Polybe, IX, 11, 2 : çaap/ta
CUAPIÏKE il LES DIEUX
Pour l'étude de la religion des Carthaginois et des autres Pht-niciens d'Occident, nous disposons de documents de nature diverse :
1° Des inscriptions en langue phénicienne, nommant des divinités. Les termes par lesquels elles les désignent sont quelquefois vagues et, quand ils sont plus précis, il n'est pas toujours aisé de distinguer si l'on est en présence de véritables noms propres, ou bien de noms génériques, de qualificatifs, de titres.
2° Un grand nombre de noms dits théophores, qui nous ont été conservés exactement dans les inscriptions puniques et avec des déformations dans les textes grecs et latins. Dans la composition de ces noms d'hommes ou de femmes, entre le nom d'une divinité : par exemple, Abdesitmoun, « serviteur d'Kslimoun » ; Ksitmounyaion, « Eschmoun (T) a donné »; Yatoncid, « Cid (1') a donné ». Mais, fréquemment, la divinité n'est in(li(jU(''e que p;(r un titre', — Ihial, « le Maître », MUk, a le Hoi », (îtc, — qui ne permet [)as de l'identifier avec certitude : Shafothaal, « liiial (1') a jugé »; Milki/aton, « Milk (1')
1. Quelquerois par ua (jualillculif : Abdazu, « serviteur du Fort ».
a donné »; Hannibaal, « (qui a la) faveur de Baal »; etc. Parfois même, le nom divin est représenté seulement par le pronom suffixe de la troisième personne : Abdo, « serviteur de Lui »; Gero, « client de Lui ». Ou bien il est sous-entendu : Muttun, « don », abréviation de Muttunbaal, « don de Baal »; Arishal, « fiancée (de Baal) »; Hanno, « (II) l'a favorisé »; Berek, « (Il 1') a béni ».
3° Des noms grecs et latins, donnés dans des textes anciens à des divinités adorées par les Phéniciens occidentaux. C'était chez les Grecs et les Romains une habitude d'attribuer les noms de leurs dieux aux dieux des pays étrangers . nous en avons des exemples fameux dans Hérodote, César, Tacite, à propos de l'Egypte, de la Gaule, de la Germanie. Il est souvent impossible de dire avec certitude quelles divinités phéniciennes se cachent sous ces noms d'emprunt. Du reste, les identifications varièrent. Rencontrant des dieux qui différaient beaucoup des leurs, qu'ils n'avaient ni le temps, ni d'ordinaire le désir de bien connaître, qui ne se présentaient pas, comme leurs divinités, avec des fonctions déterminées, des traits nets, presque invariables, fixés par l'art et la poésie, les Grecs, et, à leur suite, les Romains ont dû être maintes fois embarrassés de faire un choix; quant aux raisons qui ont dicté ce choix, en général elles nous échappent '.
Le principal texte relatif à des dieux carthaginois afTublés de noms grecs se trouve dans Polybe'^ Il s'agit d'un traité conclu en 215 par Hannibal avec un ambassadeur de Philippe, roi de de Macédoine. Dans ce document, ce sont Hannibal et les Carthaginois qui indiquent les différentes clauses, en se servant de la première personne du pluriel; ce sont eux qui, au début, s'engagent par serment à les observer. Il est donc évident que les divers dieux pris à témoin sont des dieux puniques^; il
1. Conf. J. Toutain, I.es cités romaines de la Tunisie, p. 210.