‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 246 sur 553 · vn,o, 2-:i · texte numérisé non relu

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3. Couf., entre autres, A. Winckler, AUorientalische Forschungen, I, p. 442;

n'importe guère ici de savoir si ce sont on même temps des dieux du panthéon grec, si ce texte nous ofîre, par conséquent, l'expression d' « un véritable syncrétisme ' ». Voici les termes du serment : « Kn jirése£ice de Zeus, et d'IIéra, et d'Apollon; en j)résence du Génie (ôaîutuv) des Carthaginois, et d'Héraclès, et d lolaos; en présence d'Ares, de Triton, de l*oseidon; en présence des dieux qui combattent avec nous, et du soleil, et de la lune, et de la terre; en présence des fleuves, et des lacs -, et des eaux; en présence de tous les dieux qui possèdent Cartilage; en présence de tous les dieux ([ui |)ossèdent la Macédoine et le reste de la (irèce; en présence de tous les dieux participant à l'expédition qui président à ce serment, le général llannibal a dit, etc. » Il n'est pas probable que les dieux invoqués dans une circonstance aussi grave aient été choisis et énumérés au hasard. D'autre part, il y avait auprès d'IIannibal des gens capables de bien traduire en grec un écrit dont l'original dut être rédigé en punique ^ Le serment que nous venons de citer a donc été regardé comme un document de premier ordre pour l'étude de la religion carthaginoise. Et pourtant il se concilie assez mal avec ce que l'on sait par ailleurs de cette religion. D'autres textes nous apprennent que Cronos était un des principaux dieux de Carthage, que le

V. Béraid. De T origine des cultes arcadiens, p. 201; M.-J. Lapranpe, Éludes sur les religions sémitiques T ♦'dit., p. Kil ; K. Vassel, Le Panthéon d'Unnnihal (Tunis, 1912; oxirnit de la /?cu. tunisienne), p. il. Selon d'autres, une partie de ces dieux, ceux de la première triade. peut-(>tre aussi ceux de la troisième, seraient j^réco-macédoniens. Mais il est impossible d'admettre (|ue, dans un traité rédiaré par les soins d'Hanniltal. la forfnule du serment débute par des dieux non carthaginois.

1. Opinion de .M. Dussaud, Rev. de l'hisl. des religions, lUIt, 1, p. 424. Elle nous parait justidée par la mention, à la fin du serment, de tous les dieux de Carthap;e, de tous ceux de la Man-ddiiie et <li! la (ïrèce : il y aurait là une sorte de résumé de ce qui précède. .M. Witnkler (/. c, p. 44.3) croit que cette mention des dieux de la Macédoine et de la (iiece u été interpolée : ci; (jui, à mon avis, n'est jias admissible.

2. Les manuscrits donnrinl ici ôa-.a'Jviov, (|ui est évidf>mment une faute. On a proposé diverses corrections : >.E<.|i,'ov(iiv, Ai|X£Vf.)v, /.i[av(iiv.

3. Pour des écrivains grecs (jui se trouvaient au camp dllunnibal, voir. t. III, p. 147.

riche sanctuaire d'Asclépios dominait la ville au temps des guerres puniques. Or ni Cronos, ni Asclépios ne figurent dans le serment. On ne rencontre pas ailleurs les noms grecs lolaos, Ares, Triton, appliqués à des dieux qui ont été certainement adorés par les Carthaginois. D'où nous pouvons conclure sans invraisemblance que le traducteur du traité a adopté des identifications qui n'étaient pas universellement admises. Cet exemple fait comprendre les difficultés auxquelles se heurte notre enquête.

4° Des monuments figurés. Nous ne savons rien de précis sur les statues de divinités qui se dressaient dans des sanctuaires. Des ex-voto, découverts en quantités énormes, portent des images diverses que nous aurons à étudier : symboles divins, objets du culte, etc. ; il est extrêmement rare que des dieux y apparaissent sous une forme humaine '. Des monnaies offrent des figures, reproduisant pour la plupart des types grecs, mais représentant sans doute des divinités phéniciennes, dont aucune inscription ne révèle le nom. De menus objets, statuettes en terre cuite, pierres gravées, amulettes, etc., recueillis presque tous dans des sépultures, nous montrent des dieux, des déesses sous des traits orientaux ou grecs. Mais il n'est pas sûr que les Carthaginois aient toujours attribué une signification religieuse à ces objets, dont beaucoup avaient été fabriqués loin de Carthage, dont d'autres étaient des contrefaçons d'articles importés.

3° Des inscriptions latines, des monuments figurés de l'époque romaine, trouvés dans l'Afrique du Nord; quelques textes littéraires se rapportant à cette contrée. Nous avons des motifs plus ou moins forts de croire à l'origine punique des dieux auxquels ces documents donnent des noms latins, des traits empruntés à l'art gréco-romain. Mais, pour des raisons déjà indiquées, nous sommes fréquemment embarrassés quand

1. 11 ne faut pas preadre pour dess dieux dus iuiuges de dévols.

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nous cherchons à les identifier avec des dieux de la première Cartha::e; il est diflicile aussi de marquer nettement les transformations qu'ils ont pu subir dans leur essence en empruntant nom et lif,'ure à des divinités adorées par les conquérants. Dans beaucoup d'autres cas, on ne saurait discerner si l'on a affaire à un dieu d'im[)ortation romaine, ou <i un dieu phénicien dt'i^uisé; souvent, du reste, la fusion devait être complète, même dans l'esprit des dévots.

Des textes et des monuments relatifs aux Phéniciens d'Orient ' com[)lètent utilement ces données.

Les matériaux ne manquent donc pas. Mais ils sont de qualité douteuse ou médiocre. Ils ne permettent pas une reconstitution d'ensemble ^ C'est à peine si les noms d'un certain nonibic de dieux et quelques pratiques du culte nous sont connus. Sur la nature de ces dieux, sur leurs rapports, nous ne [(ouvons faire que des hypothèses très fragiles. Nous ne sommes pas en mesure de suivre les modifications des croyances et des rites à travers la longue histoire de Carthage. De la littérature sacrée, il ne nous est rien parvenu, à moins qu'on ne mette en compte des tarifs de sacrifices, plus ou moins mutilés, et un débris d'une inscription qui semble être le rituel d'une grande cérémonie. Nous ne savons rien des mythes; nous n'avons même pas pour les Carthaginois l'équivalent de ces fragments de cosmogonies attribuées aux Phéniciens d'Orieatpar un faussaire de répo(|ue impériale, PhilondeByblos^

1. .Sur CCS documents, voir Baudissio, dans Archiv fiir Religionswissenschaft, XVI, 1913, p. .38« cl suiv.

2. Les hypothèses aventureus(!s de .Movcrs (Din Phônizier, t. I, ISil) ont exercé trop lon^'lcmps une influence fâcheuse. Parmi les savants qui, depuis une quarantaine d'anni'cs, ont coulriliué à faire exactement connaître ce que l'on peut sav(nr de la reli^rion des Pliéniciens, mentionnons MM. Clermonl-Cjanneau, Ph. UiTf;er, le P. La;.'ranp:e, Dnssaud, Haudissin, Haelhgen, Kil .Meyer, Lid/barski. Nous citerons rré(|uemnient leurs travaux dans ce chapitre ci dans le chapilre suivant; il ne nous parait pas nécessaire de donner ici une liihlioj5ra|)iiie détaillée.

'.i. Sur la valeur de l'ujuvre de IMiilnn, vnir, m dernier lieu, Lagrange, Étadts, 2' édit., p. 39(i-i37.

GSELL, IV. 15

â26 MŒURS ET CROYANCES.

La religion tenait une très grande place dans la vie publique et privée des Carthaginois. Il y avait chez eux un clergé officiel, qui se recrutait dans les premières familles, parmi des hommes investis de hautes magistratures. L'Etat, les généraux offraient des sacrifices solennels aux divinités; des ambassades allaient porter au dieu principal de Tyr, métropole de Carthage, les hommages et les présents de la cité; les dieux étaient pris à témoin dans les traités conclus avec d'autres peuples '. Les pouvoirs publics réglementaient le culte ^, élevaient des sanctuaires % introduisaient des divinités étrangères*. Pour assurer à leurs enfants la protection spéciale d'un dieu, les parents leur donnaient un nom formé du nom de ce dieu^ Hommes et femmes se couvraient d'amulettes. Les morts étaient représentés dans l'attitude de la prière sur les stèles qui surmontaient leurs tombes, sur les couvercles des sarcophages qui contenaient leurs restes. Des milliers d'exvoto attestent la fréquence des requêtes adressées à Tanit Pené Baal et à Baal Hammon, et la reconnaissance des fidèles. Ceuxci appartenaient à toutes les conditions, depuis les artisans jusqu'aux sufètes. Le plus illustre des Carthaginois, llannibal, était un dévot®. Avant d'entreprendre sa grande expédition, il alla implorer l'assistance d'Hercule (Melqart) dans le fameux

!. Polybp, III, 25, 6; VII, 9, 2-3 (voir ici, p. 222-3).

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