‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 59 sur 553 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Malgré la concurrence des importations, attestée par le mobilier des tombes, les besoins locaux auraient justifié une grande activité industrielle dans une ville qui comptait plusieurs centaines de mille âmes. C'était aussi une des conditions du commerce extérieur. Il fallait du fret aux navires qui allaient se charger au loin, des objets d'échange là où la monnaie n'était pas employée. On était certain de trouver des preneurs dans les ports, dans les pays, soumis ou non à la domination carthaginoise, dont la République interdisait l'accès aux étrangers et où les marchés n'étaient pas alimentés par des ateliers indigènes.

Comment le travail industriel était-il organisé à Carthage? L'Ktat employait de nombreux ouvriers, soit des hommes libres, soit des esclaves. iMais il est à croire qu'il les occupait dans des chantiers, surtout dans les arsenaux*, et non pas dans des ateliers où ils auraient fabriqué des objets destinés au commerce. Les armattiurs avaient intérêt à être en môme temps manufacturiers, afin de se procurer, dans les meilleures condi-

1. P(ir cxtiiiiili'. les 2 000 ouvriers <|ui travjiillaieiil ou 20!) à (-iulluif^cuc : c't'tttiiMU, si Tilc-liivc dit vrni (.XXVI, 47, 1-2), des hommes libres, mais uon pas des ciloyciis. Voir l. 11, p. 22S.

tions possibles, les marchandises dont ils remplissaient leurs navires; ces vaisseaux leur apportaient les matières premières; quant au travail, ils pouvaient le faire exécuter par des esclaves. Nous n'avons cependant aucune preuve de l'existence de grandes fabriques appartenant à l'aristocratie. Au contraire, les artisans libres paraissent avoir été nombreux. On trouve assez fréquemment sur les ex-voto des mentions de métiers% ou des images qui se rapportent, autant qu'il semble, à la profession des dédicants^. Or ceux-ci n'étaient sans doute pas des esclaves : les inscriptions indiquent presque toujours leur père, souvent aussi leur grand-père. Ce n'étaient pas non plus des étrangers : les noms qu'ils portent sont puniques. Ces mentions et ces images sur des monuments votifs montrent qu'on ne rougissait pas à Carthage de se livrer au travail manuel. Nous ne savons pas s'il y avait dans cette ville des corporations ^ qui auraient rehaussé l'importance des artisans et leur auraient permis de mieux défendre leurs intérêts*.

L'industrie avait à satisfaire diverses clientèles, soit dans Carthage même, soit au dehors : familles opulentes et plèbe vivant au jour le jour, peuples plus ou moins civilisés. Elle devait donc fabriquer aussi bien des objets de luxe que des articles de pacotille.

Les textes sont fort insuffisants pour nous la faire connaître. Mais le mobilier varié des tombes met à notre disposition des documents abondants^. Cependant certaines matières, bois,

1. a. I. s., I, 274, 324-332, 336-348, 354, 738 (?), 1293, 1948. 2120 (?), 2806, 3014. 30")li; Répertoire d'épigraphie sémitique, I, 6; C. r. Acad. Inscr., 1916, p. 26. Ces iriftiilions de métiers sont, en général, d'une interprétation fort douteuse. — Une épitaphe nomme un fabricant de taalbeth : Rép. d'ép. sém., 1, 240 et 500; on ne sait ce que cela signifie.

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