‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 426 sur 553 · D'accord avec M. Carton, l. c, p · texte numérisé non relu

D'accord avec M. Carton, l. c, p

8. Le trapèze représenterait la forme primitive, en tronc de pyramide ou de câue. Naturellement, un support de table ne pouvait pas avoir un sommet pointu.

U. Sur les ex-voto carthaginois, sont fréquemment gravées, à l'inlériour du CSELL, IV. 25

à fait plane. Tantôt des appendices se seraient dressés aux angles'. A l'origine, on aurait placé là des cornes de taureaux sacrifiés-. Puis des saillies, des « cornes »* en pierre auraient remplacé les cornes naturelles, avec lesquelles elles n'auraient plus eu qu'une ressemblance lointaine, comme le montrent des images d'autels puniques*. La forme arquée donnée très souvent à la partie verticale des « bras » rappellerait mieux l'antique coutume''. Nous trouvons, sur des stèles africaines, des reproductions d'autels qui sont identiques à la figure constituée par le trapèze et les bras du symbole de Tanit : la table

triangle ou du trapèze, en haut, deux petites lignes courbes, se dirigeant obliquement l'une vers l'autre et oITrant l'aspect d'un accent circonflexe retourné. Quelquefois, c'estune petite ellipse qui paraît pendre du haut du trapèze (CI. S., 265, pi. XLVIl du t. I; 1307, pi. XXII du t. II; 2083, pi. XLII; 2482, pi. LU; etc.). Sur une stèle de l'époque romaine, trouvée près du Kef, il y a à cet endroit un losange (M. Aiaoui, pi. XXII, n" 847). J'ignore ce que cela représente : évidemment, ce n'est pas un « corselet », comme on l'a supposé (Berger, C. r. Acad. Inscr., 1909, p. 998). Parfois, à Garthage, le triangle est traversé par un trait vertical (C. /. S., 1691, pi. XXXIl du t. II; 1752, pi. XXXIIl; M. Lavig., II, pi. XVI, flg. 2); sur quelques stèles, il est rempli, de chaque côté de ce trait, par des (ilets obliques (C. /. S., 367, pi. LIV du t. I; 1043, pi. XV du t. II; 272S, pi. LVU) : détails dont nous ne trouvons pas l'explication.

1. L'autel étant figuré de face, on ne voit que les deux cornes antérieures.

2. A comparer avec les images représentant deux cornes de taureaux dressées, dites « cornes de consécration », qui sont si fréquentes dans l'ile de Crète, sur des monuments du second millénaire avant J.-C, et qui se retrouvent en Espagne : Déchelette, Manuel, II, p. 474-6. Elles étaient souvent placées sur des autels.

3. Plusieurs passages de la Bible mentionnent les « cornes » des autels : Exode, XXVII, 2; XXIX, 12; XXXVIII, 2; Lévitique, IV, 7, 18, 25, 30, 34; 1 Rois, I, 50; II, 28; Ezéchiel, XLIll, 15 et 20; etc.

4. Sur des stèles : voir Chabot, C. r. Acad. Inscr., 1916, p. 27 et suiv., avec les figures. Il y a lieu de remarquer que, dans ces images, une tête de taureau est déposée sur l'autel. Les cornes en pierre font, en quelque sorte, double emploi avec elle.

5. Parfois, au contraire, sur des monuments récents, le motif primitif est altéré. Le trait vertical, qui est rectiligne, se replie à angle droit vers l'extérieur : lampes des n'-i"' siècles avant J. -G. (M. Lavig., 1, pi. XXVII, llg. I); stèles de Tubernuo(M. Aiaoui, pi. XX, n° 765), d'Ain Barchouch (ibid., pi. XXI, n° 788), de provenance inconnue (Ann. de Conslantine, V, pi. 11, n" xxvi), de Cagliari en Sardaigne (C. /. S., 142, pi. XXX du t. I). — Sur plusieurs stèles de Carthage. les cornes sont remplacées par deux caducées, ou deux hampes à croissant : voir supra, p. 366, n. 4; p. 368, n. 1. Sur une autre (C. /. S., 235, pi. XLVI du l. 1), il y a à la fois des cornes aux extrémités et deux caducées dressés sur la table.

est plane', ou iminif à ses extrémités de saillies verticales-.

Dans l'imafre que nous étudions, il v aurait donc, en réalité, deux éléments, représentant l'un le culte, l'autre la divinité à laquelle le culte s'adressait : un autel et, au-dessus, un astre.

Cet autel, cette table montée sur un support n'était pas, à proprement parler, une pierre sacrée, une demeure divine, comme l'obélisque, la pyramide, le cône, qui, du haut d'un socle, s'oiïrait à l'adoration des fidèles ^ Il se peut que, dans quelques images du signe de Tanit, l'autel ait été remplacé par une véritable pierre sacrée. C'est apparemment le cas pour celles où la barre horizontale fait défaut* : la partie inférieure, (|ui présente l'aspect d'un triangle, serait la face d'une pyramide ou d'un cône. .Mais nous croyons qu'en général, on a voulu reproduire un autels

Peut-être l'association des deux éléments, autel et astre, en' un symbole qui ressemblait à un personnage a-t-elle été

1. ';. /. .S'., i:{2:i, |)1. XXII du t. II. Des (lammi's semblent êire représentées sur In tulile.

2. M. Alaoui, pi. .XVII. n° 116, et heaui'oup d'autres stèles d'Ain Tounpa : au bas des pierres, à l'endroit où, sur maints e.x-voto du ni(>me lieu, est (l^urée la victime; il arrive même assez souvent (jue celle-ci soit représentée à l'intérieur de l'autel. Je ne crois pas que cette image soit un personnage déformé (comme le pense .M. Toutain, De Salurni dei in Africa liomanu cuUu, p. lO^i et suiv.). Carton. Le sanctuaire de Tanit, pi. III, (ig. 5 et 24 (El Kenissia). Le même, Nouv. Arch. des missions, VII, pi. IV, fig. 23 (Uougga). Gsell et Joly, Announa, p. 33, n. 2. — Sur les lampes mentionnées p. 380, n. 5, on voit un autel (jui oITre aussi ces saillies verticales, mais dont le su|)porl est de forme cylindn(|ue.

3. En Orient, jusque sous l'Empire romain, certaines pierres sacrées étaient h la fois des demeures divines et des autels : voir Chîrmont-tïauneau, lire, d'archéol. orientale, IV, p. 2W; couf. Lagrange, Éludes, p. 191. Kien ue prouve qu'il en ail été de mèm<' chez les Carthaginois.

4. Ann. de (]onsiantine, V, pi. H, n° xxiv (voir aussi ibid., n° xxiii). Saladin, Arch. des missions, 3' série, .XIll, p. 192, llg. 332. (i.sell et Joly, Announa, p. 34. Ce sotit là des stèles de basse époque.

5. Pour l'explication du signe de Tanit, il n'y a pas à tenir compte; d'une fantaisie que nous olfre une stèle à inscription uéopuniciue de Sidi Ahmed el Hacheni (Dnssaud, Huit, archéol. du l'.oinilê, 1914, p. 337 et pi. XI.X). L'image y est constituée par une rosace, par deux branches portant des grenades (à la place des bras), enftu par le fronton d'une niche dans latiuellu se lient le dédicaat.

motivée par des tendances à l'anthropomorphisme*. Cependant, au début, ces tendances ne se seraient pas manifestées nettement.

Ainsi constitué, le signe de Tanit devint un objet sacré, comme la grenade et le caducée. Les stèles de Carthage nous le montrent souvent dressé sur un socle ^ — ce qui pouvait convenir à un autel, — parfois aussi juché au sommet d'un mince support vertical, probablement une tige de lotus % — ce qui indique qu'on ne tenait pas toujours compte du sens primitif de l'élément inférieur. Sur une stèle d'El KenissiaS il surmonte une hampe et flanque, avec le caducée, trois pierres sacrées : c'est une enseigne. Sur des monuments de date récente ^ il accompagne un autel, avec lequel, si notre interprétation est exacte, il fait double emploi.

A-t-on eu raison de lui donner le nom dont nous nous sommes servi pour nous conformer à l'usage?

Il a été certainement attribué à Tanit Pené Baal. Sur une de ces stèles de Carthage où il est si fréquent et dont les inscriptions commencent toujours par le nom de la déesse, on a gravé un taw à l'intérieur du signe, placé au sommet de la

1. 11 ne serait pas tout à fait impossible de concilier cette hypothèse avec celle qui admettrait une influence exercée par la figure égyptienne dite croix ansée : conf. supra, p. 382, n. 5.

2. C. /. S., 193, pi. XLV du t. I; 195, pi. XL VI; 231, pi. XLVIII; 448 et 471, pi. Il du t. 11-, 601 et 621, pi. VI; 724, pi. VIII; etc. Le socle est double au n" 512, pi. m. Parfois, on n'a indiqué que les côtés latéraux du socle (229, pi. XLVlIl du t. I; 336, pi. LUI; 390, pi. LVI; 559, pi. V du t. Il; 617, pi. VI; 716, pi. VIll ; etc.). 11 ne faut pas prendre ces cùtés pour des pieds humains, comme le fait Ph. Berger (C. r. Acad. Inscr., 1909, p. 999). Le socle est quelquefois orne d'oves ou d'autres motifs (C. /. S., 512. pi. 111 du t. 11; 674, pi. VU; 987, pi. XIU; 1065, pi. XV; 1708, pi. XXXIl; 1999, pi. XXXIX; 2997, pi. LXl), qui ne

ont pas, comme le croit Berger (l. c), dos volants ajoutés au bas d'une robe. Le si"-ne de Tanit dressé sur un socle se retrouve à Iladrumète : Leynaud, C. r. Acad. Inscr., 1911, flg. à la p. 474, n° 11.

3. C. J. S., 968, pi. XIII du t. 11; 1390, pi. XXIV; 1900, t. II du texte, fig. à la \). 201 ; 2156, pi. XLIV ; 3068, pi. LXIV. Pour des signes de Tanit dressés sur des tiges de lotus recourbées, voir supra, p. 379, n. 1.

Page 1