Voir p. 310, n
cite l'Héraclès phénicien dans le récit d'Eudoxe : il était donc un dieu guérisseur, comme a dû l'être Eslimoun-Esculape. Dans plusieurs inscriptions de l'île de Chypre S nous rencontrons un couple Eshmoun Melqart : par conséquent ces dieux étaient étroitement associés, comme l'étaient chez les Grecs lolaos et Héraclès. H est inutile d'insister sur la fragilité de ces hypothèses.
Eshmoun était plus ou moins apparenté à Adonis de Byblos. Adonis lui-même a-t-il été adoré en Occident^? Des rites fameux, adoptés en Chypre, puis en Grèce, étaient célébrés lors de sa mort annuelle. On a cru en constater des survivances dans des coutumes populaires qui ont persisté, à Malte ^ et en Sardaigne*, jusqu'à une époque rapprochée de nous. Mais on n'a pas pu établir que ces coutumes aient été d'origine phénicienne.
Dans une tombe de Carthage, qui datait de la fin du vii^ siècle ou du début du vf, a été recueilli un bijou portant l'inscription'' : « A Ashtart, à Pygmalion (PGMLYN), Yadamiik. fils de Padaï. Est sauvé celui qu'a sauvé P3^gmalion M » Au début de ce texte, il est impossible de reconnaître dans Ashtart et dans Pygmalion une association divine, formée de la même manière qiie celles dont des inscriptions plus récentes offrent divers exemples : Eshmoun Melqart, Cid Melqart, Cid Tanit, etc.'. Ici, Pi/gmalion ne suit pas immédiatement Ashtart,
\. C. I. s., I, 16, 23 et suiv.
2. Pour la mcMition d'Adonis (ou Adon) sur des inscriptions latines d'Afrique, voir supra, p. 2^59.
.3. R. Wiinsch, Das Friihlingsfest der Ins<-1 Maltu (1902); réfuté par K. Lubeci<, AdoniskuU und Ckristenlnm auf Malta (1904). Je n'ai pas vu ces deux mémoires : conf. ce qu'en disent llul)ert, Rev. de l'hist. des reU<jions, 1902, 11, "p. 243-5, el Raudissin, p. 129-131.
4. Ch. Veliay, Le culte cl les Jelcs d' Adùnis-Thammouz, p. 189-190 (d'après La Marmora).
5. Berger, M. fMvig., I, p. 44, pi. VI, lig. 4 Lnumérotéc S]. liàp., 1, 5. Conf. t. I, p. 390.
G. D'après riiilerprélaliun de M, Cliubol. 7. Voir p. 337.
LES DIEL-X. 32r,
de manière à dépondre de ce mot. comme un i^'énitif latin. Il est. de même qu'Ashiart, précédé d'une lettre (|ui répond à notre préposition à. Cette stiucliire de phrase se présente dans des textes où le premier nom est nn titre d'une divinité dési^Miée par le second, par exemple : « A (V) AdCtn, à lîaal Hammon »; « A (la) llahhat. à Tanit Pené liaal ». Mais l'explication n'est pas valable pour notre inscription; même si l'on veut admettre qu'Ashtart était un appellatif, ou un titre, non un nom j)ropre. il ne s'est jamais apj>lifiué à une divinité mâle, comme l'était Pyj^^malion ', et l'hypothèse d'une divinité androg}'ne n-e trouverait, dans ce que nous savons de la religion phénifienne, aucun appui solide ^ Il est donc probable qu'il faut interpréter . « A Ashtart e/ [conjonction omise par erreur ou sous-entendue] à Pygmalion »
Peut-être convient-il de rapporter à ce dieu Pygmalion une indication donnée par le lexicographe Hésychius ; Iluyaaû.)/ (.s/c^), ô Ao(.)vl; Tzapà Kj-p-'oiç. « Pygmaïôn : Adonis chez les Chypriotes ». Des noms théophores, qui furent usités à Carthage\ révèlent chez les Phéniciens l'existence d'un dieu PMV. Pnumar', qui semble avoir été particulièrement honoré en Chypre. Le même dieu auiait été désigné par une forme
1. M. Clormont-Ganneau (Rec d'archéol. orientale, V, ]). l.")2, n. 2) est pourtaiil dispose il iiiterprcUîr : - à l'Achlorot [.\slUarl] l*vj:malioii ••, cl il ajoute : « Qu'csL ce que [tuuvait l>ieti être celle Pyjrinalion fciiicHf? ■•
2. Coiif. Baudissin, Adonis, p. 2C:{; Foucart, Monuments Piol, XVill, l'.MO, p. 168 et suiv. ; M. Jastrow, Rcv. archéoL. 191 1, I, p. 297.
II. La correction n-avaaXMv, (|ui a (■lé proposée, n'est [iPut-cHrc pas nécessaire . voir niT^rcr, C. r. Acad. Inscr., 188(», p. 03.
4. Abdpoumaï : C. I. S., 88 (1. 0), 1910 (?). Poumaïyalon : ibid., 11, 12, 617, 070, 2100. Poumaïshamar : 2379 et probablcmeut 197. Coiif. Vassel, PnntMon d'/hmnibal, p. 93.
.'». Voir Berper, C. r. Acad. Inscr., 1880, p. 01 ; le iiièrne, Mémoires de la Soc. de linijuistique, IV, ISSl, p. 330. Ce Pouniaï peut-il être identillé avec un dieu P'M, dont un nom d'homme (C. /. S., 112, c. 1 et 2) a fait supposer l'existence BiTf,'er, C r. Acad. Inscr., 1880, p. 00? Je ne crois pas, en tout cas, cjuc ce |>r<'lendu • Paam » se retrouve dans le nom puiii(;u(^ Nanifihamo, très usilé en .\frique 11 l'cpoquc romaine. L'e.\plic.alii>n de saint Aufïuslin (Lrllrcs, .Wll. 2), • boni iicdi.i homo », est parfaitement admissible : conf. Clcrmont-ljanneau, Kec, VI, p. 218.
secondaire de ce mot Poumaï^ : Poumaïôn-, forme que les Grecs auraient transcrite fluyjjLaX'lwv. Le nom, ainsi grécisé, se •serait imposé aux Phéniciens eux-mêmes, dans cette île où les deux races vivaient presque confondues. De là, il aurait passé en Occident, à moins que le personnage auquel a appartenu le bijou découvert à Carthage n'ait été un Phénicien de Chypre. D'après un témoignage de mince valeur, Pygmalion aurait aussi trouvé place dans le temple d'Hercule voisin de Gadès \ La vieille inscription qui le mentionne en même temps qu'Ashtart ne contredit nullement l'assertion d'Hésychius. Les légendes grecques concernant Pygmalion, le roi mythique de Chypre, diffèrent de celle d'Adonis; cependant elles nous le montrent dans toute l'ardeur de la jeunesse et le mettent en rapport avec Aphrodite*. Il se peut donc que ce Poumaï, ce Pygmalion ait été, sinon identique, du moins apparenté au Seigneur de Byblos.
Une inscription de Carthage mentionne un temple d'Arshouf ('RSF)^. Ce nom, écrit KSF'*, entre comme élément dans un nom théophore, sur un ex-voto consacré à Tanit et à BaaP. Il paraît avoir été prononcé d'ordinaire Reshouf^. Au second