‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 255 sur 553 · Berger, Gazette archéol., 1879. p · texte numérisé non relu

Berger, Gazette archéol., 1879. p

de la cité; Eshmoun y occupait aussi un rang important. Il n'est cependant pas nommé une seule fois avec ces deux divinités sur les innombrables stèles qui leur ont été consacrées. On a invoqué des monuments africains beaucoup plus récents, mais il n'y a pas lieu de croire qu'Eshmoun y soit représenté par deux serpents ou par une étoile, auprès des figures de Baal Hammon et de Tanit'. Cette prétendue trinité suprême ne se manifeste clairement nulle part^.

Tout ce qu'il est permis de dire en l'état actuel de nos connaissances, c'est que les Phéniciens d'Occident, comme beaucoup d'autres peuples ^ ont uni volontiers deux ou trois divinités, soit dans leurs prières et leurs serments, soit dans les cérémonies du culte et les enceintes des sanctuaires. Les couples, les triades étaient des cadres dans lesquels ils faisaient entrer divers dieux; les causes qui ont déterminé les associations nous restent cachées.

Avant de passer en revue les divinités carthaginoises, nous mentionnerons quelques noms génériques, quelques titres qui étaient communs à un certain nombre d'entre elles. Souvent on se contentait de ces désignations : ceux qui les employaient savaient bien à qui ils adressaient leurs hommages. Peut-être des dévots croyaient-ils qu'il valait mieux taire le nom parti-

1. Voir infra, p. 319, 320. Dans un temple de Bulla Regia, de l'époque romaine, Esculiipe était associé à Apollon et à une déesse qui paraît bien avoir été Gérés : Merlin, Le temple d'ApoUon à Bulla Hegia (Paris, 1908), p. 17-18. 11 se peut que cet Esculape ait été l'Eshmoun phénicien. Mais, avant d'affirmer que nous sommes ici en présence de la }^-randc triade punique, il conviendrait de prouver qu'Apollon représente Baal lluminon (ce qui n'est pas impossible), et Gérés, Tanit Pené Baal (ce qui est Tort douteux).

2. On n'a pas non plus la preuve que, dans les cités do la Phénicie, un culte commun ait uni eu une trinité les dieux que nous avons mentionnés p. 229 : la déesse de la fécondité, le dieu éternel, le dieu qui passait alternativement par la vie et la mort.

3. Il sufdt de rappeler la triade Gapilolintî, les triades des Égyptienç, des Babyloniens, dos Geltes, des liidous, etc. : voir Usener, Rhcinisches Muséum, LVllï, 1<.)03, p. 1 et suiv., 101 et suiv., .321 et suiv. A propos du traité d'Hannibal et de Pliilii)pe, Usener (l. c, p. 17) fait observer (jue, dans les serments, c'était un usage chez les Grecs de jurer par trois dieux.

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culier «lu dieu' : de même, les II«''l)reux s'abstenaient de prononcer le nom de Yalnvé et le remplat-aicnt |>ar Adonaï, a mon Seitrneur ». Un titre d'honneur témoignait de [dus de respect; il laissait ignorer le nom véritable aux étrangers, aux ennemis, qui auraient pu en faire mauvais usage*: môme poui' les lidèles, ce nom renfermait une force redoutabb'. qu'il était prudent do tenir en réserve ^

Le terme L, El. Il, signifiait « dieu ». Dans la ville phénicienne de Hyblos, il tenait lieu de nom propre à une divinité que les (irecs identifièrent avec Cronos*. On ne voit pas qu'il en ait été de même chez les Phéniciens occidentaux : El n'apparaît que dans deux noms théophores^, qui pourraient bien être originaires de Byblos.

Le féminin LT, Elut, Ilal^ Allal'^ se trouve dans un texte épigraphique de (>arthage, où il est difficile de dire s'il signifie simplement « déesse » et s'il accompagne un nom propre'. Sur deux autres inscriptions carthaginoises, il s'a})[)li(jue certaine-

1. Quand il en avait un : il est possible que cortains di(Mi.\ n'aient pas reçu de nom individuel.

2. Ct'tail une croyance très répandue chez les anciens (\m\ l'on avait pouvoir sur c<'lui dont on connaissait le véritable nom, regardé comme une partie importante de son être.

'.i. \ l'époque romaine, les gens de (-artbnpe n'aimaient pas à ])rononcer le nom de Salurnus (dieu d'orijjine punicjue); ils l'appelaient plutôt « le Vieillard », Sencx : saint Aufrustin, De conscnsu evuiKielislarum, 1, 23. .315.

4. Philon de Byblos, 11, 14, 17 et 18; iV et Y (dans Fra<jm. lUst. Gr., III, p. .104, ."lOS, .")7t», .")71). Voir aussi Damascius, Vila Isidori, ll."> (coll. Didot, volume contenant Diofréne Laërce. p. 131). .Vssez douteuse est la mention, sur une inscription d'Oumm ei Aouàmid (près de Tyr), d'un dieu qui aurait été appelé simplement Kl : /?<'/>.. II, îiOi. El était certoinenient le nom propre d'un dieu chez les Araméens, comme l'attestent des inscriptions de .Scndjirli. (|ui dalcsnt du vni' siècle.

"). C /. S., 400 : MT.N'L, MuUunel. Ibid., GliS. 72:), etc. : NML (pour N'M'L), NaamiU.

G. La prononciation Allât n. été eu usajre chez les Phéniciens dOccidout : c'est ce (|ue parait prouver l'inscription latine? G. /. L., VIII, 2l(j8:i (découverte en Alpéne). on ll^'urc le nom sémitique, et sans doute phénicien, Aiiiatallat. Celte forme s'expli(iuo jiar le redoui)lement de la lettre; (, tandis qu'en arabe, Allât est une contractiou de Al Hat (avec l'article); conf. Hérodote, III, 8. La déesxî frrec(|n(; 'K/'/fii-::; ne semble cependant pas avoir tiré son nom du terme phénicien : Dussaud, Hiv. nrchéol., HI04. H. p. 231-2.

7. /'<*/>., I, 18 : tablette magi(|ue en plomb. Voir infra, p. 334.

ment à une déesse particulière : il y est question d'un prêtre d'Allat*, d'un chef des prêtres d'Allat^ De même sur une inscription découverte à Sulci, en Sardaigne : c'est la dédicace d'un temple élevé à la Dame Allât ^ De même dans les noms théophores AmataUat (« servante d'Allat »)*, HolaUat (« sœur d' Allât ») ^ Mais on peut se demander si cette Allât n'était pas identique à une déesse appelée ailleurs d'une autre manière, Tanit Pené Baal, ou Ashtart : divinité principale de Carthage, de Sulci, elle aurait été dans ces villes la Déesse par excellence. Le pluriel LM, Elim, Ilim^, ne désigne pas nécessairement plusieurs êtres divins; il peut accompagner le nom d'un seul dieu", d'une seule déesse, comme, en hébreu, le pluriel Elohim accompagne ou remplace le nom de Yahwé. Il signifie vaguement « la divinité » ^ Il figure dans des noms théophores'. On le rencontre dans diverses expressions dont il forme le second terme : amat ilim^^, « servante de la divinité »; gallab ilim", « barbier de la divinité »; maqani ilim^^ « érecteur (?), etc. » ; mirzah ilim", « confrérie, etc. » (c'est-à-dire confrérie religieuse); nasililim^'' t « offrande à la divinité ». Il est employé

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