement des sculptures : Rép. d'ép. sém., I, 17, 1. 2 (d'après M. Lidzbarski). Des sculptures représentant des personnages, des lions et des dauphins ornaient l'autel élevé à « Poséidon » par les Carthaginois sur le cap Soloeis (cap Gantin, au Maroc) : Périple de Scylax, 112 {Geogr. Gr. min., I, p. 93).
1. Keil, Jahreshefte des ôsterr. archàol. Institutes, Beiblalt, XV, 1912, p. 208-9 ; Bôriôoi; 'AnoXkoèu)Ço\j Kapxiriôôvtoç.
2. V, 17, 4, où il n'est pas nécessaire de corriger Kap/rjôciviOi; en Ka)/r|S6vio;.